Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 mai 2005 6 07 /05 /mai /2005 22:00

Entre Victoire et Venturi, le récit d'une aixoise autant que mémorable élévation


A peine redescendu des hauteurs quasi célestes du Mont Venturi (prononcer ventouri, merci), à peine remis en marche les machines communicantes qu’un "émile" (e-mail…) ami – en fait aussi jaloux qu’absent – m’interpelle de la sorte :


« C’est exagéré d’aller gravir le 8 mai la “Sainte” Victoire. Il m’étonne un peu que vous, si iconoclastes, vous vous ralliez à cet espèce de pèlerinage ! Qu’on commémore le 8 mai, soit ! J’en suis aussi. Mais de là à pratiquer l’amalgame... Est-ce cette atmosphère de culs-bénits de laquelle nous sortons (en sortons nous ?) qui vous aurait influencés ? J’avais pourtant cru comprendre que vous vous en défiiez ! »

Je vous passe les détails persos de la missive qui se termine cependant ainsi : « Je vous accompagne de loin, et veille sur vous, oh! Pélerins.... Jean K. »

Eh bien Cher Jean, et tous ces chers amis d’une aussi mémorable journée, voici la preuve pour l’un, le souvenir pour les présents, l’image pieuse pour ceux qui en auraient besoin… Voici donc comment la Lumière fut, en ce 8 mai 2005, au sommet du mont Venturi, vulgairement appelé Sainte Victoire (autre photo):



Quel rapport, dirons les puristes, avec l’objet de ce blog en principe voué aux dieux de l’information et à ses saints ? Aucun, enfin presqu’aucun, si ce n’est la présence là de quelques journalistes habitués aux cimes les plus élevées… Hmmm… Récit complet ci-dessous, attachez vos ceintures :


8 mai, Aix-en-Provence… Une bonne quinzaine d’amis. On se connaît, on se connaît pas. Des Aixois, des Marseillais. Des venus d’Australie, eh ben ! D’autres d’Allemagne (l’Europe…). On marche, on grimpe. L’air est vif dans le léger mistral tourbillonnant qui rend la lumière argentée et un peu laiteuse vers les neiges alpines ou du côté de la grande bleue. Les chênes portent beau un vert encore duveteux. Le romarin envoie ses arômes fleuris. On marche, ça grimpe bien sous l’ombre du matin. Un peu de référendum – forcément. Ma non troppo. La Victoire est au bout du sentier. Allégresse et allégorie. Place donc à la « Sainte-Victoire » et concession tacite à l’ordre dominant.

L’invitation lançait le clin d’œil du merle moqueur : « L’ascension, la vraie aura donc bien lieu : Pique-nique au sommet du Mont Venturi (ex Sainte-Victoire), le dimanche 8 mai (2005), départ de Vauvenargues à 9 h 30, parking des Cabassols ». Voilà pour la précision, qui appelle un complément historique et même politique. D’ailleurs, chemin faisant, c’est Moritz qui a mis son pied gauche dans le plat : « Enfin, c’est quoi cette “Victoire“ célébrée aujourd’hui ? Victoire de qui, de quoi ? » Est-il étonnant qu’une telle question sorte de la bouche de Moritz, étudiant allemand qui finit ses études à Sciences-Po Aix. Son papa est là, avec lui, né peu après la guerre. Millions de morts dans tous les camps. Un même et monstrueux carnage. La Victoire, ah vraiment ?!…

On grimpe et c’est toujours une journée bénie… Une ascension. Ceux qui y croient, ou pas. Notre roche de Solutré à nous, sans Tonton ni trompettes. Chacun avec ses valeurs, ses mythes. Les républicains dévots bataillent contre l’appellation catho de cette montagne magique. Et de plus magnifiée par Cézanne, sanctifiée par le culte de la carte postale. Sacrée Sainte-Victoire ! Moi-même, je m’amuse à la nommer de son appellation d’origine, tel un grand crû : mont Venturi, encore dénommé Vintour en celto-ligure et en hommage aux dieux des vents qui le tourmentent. En occitan on dit Còla de Venturi, Colline de Venture. Elle n’est montagne qu’en français – ce qui est plus juste tout de même: d’ailleurs on grimpe, on grimpe, et c’est bien raide, ma foi, deux heures durant et jusqu’à ses 1.000 mètres.

On grimpe, on grimpe. Ici, la roche parle en dizaines de millions d’années. Si on n’y prêtait garde, on foulerait des œufs de dinosaures – heureusement mis en Conservatoire, tout fossilisés bien sûr. Et les enfants rêvent en marchant ; ça se voit, ils s’envolent d’un pied léger vers le sommet, comme chevauchant quelque tyrannosaure.

Je m’égare… Toujours est-il que Venturi se serait déformé en victoire, ce qui tombait bien, d’ailleurs, pour célébrer la victoire de Caïus Marius sur les Cimbres et les Teutons. Je vous explique – j’y étais. J’assiste donc à l’arrivée de l’envahisseur romain et de ses hordes légionnaires. Dressée à l'extrémité d'un éperon rocheux, là, face au Vintour, la fière capitale ligure tombe. Nous sommes en 122 av. J.-C., le vainqueur, Caïus Sextius Calvinus établit son camp dans la vallée, à proximité des sources d'eau chaude. La ville romaine n'a que vingt ans lorsque Teutons et Cimbres, déferlant d'Espagne, se pressent à ses portes. Les barbares menacent la civilisation. Rome réagit et envoie ses légions commandées par Caïus Marius. Le choc est terrible. La bataille sanglante se déroule à l'ombre du Vintour. La victoire est finalement romaine. Et c’est pour en perpétuer le souvenir, que le peuple reconnaissant dresse un arc de triomphe à son libérateur et un temple de la victoire. Finalement, avec le temps, les barbares finissent par avoir raison d'un empire romain décadent.

Là, on en sait déjà assez pour briller dans les soirées aixoises. Pour une conférence, faites comme moi au besoin : internet. Par exemple, à cet endroit assez érudit, j’ai aussi trouvé cette suite du feuilleton venturien :

« Au Moyen-Age, le Christianisme s'impose. Pour chasser les démons du paganisme, la montagne est sanctifiée. Dès le XIIIe siècle, une chapelle dédiée à "Sainte Venture" est construite à son sommet. Dès lors les Provençaux appellent la montagne Sainte-Venture, Sainte-Adventure ou Mont Venture.

« Au XVIIe siècle, soit pour commémorer la victoire de Marius, soit pour franciser le nom provençal, soit pour assimiler la sainte locale à une vierge martyre romaine, la Sainte-Venture devient la Sainte-Victoire. Cependant, l'ancien vocable persiste de nos jours dans le nom de "Venturiers" porté par les pèlerins marcheurs qui honorent toujours la Sainte, le jour de sa fête, le 24 avril. Ce jour-là a lieu le "Roumavagi dou Mont-Venturi", le pèlerinage suivi régulièrement et fidèlement pendant plus de quatre siècles par les habitants de la ville de Pertuis. Toute la population se mettait alors en marche pour faire l'ascension de la montagne et honorer Sainte Victoire. La dévotion des Pertuisiens à Sainte Venture est connue dès 1546. Le livre des Confrères de Sainte-Victoire, commencé en 1652 indique de façon détaillée le déroulement du pèlerinage, organisé par la confrérie de Sainte-Victoire. Après avoir traversé la Durance, les pèlerins font une première halte pour prier dans l'église de Meyrargues. Puis par un sentier escarpé, ils pénètrent dans Vauvenargues selon un cérémonial bien établi : musiques, aubades, dévotions, distribution de pain et de noix. Une fois arrivés aux Cabassols, ils entreprennent l'ascension du versant nord de la montagne au sommet de laquelle ils arrivent à la tombée de la nuit. Un grand feu de joie allumé devant l'ermitage prévient les Pertuisiens restés sur place de l'arrivée des courageux pèlerins. Le lendemain, rejoints par les "Venturiers" d'Aix et des communes voisines, ils assistent à la messe célébrée dans la chapelle par le curé de Vauvenargues, avant de refaire en sens inverse les 36 kilomètres qui séparent Pertuis du sommet de la montagne. »


« La Provence » du 26 avril atteste que cette tradition se perpétue de nos jours. Même que cette année, les pèlerins ont particulièrement souffert, au sommet, du vent glacial. Ils étaient donc bien au mont Venturi !


…Nous aussi, à l'ombre du prieuré et à l'heure du pastis (Merci Pierre pour cette païenne communion).

Allez les amis. rendez-vous l’an prochain. On s’attaquera cette fois à la face sud… Gaffe tout de même à ne pas devenir dévots, cette tendance historique de certains Français – dixit un certain De Gaulle…


Partager cet article

Repost 0

commentaires