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10 juillet 2007 2 10 /07 /juillet /2007 20:25
Charlie Jazz Festival, Vitrolles.
Arnotto ou la greffe cœurs-poumons


Soit deux accordéonistes de haut vol. Sur une scène de jazz, celle du Charlie Festival de Vitrolles (Bouches-du-Rhône), en son parc de Fontblanche, une scène enchâssée dans un écrin de platanes. C’était dimanche soir [8 juillet]. À gauche, Otto Lechner, Autrichien de Vienne, la quarantaine, crâne dégarni, lunettes noires, balancements d’aveugle ; à droite Arnaud Méthivier, 36 ans, poil de carotte, regard envolé dans les notes. Musicalement mariés il y a sept ans, soudés à la scène par leurs prénoms sous le patronyme d’Arnotto. Couple de musiciens exceptionnels, habitant la maison Jazz, ou Contemporain, ou simplement Musique.




© Photos Gérard Ponthieu

Quatre-vingt minutes non stop, pas un mot, pas un signe
ni le moindre clin d’œil – et pour cause –, rien sur papier, tout en fusion musicale et en impro. Le public médusé. Écoute totale, à couper au couteau. Ils sentent ça, nos pianistes à bretelles. S’en nourrissent, s’en abreuvent, s’en délectent et lancent à la volée leurs ondes sublimes. L’accordéon magnifié, piaillant et bourdonnant, grand orgue de Notre-Dame. Et les platanes aux anges, piliers de cathédrale céleste. Accordéon basse ? Non, juste le truc du micro collé près des lamelles vibrantes. Et sous le talon droit d’Arnaud, pour la rythmique, une pédale qui frappe sur un « cajon » fait main, une boîte en bois qui sert aussi de siège. Ça pulse comme un cœur en chamade. « Parce que l’accordéon, c’est pas percussif, c’est du vent… ». Un souffle, un poumon. Plutôt deux poumons, deux cœurs. Et la greffe avec le public.


Ce soir-là, réussite totale de l’opération, pas le moindre rejet. D’ailleurs ce n’est pas ce qui guette ces deux comparses. La distance Vienne-Orléans prévient tout excès de monogamie, et chacun mène sa vie d’artiste – musique de films, sideman d’orchestres ; Arnaud accompagne parfois Francis Cabrel, Et Otto vit sa vie autrichienne. « On ne devrait faire qu’un seul concert par an, commente Arnaud Méthivier. Pour la spontanéité, la re-découverte, la re-rencontre, le vrai rendez-vous ». D’ailleurs, des concerts ils n’en donnent pas beaucoup – mais le succès les guette. La soirée de Vitrolles, ils la marqueront d’une pierre blanche. Eux deux plus quelques centaines de veinards.

>>> Leur disque aussi est remarquable : « Arnottodrom », 14 morceaux pour accordéon et deux joueurs. www.nanomusic.fr

PS : Par contraste, le « grand concert » de deuxième partie a pu paraître presque banal : avec sa vingtaine de musiciens, le Vienna Art Orchestra ne m’a surpris en rien. Trop propre pour être honnête. Enfin, trop honnête pour être un peu canaille – ce minimum qu’exige le jazz, avec ses pas de côté, sa note bleue, ses impros, ses prises de risque, au bord de précipices inouïs… Le nickel-chrome-cuivré, ça plaît bien à d’aucuns et tous les goûts sont permis. Comme de diriger  sa brigade en boutons de manchette.

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Published by Gérard Ponthieu - dans Ça sent le jazz...
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