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4 juin 2005 6 04 /06 /juin /2005 22:00

Au fond du bocal, une mélasse de médiacrates et de politiciens



L’Après se révèle donc bien plus riche en promesses. Bien plus parlant encore que les pontifiantes interrogations, admonestations, prophéties de malheur en tous genres de l’Avant. Ce 29 mai aura été libérateur à bien des égards, clarificateur aussi. Voyant mieux à quoi il a échappé, le peuple se remet de ses pâleurs – à défaut de ses douleurs, qui restent bien réelles.

 

Il y a eu décantation : des sédiments se sont déposées au fond du bocal, selon leurs densités. Les plus lourds au fond. Et là, on trouve, mêlés, médiacrates et politiciens dominants – confondus, alliés, réciproquement adoubés, depuis si longtemps qu’on ne les distingue plus.

Parlons des médias, c’est notre vocation ici – qui d’ailleurs fait toucher à tout… Voilà une bulle qui aura résisté au tsunami [y avait longtemps…, mais remarquons qu’en l’occurrence le terme n’a pas été ressorti… Fallait « relativiser » pour au moins sauver la face] du 29 mai. La bulle est bétonnée. Un monde y vit en autarcie, en endogamie. Même bouffe alimentaire et spirituelle. Même baise à finalité consanguine. Même reproduction des lignées bien-pensantes, parlure commune pour pensée Unique. Les aristocraties naissent et vivent ainsi. S’éteignent aussi, sans disparaître tout à fait, sortes de corpuscules élémentaires, chaînes ténues mais qui savent résister, « rebondir » dirait-on de nos jours.

Donc, ils résistent. Ils tiennent le bunker de l’Élite. Avant, je n’aimais pas ce mot, m’en méfiais comme de la peste. D’ailleurs, sa variante brune l’avait gravé à son frontispice. Et pour ça, je m’en méfie toujours. De même que l’establishment, cher au même Le Pen. Pourtant je l’ai repris aussi, récemment [Jour d’après. L’Apocalypse ! prédit Jean-Marie. Masochisme ! renchérit Serge]. « Gaffe ! », m’a averti mon pote Bernard. Oui, gaffe, mais le mot est juste et l’autre ne l’a pas breveté ; il parle bien aussi de « peuple », le populiste, non ?

L’Élite, donc, loin de moi l’idée de l’amalgamer dans un quelconque discours anti-intellos, voire anti-pensée ! Dois-je même le souligner ? L’élite existe, certes. L’Élite aussi, avec une majuscule, comme d’autres avec leurs particules. C’est le clan des autoproclamés « savants », souvent de ceux que mon père, comme par instinct, appelait les « instruits cons ». Savoir – enfin croire savoir – à quoi bon, oui, si c’est juste pour dominer, briller, profiter, exploiter, aliéner, etc. ?

Ça, c’est mon questionnement – heureux de n’être pas seul avec ! –, mais Eux s’en tamponnent totalement, puisqu’il s’en goinfrent, bien sûr ; ils en sont comblés jusqu’à trop plein. Honneurs, richesses, même symboliques, ils en redemandent, n’en auront jamais allez : fréquenter les « grands », picorer dans leurs écuelles argentées, monter aussi – mais sur les bords – les Marches de la Réussite, comme à Cannes, tout le ciné sociétal, la haute distribution, la piétaille qui bat des mains, et sans laquelle la jouissance serait comme inaccomplie… Plus encore, il est vrai, si elle n’était relayée, amplifiée, magnifiée par ce miroir complaisant, suffisant de la société du spectacle et de ses médias serviles.

Il n’est qu’à transposer Cannes, son Tapis rouge, son Palais, ses Princes et Roitelets. Ils sont là, en place, à l’Élysée ou à Matignon, jusqu’aux limousines noires ou grises – ces Rolls modèle République. Et toujours, ô combien !, la piétaille journalistique – oui : le peuple de la presse, souvent des jeunes, débutants ou précaires, qui tendent la sébille-micro-caméra, quémandant un mot, un regard, pitié ! Monsieur le Ministre, juste un signe, une piécette de Vous-mon-Prince, que je rentre pas bredouille et penaud à la maison-rédaction… Je la connais, cette humiliante position, pour l’avoir aussi vécue – certes pas longtemps –, avant la prise de conscience qui empêcha, grand merci, les affres de la Carrière. Et vraiment, je m’en sens plus heureux encore que fier.

Donc, j’éprouve de la hargne devant ce pitoyable spectacle. Non pas, bien sûr, en direction des «jeunes confrères» – je suis encore des leurs, par le cœur, sans condescendance ; après tout qu’ils en chient jusqu’à la révolte ! J’en veux, et comment !, à leurs maîtres, valets des pouvoirs, ignares avides de puissance vaine, salauds sartriens, pourris tout court. Me fais-je bien entendre ? Je désigne, et dénonce, les tireurs de ficelles qui, précisément, ont tenté de ficeler un débat à leurs profits. Mais ficelles trop grosses, pour une fois – à force d’aveuglement et de surdité. Infirmités rédhibitoires qui relèguent à l’hospice communicatoire – je persiste, en dépit de mon correcteur buté – ceux qui n’auraient jamais dû renoncer aux beaux métiers d’éclaireur, passeur et autre chercheur à la Diogène : «Je cherche un Homme !»

→ A ce point, je passe le relais à quelques-uns d’entre ceux qui sont restés debout. Ma sélection arbitraire, et incomplète :

• Un pays sans miroirs, de Mona Chollet (in Le carnet de Périphéries). Magnifique article consacré en particulier au rôle des médias dans le contexte. Tout en finesse (et en longueur), il se termine par cette question : « Combien de temps un pays peut-il vivre sans miroirs? »

• Un autre papier de haute volée, relayé par Acrimed, au titre puissamment évocateur : La procession des fulminants. Frédéric Lordon, chercheur, économiste, n’y va pas avec le dos de la cuiller. Attaque :

« Que se passe-t-il dans les têtes journalistes ? Comme si les capacités d’accommodation mentale s’étaient trouvées saturées par l’ampleur du choc à assimiler, l’événement qui aurait dû produire le plus d’impact n’en a produit aucun : par l’effet d’une combinaison d’inertie et de stupeur, l’appareil médiatique continue sur sa lancée, et ressasse en boucle les mêmes consternantes ritournelles, après comme avant le référendum. »

• Encore sur Acrimed, une remarquable analyse, par Patrick Champagne, de la véritable agression dont Fabius a été l’objet sur France 2, le dimanche soir 22 mai, de la part de Béatrice Schonberg, sous couvert des « questions que tout le monde se pose ». Un délice : cliquer là.

• Chez Politis, voir «Une voix plus forte pour Politis», par Denis Sieffert
Et, bien sûr, le Bloc-notes de Bernard Langlois.

• Dans Marianne, numéro double « Sens et conséquences d’une rébellion ». Excellente analyse de Jean-François Kahn (« Contre la dictature de la bien-pensance »). Et un sondage qui mesure le décalage entre les médias dominants et leurs publics. 

• Dans le Nouvel Obs, pour le papier de Jean-Claude Guillebaud
... et celui d’avant, déjà consacré à la campagne médiatique:

• Ça ira pour aujourd’hui ?

→  →  →  Merci de "poster" vos éventuels commentaires sur "C'est pour dire" (dans le but de les regrouper en un même endroit)

 

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