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28 janvier 2007 7 28 /01 /janvier /2007 22:32
Le jazz échevelé et heureux
du quartet de Sylvain Kassap



Voyez ces deux-là comme ils tanguent ! Forcément, ils naviguent ensemble. Et nous embarquent. En route vers la sphère céleste. Musique !

Présentations : A tribord et au violoncelle-lumière, Didier Petit ; sur le gaillard d'avant, à la barre et aux clarinettes, Sylvain Kassap ; à sa gauche et ici fouettant grand-mère –     c'est pour son bien – et juste avant de l'enlacer, Hélène Labarrière ; à bâbord enfin et aux manettes d'accostage, le boscot et son attirail, Edward Perraud. En jazz, on appelle ça un quartet (ou quartette); et leur concert fut donné, au vrai sens, samedi soir (27/01/07) au Moulin à jazz à Vitrolles, Bouches-du-Rhône.


Un jazz de jazz, autrement dit indéfini, de passage, de transport. Cherchez pas l'étiquette, n'aurait pas de sens, pas d'objet ; tout juste bonne à brouiller la perception, embrouiller le propos. Heurts des mots contre les notes, leurs interférences, les radiations émises, renvoyées par le public aux musiciens, qui les perçoivent, puis les transforment encore. On appelle ça un concert, comme on dit naviguer de concert : aller ensemble – nulle part et partout, c'est selon sa cartographie, les courants, éléments, tempêtes. Sculpteurs de sons, de masse sonore, ciseleurs de copeaux. Ça cogne en douceur, ça effleure en volcan.

Voyez-oyez l'homme des fûts, sa batterie et tous les ustensiles amassés dans une valisette, et les affaires de toilette – le peigne en fer, le bol (à raser ?) tibétain, la baballe à frotter la grosse caisse qui en râle de jouissance. Un ciseleur disais-je aux allures de gamin – 35 ans quand même et l'avenir en océan, sourcé à un Paul Lovens, son maître, à un Gerry Hemingway et aux tablas indiens, c'est dire qu'on est loin des bûcherons binaires et primaires. Edward Perraud, un batteur harmonique et un joueur de silence, cette composante du son musical.

Oyez-voyez Hélène Labarrière et sa contrebasse qui gronde et mugît en pleine grâce – grâce du geste, du corps dansant, chaloupant avec toute l'embarcation jouante, elle en figure de proue, comme noyée, les yeux fermés, au loin, au tout près. Une basse ferme, gant de velours et main de fer pour l'attaque, solide.

Et à la trompette marine – sauf qu'elle n'a qu'une corde et lui, le violoncelle, quatre. Sans parler de ses cordes vocales : Didier Petit ajoute le chant à celui de l'instrument, plutôt rare en jazz, cet univers qui ne refuse jamais personne – pas même la cornemuse.

>>> Voir-entendre un extrait du concert du Moulin à Jazz, Vitrolles, 27 janvier 2007

Donc, un trio de cordes, de peaux et de bastringue duquel jaillit le souffle vif et boisé de l'homme aux clarinettes, la « piccola », la "normale" et surtout-surtout la basse dont Sylvain Kassap est l'un des virtuoses parmi les Michel Portal, Louis Sclavis et Laurent Dehors, et aussi John Surman, David Murray et Anthony Braxton. Sylvain, avec sa tignasse à la Angela Davis, version mâle et moldave, il capte parfois ses ancêtres lointains ; c'est alors la clarinette en si bémol qui parle, comme dans les fanfares ukrainiennes ou roumaines. Oui, lointaines ces réminiscences, histoire de ne pas se perdre dans le grand Tout du jazz, celui qu'il arpente avec ivresse et dans le don.

Un jazz exigeant avec lui-même, érudit et populaire comme sait l'être le jazz ainsi joué. Tous les quinze jours Vitrolles s'ouvre à ces possibles. L'association Charlie Free tient son vieux moulin (rénové) depuis maintenant dix ans. Le festival d'été va fêter ça en grand pompe et sous les platanes. On en reparlera. D'ici là, on a encore une demi-douzaine de chances de se rencontrer au Moulin. Par exemple le 10 février en compagnie du Stéphane Guillaume Quartet. Il est prudent de réserver : 04 42 79 63 60.

>>> Disque à signaler, reflet du concert, « Boîtes-Boat » par le quartet  Sylvain Kassap  (Évidence). Compositions du clarinettistes et un merveilleux "Children" emprunté à Albert Ayler.
> Photo © gp


Un pianiste considérable vient de mourir : Siegfried Kessler, retrouvé noyé à La Grande Motte (Hérault), non loin du voilier sur lequel il vivait depuis une vingtaine d’années. Il avait d’abord fait bande avec Didier Levallet (contrebasse) pour fonder le quartette Perception. Puis il enregistre avec d’autres grands du jazz  – entre autres avec Archie Shepp. Il explore aussi les répertoires de Britten, Chostakovitch, Prokofiev, puis tâte les univers de Xenakis, Berio et Kagel. Éclectique – et exigeant – jusqu’à la chanson, où on le retrouve notamment avec l’excellent Jacques Bertin.

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Published by Gérard Ponthieu - dans Ça sent le jazz...
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