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8 mai 2006 1 08 /05 /mai /2006 09:41
Bricolage journalistique.. Suite sans fin…
Aujourd’hui, «ça pue le chien éventré»


En politique comme en « faits divers », le bricolage journalistique ne désarme guère par ces temps d’agitation-confusion. En collecter les exploits devient un sport éreintant – celui-là même qui m’amène à des sortes de cures de désintoxication agrémentées de blogo-siestes appuyées. Et puis les faits me rattrapent au détour d’une émission ou d’une lecture. Ou bien ce sont des familiers de la blogosphère qui m’alertent. C’est le cas ici de Sabin (merci !) qui vient d’attirer mon attention sur une affaire gratinée de rumeur relayée par Le Parisien, ainsi que France Info et Canal+, sans exclure les rédactions locales probablement à l’origine de la dérive médiatique [pas eu les moyens de vérifier quel journal a allumé la mèche].


Le correspondant du Monde à Bourges, Patrick Martinat, donne sa version [07/05/06]. Selon une rumeur, donc, « le Teknival de Chavannes (Cher), qui s’est tenu en marge du Printemps de Bourges le week-end du 1er mai, se serait achevé tragiquement avec la mort de deux personnes, et... d’une quinzaine de chiens retrouvés éventrés. » Car le bruit avait couru dans les parages « que des dealers arrivaient sur place avec des chiens dont les estomacs étaient lestés de drogue, afin d’échapper à la fouille. » D’où la « quinzaine de ces chiens auraient été retrouvés éventrés au lendemain du Teknival, leurs maîtres ayant voulu récupérer la drogue cachée dans leur estomac. »

Si une jeune fille de 22 ans – et une seule – semble bien être morte d’une surdose de drogue, le reste n’est que fantasmagorie. Un reste d’ailleurs chargé, où l’on trouve aussi une histoire de vipères « rendues folles par les décibels, [qui] se seraient précipitées vers les baffles et auraient piqué des ravers... »

Le problème des rumeurs, ne se situe pas tant leur origine que dans leur nécessaire terreau que constituent les médias – au sens générique du mot. Ici, il semble que le « feu » se soit d’abord propagé via des téléphones portables. Il a dû ainsi s’autoalimenter pour ravager finalement le landerneau journalistique. Et de manière ténue ! Ainsi le jeudi soir, quatre jours après ledit Teknival, selon le correspondant du Monde, « Canal+ se faisait encore l’écho de cette prétendue affaire lors d’un reportage diffusé dans le journal de 18 h 50, où les faits étaient présentés sans aucune précaution. En revanche France Info a fait un rectificatif à l’antenne vendredi matin. »

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Patrick Martinat note encore que « si la presse locale a pris la précaution d’utiliser le mot « rumeur » en relatant ces « faits », Le Parisien a, dans son édition du 4 mai, repris ces allégations sans utiliser le conditionnel. En légende d’une photo de raveur tenant son chien en laisse, le quotidien publiait même un témoignage de vétérinaire anonyme évoquant l’éventration des bêtes « pour y récupérer les stupéfiants ». le chef du service départemental hygiène alimentaire, est affirmatif : “ Nous n’avions envoyé aucun vétérinaire sur les lieux. ” »

Rappel : en juin 2005, un semblable déferlement fantasmatique était parti du Tek’noz de Carnoët, dans les Côtes-d’Armor. Là aussi, une jeune femme était morte, poignardée. Ce n’était pas suffisant pour nourrir les imaginaires ; « on » y ajouta donc des morts cachées, des viols et, déjà, les fameux chiens éventrés. Plus de trois mois après, la rumeur courait encore et avait même enflé, ainsi que le rapportait dans une enquête Le Télégramme du 13 septembre suivant.

S’ils ne sont pas toujours aussi actifs que dans ce cas, les médias de presse manifestent parfois sur de telles questions des ambiguïtés pour le moins suspectes. Les « faits divers », en particulier, se prêtent idéalement aux dérives journalistiques et souvent avec délectation. Ne faut-il pas vendre du papier en exploitant la crédulité d’un public qui aime se repaître du crapoteux. Il y a quelque chose de rassurant à se délecter du malheur d’autrui, comme si ça mettait à l’abri. Tant qu’on peut faire le voyeur devant un drame, ma foi, c’est qu’on est épargné soi-même. De même s’agissant des turpitudes – réelles ou pas, qu’importe ! – dont ça peut être un régal de ses délecter. Mieux vaut se régaler de celles des autres que des siennes – et c’est moins risqué…

Les médias sont parfois – sinon souvent – tentés d’en rajouter sur les affaires peu reluisantes, croustilleuses. D’abord parce que tout journaliste n’en est pas moins un humain avec ses névroses ordinaires – ou non… Et que tout média se comporte, aussi, en entreprise soumise aux impératifs des affaires ! Ce qui se traduit par la nécessité de « faire de l’audience ». Les deux mêlés constituent un cocktail encore prisé au comptoir-tiroir-caisse de bien des rédactions.

J’ai été témoin, il y a une dizaine d’années, d’une affaire fantasmée de profanation de cimetière près de Carmaux. La Dépêche du Midi [Toulouse], via un chef d’agence, avait délibérément monté l’affaire en épingle, au préjudice de jeunes gens montrés du doigt de manière éhontée, et cela à partir d’une excitation puérile de journaleux minables. Pour l’un d’eux, le responsable principal, il s’agissait d’appliquer un principe du genre : d’abord on charge, après on voit… Le degré zéro de l’éthique. En fait, un comportement de voyou. Pourquoi les médias seraient-ils à l’abri ? D’où la nécessaire attention critique portée à leurs basses œuvres, parfois drapées d’apparente vertu.

On ne mettra donc pas, a priori, sur un même plan les saillies du Monde portées contre le gouvernement et son chef. Tout en effet, côté journalistique, semble paré de la suprême « investigation » par laquelle on reconnaît les gènes d’Albert Londres, mâtinés de Pulitzer. D’ailleurs, n’évoque-t-on pas une parenté Clearstream-Watergate (au fond, des histoires d’eau… trouble), un cousinage Le Monde-Washington Post ?

Justement ! Je l’ai rappelé ici même à propos du « outing » de « Gorge profonde », l’informateur du quotidien qui avait trouvé dans les magouilles de Nixon, l’occasion de régler un compte personnel : Mark Felt n’avait pas été promu, comme il l’espérait, directeur du FBI! En franchouillerie, « gorge profonde » ça se dit « corbeau » ; mais la fable conduit à la même morale : Qui roule pour qui ? Ou même : qui roule qui ?

Donc Le Monde semble œuvrer dans le bon sens de la pureté journalistique… Ne le ferait-il pas qu’on s’en inquiéterait. Qu’il le fasse, comme aujourd’hui, ne dispense pas moins de quelques questions « de fond ». Puisque aucune information [s’agissant d’informateur-indicateur, il vaudrait mieux dire « indication »…] n’est gratuite, désintéressée, dénuée de sens… que se cache-t-il, quant au vrai fond, sous l’opération Clearstream ?

Tout ça pour souligner en passant que Le Monde, sous son vernis vertueux, sinon sainte nitouche, pourrait bien, là encore [n’oublions pas sa « face cachée » balladurienne, par exemple] exprimer un penchant politique marqué… L’anti-chiraquisme du journal de référence n’est pas un mystère ; tandis que son pro-sarkozysme devient difficile à dissimuler. Un récent édito [le 9/11, en pleine révolte des banlieues] l’avait même dévoilé, au grand dam d’une partie de la rédaction. Depuis, Edwy Plenel, l’ancien directeur de la rédaction et bras droit de Colombani, a craché le morceau, notamment dans Marianne [18/03/06] où il raconte une réunion tenue au ministère de l’intérieur en 2003 : « J’ai assisté, plus que participé, à une conversation qui, pour l’essentiel, se tenait entre Sarkozy et Colombani qui se tutoyaient et dont j’ai découvert, à cette occasion, l’amicale proximité. »

Tout ça pour en revenir à la morale de la fable, celle du vieux renard familier des poulaillers médiatiques, selon laquelle « il ne faut jurer de rien », surtout en matière de « vérité journalistique ». Qu’il s’agisse de « faits divers » – en réalité faits éminemment politiques pouvant, en particulier, servir une idéologie sécuritaire, si vous voyez ce que je veux dire… –, ou de bruits de chiotte politique, telle la dernière rumeur de ce long ouiquende célébrant la victoire de 45. D’où viennent donc ces bruits de remaniement autour de Sarkozy et relayés à satiété par les médias de masse ? « C’est qui qu’a pété ? » comme demandait mon ami Langlois dans Politis [04/05/06] à propos du « loft exécutif »… Et de rappeler le mot de Clemenceau, qui n’en était pas avare, en parlant de son secrétaire particulier : « Il est bien ce petit Mandel, il me rend service. Quand je pète, c’est lui qui pue. »

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Published by Gérard Ponthieu - dans Suites de "c'est pour dire"
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CHditCH 06/08/2006 07:58

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