Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 avril 2005 7 17 /04 /avril /2005 22:00

Traité européen. Quand France Inter peine à justifier l’injustifiable

→ Suite de l’article (lire le début)

Au bout de longues secondes, Pierre Weil tente un «je peux dire un mot?» sans conviction. Et comme il n’a trop rien à dire, il laisse encore filer la charge avant d’embrayer de sa finesse habituelle : …« Nous avons entendu ce matin Henri Emmanuelli, on essaie d’être ouvert à toutes les tendances… Bernard Guetta, vous voulez dire un petit mot ? » Ouf, il lui passe la patate chaude. Et l’autre de reprendre :

« Non… je voulais dire simplement une chose, monsieur, c’est que… je me soucie… euh, euh… tellement des objections, des critiques qui sont faites à ce projet de constitution que j’en étais ce matin – et vous allez me le reprocher et vous aurez tort ! – à ma douzième chronique d’explication ! […]

Guetta commence ainsi sa réponse par « non » à la place de « oui » – ceci explique peut-être cela… En tout cas, il va justifier l’objection par la quantité de travail fourni et, de plus, bande d’ignorants doublés d’ingrats, vous me cherchez des poux ! : « …Je dois faire un énorme travail d’explication, et puis je reçois des mels – pas tant que ça d’ailleurs, mais quand même… – de la tonalité de votre intervention disant « c’est de la propagande ! », c’est du… etc. » En quoi est-ce que j’ai fait de la propagande dans une seule de ces chroniques ? Il ne faut pas qualifier de propagande toute explication ou argumentation qui n’est pas celle qui vous convient ! »

Tous deux sont sourds, ou malentendants plus exactement. C’est courant chez les journalistes, surtout chez les politiques qui, comme les politiciens, deviennent durs de la feuille face à des objections. Paoli non plus n’entend pas ça. A savoir qu’on peut attendre de France Inter une autre politique éditoriale, bon sang ! C’était déjà le même problème, endémique, avec Sylvestre auquel on a fini par lui adjoindre – le vendredi ! – un Bernard Maris qui donne un autre son de cloche que le bourdon ultralibéral. Un progrès.

Corporatiste, leur défense les pousse à justifier par des avis « divers et variés » une tonalité d’antenne donnée par les éditoriaux ou les chroniques. Ainsi que l’a d’ailleurs expliqué Guetta ce matin, dans la suite de son bafouillis, en osant et tentant de justifier l’aujourd’hui par le hier du temps de l’Irak : « Je n’ai [alors] cessé de condamner ce qu’était ce projet. Personne n’a dit à l’époque : faudrait mettre quelqu’un qui défende le point de vue de Bush ! Je suis chroniqueur, pas là pour débiter de l’eau tiède. Je donne en effet un éclairage qui est le mien. C’est ma fonction ! » (Et l’autre, derrière, soulagé d’en finir : « Voilà, c’est le propre de l’éditorialiste ! ». Beuh !)

Quel aveu ! Guetta justifie donc ses « éclairages » sur l’Europe par ceux sur l’Irak. Lesquels n’auraient pas été plus justifiables pour autant – quand bien même ils eussent été, contrairement à ses assertions éhontées, aussi anti-bushiennes qu’il le prétend maintenant. Je me souviens fort bien à quel point il avait pu en agacer plus d’un, d’auditeur – à commencer par moi – tandis qu’il prétendait, entre autres, que les appétits étatsuniens pour le pétrole n’avaient rien à voir avec les motivations du Pentagone !

Cette position est intenable. En particulier s’agissant d’une radio – la principale – du service public, tenue par principe et par définition à un double devoir : neutralité journalistique sur les faits (recherche d’objectivité notamment) et équilibre d’opinions dans les chroniques et éditoriaux. Cette éthique-là est bafouée sur France Inter de manière récurrente [Voir ma note du 16/12/04, Le pâté d’alouette de France Inter] . Mais aussi sur d’autres stations du service public, de façon plus ou moins aiguë. Mais aussi à la télévision, en particulier sur France 2 – voir la note suivante, ainsi que la protestation de l’Observatoire français des médias.

→ Les citations sont au mot près, je les ai relevées à la réécoute sur le site de France Inter. Ils doivent savoir ça aussi les journalistes aujourd’hui : on peut tout réécouter, ou presque. Et ça fait foi.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Perrot eric 04/06/2005 23:23

Trés bon exposé . La dérive de la radio publique est grave . Aprés le vote , la propagande continue . Pour les chroniqueurs (quelle différence avec les journalistes pour ceux qui les entendent?) ceux qui ont voté non sont des racistes et des analphabets . Que pouvons nous faire pour obliger la
radio publique à revenir à plus de sérieux et d'objectivité . Une manif devant la maison de la radio , une pétition nationale ??