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12 septembre 2005 1 12 /09 /septembre /2005 22:00
Le journal de ma revue de presse…

L’abonnement est un engagement. Et là, comme dans la vie, on peut connaître le désamour. Mais divorcer coûte plus que de quitter son journal, ce qui est aussi une rupture. Sur ce plan, je suis polygame : une liaison régulière, tumultueuse, passionnée ; et des rencontres de passage, voire des passes. Mon marchand de journaux est ainsi mon témoin chaque matin ou presque. Il voit bien mes infidélités du jour. Mais, se payant assez de rendre la monnaie, ne pipe mot que sur le registre de l’amabilité du commerce.

Ainsi commence, certains matins, ma petite drague médiatique, ma revue de presse sur tourniquets. Mes choix sont donc très physiques, à la différence, je parie, des plus patentés de mes confrères, notamment radiophoniques. Quand ceux-là, ne tripotent pas le papier stérilisé des éditoriaux faxés, ils puisent jusqu’à la nausée dans la manne qu’un coursier leur répand chaque matin, sans bourse délier!, comme du fumier devant les sous-préfectures. Je les vois plonger dans l’abondance avec cette moue de riches guettés par l’obésité. Ils farfouillent là-dedans comme le critique de théâtre dans son paquet d’invitations, l’air dégoûté du trop richement nourri qui jamais ne paie son gueuleton.


Tandis que moi, oui, je chipote en tâtant la bête, considérant le rapport prix en euros/poids des mots, évaluant le ratio coût de lecture/promesse d’intérêt. Le lundi, par exemple, les déversements sportifs me font gagner du temps – je ne me déplace même pas. Ce matin, ah, ma «Provence» met la pédale douce sur l’OM (oh, il est juste à côté…) en donnant un peu d’air frais : Un deuxième souffle pour les éoliennes. (À la lecture, je n'en aurai pas pour mes sous, mais bon…)

Quant à Libé… Un quotidien qui «ouvre» comme un magazine sur la chanson, non merci bien. Je lègue mon exemplaire du jour au jeune lecteur qu’ils veulent draguer. (Mais je crains qu’il n’aille au bouillon des invendus).

Tiens, encore un que je n’aurais pas acheté – son site oueb m’a plus que suffi –, c’est La Dépêche du Midi du 4 septembre. Dans le genre comateux, difficile à surpasser : en pleine crise du pétrole qui réactualise, oh combien, les questions d’économie et d’écologie, le quotidien de Toulouse «cherche à créer une véritable dynamique dans l’univers du 4x4». Pour cela, il n’hésite pas à patronner («sponsoriser») un salon du genre, mêlant allégrement rédaction et commerce… La honte du métier ! Tiens, je leur dédie mon dernier lot de tongs de presse – des fins de série.
Voyez l’annonce :



Et savourez aussi la haute teneur du texte (extrait) :


« Les férus de quad ne seront pas en reste. Pour eux, des engins du genre seront exposés tout au long de ce salon, que les visiteurs pourront là encore essayer sur une piste de quad et de karting. A noter également qu'un village gourmand, avec dégustation des produits du terroir, sera présenté entre autres par les magasins Gamm Vert.
« Bref, on l'aura compris, avec cet événement, «La Dépêche du Midi» cherche à créer une véritable dynamique dans l'univers du 4x4. Un genre automobile qui, chaque année, attire de plus en plus de personnes. En 2001, ils étaient 1.6 % des conducteurs français à posséder un 4x4. Trois ans plus tard, ils étaient 2.2 %. Preuve que le tout-terrain connaît actuellement un véritable engouement. Les 4 000 visiteurs de la première édition étaient là, l'an dernier, pour en témoigner. »

Là-dessus, je rentre (à pied) chez ma régulière, une feuille dite de référence, parisienne et du soir. Je m’en méfie bien aussi de celle-là, qui me fait des enfants dans le dos en fricotant avec des lascars pas nets. Sa face cachée, figurez-vous, que je me la suis payée cet été – pas cher, d’occase, ça se trouve même sur internet. C’est un bouquin formidable. Comme un couillon de radin, je m’étais contenté des bonnes feuilles de l’époque, me disant que j’attendrais bien l’édition de poche. Erreur de plouc ! Il faut lire La Face cachée du Monde de Péan et Cohen comme un devoir civique. Il devrait d’ailleurs être obligatoirement lu par les apprentis journalistes, sans parler des professionnels. On y est édifié sur de multiples plans, notamment politiques et médiatiques. Et les auteurs livrent en passant une réflexion critique très aiguisée sur le métier d’informer et la notion de «référence». Pas étonnant qu’un combat juridique s’en soit ensuivi. Intriguant, en revanche, l’accord des deux parties pour s’écraser, au sens figuré – sans doute pour éviter l’écrabouillade générale, au sens «propre».

Mais je lui pardonne beaucoup, à cette traînée, qui a parfois grand cœur (elle m’alloue un pied-à-terre où je me blogue), et qui sait aussi honorer la profession de journaliste – toujours distinguer les machines des hommes qui la font turbiner. Ainsi cette analyse de Laurent Mauduit [11/09/05], sobrement intitulée « La mort programmée de l’impôt citoyen ». Où l’on y démontre le démontage d’un principe républicain et démocratique datant de 1789 – Art. 13, Déclaration des droits de l’homme et du citoyen –, celui de la progressivité de l’impôt, qu’«on» en vient de nos jours à «proportionner» en un tour de passe-passe politique éhonté. Tout cela sur fond de bise-bille et de surenchères entre les deux coquelets Villepin et Sarkozy. Sous l’œil goguenard d’une certaine camarilla médiatique qui compte les points. Et face à une gauche qui n’en peut mais, médusée qu’elle est dans ses «propres» tambouilles.

J’aurais aimé vous parler des Misérables – le film de Raymond Bernard, 1933, en trois parties hugoliennes. C’est diffusé sous le manteau. Chut… France 3, la nuit, jusqu’à deux heures du mat. Admirable Harry Baur ! Le lundi on est KO et en même temps regonflé à bloc.. Ça aussi, on devrait… Dernier épisode le 18, «Liberté, liberté chérie». Chut… Javert est à l'affût.
 

→  Afin de les regrouper, merci de "poster" vos commentaires sur "C'est pour dire".

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