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3 décembre 2005 6 03 /12 /décembre /2005 21:49
JAZZ. La sono tueuse de musique
 
A peine la porte poussée, j’ai su : trop de bruit pour être honnête. La volée de décibels, voilà qui ne saurait tromper. Côté jazz, le Vauban, à Brest, c’est comme qui dirait le New Morning à Paname. On ne peut trouver meilleur équivalent dans l’esprit, la programmation – cocktail de musiques un peu «in», zestes de rock, hip, chansons hard, etc. –, et jusque dans la sono, hélas.

La sono foldingue, voilà bien l’ennemi de la musique ! Que des musiciens s’y laissent prendre ne laisse de m’atterrer, et de m’inquiéter. Surtout s’agissant de jazz, qui appelle à la nuance, rien que la nuance, jusque dans les emportements les plus sauvages. Ce qui suppose des  niveaux acoustiques subtils, étagés, voire étalonnés. Heureusement, c'est le plus souvent le cas dans le jazz, où règnent des orfèvres du tympan.

Hier soir donc, à Brest – il pleuvait sur Brest, et pas qu’un peu, sans parler du vent : une tempête comac –, je me suis dit, ce Tony Hymas qui m’a tant ému avec son « Oyaté » « racontant » l’épopée des Amérindiens… ou encore avec ce  « Eight day journal » partagé avec le saxophoniste Sam Rivers…, cet artiste-là ne peut décevoir. Ben…

Je vise la sono démente et, en réalité, il s’agit plus précisément de l’immixtion invasive de la technique dans le champ artistique. Dès lors qu’elle – la technique – a pris le pouvoir, exit l’artiste ! Il faut tout de même le dire, alerter et protester. Voilà donc un musicien considérable bouffé par l’électronique, ligoté par le câblage inflationniste, empêtré dans le Décibel. « C’est un parti pris », dit mon voisin, comme pour l’excuser. Quel parti ? Celui des endurcis de la feuille. Il se peut bien que quelques décennies de sono, de moins en moins tempérée, finissent par «ensabler les portugaises». C’est souvent le lot des rockeurs, sans parler des givrés de la Techno qui se foutent la tête dans les méga-enceintes plein pot – surdité garantie. Quant aux sonorisateurs, pris dans la nasse assourdissante, telles les surdoses des junkies, ils n’ont plus d’autre choix que de pousser encore les potards.

Et voilà le travail : des salles à vocation de club, massacrées comme des zéniths ou des festivals en plein air. Des musiciens pédalant dans la mélasse bruyante. Des mélomanes dé(ca)pités. Pour ma part, j’ai préféré capituler avant la fâcherie. Mon voisin a persévéré, semble-t-il. Un jeune batteur de jazz. La semaine prochaine il sera sur scène, au Vauban, avec un trompettiste. En acoustique. Oui ! Je ne me souvenais pas avoir entendu un tel duo aussi gonflé. Il me rafraîchit les neurones : Don Cherry et Ed Blackwel dans « Mu ». Bon sang, c’est vrai ! J’ai le disque : finesse, ivresse… On cause un peu pendant le répit de l’entracte. Car son confrère de cogneur n’aurait pas permis le moindre coma silencieux. Et que je te boxe les tambours, uppercut et crochets jusqu’au KO dans les cordes. Il en abat tant et tant qu’à la fin, son public étant sonné, il recueille sa volée d’applaudissements. Les batteurs à la gomme c’est le pendant des bateleurs en politique ; ils débitent du démago à la tonne et grimpent aux rideaux des sondages. On le paie à la sueur, aux coups de gueule, à la raclée verbeuse et tapageuse. La prime aux bœufs. Bon, l’ai-je assez descendu ? Ah oui, il s’appelle Stockley Williams (pas Tony, autre batteur d'une dimension autrel) – si jamais vous le croisiez sur un programme…

Le plus attristant, c’est pour Tony Hymas, pianiste fameux et compositeur de même. Le voilà besognant ses électroniques claviers qu’il semble être le seul à entendre. Gâchis ! Sauf dans quelques rares moments de grâce, des balades distillées comme du Prozac après délirium. Et comme pour excuser l’offense précédente.

Dans cet « Ursus minor », c’est le nom du quartet, il y a aussi François Corneloup, sax baryton et soprano. Pareil : emporté par le maelström– qu’il ne se prive pas d’alimenter.

Reste Jef Lee Johnson et sa guitare. Le seul à jouer, il me semble. Un beau jeu très dedans-dehors, invoquant Hendrix à l’occasion. Rien à voir avec ce « projet » que le même prospectus range parmi ceux qui  «ne font aucune différence entre la culture hip-hop et le jazz». C’est bien le problème.

Reste aussi un mystère. Dans le public, ce type dans les 70 balais qui se tortille sur sa chaise en se fendant la poire. Ayant débranché son sonotone, il croit avoir retrouvé les tympans de ses vingt ans. Enfin, c'est pour tenter d'expliquer sa béatitude.

> L'image. Tony Hymas à Brest, au Vauban. Emporté par la tourmente des décibels.

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Published by Ponthieu - dans Ça sent le jazz...
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commentaires

steez 16/01/2006 01:14

c'est bizarre , stockley n'est pas le batteur de base de la formation ( dave king ) et c'est eux qui l ont debauché pour venir jouer !jaimerais bien voir sil en fait tellement que ca :s bon mon avis est pas objectif mais il est nuancé par mon avant derniere phrase

16/01/2006 11:03

Voir, passe encore, mais entendre !