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31 juillet 2006 1 31 /07 /juillet /2006 12:49
Au Liban et ailleurs,
plus ça prie plus ça meurt


Je me couche le samedi avec un cauchemar de marée noire sur les plages libanaises. Les infos n’en ont que pour le dimanche noir prédit par Bison futé… Dimanche, le réveil est autrement douloureux : ces dizaines de morts à Cana lors d’un bombardement israélien.Tristesse à pleurer, rage impuissante. Écrire, déjà, pour dénoncer, ça sera mon combat du jour, un dimanche où des croyants auront beau prier… Même à la Maison Blanche, ils prient tous les matins, avant chacune de leurs réunions qui décident du Bien et du Mal dans le monde. Ils prient aussi à Jérusalem. Et encore à Beyrouth. Et à Téhéran, à Damas, à Bagdad. Dans tout le Proche-Orient. Et ailleurs-partout dans le monde entier. Plus ça prie, plus ça meurt !

Prière matinale à la Maison Blanche

Dimanche 30 juillet 2006. Hier soir, justement, j’ai scruté à la loupe le remarquable film de William Karel, Le Monde selon Bush.Tandis qu'un déluge de bombes s’abattait sur Cana, comme la radio me l’apprenait ce matin. Les théocraties à l’ouvrage, pêle-mêle. Avec l’onction étatsunienne. Et pas que de l’eau bénite. Cette dépêche d‘hier soir, aussi, m’a révolté :

Nouvelles escales en Ecosse d'avions américains à destination d'Israël.
« AFP 29.07.06 | 22h10
« Deux avions-cargo américains à destination d'Israël devaient faire escale dans la nuit de samedi à dimanche à l'aéroport écossais de Prestwick-Glasgow après avoir reçu cette fois le feu vert de Londres, a annoncé l'autorité de l'aviation civile britannique (CAA).

« Les deux 747 gros porteurs, qui effectuent une escale de ravitaillement en Ecosse entre le Texas et Tel-Aviv, transportent "des matériels dangereux" pour lesquels ils ont reçu les autorisations, a indiqué la CAA sans préciser la nature exacte des matériels embarqués.

« Les appareils devaient faire escale respectivement tard samedi soir et tôt dimanche matin à Prestwick-Glasgow, a précisé un porte-parole de la CAA.

« "Il s'agit de vols de transport de matériaux dangereux, ce qu'ils transportent est considéré comme étant d'une nature dangereuse", a-t-il déclaré. »

La dépêche apporte aussi cette insoutenable précision :
•••
« Le président américain George W. Bush avait présenté ses excuses vendredi à Washington à Tony Blair pour le non respect des procédures lors de l'escale à Prestwick le week-end dernier de deux avions américains acheminant des bombes vers Israël, selon le porte-parole du Premier ministre britannique.

« Ces deux avions-cargo avaient été désignés comme des "vols civils" et les autorités américaines n'avaient pas averti leurs homologues britanniques de leur contenu dangereux, qui incluait, selon le quotidien The Times, des bombes GBU-28 conçues pour détruire des bunkers et des cibles enterrées. »

Voilà que ces deux salopards se font des mamours diplomatiques pour manquements à leurs règles commune d’habituelle politesse. Sont-ils charmants !

Le film de Karel montre – on le savait certes, mais jamais assez ! – à quel point les États-Unis constituent une théocratie dirigée par une bande de voyous bigots et âpres au gain. Comment ils avaient programmé la guerre d’Irak bien avant le 11-septembre. Comment les attaques terroristes leur ont fourni un prétexte littéralement vécu comme miraculeux – au sens de signe divin ! Comment toutes les informations sur le Proche-Orient ont été truquées, malaxées, conformées aux desseins sinistres de cette bande de mafieux abrités à la Maison-Blanche et au Pentagone. Comment une presque infime minorité d’intellectuels a résisté au rouleau compresseur de l’intox, tandis que le « reste », y compris les plus grands et réputés des médias – télés et journaux – se trouvaient « embedded » comme au bon vieux temps de la première guerre d’Irak, celle du père Bush ! Ce qui a fait dire à un journaliste d’une radio de Los Angeles : « Si l’information est l’oxygène de la démocratie, alors les États-Unis viennent d’être gazés ! »

On voit encore : Comment, précisément, la famille Bush se résume à un clan de bandits – à commencer par le grand-père de W, Prescott Bush qui, dans les années 40,  était le banquier secret d’Adolf Hitler et de la famille Thyssen, et transférait de l’argent pour les nazis ! Comment ce type, le W, se croit investi d’une mission divine qui le dispense d’avoir à rendre des comptes, ainsi que de tout examen de conscience ! Comment ce même clan, élargi aux néo-conservateurs tels que les Ashcroft, Wolfowitz (▲ photo), Perle
(▼ photo); les mafieux comme Frank Carlucci – ex patron adjoint de la CIA et secrétaire à la Défense de Reagan, manitou du fond d’investissement Carlyle opérant entre autres dans l’industrie militaire; mais aussi les Rumsfeld et Colin Powel – et surtout "le vice" (en personne) : Dick Cheney, s’empifrant littéralement des innombrables contrats négociés entre la société – sa société – Halliburton et l’empire militaro-industriel.
L’honneur de l’Amérique étatsunienne revient à  quelques rares figures, tel l’écrivain Normal Mailer, le polémiste Michael Moore, le linguiste Noam Chomsky. Tel encore le doyen du Sénat, pourtant ami de Bush père et de Reagan, Robert Byrd, dénonçant devant les sénateurs médusés cette forfaiture politique avec une violence inouïe.

Bush père et fils, leurs acolytes et innombrables pièces rapportées ont établi et conforté leurs fortunes diverses autour du pétrole et de l’industrie de guerre ; ils ont négocié avec les autres voyous d’Arabie saoudite, leurs princes cupides, et jusqu’avec satan lui-même, alias Ben Laden et compagnie – dont le frère du fameux Oussama, que la CIA instruisit comme on sait dans les maquis antisoviétiques d’Afghanistan. Tout le clan Bush a bénéficié des largesses pétrolières du clan des Saouds
(photo: W mano a mano avec le prince héritier Abdallah). En échange de quoi, ceux-ci bénéficiaient de la protection étatsunienne et de quelques privilèges, comme de compter parmi les administrateurs du fond d’investissement Carlyle, sorte d’État dans l’État financier, auquel se sont abreuvés Bush père, Rumsfeld, mais aussi John Major, ancien premier ministre britannique conservateur, Otto Pohl (ex-président de la Bundesbank), Arthur Levitt (ex-président de la Security Exchange Commission), Karl Fidel Ramos (ex-président des Philippines), et jusqu’à Henri Martre, ex de Matra Aérospatiale (Lagardère).

Tant et si bien que le matin-même du 11-9, le propre frère d’Oussama et d’autres membres de la famille Ben Laden participaient à un conseil d’administration de Carlyle – ce que reconnaît Frank Carlucci
dans le film de William Karel – et que Michael Moore avait aussi révélé dans son « Fahrenheit 911 ». Tant et si bien également que le 12 septembre 2001, le seul, l’unique avion qui fut autorisé à décoller des Etats-Unis, fut celui qui ramena la smala des Ben Laden au bercail, à Ryad ! La manœuvre fut négociée directement entre Bush et le prince Bandar (▼ photo), ambassadeur du prince héritier Abdallah à Washington – par ailleurs bien connu au Niger où il adore « taquiner » au fusil l’outarde – un oiseau rare et protégé – en convois de 4x4 climatisés, et au grand dam des écologistes locaux…

Tout cela a été attesté et admis depuis, comme dans le film de Karel par Robert Steele, ancien agent de la CIA.


Ce long détour n’éloigne pourtant pas du toujours Proche-Orient. Au contraire ! Cinquante et unième État des Etats-Unis, Israël ne s’est jamais senti aussi en phase politique qu’avec Bush et sa bande. Entre théocrates illuminés et d’aussi bonne compagnie, on se comprend et on se soutient. D’où les avions-cargo. D’où les barrages à la paix réelle et les tergiversations d’une Condoleezza Rice. Un des intervenants, dans le film de Karel (je ne sais plus qui au juste) fait remarquer qu’il y a probablement plus de sionistes ardents chez les Américains chrétiens (ils s’appellent d’ailleurs « chrétiens sionistes » et sont très considérés par les Bush) que parmi tous les juifs d’Amérique ! Les gouvernants étatsuniens poursuivent, avec le bras armé israélien,  leur quête d’un « nouveau Proche-Orient » où règnerait en quelque sorte le Bonheur selon Bush, résultante d’une vision orwellienne dont tout écart serait assimilé au Mal. Le Bien étant ce qui est bon pour la « démocratie et la liberté »… selon Bush et ses dieux judéo-chrétiens, dont en particulier le pétrole, le pognon et bien sûr la morale qui va avec.
Sur ce thème des théocraties gouvernant le monde, il me revient en mémoire la charge menée lors de la guerre d’Irak, en 2003, par l’écrivain anglais Martin Amis :

« L'un des objets exposés à la mosquée Umm Al-Maarick au centre de Bagdad est une copie du Coran écrite avec le sang de Saddam Hussein (il a donné 24 litres de sang sur trois ans). Ce n'est pourtant que l'un des plus spectaculaires dons propitiatoires de Saddam aux mollahs. Il est en réalité et depuis toujours un laïque - en fait, un « infidèle », d'après Ben Laden.

« Même si, au Capitole, il n'y a pas de Bible écrite avec le sang de George Bush, on est contraint de l'admettre : Bush est plus religieux que Saddam : des deux, il est, à cet égard, le plus primitif psychologiquement. On entend parler de la « texanisation » réussie du Parti républicain. Le Texas ne paraît-il pas parfois ressembler à l'Arabie saoudite, avec sa chaleur, sa richesse pétrolière, ses lieux de culte débordants et ses exécutions hebdomadaires ?

« L'adoption du droit religieux par l'administration actuelle conduit aussi, par une voie bizarre, à un renforcement du lobby d'Israël. Étonnamment, la doctrine de la régénération insiste sur l'indispensable soutien aveugle à Israël, non pas parce que c'est la seule semi-démocratie de la région, mais parce que le pays doit accueillir le Second Avènement. Armageddon doit se produire près du mont Megiddo (où, il y a quelques mois, un kamikaze, autre genre de croyant, a fait sauter un bus israélien).

« L'Extase, l'Affliction, l'Échec à l'Antéchrist... on ne sait pas vraiment à quel point Bush avale ces bêtises (même si Reagan les avalait toutes). V. S. Naipaul a défini l'élan religieux comme l'incapacité « à considérer l'homme en tant qu'homme », responsable envers lui-même et sans qu'il soit dorloté par un pouvoir suprême. On peut considérer qu'il s'agit d'une faiblesse ; Bush considère - le danger est là - que c'est une force. »

En politique plus ou moins « normale », non totalement théocratique comme le sont les actuels gouvernements étatsunien et israélien, le drame de Cana conduirait sans doute à « rebattre les cartes » – ce qui aurait déjà été fait, d’ailleurs, tant les drames n’ont pas manqué ! On devra s’en tenir aux « excuses » d’Ehoud Olmert ou aux « regrets » de Mme Rice. Et qu’en sera-t-il de la question palestinienne une fois retombée l’indignation internationale ? Car il n’est pas d’autre question à régler en premier au Proche-Orient. La clé de la Paix y est enfouie dans les sables de Gaza et de Cisjordanie. Et aussi, sinon d’abord, dans les cœurs meurtris, tellement étouffés de haines réciproques, elles-mêmes tellement ancrées aux atavismes religieux, eux-mêmes verrouillés aux multiples affairismes qui se nourrissent de ces haines, et des guerres, ici et de par le monde.

>> Vos commentaires sur "c'est pour dire" svp.


>>> Les photos sont extraites du film Le Monde selon Bush, de William Karel. Les deux dernières également, prises en Irak lors d'une intervention de soldats américains.

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Published by Gérard Ponthieu - dans Suites de "c'est pour dire"
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