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24 avril 2005 7 24 /04 /avril /2005 22:00

Référendum. Le cœur des médiateurs doit balancer entre ni oui ni non


Plus que jamais, quand une opinion est aussi partagée qu’aujourd’hui, les médiateurs des médias dégustent. Parce que cette coupure se situe grosso-modo autour de 50/50 [en fait, si c’était 56/44 ça ferait 9 points d’écart, mais ne chipotons pas, puisque là n’est pas la question…], le médiateur se retrouve exactement « entre les deux », ce qui, après tout est bien normal quand on se veut au milieu. Bref, prenons deux cas « emblématiques ». Celui de Robert Solé, au Monde, et celui de Jean-Claude Allanic à France 2.

Emblématiques en raison de la position des deux médias, l’un comme « journal de référence » – «autoréférencé» diront d’aucuns –, l’autre en tant que grande chaîne du service public de la télévision. Dans son dernier magazine, L’Hebdo du médiateur, Allanic est revenu sur le lapsus de Benoît Duquesne à propos des « mauvais sondages » [Voir notre article] pour le mettre sur le compte de la maladresse pas méchante – ce qui ne mange pas de pain. Donc, ce qui revient encore et toujours au premier plan, c’est la question de l’équité journalistique. En fait, parce que ladite équité ne se mesure pas au pied à coulisse, elle demande aux rédactions et aux journalistes une attention permanente. Certes, mais encore… Revenons au Monde.

Dans sa dernière chronique [24-25/04/05], Robert Solé raconte ce qu’on doit comprendre comme une évolution de la rédaction du journal qui, écrit-il, « s'est laissé surprendre par l'ampleur du non ». Peut-être aussi par l’ampleur des protestations, à un tel point que « le comité de rédaction s'est demandé comment ne pas perdre le contact avec le pays réel. » Ce qui peut aussi vouloir dire « ne pas perdre des abonnés » à une période où ils ne sont pas si abondants. Exemple, cité dans la chronique : «"Vous avez des lecteurs qui sont pour le non, avec de très bonnes raisons. Vous leur devez un minimum de respect", écrit Jean-Claude Carcenac, qui a mis fin à son abonnement. »

D’où la question : « Ne faut-il pas développer un journalisme "de terrain", au plus près des gens et des faits ? », sans pour autant « épouser l’air du temps ». Toujours est-il que des bémols semblent plus audibles dans ce concert trop à l’unisson oui-ouiste. Ce qui nous vaut, dans l’édition-même de la chronique de Solé, une page somme toute honnête – mais avec une bizarrerie sur laquelle je reviens plus loin.

Poursuivant plus avant, Robert Solé se livre, nolens volens, à une sorte de contrition. Je le cite : « C'est un fait : Le Monde est favorable à la Constitution européenne, et ne cherche pas à le cacher. Des lecteurs constatent que pratiquement toutes les chroniques et analyses publiées depuis le début de la campagne ont été favorables au oui. Ils ont relevé aussi, entre la mi-février et la mi-avril, que les libres opinions allant dans ce sens étaient deux fois plus nombreuses que les autres. Ces derniers jours, un plus grand équilibre a été recherché […] »

Car là se situe le fond du problème, souvent abordé sur ce « blog modeste et génial », à savoir le devoir d’information auquel se trouve soumis un journal… d’information, dont la légitimité découle d’un droit antérieur et primordial, le droit du public à l’information. Qu’un journaliste soit aussi un citoyen, c’est bien le moins ! Avec ses opinions et tout, comme pour chacun. Qu’il en fasse un usage dominant et abusif, non ! Car il attenterait, en quelque sorte, au libre-arbitre de son lecteur. Ce que semble exprimer ce Lyonnais, Bernard Collonges, qui écrit : « "Dans le cas où la rédaction du Monde souhaiterait conserver son parti pris en faveur du texte actuel du traité (ce qui est, bien sûr, son droit le plus absolu), il me semble qu'un minimum de déontologie exigerait que ce parti pris soit clairement énoncé, plutôt que de feindre une fausse objectivité qui relève de la tromperie." »

Robert Solé, mine de rien, rappelle ses devoirs à la rédaction du Monde : « Le journal n'est pas jugé sur un éditorial, mais sur la manière dont il rend compte, jour après jour, du débat. Se prononcer pour le oui ne devrait nullement empêcher Le Monde de couvrir la campagne de façon honnête, sinon équilibrée, en respectant ceux qui choisissent de voter autrement. »

Il serait temps, en effet. D’autant que la prise de position éditoriale ne m’a guère semblée bien visible jusqu’ici, autrement qu’entre les lignes. D’où cette précision de Solé, presqu’un engagement : « Le Monde s'est déjà prononcé pour le oui lorsque les socialistes ont organisé leur référendum interne. Mais il le fera plus solennellement, et sans attendre la veille du vote, en réaffirmant son attachement à une construction politique de l'Europe. »

Dès lors, on y verra peut-être mieux. Et les inconscients journalistiques se seront peut-être aussi mis au rancart. Un sacré boulot collectif si l’on en croit le médiateur du Monde précisant qu' « un scrutin interne [à la rédaction], organisé par simple curiosité, a donné, pour 138 votants, deux tiers de oui et un tiers de non... » Est-ce que, là aussi, tout va se jouer avec les abstentionnistes ?


→ Les images, pas sages

 

J’évoquais plus haut une bizarrerie. La voilà ci-dessus : elle se trouve précisément page 8, page « référendum » [24/04/05]. Voyez vous-même la page et, de plus près (cliquer pour agrandir), la photo et sa légende, non rubriquées, comme un cheveu sur la soupe, et dont j’en suis toujours à me demander le sens, ou l'improbable insignifiance. Tandis qu’on ne peut quand même suspecter Le Monde de « rouler » pour Le Pen. Si quelqu’un à une idée… Robert, si tu me lis, te gêne pas pour expliquer ce mystère… En attendant, selon mon jury unanime, ça mérite une vraie belle Pantoufle d’or. Ça tombe bien, y avait longtemps qu’on n’en avait attribué et « ça » s’impatientait.

 

Et pendant qu’on y est, en voilà une deuxième, bien dorée aussi, à la feuille vaticane : c’est la Une du même Monde [non, c’est ni La Croix, ni La Bannière – pardonnez cette jubilatoire facilité – c’est le «journal de référence», si !] pour saluer, que dis-je, glorifier le nouveau pape élu. On pouvait difficilement faire plus grandiose. [21/04/05].

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