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19 avril 2005 2 19 /04 /avril /2005 22:00

Un peu de légèreté pour se faire du bien dans ce monde de brutes

M’inscrivant ici en faux contre un certain Milan Kundera, et nonobstant le blog voisin dénommé L’insoutenable légèreté de l’être d’un autre certain Milan…, permettez que, en ce jour pesant en homélies vaticanes, je défende le concept de la légèreté soutenable – ça défatiguera de toutes ces tartes à la crème en -able.

Mais c’est aussitôt pour relever que toute vraie légèreté atteint des sommets de profondeur, si je puis me permettre cette audace stylistique – d’ailleurs, oui, je me l’accorde. A l’image, par exemple de ce « Papier de verre » griffonné chaque matin par Hervé Le Tellier sur la « check list » [sic] du Monde.fr et offert comme une perle rare. Vous me direz : fastoche, il a sa case, immuable, et il n’a qu’à la remplir. Vingt-cinq mots pas plus. Ouais, yaka. Une vraie contrainte oulipienne.

D’ailleurs, Le Tellier en est. Je veux parler de l'Oulipo, cette secte d’adorateurs de Queneau, Raymond. Ils se réunissent périodiquement en des lieux secrets, pardi, pour vénérer leurs ancêtres, les Le Lionnais, les Bens et autres tortionnaires de la langue dont ils perpétuent les pratiques quasi indicibles à l’aide de tenailles et autres gégènes à faire cracher le morceau. Le Tellier en est, je le dénonce en blog public et avec deux pièces à conviction, soit ses deux derniers opus, comme on dit de nos jours :

1) « Comment remplacer un vieux pape ? Décision difficile, affaire de goût et de moyens : je suis passé au saint-julien » [19/04/05]

2) « Le cardinal Ratzinger comme pape, il y a du pour et du contre. Les pessimistes diront qu'il a 78 ans. Les optimistes qu'il a 78 ans. » [20/04/05]

Autre écriveur de haut-vol, celui qui ouvrage dans le ciselé en un bloc-notes aussi fameux que celui de Mauriac. A condition de retirer Le Figaro et le gaullo-catho. Et vous avez le Langlois de Politis qui, chaque jeudi, entre grave et aigu, nous livre ses gammes en virtuose. Oyez :

« Charles et Camilla. N’étant pas suspect de trop de complaisance envers les têtes couronnées, permettez-moi un mot gentil envers les nouveaux mariés de Windsor.

« C’est peu de dire que la presse de caniveau britannique, toujours accro à Diana, ne les a pas ménagés. Moi je trouve leur histoire assez touchante, en cette époque ou amour rime avec Kleenex. La tranquille obstination du prince aux grandes oreilles, bravant l’opinion et la reine-mère, son « ce n’est pas négociable » opposé sans relâche, depuis tant d’années, à la raison d’État. Jusqu’à l’aboutissement de ce samedi, où le vieux garçon et la femme de sa vie ont enfin convolé en justes noces, c’est-y pas beau?

« C’était mon côté midinette. Rassurez-vous : ça ne fait pas de moi un partisan de la couronne d’Angleterre, ni des bouches inutiles en général. »

C’était l’aigu, pour faire passer du plus grave :

« La fracture sociale. Après dix ans de règne du rodomont, elle est plus béante que jamais. En témoigne la récente étude parue dans la revue Droit social. On y lit, sous la signature d’un expert, Jacques Rigaudiat, cet implacable constat : « Entre chômage, sous-emploi, précarité financière des "travailleurs pauvres", c’est très vraisemblablement entre le quart, au moins, et le tiers de la population : soit 15 à 20 millions de personnes – 7 millions de pauvres et 8 à 12 millions de précaires – qui, pour une raison ou pour une autre, ont, de façon durable, des conditions de vie marquées du sceau de l’extrême difficulté. » Le quart, voire le tiers de la population ! »

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commentaires

langlois 22/04/2005 09:04

"Aussi fameux que celui de Mauriac" ?
Ben, mon Gégé, tu me gâtes ! …
B.L.