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16 avril 2007 1 16 /04 /avril /2007 07:30
A Nice-Matin et au Point,
petits arrangements « de terrain »


Le quotidien Nice-Matin et l’hebdo Le Point, chacun sur son registre, viennent de se distinguer en termes d’éthique professionnelle.

En manchette plein pot et sous le titre "Acheter des armes de guerre à Nice? C'est très facile", Nice-Matin a publié le 15 février une photo représentant deux hommes tenant un pistolet-mitrailleur israélien Uzi et une Kalachnikov, « quelque part sur les hauteurs de Nice ». La légende ne précisait pas qu'il s'agissait d'une reconstitution. C’est un armurier qui avait fourni les armes pour les besoins de la cause… La tromperie sur la marchandise a contrarié Eric de Montgolfier, procureur de la République. D’autant plus que, selon lui, elle voulait appuyer une thèse sans fondement.
 
En vertu du "droit de rectification", Eric de Montgolfier rappelle dans Nice-Matin du 12 avril la "responsabilité de ceux qui confondent la liberté et la licence". Il affirme également n'avoir pas outrepassé ses attributions "en cherchant à (s')assurer que les faits relatés par (le) journal étaient exacts, éventuellement pour les établir et les réprimer le cas échéant" et "en demandant des comptes à ceux qui avaient cru pouvoir user d'un stratagème pour étayer un article propre à inquiéter l'opinion publique".

Dans un commentaire aux déclarations du procureur, Michel Comboul, PDG du journal (groupe Lagardère), maintient "la réalité des investigations" effectuées par Nice-Matin et dénonce "un interrogatoire très policier" des deux journalistes incriminés pendant cinq heures "avec pression morale et déstabilisation psychologique".

Le patron de Nice-Matin prétend que la photo controversée est "un montage nécessaire permettant aux lecteurs de visualiser une arme de guerre".

Observation n°1 : En admettant cette « nécessité », pourquoi l’avoir dissimulée au lecteur en n’indiquant pas le caractère fabriqué du document ? Ce qui aurait dissipé tout soupçon de manipulation. Ne pas faire prendre des vessies pour des lanternes, c’est bien une façon basique de pratiquer le journalisme – laquelle étant à l’abri du délit de diffusion de fausses nouvelles, article 27 de la loi sur la presse.

Observation n°2 : S’il s’agissait désormais de débusquer dans l’ensemble des médias tout « article propre à inquiéter l'opinion publique », les procureurs de France, de Navarre et d’ailleurs n’auraient plus le temps d’inquiéter les voleurs de poules.


Un autre patron de presse connaît aussi des misères à propos d’affaires pas bien proprettes : Franz-Olivier Giesbert, directeur du Point, a été entendu mercredi comme témoin par la police. En cause, un article complaisant paru en 2005, acheté par un milliardaire libanais, Iskandar Safa, recherché par la justice. L’article en question faisait la part belle au PDG outrageusement victime d’une "situation kafkaïenne insupportable".

L'enquête a établi que le journaliste et homme d'affaires (bel amalgame) Marc Francelet, informateur du Point, a touché 150 000 euros du milliardaire pour le service rendu. Marc Francelet est en détention depuis deux semaines. Il était allé au Liban avec l'auteur du reportage, Jean-François Jacquier, lui-même interrogé comme témoin par la police. Iskandar Safa a payé le voyage et l'hôtel pour les deux hommes.

La société des rédacteurs du Point s'est dite "consternée". Elle a demandé à la direction du magazine "qu'à l'avenir, ce genre d'informateur n'ait pas, comme c'était le cas, porte ouverte au Point".

On notera au passage que Iskandar Safa, propriétaire notamment des Constructions mécaniques de Normandie, entreprise de Cherbourg, est mis en cause pour des versements d'argent inexpliqués à Jean-Charles Marchiani, ex-homme de confiance de l'ancien ministre de l'intérieur Charles Pasqua. Safa et Marchiani sont intervenus ensemble sur la libération des otages français (Carton
, Fontaine et Kauffmann) au Liban dans les années 80.

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Published by Gérard Ponthieu - dans mon oeŒil
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