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2 mai 2007 3 02 /05 /mai /2007 10:17
Sarkozy sur France Inter. Comme un pet sur une toile cirée

Ce matin, invité de France inter, le candidat UMP. Très défensif-offensif selon son naturel galopant. En auto-surveillance, se redoutant lui-même, depuis le temps qu’ « on » lui dit – « on », ses managers de boxe qui, entre chaque round, viennent lui passer l’éponge dans le dos : « Gaffe à ta gauche, Nicolas ! Pense à ton crochet droit ! ». Et le poids-coq, un peu welter, repart au coup de gong, fait écran à l’arbitre pour tenter un coup bas, sous la ceinture.

Il était donc sur ses gardes, dans ce repaire post(e)-68tard, cette radio écoutée surtout par des Sarko-sceptiques, pour le moins [sondage Télérama] – mais les trois ou quatre auditeurs- questionneurs seraient cette fois triés en conséquence. Il avait donc tort de s’inquiéter pour si peu. Guy Carlier aura préféré tourner les talons. Suffisait alors de la jouer badine – on badine bien avec les médias, et Demorand donnait aimablement dans le taquin : « Vraiment, liquider 68 ? » Beuh, le picador n’aura guère fatigué le taureau, et Hélène Jouan n’agitera pas la muleta, tout juste un p’tit coup de chiffon timide. Et lui de barbouiller à tout-va : « François Hollande a dit qu’il n’aimait pas les riches ». Rien ne se passe autour des micros. Pas le moindre contrepoint. Pourquoi se géner ? D’un uppercut, il descend 68 : ce temps où « Voltaire, ça valait Harry Potter ». Et pas un mot pour relever ce déni intellectuel – ou au moins pour rappeler, même en badinant, que le Potter en question, euh, en 68…

C’est vrai qu’il terrorise. Demorand, tout assuré qu’il paraisse – de l’assurance sans risque des jasettes de salon radiophonique –, ne résiste en rien aux assauts de la bête, feutrés de ses « je vous le dis très gentiment » (à deux reprises), mais n’y revenez pas trop ! La menace a du mal à se voiler : « Vous êtes formidable ! Avec vous, j’ai l’impression de faire un débat avec un homme politique… Merci, comme ça je m’entraîne pour ce soir ! »… Ou encore : « On peut avoir ses convictions et être précis ! » Ces piques sont terriblement acérées. Elle délimitent la fonction journalistique : des questions, certes, mais pas d’objection, pas de résistance, juste passer les plats. 40.000 personnes hier à Charléty : « – Vous y étiez ?! Bon, disons que vous y étiez pas !… » Sous-entendu : alors on la ferme !
Et lui alors, il y était ?

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Un auditeur prend le relais pour dénoncer la « colonisation » de France inter par les idées de 68… Oh, comme vous y allez !, proteste en substance Demorand, voyez Sylvestre et Marris, on équilibre… Comme si la fonction journalistique ne devait, par essence, relever de la nécessaire et démocratique fonction de contre-pouvoir. Un ministère de l’information ? – « Une plaisanterie ! » En effet, pour quoi faire ? Comme si le système des réseaux d’amitié et de connivence n’était pas autrement efficaces. Mais l’objection est d’avance désamorcée : « On me dit que les médias sont à ma solde… Mon dieu ! » Voyez Libération, le Nouvel Obs, Marianne… qui appartiennent à des riches et cependant partisans de « Madame Royal »… « Dois-je en conclure que Madame Royal est liée aux puissances de l’argent ? » Silence radio. Sarkozy embraie de plus belle : Lagardère n’était pas à Bercy, Bouygues non plus. Alors, si c'est pas la preuve !

Et là, les micros sont scotchés, médusés.

Bon, OK, on ne peut pas tout ressortir, ni forcément être assez réactif face à tant d’aplomb… Mais enfin, il y avait quand même matière à rétorquer ! Sinon, bordel de chiotte, à quoi je sers à ce micro qui, rappelons-le, est tout de même et avant tout un outil au service du droit du public à l’information ! Alors, je résume, en vrac :

Sarkozy a un fils dont Martin Bouygues – actionnaire principal de TF1 –  est le parrain ; lequel a assisté au congrès de l'UMP qui a sacré le même Sarkozy ; Bernard Arnault – PDG de LVMH qui possède La Tribune – est ami de Sarkozy, qui a assisté au mariage de la fille d'Arnault, comme il avait assisté au mariage de Claire Chazal (TF1) ; Vincent Bolloré – entre autres PDG d'Havas – ami de Sarkozy, présent à la remise de sa légion d'honneur ; Arnaud Lagardère –  Hachette (entre autres:
Europe 1, le Journal du Dimanche, Paris-Match, des titres régionaux), EADS… – grand ami de Sarkozy, présent, cette fois, à son meeting pour le "oui" à la constitution Européenne en mai dernier. N’oublions pas non plus dans la même brochette amicale : Édouard de Rothschild  l'actionnaire de référence de Libération (« journal de merde»), Alain Minc président du conseil de surveillance du Monde.

Donc, à France Inter ce matin-là, on a glissé là-dessus comme pet sur toile cirée.

Pourtant l’invité n’était pas pleinement content (peut-il jamais l’être avant d'atteindre « la plus haute marche ? ») Pas content, car il n’aime pas les journalistes et les redoute. D’où ces assauts d’attention mêlés de menace. La main dans le dos et la dague pas loin : « Monsieur Demorand », qu’il lui lance à la dernière minute, « vous filez un mauvais coton… » Pourquoi dit-il ça, à celui qui n’a tout de même pas démérité et proteste de sa bonne foi : « Ça veut dire quoi ça, exactement, Nicolas Sarkozy ? » Réponse : « Ça veut dire qu’à 9 heures on a le droit… » Demorand : « …de plaisanter ». Sarkozy : « …oui, de plaisanter ». Ouf, on a eu peur ! On souffle en vannant gaiement avec des slogans de 68. Le débat, c’est pas la guerre, hein ! Il était moins une.

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Published by Gérard Ponthieu - dans Suites de "c'est pour dire"
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