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10 juin 2007 7 10 /06 /juin /2007 16:15
A Djibouti, chez les Marines :
Œuvrer à la paix, n’empêche pas de s’entraîner à la guerre


Reportage de Gérard Ponthieu, novembre 2005.

Les Américains tentent de conjurer à Djibouti plusieurs de leurs grandes inquiétudes : limiter la menace terroriste, toujours latente de part et d’autre du détroit de Bab el-Mandeb, entre la mer Rouge et l’Océan indien ; sécuriser, par conséquent, les voies maritimes en provenance du Golfe ; renforcer leurs dispositifs militaires sur la corne de l’Afrique, particulièrement instable (Kenya, Somalie, Éthiopie-Érythrée, Soudan) et sur cette partie de l’Arabie (royaume saoudien et Yémen) fortement marquée par Al-Qaïda…

Surtout, depuis Djibouti, les troupes américaines protègent d’importants accès à la route du pétrole : trois terminaux d’oléoducs en mer Rouge et un dans le golfe d’Aden. Un quart du pétrole mondial transite dans ce secteur stratégique hanté par un « djihad maritime ».

Djibouti est enfin le seul port sécurisé qui garantisse l’accès maritime à l’Éthiopie (70 millions d’habitants), seul vrai allié régional et à ce titre enfant chéri du gouvernement américain.

C’est dans ce contexte que sont installés et vivent quelque 1.700 soldats des Forces conjointes de la Corne de l’Afrique (CJTF-HOA) coalition de onze pays, mais composée à 85 % de troupes américaines, essentiellement des Marines, mais aussi des membres des Forces spéciales et des services de renseignement. Cette force d’intervention alliée a autorité sur une flotte composée également d’éléments britanniques et espagnols, ainsi que d’une mini-escadre allemande (deux frégates, trois ravitailleurs, 1.500 marins) qui patrouille dans le golfe d’Aden et le long des côtes somaliennes et yéménites.

J’ai donc passé environ sept heures dans le camp Lemonnier, m’entretenant avec des officiers et des soldats, visitant l’ensemble des installations, sauf les lieux secrets… – et pour cause – et étant toujours cornaqué par une pétillante Marine’s sergent-major, Mrs Dona Perdue : 39 ans, entrée dans les Marines à 18 ans, imprégnée d’idéaux humanitaires, très critique sur la guerre en Irak… ; devant son « home », elle me montre les fleurs… et la bannière américaine qu’elle a plantés à son arrivée. [Photo].

J’ai ainsi été le premier journaliste français à visiter le campement, après un confrère suisse l’an dernier. C’est un camp relativement modeste par rapport aux dimensions des grandes bases US, et même par rapport à l’implantation française (2.750 hommes). Le matériel d’armement visible est également limité (six avions et dix hélicoptères ; une vingtaine de blindés légers), ce qui s’explique en partie par la présence française, autrement plus tapageuse, notamment avec ses Mirage ; et, d’autre part, du fait qu’il s’agit bien d’une base d’appui terrestre, reliée tant aux navires de la Navy présents sur les mers de la région qu’à la grande base de Diego Garcia et ses B-52. Ça, c’est pour la partie visible, le reste relevant d’une importante activité de renseignement et de contre-actions antiterroristes. C’est de Djibouti, en novembre 2002, qu’avait été mis en oeuvre par la CIA un missile tiré par un drone Predator, éliminant six membres présumés du réseau Al-Qaida au Yémen, de l’autre côté du détroit.

>>>

Lors d’un entretien à Addis-Abeba avec Gérard Prunier, l’un des fins connaisseurs français de la Corne de l’Afrique, celui-ci m’avait fait part d’informations de sources gouvernementales américaines selon lesquelles le camp de Djibouti serait prochainement délaissé (fin 2006), au profit d’une autre base terrestre ou d’un repli maritime – et cela alors que l’unité américaine de lutte contre le terrorisme international avait été jusque-là basée sur le Mount-Whitney, un navire croisant précisément dans le Golfe d’Aden et l’océan Indien. Le Pentagone trouverait le bail annuel djiboutien trop « salé » (31 millions de dollars) pour des avantages relatifs, et apprécierait peu la nature du régime politique mené par Ismaël Omar Guelleh estimé potentiellement compromettant (référence faite à sa gouvernance quelque peu opaque, en général, et à l’affaire Borrel, en particulier).

Ma visite sur place tendrait toutefois à démentir une telle hypothèse – à en croire du moins les travaux d’aménagement récents sur la base, telles l’installation récente d’un hangar technique, ou la construction en cours d’un nouveau bâtiment administratif. À en croire aussi les propos officiels sur la pérennité affirmée de la présence américaine – propos qui n’engagent que leurs auteurs… En tout cas, l’activité visible est telle qu’elle ne semble en rien présager d’une veille de départ.

Je n’ai évidemment pas manqué de m’interroger sur l’accueil ainsi ménagé à un journaliste français par les autorités américaines (l’ambassade américaine ayant donné son aval). Plusieurs raisons, semble-t-il :

– Le désir de se montrer moins opaque qu’il ne se dit, en particulier à Djibouti-même, sur le mode : « Les Américains, on ne les voit pas… Ils sont terrés dans leur camp…  Ils n’ont aucun contact avec la population… Ils font même venir le Coca des États-Unis… Ils sont totalement paranos… » De fait, on ne rencontre que fort peu de militaires américains en ville, sauf quelques rares le soir dans certains bars et restaurants, toujours en civil. Ils ont pourtant des permissions de sortie, moyennant quelques précautions de sécurité ; mais ils n’en usent que fort peu, préférant la vie au camp où a été reconstituée une vie à l’américaine : chapelle, supermarché, gymnase super équipé ; terrain de sport, piscine, salons de détente (lecture, télé, vidéo, internet), le tout, comme les « chambres » sous tente dans une atmosphère climatisée – tandis que la fournaise djiboutienne est de rigueur à l’extérieur… Et puis, l’environnement djiboutien est tout de même des plus exotiques ! Qu’il s’agisse de la langue (on y est assez peu anglophone), de la religion, des modes de vie, de la pauvreté ambiante, etc.

– Le souci de « ne pas la ramener », de la « jouer modeste » en évitant de trop se montrer – c’est-à-dire de trop montrer la force militaire états-unienne… Au contraire, n’apparaître de préférence que dans des actions humanitaires. C’est le mot d’ordre dominant, ainsi que me l’a exposé le major Ron Watrous, officier de relations extérieures, recensant les opérations menées, en cours et projetées de constructions d’écoles, de cliniques, d’hôpitaux, de creusement de puits, etc. De nombreux marines exercent des fonctions de médecins, vétérinaires, ingénieurs hydrauliques ou de travaux publics. « Notre credo, ici, c’est ”make peace, not war !” Nous voulons contribuer à une meilleure gouvernance, à l’action sociale, aux droits de l’homme. Nous ne sommes pas que des hommes de combat. »…

– La conscience d’avoir à reconstruire une image salement écornée, en particulier depuis la guerre en Irak et l’occupation de plusieurs pays. J’ai ainsi assisté, un soir, à une réunion-rencontre organisée à l’initiative des marines avec des étudiants djiboutiens anglophones. Cela se passait dans une école misérable, à Balbala, un quartier périphérique de Djibouti. J’ai connu ce lieu avant l’indépendance : il était alors de l’autre côté du barrage électrifié qu’avaient édifié les troupes françaises pour contrôler les allées et venues. Déjà s’y amassait toute une population refoulée et ainsi marginalisée. Le barrage en moins, une sous-ville dans la ville s’est incrustée là, dans un dénuement accablant. Précédés par quelques ONG, les marines ont ainsi établi des contacts avec les jeunes, soutenant l’enseignement de l’anglais, et venant régulièrement à leurs rencontres sous la forme de causeries informelles. Ce soir-là, le thème – qui avait été arrêté lors de la réunion précédente – portait sur « les causes du terrorisme ». Il y avait là, outre mon accompagnatrice Dona Perdue, une attachée de l’ambassade américaine – venue avec des bonbons –, un « agent » que je ne devais pas prendre en photo, et quatre marines, soient trois hommes et une femme, tous en tenue civile.

La discussion, en effet, fut des plus ouvertes ; je fus étonné de la manière directe dont les jeunes Djiboutiens s’adressaient aux Américains, n’hésitant pas à les asticoter sur la politique au Moyen-Orient.

Par contraste, le hasard a voulu que, le lendemain au camp, j’assiste à la cérémonie du 230e anniversaire de la naissance du corps des Marines (10 novembre 1775), avec accueil des nouveaux arrivants et rituel d’intégration, et toute sa symbolique pagano-religieuse… Tout cela au son des hymnes, et devant une baraque Burger King…

–––––

Rappels sur le contexte djiboutien

C’est en septembre 2002 – un an après les attaques du 11 septembre, et dans le cadre de l’opération « Liberté immuable » –, que les troupes américaines prennent pied à Djibouti, dans le camp Lemonnier, ancienne base de la Légion étrangère. L’armée française perd ainsi le monopole d’une présence séculaire, prolongée en accord de coopération depuis l’indépendance du territoire, en 1977. En réalité, chaque partie y gagne.

À commencer par la petite république de Djibouti qui, en ne dépendant plus des uniques subsides français, renforce ainsi sa relative souveraineté – tout en engrangeant des retombées économiques supplémentaires côté américain, elle en profite pour augmenter le « loyer » des militaires français.

Ces derniers, de leur côté, peuvent aussi se réjouir d’un renfort objectif dans une région, celle de la Corne de l’Afrique, particulièrement instable et qui, de surcroît, tient historiquement le verrou stratégique du golfe d’Aden. Ils se voient également, en prime et en quelque sorte, dédouanés d’une toujours latente suspicion de post-colonialisme.
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2 juin 2007 6 02 /06 /juin /2007 21:57
Venezuela. La fermeture de RCTV accentue le clivage politique
par la rédaction de l’IFEX, International Freedom of Expression eXchange*


Des dizaines de milliers de citoyens sont descendus dans les rues - certains pour fêter, d'autres pour protester - après que la plus vieille chaîne de télévision du Venezuela eut perdu son permis d'exploitation et eut quitté les ondes, ce qui a poussé de nombreux membres de l'IFEX à faire remarquer que le président Hugo Chávez limitait la liberté d'expression.

Des manifestants des deux côtés de la question se sont rassemblés le 27 mai à Caracas après que le président Chávez eut refusé de renouveler le permis d'exploitation de Radio Caracas Television (RCTV), une station alliée à l'opposition, après 53 ans d'existence. La BBC rapporte que lors d'une des plus grandes manifestation tenues à Caracas, la police a lancé des gaz lacrymogènes et tiré des balles de caoutchouc sur une foule de près de 5 000 manifestants, dont certains lançaient à la police des pierres et des bouteilles.

Le président a déclaré avoir pris sa décision parce que la chaîne avait appuyé ouvertement la tentative de coup d'État d'avril 2002 et qu'elle « était devenue une menace pour le pays ». Il a également déclaré que la chaîne avait diffusé des spectacles qui ne répondaient pas aux normes de l'intérêt public.

Un certain nombre de groupes de défense de la liberté de la presse, cependant, ont déclaré que la fermeture était arbitraire et qu'elle représentait une érosion de la liberté de parole. « La fermeture de RCTV constitue une violation grave de la liberté d'expression et un recul majeur de la démocratie et du pluralisme », dit Reporters sans frontières (RSF). « Le président Chávez a réduit au silence la station de télévision la plus populaire du Venezuela et la seule station nationale à le critiquer, et il viole toutes les normes juridiques en saisissant l'équipement de RCTV au profit la nouvelle chaîne publique qui la remplace ».

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Après trois mois d'enquête, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a conclu que la décision du gouvernement était « établie à l'avance et motivée politiquement ». « Dans les mois qui ont précédé et qui ont suivi l'annonce, le gouvernement n'a pas tenu d'audiences, n'a pas suivi de processus discernable de sélection, et n'a accordé à RCTV aucune possibilité de répondre aux assertions des hauts dirigeants », dit le CPJ.

Le CPJ constate également que les autres médias d'information limitent leur programmation critique par peur de perdre l'accès aux ondes. Des trois chaînes qui se sont rangées contre Chávez dans le coup d'État, deux ont depuis atténué leur couverture des nouvelles, rapporte Human Rights Watch. Une quatrième chaîne, Globovision, continue d'attaquer le gouvernement mais ne joint que 10 pour 100 des téléspectateurs, dit le journal britannique « The Guardian ».

RCTV, qui diffuse un grand nombre de téléromans et d'émissions de téléréalité, restera accessible sur le câble, mais la perte de sa fréquence publique de diffusion la privera de la majeure partie de son auditoire. À la place de RCTV, la nouvelle chaîne TVES, parrainée par l'État, a été inaugurée avec des .émissions qui, selon Chávez, refléteraient mieux la société.

Selon la Fédération internationale des journalistes (FIJ) et son groupe affilié au Venezuela, le Syndicat national des travailleurs de la presse (Sindicato Nacional de Trabajadores de la Prensa, SNTP), la fermeture pourrait signifier la perte de leur emploi pour près de 3 000 travailleurs de RCTV, qui n'ont pas été consultés dans la décision.

La décision de ne pas renouveler le permis d'exploitation de RCTV a creusé encore davantage le grand clivage politique qui divise le Venezuela. Dimanche, pendant la dernière émission publique de RCTV, tandis que des milliers de protestataires marchaient, un bâillon de ruban gommé sur la bouche en brandissant des casseroles, des milliers d'autres se sont rassemblés pour appuyer le non-renouvellement, soulignant que le gouvernement avait raison de remplacer une chaîne connue pour sa propagande anti-Chávez.

Dans les semaines qui ont précédé la décision, les partisans du mouvement révolutionnaire des Tupamaros ont peint sur les murs de la station des messages d'appui au non-renouvellement de RCTV, accusant celle-ci de produire du journalisme « terroriste », rapporte l'Institut pour la presse et la société (Instituto Prensa y Sociedad, IPYS).

Certains politiciens, universitaires et commentateurs de gauche en Europe appuient aussi le gouvernement, citant le fait que 90 pour 100 des médias du Venezuela sont privés et opposés avec virulence à Chávez. « Il ne s'agit pas d'un cas de censure », déclare une groupe de particuliers éminents, comprenant notamment John Pilger et Howard Pinter, dans une lettre au « Guardian ». « Imaginez les conséquences si on découvrait que la BBC ou ITV étaient partie à un coup d'État contre le gouvernement. Le Venezuela mérite la même considération. »

Dans une lettre ouverte à Chávez, l'Association mondiale des radiodiffuseurs communautaires (AMARC) déclare que tandis que la position de RCTV pendant le déroulement du coup d'État était « déplorable » - parce que la station avait « violé le droit des Vénézuéliens à l'information à un moment crucial pour la démocratie dans leur pays » - elle recommande que le gouvernement mette en oeuvre un processus approprié pour enquêter et traduire les responsables devant les tribunaux.

Même après que RCTV eut diffusé sa dernière émission, l'AMARC rapporte que le lendemain, à Rubio, dans l'État de Táchira, un groupe de reporters d'une station de télévision locale était passé à tabac et contraint de remettre les séquences d'une manifestation d'étudiants contre la fermeture.

Par ailleurs, l'IPYS rapporte qu'un reporter qui couvrait la scène du spectacle a été abattu le 19 mai lors d'une fête d'anniversaire au domicile de sa mère à Maracay, dans le centre du Venezuela. Un homme armé a fait irruption dans la maison et a fait feu à six reprises sur Nelson Álvarez Narváez, chroniqueur au journal « El Siglo de Maracay ». On ne connaît pas les motifs du meurtre.

Consulter les sites suivants :
- RSF : http://www.rsf.org/article.php3?id_article=22326
- Lettre du CPJ à Chávez : http://tinyurl.com/2fur5j
- Rapport spécial du CPJ « L'Étatisme au Venezuela » :
http://tinyurl.com/24tq8t
- FIJ : http://www.ifj.org/default.asp?index=4865&Language=EN
- AMARC : http://tinyurl.com/2ewr3k
- AMARC, à propos d'une attaque contre des reporters :
http://tinyurl.com/227zhk
- Human Rights Watch : http://tinyurl.com/2fvo8z
- IPYS, à propos des Tupamaros : http://tinyurl.com/3aaaje
- IPYS, à propos d'Álvarez: http://tinyurl.com/yp7fvj
- SNTP : http://www.sntp.org.ve/mayo0716.html
- BBC News : http://tinyurl.com/28fksp
- Lettre parue dans le « Guardian » : http://tinyurl.com/34zpks
- « The Guardian » : http://tinyurl.com/26bdv3

* L’Échange international de la liberté d'expression (IFEX), un réseau mondial de 71 organisations qui ˛uvrent à défendre et à promouvoir la libre expression. L'IFEX est administré par le groupe Journalistes canadiens pour la liberté d'expression (www.cjfe.org).
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17 mai 2007 4 17 /05 /mai /2007 09:44
Derrière la comédie de l’ouverture,
une politique à tendance fascisante

par Pascal Heisserer*


Qui ne voit que derrière les gesticulations de Nicolas le Petit (pour prendre des accents hugoliens) pour jouer au Grand Homme (responsable, digne et ouvert) se met en place un profond verrouillage à venir de la vie politique et démocratique de notre pays !

I) Au premier plan : un spectacle comique.
Nicolas Sarkozy qui n’oublie pas qu’il a été élu en dépit d’une profonde méfiance à l’égard des dérives libérales-sécuritaires de son programme s’efforce, à grands renforts médiatiques, de montrer à l’opinion publique qu’il n’est pas l’homme que l’on croît.

C’est pourquoi il joue.

Seulement il n’a plus besoin de jouer pour les siens. Ils lui sont acquis car ils l’aiment à en avoir perdu tout sens critique, adorants et magnifiants ses envolées lyriques, un peu comme si son verbe les avait anesthésiés.

Non désormais il lui faut jouer pour les autres, pour tous ceux qui doutent du bien-fondé de sa politique.

Et il y en a encore, pensez-vous !

Selon les cas, il lui faut les séduire, les rassurer, les débaucher, voire les intimider.

Ainsi il reçoit les responsables syndicaux et "comble de l’étonnement" (mais je suis bête, il y a des élections législatives dans un mois et il n’est peut-être pas bon que le "Loup" sorte du bois !), il met en sourdine ses projets les plus "progressistes" (fin du CDI, remise en question du droit de grève, franchise-santé) et avance les idées d’égalité salariale homme-femme, de promotion sociale et d’enrichissement par le travail.

A la suite de quoi, en bon Républicain chacun se déclare prêt à travailler (et non à batailler) avec le nouveau Président.

Puis voyant que la Ruse fonctionne (en bon élève de David Copperfield pour qui : "plus c’est gros, plus ça marche"), il se propose de jouer la carte de l’ouverture politique afin d’élaborer une dream-team droite-centre-gauche.

Tentative qui ne peut que nous faire sourire.

Rappelons les mots de Freud et Bourdieu.

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Le premier répondant à la question de savoir pourquoi autant d’hommes intelligents avaient pu se compromettre avec un régime si mauvais avait simplement dit : "C’est parce qu’ils ne le sont pas tant que cela".

Le second se demandant pourquoi des hommes de gauche avaient pu passer à droite avait simplement dit : "C’est parce qu’ils ne l’ont jamais vraiment été".

Et si maintenant certains imaginent pouvoir infléchir la marche libérale-sécuritaire à tendance fascisante du Président Sarkozy, je crois qu’au mieux ils se leurrent et qu’au pire ils feront tapisserie. Je ne leur prédis rien d’autre qu’un destin de Xavier Emmanuelli ou d’Azouz Begag.

II) En arrière-plan : les germes d’un drame.
On peut donc se demander pourquoi N. Sarkozy dont tous les sondages indiquent que l’UMP va avoir SEULE la majorité au Parlement a besoin de former un pseudo gouvernement d’union nationale ?

Mon hypothèse est la suivante :

Il ne peut penser que son crédit est déjà entamé. Il ne peut imaginer perdre.

C’est donc pour une autre raison.

Raison qui m’autorise à qualifier de politique à TENDANCE fascisante, la politique libérale-autoritaire de celui qui s’aime trop (si Zémour me permet de parodier le titre de l’un de ses ouvrages).

A mes yeux, l’opération qui est en train de se mettre en place est limpide.

N. Sarkozy veut concentrer TOUS les pouvoirs.
Après les sommations à la presse d’opposition (Libération, Le Monde), les dénigrements systématiques de l’Institution judiciaire (des juges rouges !), les minimisations des syndicats (qu’ont le droit de dire 8% de salariés face à 53% d’électeurs ?), la mise au pas du pouvoir exécutif (les Ministres, le Premier compris, deviennent de simples courroies de transmission de sa volonté), il s’attaque au pouvoir législatif et à l’opposition.

Ces deniers ne doivent pas être en mesure de s’opposer.

Il faut détruire les possibilités réelles de toute contestation.

J’entends déjà la démagogie de demain : "Mais comment pouvez-vous trouver notre mesure profondément anti-sociale étant donné que des gens de gauche et du centre ME soutiennent ?"

Maintenant pour tous ceux qui sont sidérés par un tel spectacle, je me permets de rappeler que dans la presse locale de ce jour (Voir journal L’Alsace) il est mentionné :

  des services publics ferment dans les zones rurales,
  des classes ferment dans les zones rurales,
  des salariés sont licenciés dans les zones rurales.

Preuve qu’au-delà des opérations de communication, la réalité est toujours aussi aride et donc propice à une autre politique que celle qui est mise en place depuis au moins 5 ans.

–––––––
* Professeur de philosophie à Strasbourg, membre du Parti socialiste
http://pheisserer.net
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11 mai 2007 5 11 /05 /mai /2007 20:02
6 mai 2007. Tentatives d’explications blogosphériques

Ma petite blogo-revue… Je tombe donc sur « radical chic », un lieu très schizoïde où, si j’ai bien pigé, un même auteur virevolte de droite à gauche. Provoc, ixième degré, pirouette habile et talentueuse. Donc, je pompe dans « Faut-il insulter les électeurs de Sarkozy ? », signé Guillermo, le lundi 7 mai 2007 :


« Putain ça me démange, quand je pense à cette bande de vieux grabataires, d'abrutis ou d'égoïstes (au choix) qui nous collent 5 ans avec un vendeur d'aspirateur, j'ai des envies de meurtre. Certes, tout seul contre 53 et quelques pour cent de mes compatriotes je ne vais pas aller loin, mais je préfère m'énerver plutôt que d'en appeler à la réconciliation nationale : la victoire est claire, le mandat pour les réformes, bref toutes choses destinées à me faire avaler la bonne potion du docteur Sarko, et avec le sourire, encore. Il faut bien se défouler.

« Au fond, je suis triste que tant d'électeurs, notamment dans les classes populaires, puissent voter contre leurs intérêts - et pourtant j'ai tort de raisonner ainsi. D'abord parce que je ne vote pas moi-même avec mon intérêt direct en ligne de mire, ensuite parce qu'il faut, de la part de ces électeurs moins bien lotis, un certain courage pour appeler sur eux-mêmes la foudre des réformes et du démantèlement du service public en s'imaginant que c'est la meilleure façon de sortir du marasme (ou de l'impression de marasme). Fillon, notre sémillant futur premier ministre, n'a pas tort quand il se félicite d'un vote "positif" : c'est un vote motivé par la peur du déclassement et des jeunes, un vote pour que les plus bas que soi s'en prennent pour leur grade, mais c'est aussi un vote qui appelle un agenda de réformes - sur le modèle "no pain, no gain".

« Et le prix à payer est élevé. Croire que la France ira mieux quand le "travail sera libéré" n'est pas incohérent (même si c'est sans doute faux) ; devoir en passer par la réaction généralisée, c'est pathétique. Il est terrible d'avoir à subir ce package de la haine de classe, des défiscalisations pour investisseurs immobiliers et autres rentiers, des lois répressives et inutiles, et de toute cette idéologie de chiottes matinée de néo-pétainisme. Les pragmatiques diront que la récupération des électeurs du FN était à ce prix, mais j'aurais préféré que l'offre politique n'épouse pas à ce point les contours crasses de la basse démagogie.

[…]
« Ce qu'il nous aurait fallu, et ce qu'il nous faudra, c'est un programme plus clair qui associe des réformes vraiment efficaces avec un autre impératif de justice sociale. Il est scandaleux d'entendre lier valeur travail et coup de pouce aux héritiers, mais il est encore plus pénible de voir que personne à gauche n'a eu les moyens de contester ces élucubrations. C'est ce manque de vision politique, du rôle de l'État, de la frontière entre public et privé, entre intervention et libre entreprise, ou de l'autre côté d'une perception renouvelée des mécanismes de reproduction de classes et des inégalités, qui ont cruellement fait défaut à gauche. En se laissant enfermer dans la vision binaire et moralisatrice de la droite ou la cote mal taillée du déclinisme, l'élection était perdue d'avance. »
guillermo


Chez « finis africae », je tombe sur une élégante plume, un brin dilettante. Ce passage me parle bien. Il se situe dans le récit de l’auteur, judicieusement intitulé « La Peste », qui parle de conversations de cantine avec ses collègues de travail. L’une d’elles se laisse aller à son racisme ordinaire :


« Ma collègue repart de plus belle :  « Avec les gitans qui se sont installés à côté, tu vas voir que des rats, ça va en attirer de plus en plus, on ne risque pas de s'en débarrasser. »  J'ai été à deux doigts de lui parler d'autres rats, ceux de La Peste de Camus, mais je me suis dit qu'elle ne comprendrait pas l'allusion et je me voyais mal lui expliquer sans que ça dégénère. Alors je me suis tu.

« En fait, c'est ça le problème. On a capitulé. On ne contredit plus ces crétins, alors ils croient qu'ils ont raison et n'ont même plus honte de leurs idées. À la place, c'est nous qui avons honte rétrospectivement d'avoir encaissé leurs remarques racistes sans oser réagir. »

Une capitulation ? Qu’en pensez-vous ?
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11 mai 2007 5 11 /05 /mai /2007 08:14
Joli coup du Monde qui, en quelques clics sur le site des Journaux officiels de la République française, démontre que le groupe Bolloré s'est bien vu attribuer ces dernières années des marchés publics. Vincent Bolloré et Nicolas Sarkozy avaient affirmé le contraire mercredi 9 mai, suite à la polémique déclenchée autour des frasques sarko-bolloréennes…
   
Le Monde du 10.05.07  a recensé plusieurs contrats dont :

–  Le 17 juin 2005 SDV
, la filiale logistique du groupe Bolloré, s'est  vu attribuer un marché de "transport de fret par voie aérienne commerciale à la demande et pour le compte du ministère de la défense", d'une valeur estimée à 36 millions d'euros, hors taxes. Le contrat est lui aussi d'une durée de 48 mois.

– Le 5 janvier 2006, SDV emporte le marché des "prestations de transport aérien et d'opérations ponctuelles de dédouanement de diverses marchandises pour la direction des monnaies et médailles". Le montant est "indéfini".

– Le 10 août 2006 l'attribution du marché à SDV du "traitement de la valise diplomatique fret" par le ministère des affaires étrangères ; il s’agit d’un 'contrat sensible' relatif à la protection du secret et des informations concernant la défense nationale et la sûreté de l'Etat ; montant estimé : entre 1,4 million et 5,6 millions d'euros, hors taxes, pour "une durée de 48 mois".

– Le 16 novembre 2006, on retrouve SDV TTA, parmi d'autres entreprises, dans l'attribution d'un marché, concernant un "accord carde acheminements" par l'économat des armées.

D’autres contrats "de fourniture de fioul domestique"  ont également été passés par Bolloré Énergie avec des organismes publics et des collectivités locales.

Des lecteurs du Monde ont aussi apporté leur contribution à ce premier inventaire.

>>>
 Ainsi Marie-Christine E. : « Et qu'en est-il des 12 licences Wi Max attribuées par l'Autorité de régulation des télécoms, à Bolloré Telecom en juillet dernier ? Il ne s'agit pas de marchés publics ? » Laurent l. précise de son côté : « Impressions électorales européennes[...] L’État français aura dépensé 130M€ pour imprimer et diffuser les imprimés à destination des 42M d’électeurs inscrits. [...] papiers [...] majeure partie a été fournie par le groupe Bolloré. Sur les 12 000 tonnes nécessaires, 7 500 ont été fabriquées par les Papeteries du Léman (Thonon) et les Papeteries des Vosges (Laval-sur-Vologne). [...] appel d’offres européen lancé par le ministère de l’Intérieur [...]” Source : Revue Caractère, citée par Rue89.


Laurent l. s’est aussi lancé dans l’investigation. D’une part pour relever une confusion sur un contrat entre Bolloré Group et un homonyme  Bolloré SA dans le 44, cela à propos de l’hôtel de police de Grenoble. D’autre part pour relever « que Bolloré Group est en relation d'affaires avec EDF, notamment via BatScap (propriété Bolloré 95%, EDF 5%) qui a notamment racheté le canadien Avestor (activité de batteries électriques). »

Le groupe de l'homme d'affaires avait affirmé mercredi qu'il n'avait "jamais eu aucune relation commerciale avec l'État français". Nicolas Sarkozy avait indiqué de son côté que "Vincent Bolloré est un des grands industriels français. Il n'a jamais travaillé avec l'État. Il fait honneur à l'économie française".

Depuis, Vincent Bolloré a implicitement reconnu ces marchés mais pour les réduire à trois fois rien – « même pas un pour mille du chiffre d'affaires de notre groupe » [estimation portée entretemps à un pour cent chez Bolloré même…], explique-t-il au Parisien [11/05/07]. Je le répète, pour nous, cela ne représente quasiment rien de notre activité ».

Pour un si petit mensonge, on ne va tout de même pas chipoter un honnête travailleur et un irréprochable futur bientôt président. D’ailleurs, qu’il se rassure et son grand ami avec : selon le sondage effectué par lemonde.fr, sur 40.873 votants, 54.5 % estiment que les vacances de Sarkozy à Malte... ne donnent pas lieu à débat, car elles relèvent de sa vie privée. On appelle ça l’état de grâce.
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7 mai 2007 1 07 /05 /mai /2007 10:08

allegre sarkozy

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2 mai 2007 3 02 /05 /mai /2007 10:17
Sarkozy sur France Inter. Comme un pet sur une toile cirée

Ce matin, invité de France inter, le candidat UMP. Très défensif-offensif selon son naturel galopant. En auto-surveillance, se redoutant lui-même, depuis le temps qu’ « on » lui dit – « on », ses managers de boxe qui, entre chaque round, viennent lui passer l’éponge dans le dos : « Gaffe à ta gauche, Nicolas ! Pense à ton crochet droit ! ». Et le poids-coq, un peu welter, repart au coup de gong, fait écran à l’arbitre pour tenter un coup bas, sous la ceinture.

Il était donc sur ses gardes, dans ce repaire post(e)-68tard, cette radio écoutée surtout par des Sarko-sceptiques, pour le moins [sondage Télérama] – mais les trois ou quatre auditeurs- questionneurs seraient cette fois triés en conséquence. Il avait donc tort de s’inquiéter pour si peu. Guy Carlier aura préféré tourner les talons. Suffisait alors de la jouer badine – on badine bien avec les médias, et Demorand donnait aimablement dans le taquin : « Vraiment, liquider 68 ? » Beuh, le picador n’aura guère fatigué le taureau, et Hélène Jouan n’agitera pas la muleta, tout juste un p’tit coup de chiffon timide. Et lui de barbouiller à tout-va : « François Hollande a dit qu’il n’aimait pas les riches ». Rien ne se passe autour des micros. Pas le moindre contrepoint. Pourquoi se géner ? D’un uppercut, il descend 68 : ce temps où « Voltaire, ça valait Harry Potter ». Et pas un mot pour relever ce déni intellectuel – ou au moins pour rappeler, même en badinant, que le Potter en question, euh, en 68…

C’est vrai qu’il terrorise. Demorand, tout assuré qu’il paraisse – de l’assurance sans risque des jasettes de salon radiophonique –, ne résiste en rien aux assauts de la bête, feutrés de ses « je vous le dis très gentiment » (à deux reprises), mais n’y revenez pas trop ! La menace a du mal à se voiler : « Vous êtes formidable ! Avec vous, j’ai l’impression de faire un débat avec un homme politique… Merci, comme ça je m’entraîne pour ce soir ! »… Ou encore : « On peut avoir ses convictions et être précis ! » Ces piques sont terriblement acérées. Elle délimitent la fonction journalistique : des questions, certes, mais pas d’objection, pas de résistance, juste passer les plats. 40.000 personnes hier à Charléty : « – Vous y étiez ?! Bon, disons que vous y étiez pas !… » Sous-entendu : alors on la ferme !
Et lui alors, il y était ?

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Un auditeur prend le relais pour dénoncer la « colonisation » de France inter par les idées de 68… Oh, comme vous y allez !, proteste en substance Demorand, voyez Sylvestre et Marris, on équilibre… Comme si la fonction journalistique ne devait, par essence, relever de la nécessaire et démocratique fonction de contre-pouvoir. Un ministère de l’information ? – « Une plaisanterie ! » En effet, pour quoi faire ? Comme si le système des réseaux d’amitié et de connivence n’était pas autrement efficaces. Mais l’objection est d’avance désamorcée : « On me dit que les médias sont à ma solde… Mon dieu ! » Voyez Libération, le Nouvel Obs, Marianne… qui appartiennent à des riches et cependant partisans de « Madame Royal »… « Dois-je en conclure que Madame Royal est liée aux puissances de l’argent ? » Silence radio. Sarkozy embraie de plus belle : Lagardère n’était pas à Bercy, Bouygues non plus. Alors, si c'est pas la preuve !

Et là, les micros sont scotchés, médusés.

Bon, OK, on ne peut pas tout ressortir, ni forcément être assez réactif face à tant d’aplomb… Mais enfin, il y avait quand même matière à rétorquer ! Sinon, bordel de chiotte, à quoi je sers à ce micro qui, rappelons-le, est tout de même et avant tout un outil au service du droit du public à l’information ! Alors, je résume, en vrac :

Sarkozy a un fils dont Martin Bouygues – actionnaire principal de TF1 –  est le parrain ; lequel a assisté au congrès de l'UMP qui a sacré le même Sarkozy ; Bernard Arnault – PDG de LVMH qui possède La Tribune – est ami de Sarkozy, qui a assisté au mariage de la fille d'Arnault, comme il avait assisté au mariage de Claire Chazal (TF1) ; Vincent Bolloré – entre autres PDG d'Havas – ami de Sarkozy, présent à la remise de sa légion d'honneur ; Arnaud Lagardère –  Hachette (entre autres:
Europe 1, le Journal du Dimanche, Paris-Match, des titres régionaux), EADS… – grand ami de Sarkozy, présent, cette fois, à son meeting pour le "oui" à la constitution Européenne en mai dernier. N’oublions pas non plus dans la même brochette amicale : Édouard de Rothschild  l'actionnaire de référence de Libération (« journal de merde»), Alain Minc président du conseil de surveillance du Monde.

Donc, à France Inter ce matin-là, on a glissé là-dessus comme pet sur toile cirée.

Pourtant l’invité n’était pas pleinement content (peut-il jamais l’être avant d'atteindre « la plus haute marche ? ») Pas content, car il n’aime pas les journalistes et les redoute. D’où ces assauts d’attention mêlés de menace. La main dans le dos et la dague pas loin : « Monsieur Demorand », qu’il lui lance à la dernière minute, « vous filez un mauvais coton… » Pourquoi dit-il ça, à celui qui n’a tout de même pas démérité et proteste de sa bonne foi : « Ça veut dire quoi ça, exactement, Nicolas Sarkozy ? » Réponse : « Ça veut dire qu’à 9 heures on a le droit… » Demorand : « …de plaisanter ». Sarkozy : « …oui, de plaisanter ». Ouf, on a eu peur ! On souffle en vannant gaiement avec des slogans de 68. Le débat, c’est pas la guerre, hein ! Il était moins une.
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1 mai 2007 2 01 /05 /mai /2007 08:04
« Nous sommes tous de minables coupables.... »

par Daniel Cohn-Bendit et Alain Geismar


« Nous sommes coupables d'avoir fait souffler un vent de liberté et d'autonomie à la radio-télévision d'État d'alors; ce que semble regretter Nicolas Sarkozy.

Nous sommes coupables d'avoir rêvé d'autonomie et de démocratie dans les écoles, les universités et les usines. Coupables d'avoir désiré la justice et l'égalité au travail comme à la maison; ce qui semble déranger Nicolas Sarkozy.

Nous sommes coupables d'avoir taillé une croupière à l'autoritarisme gaulliste, marxiste, communiste, syndical et patronal.

Nous sommes coupables de cette réalité d'aujourd'hui où les femmes et les hommes décident en toute liberté de leur corps et, pire, de rester ensemble ou de se quitter. De cette réalité où les jeunes décident librement de leur contraception et où les femmes ont le droit de choisir de laisser naître un enfant ou pas. Visiblement cela ne plaît pas non plus à Nicolas Sarkozy.

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Nous sommes coupables d'un tas de conneries comme "CRS-SS". Mais était-ce donc pire que les propos d'un Georges Marchais, alors secrétaire général du Parti communiste français, pour qui "l'anarchiste allemand" venait déranger la classe ouvrière française ou qu'un " Cohn-Bendit à Dachau! " qui servait de mot d'ordre à la grande manifestation gaulliste?

Nous sommes coupables du bêtisier révolutionnaire des "Vive Trotski', "Vive Che Guevara!"," Vive Mao!", autrement dit, des "Vive la révolution autoritaire ou totalitaire", " libertaire ou plébéienne".
Coupables donc d'avoir béatifié Marx ou Proudhon en ignorant Hannah Arendt et Albert Camus mais aussi de n'avoir pas bien lu Jean-Paul Sartre.

Nous sommes génétiquement coupables d'un désir d'égalité, de solidarité et de liberté.

Nous sommes génétiquement coupables de penser que le pouvoir n'est pas la propriété privée d'un homme ou d'une femme.

Nous sommes génétiquement coupables de rêver d'une mondialisation écologiquement et socialement régulée.

Nous sommes génétiquement coupables de croire que le karcher ne résout rien et que la police ne peut pas tout.

C'est pour toutes ces raisons que nous décidons de créer un cercle des "enragés repentis fatigués de la chienlit" et que nous demandons à être rééduqués par le maître penseur de la révolution culturelle sarkozyste, André Glucksmann, en promettant de nous flageller publiquement et collectivement devant le siège de l'UMP les jours de prière du vendredi, samedi et dimanche.

Et puisque nous nous découvrons aujourd'hui, non sans intérêt ni surprise, responsables de la spéculation boursière et des parachutes dorés pour les grands patrons, nous convoquons, en vertu des droits à la propriété intellectuelle, une assemblée générale pour réclamer collectivement nos dividendes qui financeront nos séances d'autocritique, de confession publique, de pénitence et d'humiliation. Nous voilà prêts à "passer aux aveux" au prochain congrès de l'UMP.

Inch'Allah, Mazel-Tov, que Dieu nous bénisse et que la révolution sarkozyste nous punisse.

Nous savons que, libérés de notre culpabilité, nous pourrons nous épanouir à l'ombre du pouvoir de Nicolas Sarkozy. Ensemble, et sans tous ceux qui dérangent. Sous les pavés de notre honte, la plage...

Merci Saint Nicolas.
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1 mai 2007 2 01 /05 /mai /2007 07:20

De Mao à Sarko, Glucksmann

s’est retrouvé un Grand Timonier

Ce dimanche à Bercy, ayant atteint des sommets, il s’est cru au Zénith. Et Glucksmann n’a pas bronché. Pas plus qu’un Bigard. Ils étaient là pour soutenir, acclamer, prendre date pour l’Histoire… Prenons date, donc, avec ce 29 avril d’hystérie « omnisports ». Discours et assistance hallucinés. Haro sur 68 et les intellos, gloire au populo !

On aura donc tout vu de l’horreur démagogique. Horreur il est vrai imperceptible, et en fait fascinante aux yeux d’un citoyen-électeur sur deux. Aveuglement-fascination, deux temps d’un moteur increvable. Mon peuple, pourtant. Ce même peuple que d’autres moments d’Histoire auront fait lever avec ses piques de sans-culottes, ses pavés de la Commune et de Gay-Lussac. Mais aussi ce peuple moins hardi, voire péteux, sous Pétain et l’occupant…

Et maintenant ce même peuple capitulant – « les Français sont des veaux… » – s’offrant en pâture médiatique et en parterre béat devant des histrions qui le méprisent en lui déclarant un amour de carton-pâte. C’était la veille de Bercy, à Valenciennes, usine Vallourec, entreprise du CAC-40 : des ouvriers en bleu de travail applaudissant l’ode à la France « lève tôt- gagne plus »… Pour se faire enculer, oui ! Pas d’autre mot disponible, pardonnez la vulgarité, effet de colère et de tristesse. Un tel spectacle, non ! Un déni de conscience : « Con comme un ouvrier de droite ! », j’avais entendu ça, il y a quelques années, d’une ouvrière-gréviste isolée dans son désespoir.

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Des harangues pareilles, normal que ça fasse effet chez les rombières et rombiers de la bourgeoisie, bon. Normal aussi que ça empapouate les pipoles du show-biz. Normal enfin que ça fasse se trémousser le Glucksmann, cet ancien chantre de Mao, cet adorateur d’idôles et déboulonneur à retardement – tout le monde peut se tromper… Même sur Sarko ? Attendons, pourrait-on dire, si on avait le temps d’esthétiser à propos d’une menaçante Bérézina démocratique ; si on avait envie et moyen de se caler dans le bien au chaud de ces moralistes qui ne morflent jamais, sinon de ridicule, de leurs bévues à répétition et inconséquentes.

En 1972, n’avait-il qualifié la France de « dictature fasciste », rêvant à l’embrasement de l’Europe entière de Lisbonne à Moscou (rapporté par Raymond Aron dans ses Mémoires) ? Emballements et engagements l’agitent par périodes et en tous sens pour finalement converger sur les prises de position américaines et israéliennes en matière de politique extérieure, notamment lors du conflit contre l’Irak. En 2003, il fustige le « camp de la paix », et atteste des fameuses armes de destructions massives de Saddam Hussein – conviction qui en fera un zélateur de Bush et un va-t-en guerre. Reconnaissons-lui toutefois ses positions anti-staliniennes et son soutien à la cause tchétchène – et revenons à « sa » cause sarkozyste.

Dans le « grand homme », Glucksmann reconnaît le « seul candidat aujourd’hui à s’être engagé dans le sillage de la France du cœur », rejetant une gauche « qui se croit moralement infaillible » mais a renoncé au combat d’idées et à la solidarité internationale. Dimanche, en chauffeur de salle à Bercy, il y est allé de sa diatribe contre Ségolène Royal au sujet de sa prétendue complaisance avec les dirigeants chinois sur la question des Droits de l’Homme. Son maoïsme enflammé l’autorisait en effet à jouer les donneurs de leçon, lui qu’avait aveuglé son adoration pour le Grand Timonier !

Autant de faits de bravoure qui lui ont valu une belle réplique de l’écrivain Jean-Marie Laclavetine (Le Monde 05/02/07) : « Nous sommes désormais habitués aux combats menés pour la galerie cathodique par les titans de la pensée française. Moi et George Bush, moi et Saddam, moi et Sharon, moi et Bouteflika, moi et le Che, moi et le pape, moi et Fidel, moi et Mitterrand, moi et de Gaulle. Un peu comme Nicolas, en somme, ce Nicolas dont vous faites sans rire un descendant d’Hugo et de « la France du coeur », en référence sans doute aux Restos du même nom, où il envoie ses pandores effectuer des rafles, sûrs qu’ils sont de trouver autour des gamelles de soupe leur ration de sans-papiers ; ce Nicolas héritier de Jaurès qui prône la restriction du droit de grève et le démantèlement du code du travail ; ce Nicolas qui glorifie l’abbé Pierre tout en faisant cueillir par ses gendarmes des enfants trop foncés dans les salles de classe. »

Inspirateur de Sarkozy, Glucksmann lui aura sans doute un peu soufflé son envolée contre Mai-68. Délice sucré de l’intellectuel aux marches de l’Imperium – enfin la cour des « grands » ; revanche arrogante de l’apostat voulant faire croire que l’Histoire a changé et non pas lui. Sauf son habit de clown.

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29 avril 2007 7 29 /04 /avril /2007 20:05
Question aux chipoteurs politiques :
Après
s’être jeté dans les urnes de Chirac contre un impossible Le Pen, pourquoi chipoter Ségolène face à un probable Sarkozy?

« En 2002, nous nous sommes autorisés à prendre des positions politiques tranchées, voire osées : souvenez-vous de la fureur avec laquelle nous nous encouragions mutuellement à voter pour... Chirac. Il fallait se boucher le nez, mettre des gants, mais surtout, surtout, pas une voix ne devait manquer à notre "champion". Nombre d'entre nous ont suivi, emportés par le courant, et nous fûmes 82 % à le plébisciter tellement nous avions peur de... Le Pen. J'ai juré ensuite qu'on ne m'y reprendrai pas, mais je l'ai fait.

« En 2007, que font les mêmes ? Ils chipotent Ségolène : pas assez ci, trop ça... Mais si tous ceux qui ont déployé leur rage à faire voter Chirac contre un improbable Le Pen, dépensaient autant d'énergie à faire voter Ségolène contre un très probable Sarko, je vous le jure, mes amis, nous pourrions encore le virer. Si nous sommes capables de créer un semblable raz-de-marée nous emporterons des millions de voix dans le courant.

« Il ne suffit pas de voter pour Ségolène, il faut nous jeter dans la bataille pour que pas une voix ne lui manque.

« Il reste quelques jours et une manif du 1er mai. »

Odile Chenevez
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