2007, résolution n°3 : voir les choses en face
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"La pub rend con, la pub nous prend pour des cons"
On le sait et, moi en tout cas, j'arrive pas à m'y faire, encore moins à m'y résigner. La pub est vulgos par nature. Même quand elle paraît réussie, elle est rarement autre chose qu'une raccoleuse qui tapine pour des marchands-proxos. Vulgos car vulgairement récupératrice. Sous prétexte de détournement, elle pompe à mort les oeuvres anciennes, voire les chefs d'oeuvre, dès lors qu'elles sont tombées dans le domaine public, se trouvant ainsi libres de droits. Toujours ça de gagné pour ces rapaces rapiats! D'où les grands airs classiques ou des standards de jazz mis à la solde d'assurances ou de lessives.
Il arrive aussi que des artistes vivants se fassent une passe en pub télé. Certes, ça peut dépanner, beurrer les épinards. Mais un Keith Jarrett, nullement dans le besoin ni en manque de notoriété, prostitue deux mesures de son "Köln concert" pour vendre des bagnoles de luxe, voilà qui me désole. Le comble, ensuite, c'est de vendre le disque affublé d'une étiquette "musique de la pub BMW"!
Donc, voici la dernière trouvaille de ces mercenaires ramant pour la Caisse d'épargne. Que le pognon s'en prenne ainsi à la Liberté guidant le peuple dans une de ses représentations les plus emblématiques, celle de Delacroix en dit long sur la servilité des manoeuvriers.
Telle est bien la liberté libérale : celle du renard (écureuil) dans le poulailler (des épargnants).
« Si je nai pas vaincu pour la Patrie, au moins peindrais-je pour elle... », écrit Delacroix à son frère le 18 octobre 1830. Dès son titre La Liberté guidant le Peuple, 28 juillet 1830 , le tableau est un manifeste politique, renforcé par sa dimension (3m25 sur 2m60), clamé par son contenu et sa forme.
Rappel : 1830, Charles X prend une série dordonnances limitant les libertés. Paris se révolte durant trois jours, les 27, 28 et 29 juillet 1830, journées particulièrement violentes appelées depuis lors les Trois Glorieuses. Charles X senfuit en Angleterre. Louis-Philippe, le duc dOrléans, devient roi des Français le 9 août 1830. Cest la monarchie de Juillet, monarchie bourgeoise.
« Dans cette scène, note Vincent Pomarède sur la fiche de Louvre.edu, tout est vrai : un suisse, un cuirassier, un enfant, des citoyens en armes, une femme. Ce sont ceux que lon a vus durant les Trois Glorieuses. Cette femme à la poitrine dénudée, au bonnet phrygien, aux pieds nus, à la robe légère est bien une allégorie, celle de la Liberté. Pas dabstraction, pas de figure idéale puisée dans lAntiquité. Il ny a que le peuple et cette Liberté pour laquelle on donne sa vie et qui nest quune femme des rues sans pudeur.
« Au fond, on devine Notre-Dame, qui sert de décor à cet évènement sacralisé. On a voulu voir dans le personnage en chapeau haut-de-forme, qui tient un fusil, un autoportrait de Delacroix, qui a avait fait partie brièvement de la Garde nationale. On a traditionnellement fait de ladolescent, qui surgit de la barricade, un pistolet à la main, sur la droite du tableau, une prémonition du Gavroche que Victor Hugo créera dans les Misérables trente ans plus tard.
« Cette uvre est exposée au Salon de 1831 et a été acquise aussitôt par le gouvernement de Louis-Philippe, dont elle glorifiait en fait lavènement. »
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