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2 avril 2005 6 02 /04 /avril /2005 22:00

03 avril 2005

Mort du pape. Sermon sur une question : qu’est-ce qu’un événement ?

Aux grands maux les grands moyens ! Je déroge donc aublogosphèrique. Cette note est longue : accrochez-vous ou passez votrechemin ! On finira bien par se retrouver.

« Il faut dans le grand tout tôt ou tard s'absorber » (Victor Hugo)

Le moi n’étant nullement haïssable – selon moi ! –,je vais un peu me raconter. Après tout, j’écris dans la rubrique « monjournal », sur « mon blog » et je n’impose à personne de me lire,encore heureux. Je suis face à cette histoire du pape ; je veux dire desa mort et, plus encore, pour coller à « c’est pour dire », à madémarche du coureur de fond solitaire en quête de… De quoi au fait ? Delui-même comme chacun, ou presque ; du même en version « animal social» qui guette le sens de la vie – de sa vie accolée à celles des autres,individus, milliers, millions et milliards. En quête aussi du sens deson action, en l’occurrence citoyenne et/ou professionnelle, si tantest que l’une et l’autre soient comme imbriquées, intriquées,superposées… C’est même précisément là-dessus que je me mets à écrire,le jour n’étant pas encore levé, lui. Tandis que des questions mestimulent le chou – j’aime l’image du chou, chou-fleur pendant qu’on yest, pour figurer et la modestie de la pensée, et son miracle, et sonprocessus en arborescence… fleurie, oui – dans les meilleurs des cas.D’où, en passant, ces dérives qui me guident, m’éloignent, me ramènent…

22mondefrCes questions tournent autour de l’Événement. Enest-ce un que celui de la mort du pape ? Qu’est-ce donc qu’un événement? Qu’est-ce qu’un journaliste face à ce qui est défini comme événement? Et pour finir, qui suis-je donc? Bon, je vais tâcher de faire court – encore que rien ne me soit imposé, quitte à soliloquer…

Me raconter, pas tant pour la ramener sur ma personne… C’est rapportau sujet : Dans les années 80, vingt dieux, j’ai été marqué, notamment,par la rencontre avec un homme étrange qui, ce soir-là, présentait dansun amphi de la Sorbonne une conférence intitulée « Biologie du phénomène religieux». Allez savoir pourquoi je me trouvais alors parmi les deux ou troiscents auditeurs ? En fait si, je le sais, mais je raconterai ça uneautre fois, la chose n’étant pas centrale ici. J’avais été intéressé,impressionné, voire séduit par le questionnement apporté lors de cetteconférence autour de la question religieuse et de ses ancrages au plusprofond de l’être humain, en l’occurrence jusque dans sa biologie,c’est-à-dire son être on ne peut plus profond.

Alors ? Eh bien, cet homme, qui se disait scientifique,tenait un discours charpenté, référé à des données de la paléontologiesur lesquelles il s’appuyait, au besoin avec forces diapositives. Ilinterrogeait notamment les restes de crânes humains pré-historiques,voire préhominiens, montrant des lésions cérébrales de typetrépanation, attestant, selon lui, de pratiques rituelles précises,intentionnelles et donc non accidentelles. Il montrait aussi – sinondémontrait – qu’il s’agissait de manifestations archaïques pratiquéesen des rites funéraires par des pré-humains non encore pourvus dunéo-cortex, cette couche extérieure et principale de nos si magnifiquescerveaux d’homme « moderne ». D’où, enfin, il déduisait l’existence dusentiment religieux comme étant antérieure à celle de la penséeorganisée – et donc son ancrage biologique comme réalité inébranlable. Une fatalité.

Dérangeant. Questionnant pour le moins. On étaitbien là au centre de grandes interrogations sur le déterminisme ; plusencore sur les archaïsmes si étonnamment persistants chez noscontemporains – vous voyez peut-être où je veux en re-venir…

Donc, je fus bien « interpellé » lors cette soiréepar cet homme, dont je vais aussi dire deux mots. André Gernez, c’estson nom, était [est peut-être toujours] un médecin cancérologue deRoubaix qui prétendait détenir la solution du cancer par un plan deprévention, non pas tant miraculeux, mais basé sur des traitements,selon lui, aussi simples qu’efficaces… Et là, mes points de suspensionveulent en dire long, en ce sens que cet homme me semblait relever enquelque sorte du fond commun propre à certains chercheurs du typeprécisément croyants, voire illuminés. Je dois cependant dire que cetteimpression m’est surtout venue par la suite quand j’ai su que cemédecin s’était rangé dans la catégorie des incompris– ou bien y avait été poussé, comme il finissait par le prétendre, touten développant un comportement paranoïde. J’ai même appris qu’ils’était par la suite rapproché du Front national – par dépit, parchoix, ou les deux, je ne sais.

Malgré tout cela, je reste marqué par sa conférence, sur laquelle j’écrivis d’ailleurs un article (dans la revue Sexpol que j’avais créée en 75 – une autre histoire, pour plus tard !). J’ai aussi réalisé une émission avec lui pour France Culture, sous le même intitulé que sa conférence – elle est sans doute archivée à l’INA.

Quel long détour, bien antijournalistique, au sensclassique, au sens où je l’enseigne d’ailleurs – ce qui me ramènetoutefois à mon propos de départ et y compris à celui de ce blog : interroger les pratiques médiatiques et surtout leurs pratiquants d’ailleurs, au besoin en les asticotant– c’est le mot, je crois, il me plaît en tout cas : rien de plus chiantqu’un méchant asticot qui vous gâcherait la vie – alors qu’il en faitbien partie, non ? Et qu’il lui est essentiel !

Donc, ce panurgisme, cet antijournalisme… Cette course « à l’échalote » pour être le premier – le premier à annoncer le dernier souffle du saint-père. Capter le factuel pour l’enfermer dans l’insignifiance. Interdire le sens. Ah ce délire médiatique, à n’en pouvoir plus ! A t’en dégoûter les plus purs des bigots !

Cette rupture dans le ton de mon « sermon matutinal » parce que maréflexion est en effet partie de là. Ce qui fonde mon anti-cléricalisme– mot désuet, je sais – n’est tout de même pas aussi primaire… Aucontraire, et je vais m’appliquer à le montrer.

Il n'est rien moins question que de l’empiètement dessphères privées et publiques, des croyances et des contraintes, de laliberté et de la soumission, du progrès humain et des dramesplanétaires.

1evolucionNes'agit-il pas, précisément, de nous défaire de ces archaïsmes encoreattachés à notre cerveau ancien? Non pas tant s’en défaire – comment lepourrait-on s’il conserve notre grande histoire biologique, notrepatrimoine d’espèce travaillé au fil des millénaires d’évolution sidurement laborieuse ? –, que de s’en élever autant quepossible, et à condition de le reconnaître, de l’admettre, del’intégrer à notre être réel. Et continuer à grandir, non ?

C’est que nous sommes des animaux pensants, en principe – etquoique… –, qui essayons de nous hisser un peu plus haut, sur la pointedes pieds. Et tandis que nous restons toujours, au fond et selon ce motde Newton, « rien d’autre qu’un enfant jouant au bord de la mer ».

Mais enfant aussi au sens infantile, pas forcément poétique: cette part d’homme en régression qui, soudain, se sent pris, emportépar ce sentiment… religieux: celui d’être relié à plus grand, au tout,aux dieux – selon ses croyances. Et au point de sombrer en régressiontotale, emporté par l’irrationnel, englouti… Images de tsunami quiremontent en surface médiatique. Surface, voilà le mot. Les médias comme peau superficielle du monde en représentation, en spectacle de lui-même. Journaux, radios, télés – et internet –, mêlés à célébrer un même et immense dérèglement de la société des humains. Ici place Saint-Pierre, là la Mecque ou à Jérusalem. A Lourdes ou a Rawalpindi. Et au stade de France ! (Cet incroyable credodes footeux marseillais : « Le Vélodrome est notre temple. Le footballnotre religion. L’OM notre Dieu » !). Et partout où les humainsconjurent leur peur d’exister dans des agrégations rituelles qui lesramènent aux premiers temps.

Pourquoi, s’interrogeait en substance André Gernezà la Sorbonne, les humains sont-ils toujours saisis d’un sentimentétrange lorsqu’ils pénètrent dans un lieu sacré ? Ils se mettent àmarcher lentement, à parler bas. Prêts à se recueillir devantl’Inconnu, on peut aussi les voir se recroqueviller, fétu de paille surl’Océan céleste… Ce serait le retour à la caverne, à la peur ancestralepar réactivation du cerveau limbique, voire reptilien. Le laisser-allerdans l’abolition de la pensée active, rationnelle. La régressioninfantile, donc.

Je pensais à cela cette nuit – retour d’un concert de jazz :Alléluia!, puisqu’il va monter au ciel, se retrouver aux côtés du Pèreéternel (la Mère quant à elle…) – car j’entendais sur l’autoradio lereporter de France Info « se laisser aller à l’émotion » parmi les «centaines de milliers de pèlerins en larmes», etc. Mais bien sûr que c’en était à chialer! N’était-ce pas exprès organisé,comme l’est, expressément, tout rite religieux visant à la transecollective, à la perte du moi, à l’abandon, à l’offrande, aurenoncement, et que sais-je ? Moi qui fuis les églises, les messes, lessectes, les partis, les défilés et autres lieux de pénitence-militance– même si par choix conscient je fais parfois l’effort de m’y trouver,tandis que le sentiment m’envahit bientôt d’être précisément envahi, emballé, embobiné, nié enfin.

Allez, je convoque Einstein et son « pas besoin de cerveau pour marcher au pas, la moelle épinière suffit»! En faut-il aussi, un cerveau, pour s’abandonner à la pratique des grandes rites de foultitude ? Je dis bien rites, et pas croyances– puisque celles-ci relèvent de l’intime et qu’on ne saurait ni s’enpasser, ni même s’en défaire si on le voulait. Mais je les faissurveiller par mes valeurs : ordre de la construction consciente,travaillées à l’établi de la vie, burinées à l’expérience, à coups derides et de cicatrices…

Je convoque aussi Charles Péguy, croyant et admirable penseur, celui du «Penser contre soi-même», ce credo du journalisme debout, avatar du doute méthodique de Descartes, encore un croyant.Et va pour la mort d’un homme, ce pape ; pour la mort du pape, cethomme ! Respect pour sa souffrance d’homme, distance critique pour lamise en spectacle politique (je pèse mes mots) – d’ailleurs lespolitiques n’ont pas manqué d’y aller de leurs épîtres dès cematin-même à ondes déployées –, relayées panurgiquement par nos amisles journalistes, alors rattrapés par le reptile cervelet qui en chacunde nous jamais ne meurt…

Respect pour ses limites d’homme – dual, ambigu,ambivalent, etc. – qui ne l’est pas ? –, irrévérence totale pour lebras armé de l’Église, cet État et son parti vatican, le politicienvoulant instiller de la chrétienté jusque dans la Constitutioneuropéenne (comme si déjà d’autres critères religieux – le Dieu-Marché– n’y suffisaient pas !), le moraliste meurtrier – mots pesés –prétendant régir le corps même des humains, comme la négation de celuimême du Christ, homme de chair et d’amour, non ?, homme parmi leshommes ! Jusqu’à s’immiscer enfin dans les ventres désirants,puis souffrants, puis mourrant par péché mortel, ce poison des âmes etdes corps, ce sida rampant, terrifiant, ce cancer clérical.

Car il ne saurait suffire d’opposer un obscurantisme à un stalinisme,et de croire ainsi gagner les cieux célestes en passant par l’Histoireoublieuse, d’échapper au simple jugement des simples humains, depassage ici bas, selon les dernières nouvelles des derniers voyageurs,qui n’en donnent pas.

Je parle donc bien en agnostique –athée étantencore trop religieux à mon sens–, humble devant l’inconnaissable etpour autant, eut dit Brassens, ne me comportant pas plus mal.

En ce dimanche 3 avril, et en foi de moi, ce qui est déjà unebelle prétention, qui suffit bien à «escagasser» ma vie – et même unpeu celle des autres.

→ Images : Copie d’écran du Monde.fr. De l’événement, la plus juste interprétation journalistique trouvée jusqu’à présent, et selon moi…
→ → Selon la théorie de l'évolution. Et toujours ce cerveau reptilien…[Merci spécial à Corine qui vient à l'instant de m'envoyer cette image– une communion!].

03 avril 2005 in Actualité, C de cœur, C de gueule, Gaffe, les médias !, Presse-Médias, mon JOURNAL | Lien permanent

Commentaires

J'en ai marre de tomber sur des blogs intéressants. Je suis contre les hyperliens d'un site à l'autre.

Rédigé par : Philippe.u | 03 avril 2005 18:39

pareil, Philippe U, ou plutôt, moi j'aime bien, mais mon patron aimemoins. Je vais tâcher de le reconvertir dans la bio-théologie, ildevrait trouver un remède religieux à ces problèmes bio-emprésarials(car la loi divine du marché - offre/demande - est ELLE réellementinscrite dans nos gènes).

Rédigé par : ess | 03 avril 2005 20:04

Bravo Ponthieu ! En quête de lecture ce dimanche, en quasi état demanque, même pas un paquet de pub à me mettre sous l'œil, je me régaleen te lisant, prenez et mangez, c'est du bon !

Rédigé par : faber | 03 avril 2005 20:27

A propos d'évolution, l'émission de samedi soir sur Arte devraitnous rendre modestes: nous partageons de nombreux gènes avec la baleineet encore plus avec le chimpanzé.
Mais nous on parle, et on accède à l'abstraction.

Quant à avoir foi en quelque chose, nom d'une pipe!!! Avoir foi dansle fait que le pire n'est jamais certain, et que donc nous pouvonspeut-être un peu influencer la marche du monde par notre action defourmis (en forçant un peu sur la dose de l'effet papillon)... ça mesemble déjà pas mal, pas vrai, Gérard?

Pour ceux qui sont en état de manque de lecture certains jours, ben passez donc chez moi, il y a de quoi faire!
Oh évidemment ce n'est pas de la même qualité que chez Ponthieu, mais ça a le mérite d'une certaine originalité. ;-)

Rédigé par : Parole à Tous | 03 avril 2005 23:54

Heureusement que nous étions prévenus ; c'est long et ça va un peu dans tous les sens.
Mais ça ne fait rien, quand on aime, on lit.

Et quand il s'agit de l'OM, et de tous les supporters plus ou moins débiles...

"Cet incroyable credo des footeux marseillais : « Le Vélodrome estnotre temple. Le football notre religion. L’OM notre Dieu » !"

Rédigé par : Daniel | 04 avril 2005 13:34

bon c'est la première fois que je poste sur un blog pour soutenirles propos de gérard sur la rencontre manqué de Pascal Lamy (dont on sedemande bien dans quelle légitimité démocratique peut il bien se draper?) et de Jennar dont les propos, infatigable et salutaire questionneurde situations complexes, méritent qu'on en parle encore et toujours...

Rédigé par : Brice | 07 avril 2005 15:23

TU sais que depuis quelques temps je viens chez toi tous les jours,en général tôt le matin.Ce soir je suis venu fouiller lacave.J'aimerais bien un jour me dire que j'ai tout lu. N'avoir plus quela chronique quotidienne à me mettre sous la main.Je suis contentd'avoir choisi de lire ce texte aujourd'hui.Choisi est un bien grandmot. Je laisse aller les yeux dans la colonne de gauche comme on laissecourir sa main sur les étagères d'une bibliothèque .Vient un moment oùcette main s'arrête.Pour les yeux : c'est tout comme . Bref(bref?): cetexte-ci est un de ceux qui me touchent le plus .Trèscertainement,Gérard ,je ne crois pas que les artistes - comme tu mel'as écrit - peuvent sauver le monde . Les journalistes non plus.Lemonde est mort ce jour précis où un homme, un seul, a levé les yeuxvers le Ciel.Je ne crois pas à la résurrection du monde.Mais le faitqu'ici où là, ,dans un blog, dans un compartiment de train , ailleurs,quelqu'un juge bon de prendre le temps de nous donner un peu de lui, deson histoire, comme tu viens de le faire : ça j'y crois.
Il n'y a plus de compartiments dans les trains. Restent les blogs.Bon voyage : moi,je descends ici.à bientôt.

Rédigé par : dibrazza | 09 avril 2005 20:46

pourkoi il on pas voulus entérer le pape en pologne ses se qu' il vouler

Rédigé par : cottin | 09 avril 2005 21:47

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commentaires

yann 08/08/2005 10:02

L'O.M. suscite la passion ou la haine, mais au moins il ne laisse pas les gens sans opinion (ce qui n' est pas le cas de lyon!).