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17 décembre 2006 7 17 /12 /décembre /2006 11:31

« Qui couche avec qui ? », that is the bad question

Je me souviens… Je me souviens, dans les années 75, de ce dessin de Wolinski qui en une page amassait les potins-de-cul agitant le milieu de la presse. Ça s’appelait, je crois bien « Qui couche avec qui ? » et il n’y était question que des canards parisiens ; ça donnait un fourbi genre famille tuyau-de-poêle : Le coursier de l’Obs, se tape la téléphoniste du Figaro, qui se fait le cruciverbiste du Monde, qui saute telle claviste de Libé, qu’un journaleux de L’Express, et cætera. Mes exemples sont tout à fait factices, comme ils l’étaient, plus ou moins, sous le crayon du dessinateur. N’allez pas croire ce qui n’est plus, oh là là, non, et d’ailleurs il n’y a plus de clavistes à Libé et du coup plus de chaîne du vice… Bien sûr.

C’était un temps où les affaires de sexe et de cœur, en ordre et proportions variables, n’avaient pas, à ce point comme aujourd’hui, gagné la sphère politico-médiatique. Il y avait bien des affaires ténébreuses, comme celle d’un Giscard qui, à l’heure du laitier, regagnait l’Élysée par une porte dérobée. Le Canard, Le Monde, Minute et France-Dimanche y étaient allés de leurs couplets. Gentiment. Rien à voir avec les saillies outrées (si j’ose dire…) qui, à la même époque, avaient pris tournure de scandale chez les prudes anglo-saxons : affaires Christine Keeler, outre-Manche, Edward Kennedy, outre-Atlantique, tandis qu’un certain Markovitch, chez nous, avait agité la torpeur pompidolienne sur fond de polar olé-olé avec Alain Delon en vedette « américaine »… Encore moins à voir avec les histoires de Clinton.

Entre temps a jailli la pipolisation. Des médias et des esprits – du moins des esprits pipolisables – esprits étant peut-être un bien grand mot. Le mouvement s’est emballé. J’aurais tendance à le dater de Mitterrand, lorsqu’en 1994 il rendit publics l’existence de Mazarine et sa liaison avec Anne Pingeot. Le tout-Paris branché « savait » plus ou moins, se nourrissant du secret et du soufre de la rumeur. Le signal était donné et Paris-Match ouvrait le ban.

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Sur un registre moins politique, un autre accès de fièvre pipole fut déclenché par la mort de Lady Diana en 1997. Dix ans après, faisons confiance aux torche-cul pour exploiter l’anniversaire sur toutes les couleurs de la dialectique complot/fatalité.

Année 2006 : un bon cru. Où l’on retrouve Match avec sa une sur l’escapade de Mme Sarkozy. Ce qui fâcha doublement le ministre et son Lagardère d’ami. Exit le réd-chef Genestar, bourré d’indemnités. Non sans avoir, auparavant, pipolisé l’union maritale Schönberg-Borloo.

Aussi l’année 2007 s’annonce-t-elle fort prometteuse. Je sens déjà que dans pas longtemps on va révéler ma liaison avec Ségolène Royal. Cet « outing », certes, y sera pour quelque chose… Que voulez-vous, c’est humain… De tous temps, la sexualité a gouverné l’humanité, ou du moins en a-t-elle fortement teinté les orientations – et inversement. D’ailleurs, à propos d’orientations et de penchants, on devrait bien aussi évoquer l’homosexualité et ses variantes gay, pédérastiques et autres. Puis on ouvrirait la boîte de Pandore des fantaisies diverses dont la multiplicité dépasse – j’allais dire recouvre – largement, toutes tendances confondues, les multiples courants traversants corps et appareils politiques.

Tout ça est aussi ancien que l’Antiquité. Ne dérangeons pas Socrate pour si peu. Quant aux libidineux de Tautavel, je vous dis pas, dans leurs fameuses grottes – d’ailleurs, hein, si ils se cachaient à ce point !… – et voyez Lascaux et ses symboles tendancieux, etc. A côté de quoi, les caves germano-pratines, comme celle du Tabou jadis, c’était de la bibine.

La question aujourd’hui est bien celle de l’exploitation politico-médiatique des « amours de stars ». C’est aussi la question de l’œuf : qui provoque un tel attrait ? Ce peuple gogo qui en redemande, ou l’âpreté commerciale du média-bizness qui provoque l’excitation ? Les deux, mon capitaine ! Et même les trois, en ajoutant ces protestataires de service, parmi lesquels les syndicats de journalistes, si prompts à crier au loup.

Le loup, ça fait un bail qu’il campe dans la bergerie ! Déguisé en animateur de galerie marchande : promotions en tous genres – vedettes du showbiz, de la variétoche à la politicaille. Il se masque aussi et surtout derrière le traitement voyeuriste des « faits divers », cette catégorie journalistique si souvent faisandée, presque toujours suspecte, qui peut faire ou défaire des élections : avril 2002, l’affaire «Popaul», le « petit vieux » agressé près d’Orléans , le reportage le plus anxiogène de l’année, la médiatisation du thème de l’insécurité portée à son comble à la veille des présidentielles… D’un même élan, Claire Chazal et Béatrice Schönberg, dégoulinent du « fait-div » à pleins prompteurs, comme une pornographie. Voilà ce qui importe, et non pas de spéculer sur « avec qui elles couchent ou pas ».

Idem, évidemment, en ce qui concerne les Poivre d’Arvor, Jean-Pierre Pernault, que sais-je ? Et aussi pour Marie Drucker. Pourquoi devrait-elle quitter son poste sous prétexte qu’elle fricote avec le ministre Baroin ? C’est une chasse aux sorcières ! Pourquoi, pendant qu’on y est, ne pas constituer un « jury-citoyen » (hmm-hmm !…) qui, pouces vers le sol, enverrait les journalistes au goulag ? À l’inverse, un tel ou une telle ne « coucherait » pas que ça lui délivrerait un certificat de bonne vie et mœurs journalistiques ?


L’image : Cachez ce membre que je ne saurais voir… Lemonde.fr en pleine hypocrisie. Parler d’un « membre du gouvernement » sans le nommer et reproduire la une du torchon « Bon Week » qui s’en charge…

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Published by Gérard Ponthieu - dans Suites de "c'est pour dire"
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commentaires

Jean Louis 18/12/2006 09:39

"Johnny Smet progresse en calcul. Il sait convertir des euros en francs helvètes. «Un Suisse, c’est un Belge qui a fait des études», disait Coluche."

Un Suisse, c'est un Français (aussi) qui a fait du fric.