Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 avril 2005 6 23 /04 /avril /2005 22:00

PUB. Le pognon guidant le peuple


"La pub rend con, la pub nous prend pour des cons"… On le sait et, moi en tout cas, j'arrive pas à m'y faire, encore moins à m'y résigner. La pub est vulgos par nature. Même quand elle paraît réussie, elle est rarement autre chose qu'une raccoleuse qui tapine pour des marchands-proxos. Vulgos car vulgairement récupératrice. Sous prétexte de détournement, elle pompe à mort les oeuvres anciennes, voire les chefs d'oeuvre, dès lors qu'elles sont tombées dans le domaine public, se trouvant ainsi libres de droits. Toujours ça de gagné pour ces rapaces rapiats ! D'où les grands airs classiques ou des standards de jazz mis à la solde d'assurances ou de lessives.

Il arrive aussi que des artistes vivants se fassent une passe en pub télé. Certes, ça peut dépanner, beurrer les épinards. Mais un Keith Jarrett, nullement dans le besoin ni en manque de notoriété, prostitue deux mesures de son "Köln concert" pour vendre des bagnoles de luxe, voilà qui me désole. Le comble, ensuite, c'est de vendre le disque affublé d'une étiquette "musique de la pub BMW"!


Donc, voici la dernière trouvaille de ces mercenaires ramant pour la Caisse d'épargne. Que le pognon s'en prenne ainsi à la Liberté guidant le peuple – dans une de ses représentations les plus emblématiques, celle de Delacroix – en dit long sur la servilité des manoeuvriers.

Telle est bien la liberté libérale : celle du renard (écureuil) dans le poulailler (des épargnants).


Un commentaire de Jacques Estal [merci Jacques !] me pousse à compléter ma gueulante par quelques données historiques et par une reproduction du tableau d'Eugène Delacroix – on lui doit bien ça. On peut aussi lui rendre visite au Louvre.

 

Une vision engagée des Trois Glorieuses

 

 

 

« Si je n'’ai pas vaincu pour la Patrie, au moins peindrais-je pour elle... », écrit Delacroix à son frère le 18 octobre 1830. Dès son titre – La Liberté guidant le Peuple, 28 juillet 1830, le tableau est un manifeste politique, renforcé par sa dimension (3m25 sur 2m60), clamé par son contenu et sa forme.

Rappel : 1830, Charles X prend une série d'’ordonnances limitant les libertés. Paris se révolte durant trois jours, les 27, 28 et 29 juillet 1830, journées particulièrement violentes appelées depuis lors les Trois Glorieuses. Charles X s'’enfuit en Angleterre. Louis-Philippe, le duc d'’Orléans, devient roi des Français le 9 août 1830. C’est la monarchie de Juillet, monarchie bourgeoise.

« Dans cette scène, note Vincent Pomarède sur la fiche de Louvre.edu, tout est vrai : un suisse, un cuirassier, un enfant, des citoyens en armes, une femme. Ce sont ceux que l’'on a vus durant les Trois Glorieuses. Cette femme à la poitrine dénudée, au bonnet phrygien, aux pieds nus, à la robe légère est bien une allégorie, celle de la Liberté. Pas d'’abstraction, pas de figure idéale puisée dans l’'Antiquité. Il n’y a que le peuple et cette Liberté pour laquelle on donne sa vie et qui n'’est qu’'une femme des rues sans pudeur.

« Au fond, on devine Notre-Dame, qui sert de décor à cet évènement sacralisé. On a voulu voir dans le personnage en chapeau haut-de-forme, qui tient un fusil, un autoportrait de Delacroix, qui a avait fait partie brièvement de la Garde nationale. On a traditionnellement fait de l'’adolescent, qui surgit de la barricade, un pistolet à la main, sur la droite du tableau, une prémonition du Gavroche que Victor Hugo créera dans les Misérables trente ans plus tard.

« Cette œœuvre est exposée au Salon de 1831 et a été acquise aussitôt par le gouvernement de Louis-Philippe, dont elle glorifiait en fait l'’avènement. »

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

LE LAY LAURENT 20/10/2005 19:59

J'aime beaucoup de style. D'autant que je suis de la partie. Je joue à la pub tous les jours. Parfois (souvent), j'ai honte...

Dans le genre "bête", je suppose que vous avez remarquez la film TV du nouveau crédit lyonnais, avec ces 2 commédiens assis devant le banquier ?

Pour appuyer le commentaire de Dr. Huffuhhrrurr, je dirai que pour plaire au con, faut faire con avec des cons qui jouent bien au con.

Un pubeur.

gérard ponthieu 12/05/2005 11:31

>> ant : Dénoncer – tu me diras : c'est mon boulot – me semble un devoir démocratique de base. Énoncer aussi (propositions). Renoncer, jamais. Interdire non plus, puisque c'est renoncer… à la discussion, à la réflexion, à l'évolution, etc.

ant 12/05/2005 00:01

Je trouve cette pub scandaleuse mais que puis je faire concretement pour qu'elle ne soit plus diffusée ?