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5 août 2005 5 05 /08 /août /2005 22:00
Françoise d’Eaubonne,
femme réfractaire


Françoise d’Eaubonne. Elle ne m’aura donc pas écouté: ne jamais mourir en été, canicule ou pas ! Trop triste que de partir trop seul, sans prévenir les copains, au moins. Elle est morte ce 3 août à Paris. J’apprends ça par les gazettes qui montent encore un peu la garde. Si peu. Que ni Le Figaro ni L’Humanité ne donnent la nouvelle, bon. Mais que Libé n’en fasse qu’une brève ainsi signalée : « Françoise d'Eaubonne, mort d'une pionnière. Cette militante et écrivaine, féministe de la première heure, disparaît à 85 ans. », en dit assez long sur l’amnésie d’un journal et sa mort politique – et journalistique.


Bref, il ne restait plus qu’à se rabattre sur Le Monde, rubrique « Disparition » [quand on y pense, quel intitulé de rubrique !], avec formule qui la tue une deuxième fois : « Une figure du féminisme français » ! Tu te rends compte, Françoise – et je t’entends éclater de ton rire bien charpenté –, ils te traitent de « figure ». Mais enfin, le service mortuaire est assuré avec nécro et photo de la jeune femme en fleurs [ci-dessous].


Réfractaire à tous les pouvoirs, ça oui, on peut le dire de cette femme libre, libertaire, anarchiste corps et âme. L’écrivaine venait de là, s’abreuvait de cette eau-bonne qui, cependant, jamais n’a apaisé sa soif de justice et de liberté, l’une et l’autre indissociables. C’est dire que si elle écrivit beaucoup (une cinquantaine de romans, essais, biographies), elle s’engagea davantage encore, à commencer par la Résistance. Court passage au PC puis, en 1960, elle rejoint le combat des insoumis à la guerre d’Algérie et signe le Manifeste des 121. Vient Mai 68 et surtout ce qui s’ensuit, qui la voit, notamment, co-fonder le Mouvement de libération des femmes (MLF) et, peu après, avec Guy Hocquenghem le Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR).

En 1978, elle crée, le mouvement Écologie et Féminisme – en quoi elle fut et demeure vraiment pionnière dans cette indispensable jonction politique. [Voir le site Ecoféminisme, qui publie notamment de ses textes.]

Quand je l’ai rencontrée en 1975, dans son petit logement vers la place de Clichy, à Paris, elle mettait la dernière touche à son livre Les femmes avant le patriarcat, paru en 76. Je souhaitais la faire participer, dès son premier numéro, à la revue Sexpol, sexualité et politique, alors en préparation. Elle accepta sans hésiter. « Un cas très ordinaire » est le titre du papier paru sous sa signature dans Sexpol n°1 où elle aborde, à partir de deux entretiens, la « réalité lamentable de l’obscurantisme et de la frustration féminines ». Il y eut d’autres articles et d’autres occasions de rencontres, l’époque avait ses exigences, et des urgences qui n’ont pas disparu.

Ainsi, en 1980, quand elle fait paraître Le Féminisme ou la mort, dont je ne résiste pas à recopier la quatrième de couverture, manière de lui laisser le dernier mot : « Deux fléaux menacent l’humanité tout entière : la surpopulation, et la destruction des ressources. On est bien obligé de constater qu’en s’appropriant jusqu’à présent la fécondité (des femmes) et la fertilité (du sol), ce sont les hommes et la société patriarcale qui nous ont menés à cette double catastrophe.
« Françoise d’Eaubonne s’appuie sur sa connaissance de la féminitude (c’est-à-dire du malheur d’être femme dans une société régie par les hommes) pour s’élever au niveau le plus haut, celui du salut de l’espèce humaine menacée de disparition par les errements et le système de ses maîtres. »

→  Lire d'elle, sur le site des Pénélopes : "
Le Deuxième Sexe: un coup de tonnerre"

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