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22 mai 2005 7 22 /05 /mai /2005 22:00

URGENCE ! La famine menace 3,5 millions d’Africains du Sahel


Le Niger, pauvre entre les pauvres, devrait accueillir en décembre prochain les 5e Jeux de la Francophonie, sorte de JO à la mode françafricaine… Pourquoi pas. Mais pourquoi donc ? Pour « aider au développement », selon la rengaine tellement rabâchée ? Pour sacrifier au rite antique postulé : « Du pain et des jeux » ? Si le peuple nigérien aura peut-être « ses » jeux, pour le mil et le sorgho, il devra encore attendre !

Le Sahel, en effet, connaît une terrible famine. La FAO estime à 23, le nombre de pays africains touchés par la famine – la moitié du continent ! On a fini par s’y habituer, de ce côté-ci de l’hémisphère opulent. Là-bas, non. De même a-t-on fini par ranger cette injustice au rayon des fatalités. Mais parmi les épidémies et pandémies qui ravagent l’Afrique, il en est une qui se porte bien : la corruption. A tous les étages de la vie politique et économique. Quelques médias courageux s’évertuent à combattre le mal, grains de sable dans les dunes rampantes du désert.

En attendant, quelques associations, aussi courageuses et dévouées, s’emploient de leurs côtés à colmater les brèches de l’extrême pauvreté. C’est le cas de l’Assofrani qui nous envoie son témoignage et son appel à la solidarité.


Au secours du peuple nigérien !

Au Niger, pas de guerre civile (la rébellion touarègue s’est terminée en 1995), ni de tremblement de terre. Rien que la famine qui menace 3 millions et demi de personnes, près du tiers de la population totale. Les bêtes dans les troupeaux meurent les unes après les autres. La vie des nomades, touaregs ou peuls, est menacée à très court terme. Sauf si la solidarité se met en place rapidement.


Les populations nomades doivent vivre dans un habitatsommaire, démontable et transportable facilement pour suivre letroupeau dans ses déplacements à la recherche de la nourriture

Le territoire du Niger est constitué à 80 % de désert. Plutôt de déserts car la physionomie du paysage change. Parfois terre nue et plate, parfois dunes comme le fameux Ténéré qui déclenche, rien qu’avec son nom, des envies de partir… Parfois herbes sèches parsemées, parfois roches polies par les tempêtes de sable. Et dans ces territoires, que de monde ! Sur une superficie deux fois plus grande que la France vivent – ou plutôt tentent de survivre – quelque onze à douze millions d’habitants.

Paradoxalement, le fleuve qui donne son nom au pays ne le traverse en réalité que dans une toute petite partie, à l’ouest, en venant du Mali et partant vers le Bénin.

Cela fait trois ans que l’unique saison des pluies n’est pas satisfaisante. D’octobre à juin, pratiquement pas une goutte ne tombe. Dans certains villages, les femmes et les enfants n’ont comme dernier recours que de danser pour appeler la pluie. Et, un malheur n’arrivant jamais seul, en plus de ces trois années de sécheresse, les criquets se sont abattus sur les récoltes voici six mois. Aujourd’hui, la situation est catastrophique. 90 % des récoltes sont détruites. Le fourrage manque aux animaux et la population subit de plein fouet l’augmentation du prix des sacs de mil ou de sorgho.


Les éleveurs proposent leurs plus belles bêtes sur les marchés. Ici, celui de Baléyara.

Six chèvres pour un sac de 50 kg. En temps normal, le sac de mil de 50 kilos peut se troquer au marché contre une chèvre. Avec cela, une famille (avec la notion de famille africaine) peut manger pendant une semaine. En ce moment, les chèvres sont si maigres et les prix du sac ayant flambé, un éleveur doit donner six chèvres pour le même sac. Personne ne peut tenir dans ces conditions. Les troupeaux sont décimés. Ils sont soit troqués, soit mangés, soit morts de faim.

Pour tenter de sauver une partie de leur cheptel, les bergers se dirigent vers le sud, là où les terres sont cultivées. Dernièrement, dans la région de Dosso, des troupeaux affamés se sont rués dans les champs pour manger. Les affrontements qui ont suivi entre éleveurs nomades et paysans sédentaires ont fait 11 morts et 22 blessés.

Intervenir en urgence. Médecins sans Frontières a déjà déployé sur place trois centres de nutrition thérapeutiques à Maradi, Dakoro, et Keita et 21 centres ambulatoires (1). Mais, il est nécessaire de s’occuper des populations, sédentaires et nomades dans les parties isolées, afin d’éviter des milliers d’hospitalisation dans le meilleur des cas, des milliers de décès dans le pire. L'objectif pour Médecins sans Frontières : répondre à l'urgence nutritionnelle en ouvrant de nouveaux centres de prise en charge de la malnutrition sévère, et mobiliser les autres acteurs de l'aide au Niger pour tenter de prévenir la dégradation de la situation. Même avis pour Hélène Agnelli, coordinatrice d’Agir contre la Faim au Niger (2). « Il faudrait, dit-elle dans une correspondance particulière, pour que l'action ait un sens, que des fonds arrivent avant le 1er juin. »


Dans le classement de l’ONU, le Niger est le dernier pays au monde en fonction de son PIB.

En effet il y a deux genres d’aide humanitaire. Acheminer du fourrage et des céréales sur place ou envoyer des fonds pour acheter sur place. Dans les deux cas, c’est l’urgence qui est décrétée.

150.000 euros… De nombreuses ONG se mobilisent. Ainsi, dans le massif de l’Aïr, le collectif de 17 associations s’est fixé comme but la récolte de 150.000 euros pour subvenir aux besoins. Mais des secteurs entiers sont oubliés. L’AACP (3), l’Association d’action contre la pauvreté supervise une zone de 140 km sur 160 km autour du village d’Abalama, à 80 km au sud d’Agadez. Son président, Bakri Habala, est actuellement en France. Il vient de trouver un partenaire en l’Assofrani (4), l’Association de solidarité Franco-Nigérienne, basée dans l’Aube. Rien que sur cette zone, 50.000 euros sont indispensables pour sauver les 16.000 habitants, nomades ou sédentaires.

Fanette Delamarre, présidente de l’Assofrani, a interpellé le président de la Chambre départementale d’Agriculture afin de mettre en marche des actions de solidarité que le monde paysan connaît bien. D’autres démarches sont d’ores et déjà lancées avec la FNSEA et des associations de solidarité agricoles. Des interventions en direction des grands groupes céréaliers français vont avoir lieu dans les prochains jours.

Les surplus de céréales en France, et au niveau européen, se comptent en dizaines de milliers de tonnes. Une partie pourrait être offerte aux populations nigériennes. Triple inconvénient : le temps nécessaire à monter ce genre d’opération, le coût de l’acheminement avec les problèmes de distribution, avec les « pertes » et le coup porté au système économique local. Inonder le marché nigérien de céréales offertes empêche, dans le même temps, le dernier pays du monde (selon le classement de l’ONU par rapport au PIB) à se forger une économie. Mais, à année exceptionnelle, mesure exceptionnelle.

L’Assofrani tente également de recueillir des fonds (5) pour acheter de la nourriture de substitution pour les animaux, essentiellement des graines de coton et du son disponibles entre autres dans le sud du pays et le voisin nigérian. Pour la population, essentiellement des sacs de mil et du riz, leur nourriture de base traditionnelle.

Habituellement, cette association intervient dans l’amélioration de l’accès à l’eau et profite de ses déplacements pour acheminer du petit matériel scolaire et des médicaments. Mais dans le cas présent, l’urgence n’est même plus dans le développement de l’éducation. Elle est dans la survie de millions de personnes.

Qu’y a-t-il de plus beau que de sauver la vie d’un être humain ? Certains, comme les pompiers, les urgentistes, les chirurgiens et bien d’autres ont choisi d’en faire leur quotidien. Mais pour l’immense majorité des Français, cela peut être maintenant !

–––
(1) www.paris.msf.org
(2) www.acf-fr.org
(3) action_pauvrete@yahoo.fr ou tél. 06 32 76 57 25
(4) www.assofrani.org
(5) Libellez vos chèques à l’ordre de : Assofrani – Abalama, et adressez-les : 1, rue Lamoricière 10300 Sainte-Savine France

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