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2 septembre 2005 5 02 /09 /septembre /2005 22:00
Nouvelle Orléans. Témoignage
d’un médecin depuis le Ritz
devenu hôpital de campagne


Un médecin américain réfugié au Ritz-Carlton Hotel de la Nouvelle-Orléans a pu envoyer par internet son témoignage à sa famille, qui l’a ensuite retransmis et a fini par nous parvenir. Particulièrement éprouvant, ce récit date pourtant de mardi, laissant présager à quel point la situation des survivants aura pu encore se dégrader.

A La Nouvelle-Orléans, samedi, plus de cinq jours après le passage de l'ouragan Katrina, des milliers de rescapés attendaient désespérément d'être secourus ou évacués, tandis que l’odeur de la mort et de la pourriture a envahi les rues.

« Dans le Superdome, rapporte l’agence Associated Press, où une grande partie des sinistrés avaient trouvé refuge après la catastrophe, le processus d'évacuation massif s'est brutalement interrompu dans la nuit. Visiblement débordés par l'ampleur de la tâche, les services de secours d'urgence de Louisiane ont expliqué qu'ils avaient dû déplacer leurs efforts vers le centre des congrès de la ville où des milliers d'autres sinistrés attendaient, eux aussi, de quitter la cité dévastée.. »

La Nouvelle Orléans, nouvelles du front
Témoignage de Greg Henderson, médecin
Transmis et traduit par Édith Ochs

« J’écris ce message le mardi 31 août à 2h. Vous avez sûrement plus d’informations que moi sur ce qui se passe ici. Sachez que presque tout ce que je vous dis vient de l’observation directe ou émane de sources crédibles. Nous avons un accès limité à l’Internet, j’espère donc pouvoir envoyer cette dépêche aujourd’hui.

« Je loge pour l’instant au Ritz-Carlton Hotel [photo d'archives ci-contre] de la Nouvelle-Orléans. Je me suis dit que si mon heure était venue, je voulais que ce soit dans un endroit qui avait une bonne carte des vins. En outre, cet hôtel sur Canal Street est un très vieux bâtiment capable de résister au choc, et il a résisté. Beaucoup d’autres hôtels ont subi des dégâts, ne serait-ce que des bris de vitres, et nous nous attendons à ce que de nombreux clients soient évacués ici.

« Les choses allaient visiblement mal hier, mais elles sont bien pires aujourd’hui. L’eau est arrivée au cours de la nuit. Maintenant Canal Street (qui porte bien son nom) est redevenue un canal. Le premier étage de tous les bâtiments du centre-ville est sous l’eau.
[…]
« La ville n’a plus d’eau potable, plus d’égouts, plus d’électricité, et  plus de systèmes de communication. On continue de récupérer des corps qui flottent dans l’eau. Nous redoutons une épidémie de choléra.[…] Nous avons quelques policiers armés ici avec nous à l’hôtel qui essaient de faire régner un semblant d’ordre, ce qui est difficile parce que le pillage sévit un peu partout. La plupart du temps, il ne s’agit pas d’un pillage crapuleux, mais des gens pauvres et désespérés, sans abri, sans soins médicaux, sans nourriture et sans eau, qui essaient de faire quelque chose pour les leurs. Malheureusement, les gens sont armés et dangereux. Nous entendons souvent des coups de feu. La majeure partie de Canal Street est occupée par des pillards armés qui ont la gâchette facile. Ils se déplacent à l’aide de radeaux de fortune faits de morceaux de polyester. Nous attendons toujours une présence réelle de la Garde nationale.

« La situation sanitaire ici a empiré au cours de la nuit d’une façon terrible. Beaucoup des habitants de l’hôtel sont des gens âgés ou des jeunes enfants. Beaucoup d’autres ont des maladies inhabituelles […] Nous avons transformé le French Quarter Bar [le luxueux bar du Ritz] en un hôpital de campagne. Des médecins venus assister à un congrès sur le VIH se trouvent dans cet hôtel. Nous avons une équipe de sept médecins et pharmaciens. Nous prévoyons que ceci va devenir le principal centre médical du quartier des affaires et du Quartier français de la Nouvelle-Orléans.

« Aujourd’hui, nous avons fait une expédition à Walgreens sur Canal Street. La pharmacie était obscure et pleine d’eau. Nous avons raflé tous les produits et les avons emportés dans des sacs poubelles. Le tout, sous escorte policière. Pendant ce temps-là, les pillards étaient tenus en respect par les policiers. […]

« Nous allons commencer à accueillir des malades aujourd’hui au French Quarter Bar. Des résidents de l’hôtel et des non-résidents. Nous pensons avoir à traiter des problèmes médicaux multiples, avec des médications particulières et des blessures graves. Les infections et le choléra sont les problèmes majeurs auxquels nous nous attendons. Le manque  d’eau et de nourriture est imminent.

« Pour nous tous, la grande question est : mais où est passée la Garde nationale ? Nous entendons passer des avions de combat et des hélicoptères, mais aucune présence armée réelle (d’où les pillards). Pas de Croix rouge ni d’Armée du Salut.

« On en vient très vite à se focaliser sur l’essentiel. […] En raison d’une sorte de « loi martiale », il nous est impossible de rentrer chez nous. Je ne sais pas pour combien de temps, et c’est là ma plus grande peur. En dépit de tout, c’est une expérience édifiante. Le pire, c’est de penser à ce désastre. Au temps qu’il faudra pour reconstruire. Et à l’horreur de tous ces morts.

« Faites circuler cette dépêche du front autour de vous. […] A propos, nous allons avoir besoin de fil de suture, de gants stériles et de stéthoscopes.

« Car le Ritz devient un hôpital de campagne façon MASH. »

Greg Henderson

Photos Nola.com, site qui "dit tout sur la Nouvelle-Orléans". La photo du bas a été prise à l'aéroport Louis-Armstrong de la Nouvelle-Orléans.
 

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Published by Greg Henderson / Edith Ochs - dans Suites de "c'est pour dire"
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