Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 mai 2007 2 01 /05 /mai /2007 07:20

De Mao à Sarko, Glucksmann

s’est retrouvé un Grand Timonier

Ce dimanche à Bercy, ayant atteint des sommets, il s’est cru au Zénith. Et Glucksmann n’a pas bronché. Pas plus qu’un Bigard. Ils étaient là pour soutenir, acclamer, prendre date pour l’Histoire… Prenons date, donc, avec ce 29 avril d’hystérie « omnisports ». Discours et assistance hallucinés. Haro sur 68 et les intellos, gloire au populo !

On aura donc tout vu de l’horreur démagogique. Horreur il est vrai imperceptible, et en fait fascinante aux yeux d’un citoyen-électeur sur deux. Aveuglement-fascination, deux temps d’un moteur increvable. Mon peuple, pourtant. Ce même peuple que d’autres moments d’Histoire auront fait lever avec ses piques de sans-culottes, ses pavés de la Commune et de Gay-Lussac. Mais aussi ce peuple moins hardi, voire péteux, sous Pétain et l’occupant…

Et maintenant ce même peuple capitulant – « les Français sont des veaux… » – s’offrant en pâture médiatique et en parterre béat devant des histrions qui le méprisent en lui déclarant un amour de carton-pâte. C’était la veille de Bercy, à Valenciennes, usine Vallourec, entreprise du CAC-40 : des ouvriers en bleu de travail applaudissant l’ode à la France « lève tôt- gagne plus »… Pour se faire enculer, oui ! Pas d’autre mot disponible, pardonnez la vulgarité, effet de colère et de tristesse. Un tel spectacle, non ! Un déni de conscience : « Con comme un ouvrier de droite ! », j’avais entendu ça, il y a quelques années, d’une ouvrière-gréviste isolée dans son désespoir.

>>>

Des harangues pareilles, normal que ça fasse effet chez les rombières et rombiers de la bourgeoisie, bon. Normal aussi que ça empapouate les pipoles du show-biz. Normal enfin que ça fasse se trémousser le Glucksmann, cet ancien chantre de Mao, cet adorateur d’idôles et déboulonneur à retardement – tout le monde peut se tromper… Même sur Sarko ? Attendons, pourrait-on dire, si on avait le temps d’esthétiser à propos d’une menaçante Bérézina démocratique ; si on avait envie et moyen de se caler dans le bien au chaud de ces moralistes qui ne morflent jamais, sinon de ridicule, de leurs bévues à répétition et inconséquentes.

En 1972, n’avait-il qualifié la France de « dictature fasciste », rêvant à l’embrasement de l’Europe entière de Lisbonne à Moscou (rapporté par Raymond Aron dans ses Mémoires) ? Emballements et engagements l’agitent par périodes et en tous sens pour finalement converger sur les prises de position américaines et israéliennes en matière de politique extérieure, notamment lors du conflit contre l’Irak. En 2003, il fustige le « camp de la paix », et atteste des fameuses armes de destructions massives de Saddam Hussein – conviction qui en fera un zélateur de Bush et un va-t-en guerre. Reconnaissons-lui toutefois ses positions anti-staliniennes et son soutien à la cause tchétchène – et revenons à « sa » cause sarkozyste.

Dans le « grand homme », Glucksmann reconnaît le « seul candidat aujourd’hui à s’être engagé dans le sillage de la France du cœur », rejetant une gauche « qui se croit moralement infaillible » mais a renoncé au combat d’idées et à la solidarité internationale. Dimanche, en chauffeur de salle à Bercy, il y est allé de sa diatribe contre Ségolène Royal au sujet de sa prétendue complaisance avec les dirigeants chinois sur la question des Droits de l’Homme. Son maoïsme enflammé l’autorisait en effet à jouer les donneurs de leçon, lui qu’avait aveuglé son adoration pour le Grand Timonier !

Autant de faits de bravoure qui lui ont valu une belle réplique de l’écrivain Jean-Marie Laclavetine (Le Monde 05/02/07) : « Nous sommes désormais habitués aux combats menés pour la galerie cathodique par les titans de la pensée française. Moi et George Bush, moi et Saddam, moi et Sharon, moi et Bouteflika, moi et le Che, moi et le pape, moi et Fidel, moi et Mitterrand, moi et de Gaulle. Un peu comme Nicolas, en somme, ce Nicolas dont vous faites sans rire un descendant d’Hugo et de « la France du coeur », en référence sans doute aux Restos du même nom, où il envoie ses pandores effectuer des rafles, sûrs qu’ils sont de trouver autour des gamelles de soupe leur ration de sans-papiers ; ce Nicolas héritier de Jaurès qui prône la restriction du droit de grève et le démantèlement du code du travail ; ce Nicolas qui glorifie l’abbé Pierre tout en faisant cueillir par ses gendarmes des enfants trop foncés dans les salles de classe. »

Inspirateur de Sarkozy, Glucksmann lui aura sans doute un peu soufflé son envolée contre Mai-68. Délice sucré de l’intellectuel aux marches de l’Imperium – enfin la cour des « grands » ; revanche arrogante de l’apostat voulant faire croire que l’Histoire a changé et non pas lui. Sauf son habit de clown.

Partager cet article

Repost 0
Published by Gérard Ponthieu - dans Suites de "c'est pour dire"
commenter cet article

commentaires

DECARSIN 02/05/2007 18:17

Qu’est ce qui nous chauffe ?

L’itinéraire de Glucksman est un exemple parmi d’autres de ces revirements à 180° qui ponctuent la vie politique d’un pays, celui de François Ewald, un autre ex-mao converti au Medef , n’est pas moins frappant. Ces cas sont légions. Mais ce qui me surprend surtout, ces derniers jours, c’est la multiplication spectaculaire de ces revirements et par dessus tout l’extrême rapidité avec laquelle ils s’opèrent. Un Eric Besson qui, il y a trois mois, ne jurait que par S. Royal, idolâtre aujourd’hui N. Sarkozy ; le publicitaire Séguéla qui, la semaine dernière, votait pour la première, votera pour le second la semaine prochaine ; le philosophe M. Onfray qui, il y a peu, nous dressait un portrait des plus alarmistes du candidat UMP (je m’y référais moi-même) nous annonce à présent qu’il votera blanc… Et j’en passe.

Je veux bien admettre que N. Sarkozy, lui-même expert en traîtrises de toutes sortes, excelle dans la stimulation de ce genre de revirements. Il serait pour autant injuste de lui attribuer le monopole de ce type de provocation. Avant donc de « diaboliser » tel ou tel acteur politique, il m’apparaît de plus en plus pertinent de questionner la nature même de la politique, dans son ensemble : si, en effet, le « diabolos », c’est « le diviseur », jamais autant que ces jours-ci la politique ne s’est présentée comme ce qui divise l’être d’avec lui-même.

Je ne m’imagine pas une seconde qu’une « synthèse de la gauche et la droite » pourrait « revitaliser la politique », comme le croit naïvement F. Bayrou. Tout cela n’est que « vue de l’esprit ». Mais c’est une vision que je considère en revanche comme symptomatique : plus que jamais, s’impose en effet aujourd’hui la nécessité pour chaque individu de pointer ses propres divisions et de concilier ses pulsions opposées. Or justement, cette nécessité est loin d’être posée de façon explicite. On parle aujourd’hui d’écologie pour désigner les dangers qui menacent notre environnement. On ne parle en revanche jamais d’écologie psychique ; Comme si les épidémies n’atteignaient que les corps, jamais les esprits. Comme si l’on se complaisait dans l’oubli que ce sont ces épidémies mentales qui ont généré les totalitarismes.

C’est cet « oubli » que j’assimile aujourd’hui à la « crise morale » dont je parlais le 18 avril sur ce blog. « Sommes nous cuits ? », tel était le titre de mon article. Cette question exige une réponse urgente, tant les réflexes populistes qui réactivent aujourd’hui l’ensemble des partis politiques confèrent au climat actuel un parfum particulièrement nauséabond. On m’a fait remarquer depuis la sortie de cet article : « Mais non, nous ne sommes pas cuits ! il n’y a pas de crise morale ! Regarde, le taux de participation au premier tour n’a jamais été aussi élevé !... »

Soit. Je retourne donc la question : « Qu’est ce qui nous chauffe ? »

Joël Decarsin, Aix-en-Provence