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20 décembre 2007 4 20 /12 /décembre /2007 17:27

Ce titre-blague, pas terrible, soit, mais terrible quand même… Petit retour en arrière, samedi 15 décembre au Moulin à Jazz de Vitrolles. Soirée « filles » à peu de choses près, si on ose dire (deux musiciens mâles sur neuf). D’autant que l’homme est une musicienne comme les autres. On n’imagine même pas à quel point le masculin domine. Enfin, dominait. Car, sauf pour la grammaire et le genre qui l’emporte…


Voilà bien pourquoi la blague s’avère terrible : on n’assiste pas de nos jours à un quelconque équilibrage des genres, mais à un total renversement des dominantes. Et Les voici, Elles, triomphantes ou quasiment – exception faite des salaires, des postes-clé, donc de l’éco-social et de la politique. Pas rien, direz-vous, et il est vrai.

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Pas rien mais peu de choses, au fond, car des plus provisoires, sans doute. Non pas qu’Elles aient pris le pouvoir – du pouvoir elles n’ont que faire, fondamentalement. Mieux, Elles ont pris position, comme on le dit des batailles décisives, bien campées sur le piton imprenable, asseyant leur tranquille domination. Tranquille ? Pas tant que ça, il est vrai, encore incrédules qu’Elles demeurent au sortir de longs siècles, que dis-je?, de millénaires de repliement, sinon de soumission. Et la guerre n’est d’ailleurs pas finie, certes pas, surtout pas sur les trois quarts et demi de la planète où la femme, toujours, subit le joug mâle.

Je parle ici de nos sociétés, celles du Nord et de la richesse criarde, de l’ostentatoire injustice, celles qui ont érigé le pognon et le luxe en idéal de vie, qui idolâtrent les stars, transmutent le strass en monnaie sonnante. Jusqu’aux sommets de l’État et en ses pipolesques extravagances.  De ces sociétés-là donc, et aussi de leurs îlots de résistance. D’où le retour à Vitrolles, Bouches-du-Rhône, ex-terre frontiste qui bouta le Mégret et sa bande vers d’autres destins. Charlie Free en fut, de cette Résistance, jazz en tête, musique bâtarde par excellence, pleine de nègres et de barjots, pas classable, pas convenable, pas correcte.

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Retour à samedi, au samedi « des filles ». A commencer par le quartet du même nom, « Les Filles » : accordéon, contrebasse, saxo, violon. Plus qu’il n’en faut pour une symphonie. Assez surtout pour écarter la « mâlitude », funeste tentation parfois pointée. Non, pas de comptét’ avec les couillus. Et du coup, tiens donc, pas de batterie gonflée à la testostérone. Zéro tambour. Rythmique confiée à la grand-mère (instrument de1850), cœur ardent gros comme ça. Les quatre se sont rencontrées sur leur terre du Luberon, venues au Moulin à jazz en voisines jouer sur le registre universel de la musique toujours réinventée. Elles se sont plu et se plaisent, ça s’entend. Ça se voit même, ce qu’on appelle le charme. Les mecs craquent en rêvant et sans le dire trop. L’autre moitié du monde doit savourer comme un goût de victoire suave. Enfin, Elles. La musique, mot féminin, non ?

Et au fait, petite leçon de genre poussée par Michèle, délaissant un instant son archet. Condensé d’un must circulant sur la toile :
« Un gars : c'est un jeune homme. Une garce : c'est une pute
« Un mondain : c'est un homme qui sort. Une mondaine : c'est une pute
« Un homme sans moralité : c’est un politicien. Une femme sans moralité : c'est une pute
« Un péripatéticien : un disciple d’Aristote. Une péripatéticienne… »
Et de conclure : « Mais heureusement il y a des musiciens – et des musiciennes ! »

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La Fanfarine, c’est aussi les deux. Trois parts de farine, deux de « fan »?… Fameuse recette aussi : deux clarinettes, un soprano, un baryton – Marie ne manque pas d’air ! – et un tambourinaire à grelots, comme au cirque à l’ancienne. Voilà la belle fanfare, celle qui relie musique de rue et racines du jazz, côté Louisiane.  Là, je cite Claude Gravier, en sa présidence de Charlie Free et dans son programme : « C’est une fanfare lilliputienne, gracieuse et délicate, légère et virevoltante, qui explore un répertoire à son image, futé, fruité et primesautier, composé de musiques à danser traditionnelles de France ou d’Europe de l’Est, magnifiquement chahutées, réinventées au prisme du jazz. Constituée de musiciens improvisateurs talentueux ayant tous en commun une ouverture à toutes les formes de musique, La Fanfarine invente une musique fluide et festive, bucolique et vagabonde, définitivement charmante et poétique. »

Idée : remplacez fanfare par équipe, musique / musiciens par politique / politiciens et vous avez le plus beau et utopique des programmes politiques. Pas de danger d’en retrouver un pareil avant mars – ni après ! Les musiciennes devraient diriger le monde. Avec des musiciens !
Gérard Ponthieu
     
> Quartet Les FILLES
Agnès BINET, accordéon | Christiane HILDEVERT, contrebasse | Véronique MULA, saxophone | Michèle VERONIQUE, violon

> La FANFARINE
Marie BRAUN, saxophone baryton | Alice WARING, saxophone soprano | Emanuelle SABY, clarinette | Robin LIMOGE, clarinette | Eric MODESTE, batterie

>> A visiter : www.lafanfarine.com
Et aussi : charlie free pour les prochains concerts, notamment celui du samedi 13 janvier.
Et encore : là, tout à côté un album de ce concert avec les photos de Gérard Tissier, qui n’en rate pas une (des soirées du Moulin à Jazz).   

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