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5 mai 2005 4 05 /05 /mai /2005 22:00

Michel Onfray, l’'athéologue prêchi-prêcha


Par ces temps d’obscurantisme effréné, un Michel Onfray vaut bien une messe. Et même davantage. Il m’a eu agacé parfois, le bonhomme. Pas tant sur le fond que sur la forme. Ce qui revient quand même à écorner le fond. Je veux parler de sa « musique », qualifiée ainsi dans l’article que lui consacre Le Monde 2 [02/04/05] : « Les phrases s’envolent. Les mots bourdonnent. Grondent. Se bousculent. C’est du rap métaphysique. Du slam philosophique. Du funk phénoménologique. De la soul ontologique. »

 

Bien dit, je trouve pour appuyer mes réserves qui, finalement, atteignent le propos par la bande. Pourquoi nous asséner des pensées sous cette forme haletante ? Pour nous empêcher de respirer, c'est-à-dire de prendre le temps de penser aussi, nous, librement, au rythme d’une pensée qui s’élabore, et à laquelle on collabore : travailler avec, avec l’émetteur qui s’assure que « ça suit », avant que d’adhérer en « collant » (c’est bien le mot) à l’idée et, pour cela, faire usage des artifices de bonimenteurs ? Ça lui est parfois reproché, ce jeu de séduction. A juste titre, je trouve.

J’exprime des réserves de ce type à d’autres formes d’expression [ne vous gênez pas, au besoin, pour me retourner le compliment…], comme dans certains films. Je pense aux récents films documentaires comme ceux de Michael Moore ou, plus récemment, au film « The Corporation » (USA, 2004). C’est une charge contre l’Entreprise considérée comme modèle fascisant. Ça part d’un angle pour le moins intéressant : « Si l'entreprise a légalement les mêmes droits qu'un individu, pourquoi se conduit-elle de façon si peu humaine? » La question est assez pertinente pour n’avoir pas besoin de renforts douteux, à savoir une écriture proprement assommante, et même, je le dis : fascisante. Une écriture de clips publicitaires qui, par définition et nécessité, nie le libre arbitre – nie carrément le destinataire en tant que récepteur pensant, capable de jugement que, d’ailleurs, il ne demande qu’à forger. Dénoncer Nike avec les armes de Nike, non !

J’ai éprouvé un semblable tournis à entendre les conférences de Michel Onfray [retransmises par France Culture] dans lesquelles il paraît noyer son argumentation dans l’ivresse de ses [bons ? pas toujours…] mots. De ce point d’ouïe, Onfray c’est l’anti-Debray.

Revenons à ses propos sur la presse en les replaçant dans l’ensemble de l’interview du Monde 2. On peut d’ailleurs s’y référer directement sur l'extrait ci-dessus. On y voit que les journalistes à psychanalyser, selon lui, l’ont salement attaqué par une accusation de nazisme à peine déguisée ; ou bien le taxent d’extrême-droite ou de « maître à penser des raéliens ».

N’ayant pas lu son Traité d’athéologie, je n’en dirai rien. Sinon que cette « parole athée dans le concert de chants grégoriens », comme dit son auteur, ne peut évidemment que déranger l’ordre dominant des religions.

Et, au fait, quant à « psychanalyser le métier de journaliste », alors oui – et comment ! Mais après vous, je vous en prie…

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commentaires

Donadello Claude 08/08/2008 10:58

Michel Onfray ? Evidemment, les supports médiatiques sont aussi ses moyens publicitaires... Mais, si on l'écoute bien, il en dit des "conneries". Par exemple, piètre connaisseur des textes bibliques auxquels il fait si souvent référence, il donne souvent l'impression d'être un rédacteur du "Sélection du Reader's Digest France Culture". Je respecte la pensée d'un athée qui ne fait pas commerce d'athéisme, mais j'émets des réserves sur le sérieux d'une pensée agglutinante, faite de bric et de broc : un peu de Kant, un soupçon de Feuerbach, mâtinée de Darwin... Bien sûr, je comprends la cause de sa foi en un Non-Dieu, lui, enfant victime du clergé complice du capitalisme, mais il me semble qu’il ne devrait pas s’attarder sur le doigt qui montre l’étoile.

bernat-winter 30/01/2006 12:41

L'hédonisme de Michel Onfray pourrait prendre place entre le tour de France comme épopée et le cerveau d'Einstein dans Mythologies de Roland Barthes. Il est toujours inutile d'opposer aux signes de l'autre (Onfray) nos propres signes. L'enquête devra être subversive: mettre à nu, démonter, montrer quelques tours de fabrique. La question pourrait être, depuis le texte même : Onfray, ça marche comment ?
Quelques questions: c'est quoi une "administration platonicienne", comment ça marche "l'aura du vouloir hédoniste", comment peut-on "émasculer la philosophie"? Il semblerait que le matérialisme hédoniste ne puisse se passer des contes pour enfants.

sylvie delvaux 31/08/2005 01:21


M. Onfray arrive à déconcerter, par sa manière de les présenter, ceux qui trouvent de l'intérêt à ses idées. Trop empressé de les convaincre, alors qu'il en appelle à penser librement...
Mais tout n'est pas là. En tant que philosophe il n'interroge pourtant pas l'essentiel. Pourquoi et ce depuis toujours l'humanité entière a besoin de croire en un Dieu ? Simplement parce que rien ne peut la consoler d'être mortelle. Et parce que rien ne peut consoler un individu de ne compter aux yeux de ses semblables que pour ce à quoi il peut leur servir. Sans parler du désespoir dans la souffrance et le malheur, là où personne ne peut vous aider...L'idée de Dieu est-elle la béquille psychologique inventée comme appui, faute de mieux, par la Nature pour nous aider à y faire face ?
Vaste sujet...Je ne suis pas croyante, mais je comprends ceux qui croient. Quant aux violences de toutes sortes commises au nom d'une religion, je ne peux qu'approuver qu'elles doivent être démasquées et blâmées.

Gérard Ponthieu 18/08/2005 16:14

>> dionysos : en fait, bien d'accord avec vous. Je saisirai l'occasion de revenir sur ce principe manichéen que vous évoquez. gp

dionysos 08/08/2005 22:07

Je suis bien d'accord Onfray fait partie comme Deleuze et consors de ces penseurs(je trouve le terme philosophe un peu pompeux a mon gout)libertaire ,qui font voyager le lecteur souvent profane dans un monde méconnu :La philosophie,et plus particulièrement les penseurs Nietszchien.Alors,peu importe qu'on en dise du bien ou du mal(principe manichéen grotesque!)on aime bien Onfray et on en redemande!