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27 juillet 2005 3 27 /07 /juillet /2005 22:00
Charlie Haden,
du jazz et de l'homme


Comment faire pour inviter un bassiste hors du commun à un festival qui célèbre le piano et rien que le piano ? Voilà : on demande à Charlie Haden qui accourt avec Gonzalo Rubalcaba, pianiste cubain. C’était donc ce 26 juillet à La Roque-d’Anthéron (Bouches-du- Rhône), haut-lieu du piano international : plus d’un mois de concerts quotidiens, du classique, avec quelques incartades dans le jazz, sans prise de risques, ce n’est pas le propos. Donc des valeurs sûres, pas question de virer au festival de jazz, non, c’est le piano, rien que le piano – et donc la basse de Charlie.
Rien à voir a priori avec ma vigie médiatique. Vrai. Pas une raison pour refuser un papier sur et autour d’un jazzman de grand talent doublé d’un citoyen engagé.



Cette grand-mère-là en connaît des histoires ! Des histoires de jazz, de contrebasse de jazz, cette « grand-mère », précisément, ainsi surnommée en parlure jazz. Un peu empâtée, mais gros cœur qui veille, qui couve la smala musicienne de son battement régulier, ou singulier, auquel on peut toujours se raccrocher au sortir d’un chorus, d’un riff –  vous suivez ? Pas grave, se laisser aller suffit. Le jazz comme un flux, un envahissement.

Charlie, père charismatique des plus fameux joueurs de grands-mères. Autant dire un monument. Charlie, comme Parker – pas comme Mingus, attention ! celui-là n’aimait pas qu’on l’appelle Charlie –, Charlie Haden, 68 balais ce 6 août et presque autant de musique, ses géniteurs déjà étaient musiciens… Un son plein, rond, généreux abreuvé surtout de graves et médiums, beaucoup de mélodie, sans tricotage démonstratif, pas d’archet en sirop. Vigueur et élégance, l’esprit au bout des doigts, la note comme une hirondelle lâchée.

On en était là – j’en étais là du moins, en ce lieu idyllique du château de Florans, son parc aux 365 platanes centenaires, une scène ovale montée sur l’eau d’un bassin. De quoi trouver la vie belle, en oubliant le reste et les 30, 40 ou 50 euros lâchés, selon l’altitude des gradins, pour poser ses fesses sur une coque en plastique. Ce n’est pas le jazz qui est élitiste mais parfois, souvent, trop souvent, ses mises en bizness spectaculaires. Pas pire que pour le rock ou la chanson marchandifiés – ce qui ne console en rien.

J’en étais là donc, et ma blonde de même, pour ce voyage en « Land of the Sun » – titre du concert et du disque avec les mêmes comparses, ou presque, tous latinos-mexicains. Un programme de ballades ensoleillées, tout en douceur, en rondeur… Pas un grincement, pas une aspérité, rien pour effaroucher l’estivale assistance, pas même la dernière cigale qui ne céda en rien sur les trois premiers morceaux.

Heurter le bourgeois mélomane, non, pas le but. Convoquer le jazz alors ? C'est-à-dire… c'est-à-dire quoi au juste ? Sinon cette indicible musique, cet art précisément audible – en principe – mais… Mais qui se rebelle – en principe – au moment juste, qu’on l’attende ou pas, qui fonce et freine, s’attendrit et se révolte, susurre et braille, émeut et agace, cause et se tait. Et recommence sans avoir volé le temps, par le don des notes égrenées, dispersées, jetées à la volée sauvage et retenue, délurée et civile…

Pour vous dire si, sous cet angle, « mon » Haden m’a un peu rasé, si ce n’est vers la fin (la chauffe a tardé) et pour le rappel surtout : on se lâche et on se casse, à fond les manettes, ces petites mains qui se sont enfin abandonnées sur leurs cordes, cuivres et peaux. Trop de politesse policée, pas assez de folie – à mon goût, hein, on baigne ici dans la pleine subjectivité, revendiquée. Comment parler autrement de la musique – et du reste d’ailleurs puisque, quoi qu’on fasse, on ne parle jamais que de soi.

Mais j’étais bien, en bonne compagnie, et bien mieux qu’à Bagdad et en mille lieux empestés par la violence meurtrière des humanoïdes. Ils étaient bien là également, les musiciens, en bonne compagnie réciproque. Charlie l’a ressenti, si l’on en croit son désir, à la fin, de dédier son concert à la Paix dans le monde. On dira que ça ne mangeait pas de pain. Mais venant du bonhomme, si, ça en mangeait, comme de la vache enragée, celle des années hardos 60-70 du Liberation Music Orchestra – sur le premier disque du même nom, en photo de couverture, Carla Bley tient la banderole d’un côté, lui de l’autre et en tête de manif’, comme dirait la presse locale, on reconnaissait notamment : Gato Barbieri, Dewey Redman, Don Cherry, Roswell Rudd, Andrew Cyrille, Paul Motian… Les « savants » apprécieront. Traduction pour les autres : ça bardait sec avec, au programme, un « Song for Ché » et des chants républicains espagnols… – pour situer l'époque, le style.

On appelait ça l’engagement, ça valait ce que ça valait, si on en juge par là où nous en sommes… Mais ils l’ont fait, comme par nécessité… historique. Le jazz aussi est passé par ces cheminements de traverse. Et Haden ne fut pas en reste. De la lutte pour les droits civiques, aux côtés de la chanteuse Abbey Lincoln et avec toute la bande des afros-américains, du black power au free jazz : Mingus, Coltrane, Ornette Coleman, Archie Shepp, Nina Simone ; et aussi Keith Jarrett, Max Roach, Don Cherry, Elvin Jones ; Ed Blackwell, Billy Higgins, j’en oublie… Des Noirs et quelques Blancs, certes – dont ce Charlie qui se souvient : « J’ai toujours rêvé d’un monde sans cruauté et sans convoitise, d’une Amérique digne des rêves de Martin Luther King et de la majesté de la statue de la Liberté ». Il a dit ça après le 11 septembre, il y a peu, lui le musicien étatsunien, progressiste, tiers-mondiste, idéaliste.

Alors, si je finasse sur un concert somme toute bien généreux, «c’est pour dire», hein et, à la limite, pour faire mon intéressant… Car je ne rejetterais rien chez ce musicien, et moins encore chez l’homme debout. Je ne céderais aucun de ses disques, surtout pas « The Ballad of the Fallen », cette ode aux vaincus des révolutions foutues – à emporter sur l'île déserte !

Je ferais le goujat en ne saluant pas Gonzalo Rubalcaba, l’invité pianiste, Cubain de 42 ans au franc sourire. Haden et lui s’étaient découverts et aimés, avec Paul Motian aux tambours, au festival de Montréal de 89, l’année du « tout Haden », huit concerts en hommage. Discrétion, délicatesse, talent – ça suffira pour aujourd’hui, sous peine de grosse dérive.

Bon, ben, tout compte fait… en me redéroulant le film, ce fut un vrai grand moment de musique et d’humanité.


→ Les musiciens, tous impeccables : Tony Malabry, sax ténor ; Miguel Zenon, sax alto ; Michael Rodriguez, trompette ; Oriente Lopez, flûte ; Antonio Sanchez, batterie.

→ Les images : J'aime bien celle du haut, après concert. Pendant qu'on avance le sarcophage de la "grand-mère à Charlie", ça esquisse des plans d'avenir. → La scène ovoïde montée sur bassin. → Gonzalo Rubalcaba. [© Photos gp].

* Le Festival a aussi accueilli cette année les pianistes de jazz Brad Mehldau, Esbjörn Svensson et Bojan Zulfikarpasic – des noms à coucher à la belle étoile. Comme des deux-là…



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28 mai 2005 6 28 /05 /mai /2005 22:00






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12 mars 2005 6 12 /03 /mars /2005 23:00

13 mars 2005

(1) Jean-Paul, Raymond, et surtout Charlie

Chacun ses fantômes. Vendredi, pour 0,8 euros de plus, Libé déversait 72 pages sur Sartre. Le Figaro littéraire de la veille, pressentant la surdose du centenaire, osait un «Sartre : la nausée?».

Pas très fin, mais de bonne guerre, le quotidien des idées saines préférait garder ses billes pour Raymond Aron, condisciple de Jean-Paul à Normale Sup’, «centenaire» lui aussi et célébré par Raffarin soi-même comme «un penseur pour un XXIe siècle européen». Le Monde des livres là-dedans, se posait tout à sa place d’entre-deux – «Sartre-Aron, les frères ennemis» – avec un sobre huit-pages. Mais la mise – au fond et selon moi, hein…–, c’est FIP qui l’a raflée vendredi avec sa journée consacrée à Charlie Parker, mort il y a cinquante ans. Parlons de tous, cependant.

Le Bird, ou Yardbird, comme on l’appelait est mort à New York le 12 mars 1955. A trente quatre ans. Né pauvre et mort ruiné par le mal de vivre : dope et dépression, mondialement célèbre et marginal absolu. Mais aussi un surdoué dirait-on aujourd’hui dans Ça se discute en se «penchant sur le cas Parker». En fait, non, pas vraiment génial de naissance, mais devenu tel à 95% de transpiration et 5% d’inspiration, pour reprendre le mot d’Edison.

Un travail, certes, et aussi une fulgurance accomplie en une courte dizaine d’années, le temps de devenir le grand improvisateur de l’histoire du jazz. J’hésite à l’affubler du «plus» grand altiste, plus ceci-cela, qui donne dans le palmarès, là où c’est l’histoire de la musique, l’histoire du jazz, et l’Histoire tout court qui viennent converger dans un bec de saxophone. Il faudrait tout spécialement évoquer l’histoire du peuple afro-américain et sa remontée du Mississipi vers l’Amérique composite et si raciste, une histoire à coups de matraques, de celles qui font «be-bop» sur le crâne des Noirs et ainsi transforment un jazz primal jusqu’alors plutôt bon enfant en une révolte musicale et sociale, et plus généralement artistique.


parkergillespie.thumbnail.jpgLe be-bop sera la première révolution du jazz
et Charlie Parker son activiste au tempo époustouflant – du 360 à la noire, diront les mesureurs –, alors que le «moineau» s’illustre tout autant dans les ballades. Dans tous les cas, sonorité et puissance servent une capacité d’invention hallucinante. Bird semblait lire une partition intérieure qu’il écrivait dans la seconde d’avant. A moins que, comme dans L’Homme à l’affût, Julio Cortázar ne fasse dire à Parker : «Ça, je l’ai déjà joué demain»…

J’aime tant cette photo avec Dizzy Gillespie, deux fameux larrons en jazz qui expriment ici l’image de la Joie de vivre ou bien seulement de la Gaieté majeure, ce qui suffit bien. Il y a peut-être aussi une photo quelque part du Bird avec Sartre quand Boris Vian les fit se rencontrer dans les années cinquante au Club Saint-Germain. Le premier aurait dit à l’autre : «Et toi, tu joues de quel instrument ?» – mais ce sont plutôt des propos de légende, non attestés.

Sartre, de son côté, a raconté que Parker lui avait parlé de son intention d’étudier la musique classique au conservatoire. En tout cas, quand Sartre écrit : «L’homme est pro-jet, n’existe qu’en se projetant en avant de soi, vers ce qu’il a à être, sans jamais l’être», c’est une phrase qui s’applique pleinement à l’homme de jazz, à l’image de la note, aussi tenue, ténue, longue et éphémère. A peine accomplie et déjà morte.

Suite ci-dessous >>>>

13 mars 2005

(2) Bruit, silence, jazz, bruit encore, orage

>>> suite

Aussi hagiographique et redondant soit-il parfois, le supplément de Libé titré «L’empreinte Sartre» n’aborde toutefois pas le rapport de l’écrivain et du philosophe avec la musique. Michel Contat, pourtant critique de jazz, ne le fait pas non plus dans Le Monde. Ou alors j’ai mal lu.

Du supplément de Libé, pourtant, je retiens cet extrait d’article de Sartre dans le Libération qu’il dirigeait alors [7/12/74]. Il vient de rencontrer dans sa prison le terroriste allemand Andreas Baader, meneur de la Fraction Armée rouge. «Erreur de casting» dirait-on aujourd’hui à propos de l’impossible dialogue. Bref. Sartre raconte : «Il y a quelque chose qui lui manque, c’est le bruit. Des appareils à l’intérieur de sa cellule sélectionnent les bruits, les affaiblissent et les rendent parfaitement inaudibles dans la cellule même. Cette absence de communication avec autrui par le bruit crée des troubles très profonds. Troubles circulatoires du corps et des troubles de la conscience. Ces derniers détruisent la pensée en la rendant de plus en plus difficile. Petit à petit, ils provoquent des absences, puis le délire, et évidemment la folie.»


wallaceronney-150x150Même en désaccord fondamental avec Baader, Sartre n’en continuera pas moins à se battre contre sa «mort lente» due aux conditions de détention. Cette remarque sur le bruit me renvoie au jazz et à une définition de la musique par Miles Davis : des notes entourées de silence. Je cite, de mémoire. Je pensais à Miles – à ces mots de lui, et aussi à son In a Silent Way –, en entendant jeudi au New Morning, à Paris, son successeur plus ou moins patenté, Wallace Roney (Photo gp).

Je dis bien «en entendant», car il était impossible de l’écouter à cause de cette sono de salle de rock pour rockers endurcis de la feuille. Eric Allen, retenez ce nom, pas pour le panthéoniser, non, mais pour le fuir, lui et ses incessants autant qu’intempestifs assauts de tambour. Pas le moindre répit pour ce bûcheron dopé à la testostérone. Aussi éveillé à la sensibilité et à la nuance qu’un Le Pen pour le romantisme républicain. Erreur de casting là aussi.

Erreur regrettable pour le détenteur de l’une des trompettes de Miles. Wallace Roney avait promis d’entrée de jeu un «new sound» – se croit-il aussi dépositaire d’une obligation d’inventer, à l’égal de son maître, de la «new thing» ? Comme Miles, donc, tentation électronique. Va pour les claviers, sûrement tenus par Adam Holzman. Mais un DJ s’est trouvé convoqué, avec tourne-disques et bibouille. Nouveauté de pacotille, limite boîte de nuit, effets répétitifs et donc lassants, éructations de flipper au moment du shoot again.


lenahorne stormyweatherEt comme si cette bérézina ne suffisait pas
, voilà que la dame du son a monté les potards à donf’. A la basse, Ira Coleman, touche à peine une corde que la bière, même tiédie, se remet à mousser. Et le bourrin qui meurtrit des peaux comme nos tympans… Le New Morning, ce prétendu haut-lieu parisien où l’on confond jazz et rock.

Alors, la trompette vient loin après, brillante certes – attaques franches et notes pures –, mais vouée à surnager dans la soupe ambiante. Miles et Lee Morgan font au loin des signes désespérés.

Le chemin du retour me fait frôler le Duc des Lombards. La porte laisse filtrer des effluves du Sax Paris Jazz qui, tiens, célèbre aussi le Bird. Sept saxos qui piaillent, non, ça ne commet pas pour autant des infractions à coups de décibels. Pas de doute, ça joue jazz. Trop nuit, trop cher. On peut bien se gourer, c’est la vie.

Et puis on ne se goure pas à tous les coups ! Dans ma dérive jazz, selon les avisés conseil de mon pote Bernard, me voilà collé à l’écran de l’Action Christine, de la rue du même nom. Alerte météo depuis la mi-février où ce ciné mythique programme le non moins mythique Stormy Weather. Ce film de 43, en version admirablement restaurée, raconte la vie du chanteur et danseur Bill Robinson et, en même temps, illustre les débuts de l’histoire du jazz.




fatswaller1On voitcabcal1, et on entend ainsi Fats Waller et sa trogne de fripon au cœur tendre. Il va mourir peu après le tournage du film, lui qui, aussi, aura joué avec le Bird et le Dizz : re-voir les photos ci-dessus et puis encore celle-là de Cab Calloway, cet anti-crooner également vedette du film. Soit quatre drilles dans une détonante version jazz des Trois mousquetaires.

Stormy Weather, chef d’œuvre et film phare du couple jazz-ciné. Et l’on succombe sous le charme de Lena Horne, belle Noire dans ce film entièrement interprété par des Noirs, dans cette Amérique on ne peut plus raciste d’alors. Il est vrai que Lena, fruit de métissage, n’est pas si noire, mais pas moins fière d’une négritude revendiquée – elle refusa plusieurs rôles de… Mexicaine.lenahorne_bojangles_stormyweather1.jpg

Quant à Bill Robinson, prince des claquettes, il est éblouissant ; tout comme le sont les scènes de danse des Nicholas Brothers sur un escalier de théâtre, ou celles tournées sous l’orage. Le réalisateur, Andrew Stone, ne connaîtra pas la gloire pour autant. Le saluer avec son merveilleux film, c’est se faire plaisir et lui rendre hommage.

13 mars 2005 in Ça sent le jazz, Actualité | Lien permanent

Commentaires

j'ai trouvé un sac appartenant à ira coleman avec un ampli handcraft et tous ses cables, perdu en gare de nantes dimanche dernier

faites aux autres ce que vous aimez que l'on vous fasse
brice
06 85 57 92 52

Rédigé par : Brice | 22 mars 2005 12:51

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9 février 2005 3 09 /02 /février /2005 23:00

10 février 2005

Jimmy Smith emporte son Hammond au paradis du jazz

Jimmy_smithCette fois j'y vais ! Elle piaffait dans son recoin depuis le début des temps (de blog), ma rubrique «Ça sent le jazz». Et puis, de tsunami en Auschwitz, la vague de l'actu m'a emporté. Avec elle, refoulée cette passion si lointaine et vivante, confinée en attendant à quelques disques et concerts, quelques parlotes entre intimes. Elle m'y amène pourtant aujourd'hui, l'actu, cette garce habillée de noir, qui vient de débarquer un proche. Jimmy Smith est mort ce 8 février, chez lui dans l'Arizona. Il avait 79 ans.

Je dis proche, oui, bien que ne l'ayant jamais approché «en vrai». Pas même en concert. Mais avec Bechet et Armstrong, c'est par lui que je suis né au jazz. C'était encore au temps du Teppaz, le solex des électrophones. Ado, je n'avais qu'une poignée de disques, dont trois de jazz. Dans l'ordre : un 45 tours de Sidney, avec Bechet Creole blues ; et deux 33 t.: Louis, avec St-James Infirmary, et le fameux Walk on the wild side du Jimmy. Avec quelques copains, les parents absents, on se le mettait à fond, et ça planait un max, sans shit.

À ceux pour qui ça ne joue pas : Jimmy Smith,c'est l'orgue, mais pas n'importe lequel, non, l'orgue Hammond. A l'origine, c'était l'instrument des églises états-uniennes vouées aux gospels. Il devint bientôt le type d'orgue le plus répandu dans le jazz. Le Hammond, cette chose ! Une sorte de monstre électro-mécanique avec des moteurs et des roues dentées, ses claviers et pédalier, sa grosse enceinte et son ampli. Une usine à lui tout seul, avec ses bruits de forge, ses rugissements de caverne et aussi ses envolées célestes. Jimmy Smith, c'était le Hammond incorporé, in the tripes, le swing en splendeur. Que ce soit en big band avec celui d'Oliver Nelson, ou bien en trio guitare-batterie, avec Kenny Burrel par exemple. Bref,le v'là envolé dans le cosmos.

Ici bas, il nous reste Eddy Louis et Emmanuel Bex parmi les plus connus*, en France, à encore oser cette machine increvable. Plus increvable en tout cas que son grand Jimmy de serviteur.

* La relève existe avec, en vrac : Benoît Sourisse, Christian Poulet, Bruno Micheli, Valéry Tarondeau. Pas de femme, on dirait.

10 février 2005 in Ça sent le jazz, mon JOURNAL | Lien permanent

Commentaires

Pas de femmes?? Et Rhoda Scott, la joueuse aux pieds nus? A+ Elie

Rédigé par : Elie BERAHA | 12 février 2005 09:20

Ça alors ! On dépose une tite crotte comme ça, en loucedé,croitait-on et voilà qu'un zorro, surgi d'on ne sait où, de soncinglant coup de fouet vous rectifie, ni une ni deux. Magie des blogset compagnie ! Merci Elie.

En effet, j'ai oublié Rhoda Scott ! C'est que j'énumérais des organistes français… Taratata ! : cette Américaine, qui vit en France,a été adoptée par le jazz de France, pieds nus compris (c'est qu'elle y va du pédalier !). J'y reviendrai peut-être.

Rédigé par : gponthieu | 12 février 2005 17:56

...je crois que vous avez oubliez Joey Defrancesco,....sans shit, ce mec la c'est du Jimmy tout cracher!!

Rédigé par : Phunkey | 12 février 2005 21:59

Pour les passionnés, 2 bootlegs russes de Jimmy Smith sont sortis en 2004:
- "Hobo flats" (1963) / "Keep on comin'" (1983) sur le même CD
- "Bluesmith" (1972) / "Livin' it up !" (1968) sur le même CD
Voir le site www.gemm.com
Ciao

Rédigé par : Pierre GILLET | 27 février 2005 22:13

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