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3 septembre 2005 6 03 /09 /septembre /2005 22:00
Noirs, nos «cousins de Louisiane»,
comme nos frères de Paris,
rue de la Fraternité


Nous avons, au Québec, nos cousins d’Amérique. Katrina nous rapproche aujourd’hui de nos «cousins de Louisiane», ceux de l’ancienne colonie de Louis XIV, revendue par Bonaparte aux États-Unis, en 1803. L’Histoire a laissé ses traces et ses liens, ravivés par la catastrophe. Le drame créé des solidarités, c’est un fait. Le temps les estompe. Il en est ainsi. Parfois même, le drame ne fait qu’effleurer les consciences. À Paris, quand des hôtels ou des immeubles vétustes brûlent, ce sont des Noirs qui périssent. Rue de la Fraternité, ce sont encore des Noirs qu’on expulse des squats quand il s’agit de casser le thermomètre pour ne pas voir la fièvre.

Notre tiers-monde vaut bien le leur. C’est notamment ce que nous rappelle un historien étatsunien. Tandis que, là-bas, se déchire l’écran de Disneyland sur un pays qui avait jusque là, plus ou moins, camouflé son sous-continent.


Ce que met aussi au jour cette catastrophe humanitaire du Sud étatsunien, c’est la réalité enfouie d’un pays qu’on découvre très mal en point, comme miné de l’intérieur. On s’en étonne, tant nous étions habitués au sourire de façade de la «plus grande nation du monde», où tout est «plus», «mieux» et même «plus mieux» encore que dans ses mythes et ses représentations spectaculaires.

Mais voilà qu’un ouragan a déchiré l’écran de Disneyland. Et ce qui surgit aujourd’hui, sous nos regards  – qui en ont pourtant vu, des horreurs ! –, ce n’est pas seulement une vision proprement horrible de souffrance et de détresse. Nous découvrons aussi une réalité sous la forme d’une révélation. Nous la percevions, certes, plus ou moins au fond de nous, cette injustice américaine rampante, dévorante, patente. Mais l’Image avait tout occulté, derrière la mise en scène de l’ordre présentable, re-présentable. Ce monde en permanente représentation inter-dit [défense de dire] la perception du réel.

Le drame actuel est tel parce qu’il concerne la sous-population des Noirs américains. Tels sont nos cousins de Louisiane, des Noirs, des nègres : pauvres, incultes, violents, bestiaux et au fond toujours sauvages, de la sauvagerie de leurs origines, là-bas, si loin et si longtemps. Ils ont donc été parqués là, dans ces terres très ingrates, sinon hostiles, mais au fond appropriées à leurs jungles des origines. Et on les y avait oubliés, les laissant se démerder dans leurs ghettos, sorte de réserve naturelle pour safaris touristiques sur fond de jazz et de vieille France. On avait de même oublié les autres, de ghettos afro-américains, ceux d’Alabama ou de Harlem ; et avec eux aussi, oubliées les grandes émeutes de Watts, ghetto noir de Los Angelès, 1965. Pour ne citer que celles-là parmi la «longue marche» jamais achevée, on le voit donc, pour les droits civiques et l’égalité raciale.


Mais j’en viens à nos élans solidaires. Généreux, ils le sont à n’en pas douter, comme savent l’être si souvent nos concitoyens face aux détresses humaines. La charité, on le sait aussi, charrie souvent bien des scories. Comme ces bonnes intentions qui pavent les allées de l’Enfer… Ou ces élans « exotiques » qui nous dédouaneraient du regard de proximité, là autour de nous, sous nos yeux.

Ce que nous rappelle un historien américain, de Los Angeles précisément, interviewé dans Libération [03/09/05]. Cette Amérique ressemble à un pays du tiers-monde, lui fait remarquer Annette Levy-Willard. Réponse de Joel Kotkin: « Vous vous trouvez dans une ville [La Nouvelle-Orléans] qui se dégrade, où des poches de pauvreté font penser aux Caraïbes ou à l’Afrique, mais je vous rappelle que si vous vous promenez dans certains coins de Seine-Saint-Denis, près de Paris, vous avez aussi le sentiment de vous trouver dans un pays du tiers-monde. [Note de gp : pour ne parler que de Paris…]. Il existe en effet une large population sous-prolétarisée à l'intérieur des États-Unis, et pas seulement noire. Il faut inclure dans cette catégorie les pauvres blancs des zones rurales, comme au Dakota-du-Sud, par exemple. Et, bien sûr, les Noirs du Sud. Mais les Afro-Américains de Caroline, de Virginie, du Mississippi ou d'Alabama peuvent être dans une situation difficile sans avoir le niveau de criminalité de La Nouvelle-Orléans, parce que ces États se sont développés et ont progressé. De plus, les Noirs américains ne forment pas un groupe homogène. Une grande partie d'entre eux a maintenant avancé, fait des études, rejoint la classe moyenne. Ceux-là ont généralement quitté La Nouvelle-Orléans. Ceux qui sont restés l'ont fait parce qu'ils ne pouvaient pas aller ailleurs.»

Intéressants propos qui poussent à ne pas «externaliser» nos problèmes. Regardons en nous, ou seulement sous nos yeux. Et de là, relions-nous au vaste monde : la fameuse démarche « du local au global » – en fait du particulier au général. Ainsi cette photo [ci-dessous] que je trouve très signifiante. Elle est parue dans La Provence du 31 août sous le titre anodin : Rentrée: c’est la cohue à Plan-de-Campagne, et avec le sous-titre suivant : «Dans le plus grand centre commercial d’Europe, les derniers jours de vacances permettent à des milliers de familles de faire le plein avant le jour J, entre cartables, vêtements et ordinateurs».  Suit un petit reportage banal, type «corvée de rentrée» – ce qu’en jargon de presse on appelle le marronnier. Donc, tout baigne dans l'ordinaire, aucune problématique, hors les questions – brûlantes – de la chaleur et de l’affluence.

Pourtant la photo parle. Elle parle même sacrément. Et d’un tout autre ton, malgré sa légende qui la banalise, elle aussi. Je vous la laisse voir…



Maintenant, transposons l’image le jour-même à la Nouvelle-Orléans. L’alerte météo a été déclenchée et c’est l’exode. Panique, embouteillages. Tout le monde s’enfuit. Oui, mais à des vitesses variables et presque tous en voitures. Presque, sauf ce groupe de six ou sept, au premier plan, à pied. Des Noirs.

Bon, certes, à l’usage du quotidien, on ne doit pas pouvoir tenir l’actualité dans une permanente gravité… Du moins faudrait-il, déjà, risquer d’en faire trop sur ce registre. Tandis que, plus couramment, trop d’insouciance fleur-bleue inonde tant de gazettes insignifiantes.

→ Photo empruntée à Sophie Spiteri, de La Provence [31/08/05]
Voir la vidéo AFP de l'évacuation d'un squat au 26 rue de la Tombe-Issoire dans le 14e arrondissement de Paris. La police a évacué vendredi 2 septembre deux squats parisiens occupés par des Africains, trois jours après que Sarkozy eut déclaré qu'il fallait fermer tous les squats et tous les immeubles insalubres. Durée: 1mn 40

→  Afin de les regrouper, merci de "poster" vos commentaires sur "C'est pour dire".


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