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17 décembre 2006 7 17 /12 /décembre /2006 22:09
Entre Clearstream et VSD, Denis Robert morfle

La justice a parfois besoin de lampistes. On dirait qu’elle s’en offre un avec le journaliste et auteur Denis Robert. Non seulement il est mis en examen dans l’affaire Clearstream, mais il a aussi été condamné pour diffamation envers la caisse de compensation internationale basée à Luxembourg. Le journaliste dénonce un acharnement « incompréhensible », qu’il tente cependant d’expliquer dans le texte suivant, où il met en cause le « bidouillage » de ses propos par l’hebdo VSD:

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« Le jugement me condamnant […] pour propos diffamatoire est incompréhensible tant par la lourdeur des sommes mises à ma charge que sur le fond et sur le précédent qu'il crée. Les journaux et agences, informés par les avocats de mon adversaire, ont annoncé que Clearstream venait de gagner un procès en diffamation contre moi et que j'étais condamné à 1500 euros d'amende pour avoir dit à VSD le 24 mai dernier que la multinationale ayant son siège à Luxembourg était “le poumon de la finance parallèle”. Tout est faux dans cette information. D'abord ma condamnation est beaucoup plus lourde. Je dois verser 1500 euros de dommages et intérêts à Clearstream, 2000 euros à Richard Malka, l'avocat de Clearstream et 4000 euros en frais de publication.Ce jugement est exécutoire. Cela signifie que même si je fais appel, et je ferai appel, je dois payer. Et je paierai.


« Par ailleurs, je n'ai pas été condamné pour la raison évoquée plus haut. Il suffit de comptabiliser les milliers de comptes ouverts par Clearstream dans la quarantaine de paradis fiscaux qui figurent dans les listes de mes livres pour trouver ce jugement encore plus incompréhensible.

« Si j'avais dû me défendre, j'aurais au moins amené ces documents. Mais je ne me suis pas défendu sur le fond. Je n'avais aucune raison de le faire, puisque je n'avais pas accordé d'interview à VSD. Mon avocat a plaidé cela. Le texte publié par VSD est en effet le fruit d'un bidouillage et l'a été sans mon accord. Les mots de cet article ne sont pas les miens. Je ne l'ai découvert que plusieurs semaines après sa publication. La condamnation d’hier incroyablement lourde est le fruit d'une réflexion juridique très alambiquée. Le président du tribunal a jugé que comme je ne m’étais pas opposé à cette publication, je la cautionnais. Ce qui n'est pas le cas. D'où mon effarement aujourd'hui. […]»

« […] VSD a publié sans mon accord cette fois un second entretien réalisé à partir des scories du premier, avec une titraille accrocheuse et des photos prises de l'intérieur de Clearstream . "Voyage au coeur de la lessiveuse" Etc.. Le journaliste (ou son rédacteur en chef), dans la frénésie de l'affaire, inventent questions et réponses, font des coupé-collés avec des passages de mon livre Révélations, ciblent sur le fonctionnement de Clearstream alors que l'entretien de départ était plus politique. Envoyé, c'est pesé !
« C’est pour ce simulacre d'interview que j'ai été condamné […]. Il en va ainsi de cette affaire Clearstream. Je paie aujourd'hui pour ma liberté de parole. Clearstream va utiliser jusqu'à la corde ce jugement dans tous les procès qu'ils m'intentent. Des médias, en nombre, peu informés, ont déjà publié la nouvelle de cette condamnation sans chercher à comprendre.
Quand je m'exprime sur ce dossier, on me met en examen ou on me poursuit quasi systématiquement. Quand je ne m'exprime pas, on me condamne. Quelle alternative me reste-t-il ? »

Denis Robert est poursuivi depuis cinq ans, notamment par Dominique de Villepin, pour ses révélations sur les activités de la société Clearstream. Ancien journaliste à Libération, il est l’auteur de deux livres (« Révélations » et « La boîte noire »), ainsi que de deux documentaires diffusés sur Canal + consacrés à l’opacité de l’activité de la société luxembourgeoise.

Le site de Denis Robert et son comité de soutien.
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17 décembre 2006 7 17 /12 /décembre /2006 11:31

« Qui couche avec qui ? », that is the bad question

Je me souviens… Je me souviens, dans les années 75, de ce dessin de Wolinski qui en une page amassait les potins-de-cul agitant le milieu de la presse. Ça s’appelait, je crois bien « Qui couche avec qui ? » et il n’y était question que des canards parisiens ; ça donnait un fourbi genre famille tuyau-de-poêle : Le coursier de l’Obs, se tape la téléphoniste du Figaro, qui se fait le cruciverbiste du Monde, qui saute telle claviste de Libé, qu’un journaleux de L’Express, et cætera. Mes exemples sont tout à fait factices, comme ils l’étaient, plus ou moins, sous le crayon du dessinateur. N’allez pas croire ce qui n’est plus, oh là là, non, et d’ailleurs il n’y a plus de clavistes à Libé et du coup plus de chaîne du vice… Bien sûr.

C’était un temps où les affaires de sexe et de cœur, en ordre et proportions variables, n’avaient pas, à ce point comme aujourd’hui, gagné la sphère politico-médiatique. Il y avait bien des affaires ténébreuses, comme celle d’un Giscard qui, à l’heure du laitier, regagnait l’Élysée par une porte dérobée. Le Canard, Le Monde, Minute et France-Dimanche y étaient allés de leurs couplets. Gentiment. Rien à voir avec les saillies outrées (si j’ose dire…) qui, à la même époque, avaient pris tournure de scandale chez les prudes anglo-saxons : affaires Christine Keeler, outre-Manche, Edward Kennedy, outre-Atlantique, tandis qu’un certain Markovitch, chez nous, avait agité la torpeur pompidolienne sur fond de polar olé-olé avec Alain Delon en vedette « américaine »… Encore moins à voir avec les histoires de Clinton.

Entre temps a jailli la pipolisation. Des médias et des esprits – du moins des esprits pipolisables – esprits étant peut-être un bien grand mot. Le mouvement s’est emballé. J’aurais tendance à le dater de Mitterrand, lorsqu’en 1994 il rendit publics l’existence de Mazarine et sa liaison avec Anne Pingeot. Le tout-Paris branché « savait » plus ou moins, se nourrissant du secret et du soufre de la rumeur. Le signal était donné et Paris-Match ouvrait le ban.

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Sur un registre moins politique, un autre accès de fièvre pipole fut déclenché par la mort de Lady Diana en 1997. Dix ans après, faisons confiance aux torche-cul pour exploiter l’anniversaire sur toutes les couleurs de la dialectique complot/fatalité.

Année 2006 : un bon cru. Où l’on retrouve Match avec sa une sur l’escapade de Mme Sarkozy. Ce qui fâcha doublement le ministre et son Lagardère d’ami. Exit le réd-chef Genestar, bourré d’indemnités. Non sans avoir, auparavant, pipolisé l’union maritale Schönberg-Borloo.

Aussi l’année 2007 s’annonce-t-elle fort prometteuse. Je sens déjà que dans pas longtemps on va révéler ma liaison avec Ségolène Royal. Cet « outing », certes, y sera pour quelque chose… Que voulez-vous, c’est humain… De tous temps, la sexualité a gouverné l’humanité, ou du moins en a-t-elle fortement teinté les orientations – et inversement. D’ailleurs, à propos d’orientations et de penchants, on devrait bien aussi évoquer l’homosexualité et ses variantes gay, pédérastiques et autres. Puis on ouvrirait la boîte de Pandore des fantaisies diverses dont la multiplicité dépasse – j’allais dire recouvre – largement, toutes tendances confondues, les multiples courants traversants corps et appareils politiques.

Tout ça est aussi ancien que l’Antiquité. Ne dérangeons pas Socrate pour si peu. Quant aux libidineux de Tautavel, je vous dis pas, dans leurs fameuses grottes – d’ailleurs, hein, si ils se cachaient à ce point !… – et voyez Lascaux et ses symboles tendancieux, etc. A côté de quoi, les caves germano-pratines, comme celle du Tabou jadis, c’était de la bibine.

La question aujourd’hui est bien celle de l’exploitation politico-médiatique des « amours de stars ». C’est aussi la question de l’œuf : qui provoque un tel attrait ? Ce peuple gogo qui en redemande, ou l’âpreté commerciale du média-bizness qui provoque l’excitation ? Les deux, mon capitaine ! Et même les trois, en ajoutant ces protestataires de service, parmi lesquels les syndicats de journalistes, si prompts à crier au loup.

Le loup, ça fait un bail qu’il campe dans la bergerie ! Déguisé en animateur de galerie marchande : promotions en tous genres – vedettes du showbiz, de la variétoche à la politicaille. Il se masque aussi et surtout derrière le traitement voyeuriste des « faits divers », cette catégorie journalistique si souvent faisandée, presque toujours suspecte, qui peut faire ou défaire des élections : avril 2002, l’affaire «Popaul», le « petit vieux » agressé près d’Orléans , le reportage le plus anxiogène de l’année, la médiatisation du thème de l’insécurité portée à son comble à la veille des présidentielles… D’un même élan, Claire Chazal et Béatrice Schönberg, dégoulinent du « fait-div » à pleins prompteurs, comme une pornographie. Voilà ce qui importe, et non pas de spéculer sur « avec qui elles couchent ou pas ».

Idem, évidemment, en ce qui concerne les Poivre d’Arvor, Jean-Pierre Pernault, que sais-je ? Et aussi pour Marie Drucker. Pourquoi devrait-elle quitter son poste sous prétexte qu’elle fricote avec le ministre Baroin ? C’est une chasse aux sorcières ! Pourquoi, pendant qu’on y est, ne pas constituer un « jury-citoyen » (hmm-hmm !…) qui, pouces vers le sol, enverrait les journalistes au goulag ? À l’inverse, un tel ou une telle ne « coucherait » pas que ça lui délivrerait un certificat de bonne vie et mœurs journalistiques ?


L’image : Cachez ce membre que je ne saurais voir… Lemonde.fr en pleine hypocrisie. Parler d’un « membre du gouvernement » sans le nommer et reproduire la une du torchon « Bon Week » qui s’en charge…

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3 décembre 2006 7 03 /12 /décembre /2006 23:29
J'aime bien ce texte sensible, qui mêle les mythes à l'actualité. Il provient de la Ligue des droits de l'homme de Dax et annonce une manifestation pour mercredi.

Dax, sous les oliviers, la liberte d’expression


                            « L'olivier fut brûlé dans l'incendie du 
                           temple par les barbares; mais le lendemain de l'incendie, quand
                          les Athéniens, chargés par le roi d'offrir un sacrifice, montèrent
                         au sanctuaire, ils virent qu'une pousse haute d'une coudée avait
                        jailli du tronc ».

Une légende grecque voudrait que l'olivier soit le fruit d'une querelle entre Athéna, déesse de la Sagesse et de la Science, et Poséidon dieu de la mer ; à propos de la protection d'une ville nouvelle.

Pour les départager, Zeus, le Dieu des dieux, leur proposa de faire chacun un don à l'humanité. Les hommes les départageraient en indiquant le don le plus utile.
Poséidon brandit alors son trident et fit jaillir d'un rocher un cheval magnifique pouvant porter cavalier et armes, traîner des chars et faire gagner des batailles.

Athéna se pencha alors sur un morceau de terre, le toucha et en fit sortir un arbre permettant de nourrir, soigner les blessures et les rhumes et ne mourant jamais.

L'olivier, car tel était l'arbre ainsi sortit du sol, fut déclaré "le don le plus utile à l'humanité" et Athéna obtint la protection de la ville qui porte toujours son nom : "Athènes."

L’olivier symbole de paix, le rameau d'olivier est choisi pour signifier à Noé que le déluge est fini et que la décrue commence, symbole du pardon.
Symbole de libre expression, à Dax trois oliviers décorent la place qui porte la légende des origines et  des vertus des eaux thermales de la ville. C’est à cet endroit, que le maire de Dax a utilisé sa police municipale pour empêcher une action citoyenne, conduite par des femmes et des hommes libres, pacifistes, humanistes et libertaires.
A Dax, sous les oliviers , la Paix, nous avons décidé que cette place deviendra le lieu de toutes nos actions, le lieu de la libre expression et nous invitons  tous les hommes et femmes libres et de bonne volonté en faire de même.

« Les atteintes aux libertés » à Dax et ailleurs est le thème de notre prochaine rencontre  le MERCREDI 6 DECEMBRE à 19 H
à l’Amphithéâtre de l’INSTITUT DU THERMALISME
PLACE DE LA FONTAINE CHAUD

LIGUE  DES  DROITS  DE  L'HOMME  DAX   
   "La vérité est aussi difficile
        à nier qu'à cacher"

Yazmin MENANTEAU/Présidente/ LDH-DAX /4 rue Neuve 40100 DAX/ 05 58 74 80 56
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21 novembre 2006 2 21 /11 /novembre /2006 23:01
La TNT, c’est pas de la dynamite !
par Christian Le Meut

J’ai fait la découverte récemment de la TNT. Pas l'explosif, la télé; une télévision qui n’a rien d’explosif, justement. TNT ne signifie pas non plus Télévision Naze et Tarte mais Télévision numérique terrestre. Vous achetez un petit boîtier quelques dizaines d’euros, vous l’installez ou le faites installer et voilà, vous pouvez regarder 18 chaînes gratuites; 18 chaînes, le bonheur intégral ! Bon, aucune en langue régionale, ne rêvons pas, mais vous pouvez regarder les programmes complets d’Arte et de France 5 avec une image de très bonne qualité, ce n’est déjà pas mal...

La TNT propose aussi des chaînes d’information continue comme iTélé. Plus besoin d’attendre la grand messe de 20 h. Tout n’est donc pas complètement naze dans le monde de la TNT. Si vous voulez rajeunir de vingt à trente ans regardez Télé Monte Carlo qui rediffuse en permanence de vieux feuilletons britanniques comme Miss Marple ou étasuniens comme L’Homme de fer avec Robert Dacier sur son fauteuil roulant un peu rouillé...

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Téléréalité à la mode étasunienne. La première fois que j’ai zappé rapidement sur ces chaînes histoire d’en découvrir les nouvelles, j’ai eu droit au spectacle d’une paire de fesses qu’un jeune homme tenait absolument à nous montrer dans le cadre d’une émission de téléréalité quelconque. Car le top du top parmi les chaînes de la TNT c’est NRJ 12, une chaîne pour les djeunes qui diffuse plusieurs émissions de téléréalité étasuniennes non encore importées ni adaptées en France.

L’une d’elles, dont j’ignore le titre, consiste à mettre en compétition des jeunes pauvres et des jeunes riches, très riches. Dans un palais sont rassemblés une dizaine de jeunes pauvres, hommes, femmes, noirs, blancs, mais tous endettés jusqu’au cou de quelques dizaines de milliers de dollars. Avec eux le même nombre de jeunes riches, héritiers de fortunes gigantesques.
Des équipes de deux sont formées, un pauvre avec un riche, et ces équipes doivent traverser des épreuves.

Le jour où j’ai regardé, il s’agissait de faire travailler tout ce beau monde à nettoyer un hippodrome après les courses. Nettoyage des gradins et des chiottes, notés et cornaqués par deux responsables de l’établissement. Le temps était compté et le résultat noté. Certains jeunes millionnaires hommes n’avaient jamais fait de ménage de leur vie, et cela se voyait. D’autres riches, surtout les filles, y sont allés franco, sans trop de dégoût. Une équipe a été désignée vainqueur par les deux responsables de l’établissement. Ainsi, elle était assurée de rester dans le jeu tandis que les autres équipes étaient soumises au vote. Chacun pouvait voter pour désigner la personne, et donc l’équipe, qui devait quitter le jeu.

Pour 100.000 dollars t'as plus rien. A à la question, posée par un animateur, de savoir ce qu’il ferait avec les 100.000 dollars promis pour le vainqueur, l’un des jeunes millionnaires a répondu qu’il achèterait une montre. C’est lui qui a obtenu le plus de voix ce jour-là et a été exclu du jeu, comme son partenaire pauvre qui, lui, pleurait à chaudes larmes. Voilà un jeu de téléréalité qui repose, comme tous ces jeux, sur la compétition à tous prix, l’humiliation, la duperie... Mais voir ces jeunes millionnaires nettoyer la merde des autres dans les conditions de travail habituelles pour des salariés pauvres avait quelque chose de pédagogique, pas que pour eux d’ailleurs, mais aussi pour tous les téléspectateurs. Tout ne serait donc pas à jeter dans la téléréalité.

Les banlieues vues de Remiremont. Si vous voulez piquer un bon roupillon bercé par votre télé, la Chaîne parlementaire n’est pas mal. L’Assemblée nationale et le Sénat se sont alliés pour créer cette chaîne financée par nos impôts : je suis tombé sur un colloque consacré aux banlieues et présidé par Christian Poncelet, président du Sénat, qui ne s’est pas privé de prendre la parole. Ce monsieur respectable et d’un certain âge est élu de Remiremont, dans les Vosges, une petite ville de 10.000 habitants, banlieue comprise. Autant dire qu’il est compétent sur le sujet. Transmettre en après-midi des colloques du Sénat à la télévision, c’est une bonne idée pour encourager les Français à faire la sieste en réduisant leur consommation de somnifères. Celui-là est efficace.

Et, le soir, une autre chaîne prend le relais de la parlementaire : c’est Gulli. Gulli est une chaîne pour enfants, avec des dessins animés et des feuilletons apparemment inoffensifs. Mais le soir, tard, Gulli ferme ses programmes : un gros G s’affiche, une sorte de mire comme au temps de l’ORTF. Un gros G donc qui ronfle doucement pendant des heures. Il ne se passe plus rien que cela sur cette chaine, et c’est reposant. Au dodo les enfants, au dodo les grands, faites de beaux rêves. Et n’oubliez pas d’éteindre vos postes de télévision, le jour, comme la nuit.
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18 novembre 2006 6 18 /11 /novembre /2006 18:19
De la médiachose et encore pire, plein mon cabas

Samedi, marché, place village. Poires, poireaux, courges, petit chèvre, poulet rôti. Et canards plumitifs chez le tabac-journaux. Pas La Provence, l'ai déjà dit maintes fois, cause de la vente forcée de papier « bonne femme » et programmes télé. J'ai tout ça à la maison (les papiers) et ne supporte pas qu'on me force le porte-monnaie. Donc, je prends Libé, parfois Marianne (pas quand ils négligent de passer un de mes reportages, au frigo depuis plus d'un mois), et ce coup-ci Courrier international, forcément, puisqu'il me racole avec sa couv' « Aix et la Provence vues par la presse étrangère ».

Le Monde, pas la peine, il m’attend dans l’ordi, depuis que j’ai réduit la voilure papier ; j’apprivoise la médiachose, conformément à mes prévisions [sous la plume d’un certain John MacGregor, cliquer pour lire, comme dans le nouveau Monde] ; donc je reçois le quotidien vespéral en début d’après-midi, comme un Parigot dis donc. Ça me coûte six euros par mois au lieu de 27,70. Du coup, téléphone du service abonnements : « Alors, qu’est-ce qui ne va plus, vous nous quittez ? » Ben non ! J’explique : « Ah, c’est dommage, on tient beaucoup à l’abonnement papier, vous savez ! » Je pige mal la démarche. Surtout quand la page d’accueil écran me dit « Retrouvez toutes les sensations du journal papier, et en plus les avantages du numérique », avantages étalés sur toute la page. Doit-on alors se sentir coupable de naufrager la presse ?  Ou serait-ce que les patrons sont assez barjots pour accélérer son suicide ? Expliquez-nous un peu, les marquettingeurs !

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A propos de marquettinge, lundi 13 novembre, prenant le train pour Paname, j’emporte mes provisions : Libé maigrichon, Le Monde, donc, et aussi La Provence. J’allais dire « ma » Provence et puis non, tiens, voyez ma déconvenue (pas nouvelle !) en trois temps : 1) Me séparer du cahier Sports. Pas mon truc, ces affres de stades, ces résultats « logiques », ces photos toujours les mêmes et ces titres ampoulés autour de l’OM « qui s’enfonce dans la spirale de la défaite »’ Donc, 12 pages au panier. 2) Pareil pour les 8 pages d’annonces et de pub. 3) Reste 12 pages, d’intérêt inégal, disons. Mais j’apprécie l’enquête de Thierry Noir sur les communes « étouffées par les plans de prévention », et un papier local sur la « sourcellerie ». Tout de même, à 0,90 euro, ça fait chérot la tranche de jambon gras (qui noircit les pattes comme une chaîne de vélo). C’est vrai, je suis pas le bon client me diront-ils au quotidien marseillais. Est-ce bien sûr ? Un effort, quoi, un peu de pêche, du dérangeant, du lèse-Gaudin et autres majestés locales ! Et puis aussi, cette mise en page « Troisième république »…

Marquettinge toujours. À TF1 cette fois. Je m’en fous plutôt, mais cette nomination d’un dirlo de la com’ à la tête de l’info du groupe… ben c’est toute une époque qui s’exprime là en plein PAF. La com’ a pris le pouvoir sur l’info. Pas que chez Bouygues. Pas que chez Lagardère et autres fils-à-papa financiers et médiatiques. Partout. La guerre a été perdue par les journalistes et l'information le jour où il a été plus avantageux de faire un ménage qu’un article. Exemple ? Bibi et son enquête pour Marianne qui – si elle passe ! – va culminer… allez à 400 euros. Au moins quatre jours de boulot, sans parler des milliers d’heures de vol dans le métier – l’expérience, quoi. Laquelle expérience me rapporterait deux fois plus en une seule journée de média-training dans une boîte – soit huit fois plus !

On en est là, le reste relevant désormais de la mythologie du journalisme, celle des "grands seigneurs" masquant les hordes de traîne-misère. D’un côté, un Guillaume Durand qui, palpant des millions*, n’en rechigne pas moins à payer des impôts sur ses indemnités de licenciements. Indemnités qui, par leur énormité, disent toute l’indécence : et de cette profession marchandisée, et de cette société du même tabac. De l’autre toute une piétaille de mercenaires corvéables – je pense en particulier aux jeunes journalistes, et plus encore à ceux qui, de plus en plus nombreux, rêvent toujours de le devenir.

J’épingle Durand, mais s’il fallait égrener le chapelet de ce genre d’ignominies ! Tiens, tout frais sortie des gazettes, l’indemnité qu’Alain Genestar, ex patron de Match, négocie pour crime de lèse-Sarkozy (la couv’ sur les aventures de madame): près de 2 millions d'euros selon Hachette Filipacchi. Je vous le dis, ça rapporte, ces affaires de com’ qui n’ont rien à voir avec le journalisme – selon moi, hein, et c’est pour ça que Marianne va me payer (peut-être) à coup d’élastique. Mais le plus drôle, dans le genre, c’est que Genestar est viré pour "dérive déontologique". J’hallucine.

Quoi d’autre ? Ah oui : là, c’est la franche poilade, trouvée dans Libé du jour [18/11/06] sous la forme d’une brève en bas de colonne, perfidement titrée « Bonne nouvelle ». Je recopie : « Mercredi, François Bachy, chef du service politique de TF1, a été (bien) élevé au grade de chevalier à l’Ordre national du mérite ». En effet, un journaliste qui accepte « ça », c’est bien qu’il l’a mérité. Encore bravo à ce chevaleresque confrère, sans peurs ni reproches. Un vrai serviteur qui honore son Bouigues de patron et même son pays. Et économique avec ça: une médaille. Lagardère et Rothschild bavent d'envie.

Et quoi encore ? La reprise de Libé, comme on le dit des chaussettes, par l’attelage du baron Rothschild et de Joffrin. Non pas Joffre. Pas Jospin non plus. Jo-ffrin, libérateur proclamé de Libération qu’il veut faire rouler à gauche toute. Avec un attelage réduit, of course (à Longchamp). L’un ne veut plus lâcher de blé – la noblesse a ses limites –, l’autre va donc rationner le picotin et balayer les écuries. Et Libé va renaître de ses cendres. Vivement Noël, qu’on y croie.

Bonne nouvelle quand même. Politis a engrangé son million d’euros pour se remettre en course. Les pauvres n’ont pas beaucoup de sous, mais ils sont nombreux. Et généreux. Un million, pfff !, n’était l’honneur, suffisait de quêter auprès d’un Durand ou d’un Genestar – des radins, je parie.

––––
* Condamné le 12 octobre par la cour d'appel de Paris à six mois d'emprisonnement avec sursis pour ne pas avoir déclaré 3,2 millions de francs (480.000 euros) de sa prime de départ de 5,8 millions de francs (880.000 euros) touchée de Canal+ après son éviction de "Nulle Part ailleurs". Déjà été condamné en 2001 pour fraude fiscale à quatre mois de prison avec sursis. Il doit 1,8 million d'euros au fisc.
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31 juillet 2006 1 31 /07 /juillet /2006 12:49
Au Liban et ailleurs,
plus ça prie plus ça meurt


Je me couche le samedi avec un cauchemar de marée noire sur les plages libanaises. Les infos n’en ont que pour le dimanche noir prédit par Bison futé… Dimanche, le réveil est autrement douloureux : ces dizaines de morts à Cana lors d’un bombardement israélien.Tristesse à pleurer, rage impuissante. Écrire, déjà, pour dénoncer, ça sera mon combat du jour, un dimanche où des croyants auront beau prier… Même à la Maison Blanche, ils prient tous les matins, avant chacune de leurs réunions qui décident du Bien et du Mal dans le monde. Ils prient aussi à Jérusalem. Et encore à Beyrouth. Et à Téhéran, à Damas, à Bagdad. Dans tout le Proche-Orient. Et ailleurs-partout dans le monde entier. Plus ça prie, plus ça meurt !

Prière matinale à la Maison Blanche

Dimanche 30 juillet 2006. Hier soir, justement, j’ai scruté à la loupe le remarquable film de William Karel, Le Monde selon Bush.Tandis qu'un déluge de bombes s’abattait sur Cana, comme la radio me l’apprenait ce matin. Les théocraties à l’ouvrage, pêle-mêle. Avec l’onction étatsunienne. Et pas que de l’eau bénite. Cette dépêche d‘hier soir, aussi, m’a révolté :

Nouvelles escales en Ecosse d'avions américains à destination d'Israël.
« AFP 29.07.06 | 22h10
« Deux avions-cargo américains à destination d'Israël devaient faire escale dans la nuit de samedi à dimanche à l'aéroport écossais de Prestwick-Glasgow après avoir reçu cette fois le feu vert de Londres, a annoncé l'autorité de l'aviation civile britannique (CAA).

« Les deux 747 gros porteurs, qui effectuent une escale de ravitaillement en Ecosse entre le Texas et Tel-Aviv, transportent "des matériels dangereux" pour lesquels ils ont reçu les autorisations, a indiqué la CAA sans préciser la nature exacte des matériels embarqués.

« Les appareils devaient faire escale respectivement tard samedi soir et tôt dimanche matin à Prestwick-Glasgow, a précisé un porte-parole de la CAA.

« "Il s'agit de vols de transport de matériaux dangereux, ce qu'ils transportent est considéré comme étant d'une nature dangereuse", a-t-il déclaré. »

La dépêche apporte aussi cette insoutenable précision :
•••
« Le président américain George W. Bush avait présenté ses excuses vendredi à Washington à Tony Blair pour le non respect des procédures lors de l'escale à Prestwick le week-end dernier de deux avions américains acheminant des bombes vers Israël, selon le porte-parole du Premier ministre britannique.

« Ces deux avions-cargo avaient été désignés comme des "vols civils" et les autorités américaines n'avaient pas averti leurs homologues britanniques de leur contenu dangereux, qui incluait, selon le quotidien The Times, des bombes GBU-28 conçues pour détruire des bunkers et des cibles enterrées. »

Voilà que ces deux salopards se font des mamours diplomatiques pour manquements à leurs règles commune d’habituelle politesse. Sont-ils charmants !

Le film de Karel montre – on le savait certes, mais jamais assez ! – à quel point les États-Unis constituent une théocratie dirigée par une bande de voyous bigots et âpres au gain. Comment ils avaient programmé la guerre d’Irak bien avant le 11-septembre. Comment les attaques terroristes leur ont fourni un prétexte littéralement vécu comme miraculeux – au sens de signe divin ! Comment toutes les informations sur le Proche-Orient ont été truquées, malaxées, conformées aux desseins sinistres de cette bande de mafieux abrités à la Maison-Blanche et au Pentagone. Comment une presque infime minorité d’intellectuels a résisté au rouleau compresseur de l’intox, tandis que le « reste », y compris les plus grands et réputés des médias – télés et journaux – se trouvaient « embedded » comme au bon vieux temps de la première guerre d’Irak, celle du père Bush ! Ce qui a fait dire à un journaliste d’une radio de Los Angeles : « Si l’information est l’oxygène de la démocratie, alors les États-Unis viennent d’être gazés ! »

On voit encore : Comment, précisément, la famille Bush se résume à un clan de bandits – à commencer par le grand-père de W, Prescott Bush qui, dans les années 40,  était le banquier secret d’Adolf Hitler et de la famille Thyssen, et transférait de l’argent pour les nazis ! Comment ce type, le W, se croit investi d’une mission divine qui le dispense d’avoir à rendre des comptes, ainsi que de tout examen de conscience ! Comment ce même clan, élargi aux néo-conservateurs tels que les Ashcroft, Wolfowitz (▲ photo), Perle
(▼ photo); les mafieux comme Frank Carlucci – ex patron adjoint de la CIA et secrétaire à la Défense de Reagan, manitou du fond d’investissement Carlyle opérant entre autres dans l’industrie militaire; mais aussi les Rumsfeld et Colin Powel – et surtout "le vice" (en personne) : Dick Cheney, s’empifrant littéralement des innombrables contrats négociés entre la société – sa société – Halliburton et l’empire militaro-industriel.
L’honneur de l’Amérique étatsunienne revient à  quelques rares figures, tel l’écrivain Normal Mailer, le polémiste Michael Moore, le linguiste Noam Chomsky. Tel encore le doyen du Sénat, pourtant ami de Bush père et de Reagan, Robert Byrd, dénonçant devant les sénateurs médusés cette forfaiture politique avec une violence inouïe.

Bush père et fils, leurs acolytes et innombrables pièces rapportées ont établi et conforté leurs fortunes diverses autour du pétrole et de l’industrie de guerre ; ils ont négocié avec les autres voyous d’Arabie saoudite, leurs princes cupides, et jusqu’avec satan lui-même, alias Ben Laden et compagnie – dont le frère du fameux Oussama, que la CIA instruisit comme on sait dans les maquis antisoviétiques d’Afghanistan. Tout le clan Bush a bénéficié des largesses pétrolières du clan des Saouds
(photo: W mano a mano avec le prince héritier Abdallah). En échange de quoi, ceux-ci bénéficiaient de la protection étatsunienne et de quelques privilèges, comme de compter parmi les administrateurs du fond d’investissement Carlyle, sorte d’État dans l’État financier, auquel se sont abreuvés Bush père, Rumsfeld, mais aussi John Major, ancien premier ministre britannique conservateur, Otto Pohl (ex-président de la Bundesbank), Arthur Levitt (ex-président de la Security Exchange Commission), Karl Fidel Ramos (ex-président des Philippines), et jusqu’à Henri Martre, ex de Matra Aérospatiale (Lagardère).

Tant et si bien que le matin-même du 11-9, le propre frère d’Oussama et d’autres membres de la famille Ben Laden participaient à un conseil d’administration de Carlyle – ce que reconnaît Frank Carlucci
dans le film de William Karel – et que Michael Moore avait aussi révélé dans son « Fahrenheit 911 ». Tant et si bien également que le 12 septembre 2001, le seul, l’unique avion qui fut autorisé à décoller des Etats-Unis, fut celui qui ramena la smala des Ben Laden au bercail, à Ryad ! La manœuvre fut négociée directement entre Bush et le prince Bandar (▼ photo), ambassadeur du prince héritier Abdallah à Washington – par ailleurs bien connu au Niger où il adore « taquiner » au fusil l’outarde – un oiseau rare et protégé – en convois de 4x4 climatisés, et au grand dam des écologistes locaux…

Tout cela a été attesté et admis depuis, comme dans le film de Karel par Robert Steele, ancien agent de la CIA.


Ce long détour n’éloigne pourtant pas du toujours Proche-Orient. Au contraire ! Cinquante et unième État des Etats-Unis, Israël ne s’est jamais senti aussi en phase politique qu’avec Bush et sa bande. Entre théocrates illuminés et d’aussi bonne compagnie, on se comprend et on se soutient. D’où les avions-cargo. D’où les barrages à la paix réelle et les tergiversations d’une Condoleezza Rice. Un des intervenants, dans le film de Karel (je ne sais plus qui au juste) fait remarquer qu’il y a probablement plus de sionistes ardents chez les Américains chrétiens (ils s’appellent d’ailleurs « chrétiens sionistes » et sont très considérés par les Bush) que parmi tous les juifs d’Amérique ! Les gouvernants étatsuniens poursuivent, avec le bras armé israélien,  leur quête d’un « nouveau Proche-Orient » où règnerait en quelque sorte le Bonheur selon Bush, résultante d’une vision orwellienne dont tout écart serait assimilé au Mal. Le Bien étant ce qui est bon pour la « démocratie et la liberté »… selon Bush et ses dieux judéo-chrétiens, dont en particulier le pétrole, le pognon et bien sûr la morale qui va avec.
Sur ce thème des théocraties gouvernant le monde, il me revient en mémoire la charge menée lors de la guerre d’Irak, en 2003, par l’écrivain anglais Martin Amis :

« L'un des objets exposés à la mosquée Umm Al-Maarick au centre de Bagdad est une copie du Coran écrite avec le sang de Saddam Hussein (il a donné 24 litres de sang sur trois ans). Ce n'est pourtant que l'un des plus spectaculaires dons propitiatoires de Saddam aux mollahs. Il est en réalité et depuis toujours un laïque - en fait, un « infidèle », d'après Ben Laden.

« Même si, au Capitole, il n'y a pas de Bible écrite avec le sang de George Bush, on est contraint de l'admettre : Bush est plus religieux que Saddam : des deux, il est, à cet égard, le plus primitif psychologiquement. On entend parler de la « texanisation » réussie du Parti républicain. Le Texas ne paraît-il pas parfois ressembler à l'Arabie saoudite, avec sa chaleur, sa richesse pétrolière, ses lieux de culte débordants et ses exécutions hebdomadaires ?

« L'adoption du droit religieux par l'administration actuelle conduit aussi, par une voie bizarre, à un renforcement du lobby d'Israël. Étonnamment, la doctrine de la régénération insiste sur l'indispensable soutien aveugle à Israël, non pas parce que c'est la seule semi-démocratie de la région, mais parce que le pays doit accueillir le Second Avènement. Armageddon doit se produire près du mont Megiddo (où, il y a quelques mois, un kamikaze, autre genre de croyant, a fait sauter un bus israélien).

« L'Extase, l'Affliction, l'Échec à l'Antéchrist... on ne sait pas vraiment à quel point Bush avale ces bêtises (même si Reagan les avalait toutes). V. S. Naipaul a défini l'élan religieux comme l'incapacité « à considérer l'homme en tant qu'homme », responsable envers lui-même et sans qu'il soit dorloté par un pouvoir suprême. On peut considérer qu'il s'agit d'une faiblesse ; Bush considère - le danger est là - que c'est une force. »

En politique plus ou moins « normale », non totalement théocratique comme le sont les actuels gouvernements étatsunien et israélien, le drame de Cana conduirait sans doute à « rebattre les cartes » – ce qui aurait déjà été fait, d’ailleurs, tant les drames n’ont pas manqué ! On devra s’en tenir aux « excuses » d’Ehoud Olmert ou aux « regrets » de Mme Rice. Et qu’en sera-t-il de la question palestinienne une fois retombée l’indignation internationale ? Car il n’est pas d’autre question à régler en premier au Proche-Orient. La clé de la Paix y est enfouie dans les sables de Gaza et de Cisjordanie. Et aussi, sinon d’abord, dans les cœurs meurtris, tellement étouffés de haines réciproques, elles-mêmes tellement ancrées aux atavismes religieux, eux-mêmes verrouillés aux multiples affairismes qui se nourrissent de ces haines, et des guerres, ici et de par le monde.

>> Vos commentaires sur "c'est pour dire" svp.


>>> Les photos sont extraites du film Le Monde selon Bush, de William Karel. Les deux dernières également, prises en Irak lors d'une intervention de soldats américains.
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8 mai 2006 1 08 /05 /mai /2006 09:41
Bricolage journalistique.. Suite sans fin…
Aujourd’hui, «ça pue le chien éventré»


En politique comme en « faits divers », le bricolage journalistique ne désarme guère par ces temps d’agitation-confusion. En collecter les exploits devient un sport éreintant – celui-là même qui m’amène à des sortes de cures de désintoxication agrémentées de blogo-siestes appuyées. Et puis les faits me rattrapent au détour d’une émission ou d’une lecture. Ou bien ce sont des familiers de la blogosphère qui m’alertent. C’est le cas ici de Sabin (merci !) qui vient d’attirer mon attention sur une affaire gratinée de rumeur relayée par Le Parisien, ainsi que France Info et Canal+, sans exclure les rédactions locales probablement à l’origine de la dérive médiatique [pas eu les moyens de vérifier quel journal a allumé la mèche].


Le correspondant du Monde à Bourges, Patrick Martinat, donne sa version [07/05/06]. Selon une rumeur, donc, « le Teknival de Chavannes (Cher), qui s’est tenu en marge du Printemps de Bourges le week-end du 1er mai, se serait achevé tragiquement avec la mort de deux personnes, et... d’une quinzaine de chiens retrouvés éventrés. » Car le bruit avait couru dans les parages « que des dealers arrivaient sur place avec des chiens dont les estomacs étaient lestés de drogue, afin d’échapper à la fouille. » D’où la « quinzaine de ces chiens auraient été retrouvés éventrés au lendemain du Teknival, leurs maîtres ayant voulu récupérer la drogue cachée dans leur estomac. »

Si une jeune fille de 22 ans – et une seule – semble bien être morte d’une surdose de drogue, le reste n’est que fantasmagorie. Un reste d’ailleurs chargé, où l’on trouve aussi une histoire de vipères « rendues folles par les décibels, [qui] se seraient précipitées vers les baffles et auraient piqué des ravers... »

Le problème des rumeurs, ne se situe pas tant leur origine que dans leur nécessaire terreau que constituent les médias – au sens générique du mot. Ici, il semble que le « feu » se soit d’abord propagé via des téléphones portables. Il a dû ainsi s’autoalimenter pour ravager finalement le landerneau journalistique. Et de manière ténue ! Ainsi le jeudi soir, quatre jours après ledit Teknival, selon le correspondant du Monde, « Canal+ se faisait encore l’écho de cette prétendue affaire lors d’un reportage diffusé dans le journal de 18 h 50, où les faits étaient présentés sans aucune précaution. En revanche France Info a fait un rectificatif à l’antenne vendredi matin. »

•••>
Patrick Martinat note encore que « si la presse locale a pris la précaution d’utiliser le mot « rumeur » en relatant ces « faits », Le Parisien a, dans son édition du 4 mai, repris ces allégations sans utiliser le conditionnel. En légende d’une photo de raveur tenant son chien en laisse, le quotidien publiait même un témoignage de vétérinaire anonyme évoquant l’éventration des bêtes « pour y récupérer les stupéfiants ». le chef du service départemental hygiène alimentaire, est affirmatif : “ Nous n’avions envoyé aucun vétérinaire sur les lieux. ” »

Rappel : en juin 2005, un semblable déferlement fantasmatique était parti du Tek’noz de Carnoët, dans les Côtes-d’Armor. Là aussi, une jeune femme était morte, poignardée. Ce n’était pas suffisant pour nourrir les imaginaires ; « on » y ajouta donc des morts cachées, des viols et, déjà, les fameux chiens éventrés. Plus de trois mois après, la rumeur courait encore et avait même enflé, ainsi que le rapportait dans une enquête Le Télégramme du 13 septembre suivant.

S’ils ne sont pas toujours aussi actifs que dans ce cas, les médias de presse manifestent parfois sur de telles questions des ambiguïtés pour le moins suspectes. Les « faits divers », en particulier, se prêtent idéalement aux dérives journalistiques et souvent avec délectation. Ne faut-il pas vendre du papier en exploitant la crédulité d’un public qui aime se repaître du crapoteux. Il y a quelque chose de rassurant à se délecter du malheur d’autrui, comme si ça mettait à l’abri. Tant qu’on peut faire le voyeur devant un drame, ma foi, c’est qu’on est épargné soi-même. De même s’agissant des turpitudes – réelles ou pas, qu’importe ! – dont ça peut être un régal de ses délecter. Mieux vaut se régaler de celles des autres que des siennes – et c’est moins risqué…

Les médias sont parfois – sinon souvent – tentés d’en rajouter sur les affaires peu reluisantes, croustilleuses. D’abord parce que tout journaliste n’en est pas moins un humain avec ses névroses ordinaires – ou non… Et que tout média se comporte, aussi, en entreprise soumise aux impératifs des affaires ! Ce qui se traduit par la nécessité de « faire de l’audience ». Les deux mêlés constituent un cocktail encore prisé au comptoir-tiroir-caisse de bien des rédactions.

J’ai été témoin, il y a une dizaine d’années, d’une affaire fantasmée de profanation de cimetière près de Carmaux. La Dépêche du Midi [Toulouse], via un chef d’agence, avait délibérément monté l’affaire en épingle, au préjudice de jeunes gens montrés du doigt de manière éhontée, et cela à partir d’une excitation puérile de journaleux minables. Pour l’un d’eux, le responsable principal, il s’agissait d’appliquer un principe du genre : d’abord on charge, après on voit… Le degré zéro de l’éthique. En fait, un comportement de voyou. Pourquoi les médias seraient-ils à l’abri ? D’où la nécessaire attention critique portée à leurs basses œuvres, parfois drapées d’apparente vertu.

On ne mettra donc pas, a priori, sur un même plan les saillies du Monde portées contre le gouvernement et son chef. Tout en effet, côté journalistique, semble paré de la suprême « investigation » par laquelle on reconnaît les gènes d’Albert Londres, mâtinés de Pulitzer. D’ailleurs, n’évoque-t-on pas une parenté Clearstream-Watergate (au fond, des histoires d’eau… trouble), un cousinage Le Monde-Washington Post ?

Justement ! Je l’ai rappelé ici même à propos du « outing » de « Gorge profonde », l’informateur du quotidien qui avait trouvé dans les magouilles de Nixon, l’occasion de régler un compte personnel : Mark Felt n’avait pas été promu, comme il l’espérait, directeur du FBI! En franchouillerie, « gorge profonde » ça se dit « corbeau » ; mais la fable conduit à la même morale : Qui roule pour qui ? Ou même : qui roule qui ?

Donc Le Monde semble œuvrer dans le bon sens de la pureté journalistique… Ne le ferait-il pas qu’on s’en inquiéterait. Qu’il le fasse, comme aujourd’hui, ne dispense pas moins de quelques questions « de fond ». Puisque aucune information [s’agissant d’informateur-indicateur, il vaudrait mieux dire « indication »…] n’est gratuite, désintéressée, dénuée de sens… que se cache-t-il, quant au vrai fond, sous l’opération Clearstream ?

Tout ça pour souligner en passant que Le Monde, sous son vernis vertueux, sinon sainte nitouche, pourrait bien, là encore [n’oublions pas sa « face cachée » balladurienne, par exemple] exprimer un penchant politique marqué… L’anti-chiraquisme du journal de référence n’est pas un mystère ; tandis que son pro-sarkozysme devient difficile à dissimuler. Un récent édito [le 9/11, en pleine révolte des banlieues] l’avait même dévoilé, au grand dam d’une partie de la rédaction. Depuis, Edwy Plenel, l’ancien directeur de la rédaction et bras droit de Colombani, a craché le morceau, notamment dans Marianne [18/03/06] où il raconte une réunion tenue au ministère de l’intérieur en 2003 : « J’ai assisté, plus que participé, à une conversation qui, pour l’essentiel, se tenait entre Sarkozy et Colombani qui se tutoyaient et dont j’ai découvert, à cette occasion, l’amicale proximité. »

Tout ça pour en revenir à la morale de la fable, celle du vieux renard familier des poulaillers médiatiques, selon laquelle « il ne faut jurer de rien », surtout en matière de « vérité journalistique ». Qu’il s’agisse de « faits divers » – en réalité faits éminemment politiques pouvant, en particulier, servir une idéologie sécuritaire, si vous voyez ce que je veux dire… –, ou de bruits de chiotte politique, telle la dernière rumeur de ce long ouiquende célébrant la victoire de 45. D’où viennent donc ces bruits de remaniement autour de Sarkozy et relayés à satiété par les médias de masse ? « C’est qui qu’a pété ? » comme demandait mon ami Langlois dans Politis [04/05/06] à propos du « loft exécutif »… Et de rappeler le mot de Clemenceau, qui n’en était pas avare, en parlant de son secrétaire particulier : « Il est bien ce petit Mandel, il me rend service. Quand je pète, c’est lui qui pue. »

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4 mai 2006 4 04 /05 /mai /2006 16:02
De la Paresse comme un des Droits de l’Homme, de la Paresse comme un art moderne et révolutionnaire

Plutôt petit, visage rude, musette de toile dans le dos. Je repense à lui à chaque Premier mai. On est le 4, bientôt même le 5. Oui je sais, et permettez ! Car le petit homme, à chaque printemps, éclos comme le muguet, colportait dans le Paris des défilés « sa » bonne parole : un libelle d’une quarantaine de pages, fait main à l’ancienne, chez un imprimeur typo. Un formidable bouquelet intitulé Le Droit à la paresse. Un type pareil, faisant son beurre à trois francs six sous avec un texte pareil, un jour pareil dit de la « fête du travail », ben, il pouvait pas être foncièrement mauvais.

Je me souviens des premières mots: « Une étrange folie a saisi l’humanité »… Hmm, n’en suis plus bien sûr. Ai retrouvé l’ouvrage, rudement jauni… D’abord, il y a l’exergue fameux, de Lessing : « Paressons en toutes choses, hormis en aimant et en buvant, hormis en paressant ». Puis l’attaque sous l’intitulé du chapitre I, « Un Dogme désastreux » :

« Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. Cette folie trame à sa suite des misères individuelles et sociales qui, depuis deux siècles, torturent la triste humanité. Cette folie est l'amour du travail, la passion moribonde du travail, poussée jusqu'à l'épuisement des forces vitales de l'individu et de sa progéniture. Au lieu de réagir contre cette aberration mentale, les prêtres, les économistes, les moralistes, ont sacro-sanctifié le travail. Hommes aveugles et bornés, ils ont voulu être plus sages que leur Dieu ; hommes faibles et méprisables, ils ont voulu réhabiliter ce que leur Dieu avait maudit. Moi, qui ne professe d'être chrétien, économe et moral, j'en appelle de leur jugement à celui de leur Dieu ; des prédications de leur morale religieuse, économique, libre-penseuse, aux épouvantables conséquences du travail dans la société capitaliste. »

•••>

Paru en 1883, moyennant dépoussiérage, ce pamphlet demeure subversif. Puisque le travail demeure ce qu’il est dans le monde : si peu créatif, si contraignant et à la fois de plus en plus rare, surtout pour ceux qui n’ont pas d’autres moyens de survivre. Il l’est aussi par le fait que son auteur, Paul Lafargue, était le gendre de… Karl Marx. A défaut d’enregistrement historique, imaginons leur dialogue, qui n’aura pas manqué de sel. À l’image peut-être, mais à un autre niveau, va savoir, de celui qui agita notre déjeuner à la Jazzine, sous le soleil de la Fête du travail…

Je l’appellerai Édouard. Étudiant en « environnement », la vingtaine et un regard plein d’espérance. La parole libre aussi, n’hésitant pas à s’affirmer au besoin à contre-courant des autres jeunes, majoritaires, et aussi de plus vieux – génération de ses parents. Il n’était pas vraiment pour le CPE, et pas vraiment contre non plus. Il disait qu’avoir du boulot, n’importe quel boulot, c’était mieux que d’être chômeur ou Rmiste ; mieux que de vivre aux crochets de la société. Il prenait l’exemple de ce jeune qui, en Angleterre, avait facilement trouvé un boulot : tenir une pancarte publicitaire dans la rue pour indiquer une boutique – un homme sandwich, en somme. Rien de nouveau sous le soleil… Édouard, l’été dernier, avait été éboueur dans une ville du centre. Rien de honteux à ça. Certes pas ! Distinguons le travail utile, nécessaire, des tâches dont le sens est absent, et en tout cas discutable.

Jusqu’à peu, aux péages d’autoroutes, je me faisais fort de passer aux caisses « humaines », histoire de privilégier l’homme plutôt que la machine et histoire aussi, croyais-je en bonne conscience, de préserver de l’emploi… Ma blonde n’était pas de cet avis ; j’ai fini par la rejoindre sur la question : le type-même du boulot dénué d’intérêt et de sens, tout juste bon à justifier une machine… D’ailleurs, à l’observation, « mes » péagistes n’avaient rien à foutre de mes mots gentils ou à la con, eux qui tuaient littéralement les heures dans une guérite désespérante, guettant d’un œil morne ce désert des Tartares à moteurs, contraints à inhaler leurs miasmes, à répéter sans fin ce geste machinal du Poinçonneur des Lilas : ticket-à-prendre-à-rendre-merci-bonne-route. Et de gagner tout juste de quoi ensuite et à son tour passer… à la caisse du supermarché, ces autoroutes de la consommation…

Que la machine prenne aux humains leurs boulots aliénants, qu’elle ne se gêne surtout pas ! Mais « elle » – c'est-à-dire ses « maîtres » – l’ont programmée pour concurrencer l’Homme devenu « variable d’ajustement ». Machines à profit, machines à pomper la vie, la joie, l’espérance. Passer ses jours « ouvrés », tu parles, à tenir une pancarte bien droite, bien stupide, pour écouler ses semblables dans les ornières de la consommation merdique … Bon, si encore il s’agissait d’une passe, vite fait, d’un job de vacances pour étudiants insouciants… Mais au quotidien du sous-emploi, passer de ce sous-statut à celui de caissier d’autoroute, est-ce cela, vivre ? Ou bien s’agit-il de plier l’échine sous les coups d’une aliénation sans cesse réinventée ? – en l’occurrence celle que le sociologue Robert Castel dénomme [Le Monde, 29/04/06] le « précariat », mot-valise composé du début de précarité et de la fin de salariat…

Les boulots les plus pénibles, dangereux, inintéressants, répétitifs, abrutissants, inutiles sont aussi les moins payés. Ma fille me le faisait remarquer. Oui, ils devraient être bien plus payés que ceux qui se payent de leur travail !  C’est tout l’inverse.

Il y a pour trop d’humains de la planète trop de matins sans espoir. De ces matins sans désir, sinon celui de rester allongé. Se lever pour faire l’homme-sandwich, ce n’est pas se mettre debout pour vivre sa dignité d’homme. Je repense à l’écrivain roumain Panaït Istrati découvrant – en 1927 – le drame de la Russie soviétique et, avec ses injustices, les germes du stalinisme à venir : « La dignité de l’Homme ne peut pas se réduire à un bol de riz »…

L’hésitation d’Édouard sur la question du CPE est des plus respectables, à l’image de son refus de l’embrigadement idéologique. Voulant penser par lui-même, il s’impose aussi la confrontation à l’expérience vécue. Ce qui est louable et réconfortant. Surtout qu’en même temps, il pose la question du travail au delà de sa finalité consommatoire et donc résignée, caractéristiques d’une partie des jeunes. Il la met sur le plan de l’écologie planétaire, sujet de ses études. C’est donc qu’il cherche un sens, un « lieu de nulle part », cette îlot d’utopie qui peut indiquer une direction, esquisser un itinéraire de voyage, le voyage de la vie qui va.

Un Paul Lafargue aura sans doute dû en passer par là avant d’écrire son Droit à la paresse dont l’actualité, aujourd’hui, porte sur la remise en cause du productivisme halluciné. La machine emballée entraîne la planète vers le gouffre ; elle carbure au mensonge, le Mensonge majuscule sans lequel cette société pourrait se maintenir. Il en constitue le ciment des apparences fragiles, amalgame de Technicité déifiée (Tchernobyl*), d’âpreté au gain (un François Pinault, entre mille richissimes, s’offrant son palais vénitien au nom de l’ « art » – foutaise !**], d’addiction au Pouvoir (Sarkozy-Villepin, entre mille autres) et à son Spectacle (Clearstream aujourd’hui).

Les médias prennent à ce jeu une part plus qu’active, souvent complice même***. L’actualité, c’est la version médiatisée, filtrée, interprétée, codée et recodée d’UNE forme déguisée de la réalité. Elle ne peut, au mieux, prétendre qu’à cela. Ce serait d’ailleurs déjà bien et suffisant. Hélas, les médias et leurs agents se postulent eux-mêmes comme garants intouchables de « la » réalité…, la boucle d’enfermement autoréférentiel contenue dans la fameuse expression journalistique « c’est de l’info ».

Quant à définir l’information, c’est une autre paire de manch…ettes, abandonnée depuis belle lurette aux penseurs, sociologues et autres sémiologues. Ce qui renvoie le journalisme à ce qu’il est, ou devrait être : une nécessaire & insuffisante vision du monde – j’aime ici la force symbolique de l’esperluette [&] montrant bien le caractère lié, indissoluble, de deux ingrédients basiques désormais séparés. Car force est de constater la suffisance – l’autosuffisance – d’un métier plus que jamais mis en représentation dans la pratique du spectacle généralisé.

Le journalisme « moderne », à travers sa perception généralisée que livrent les médias de masse, se confond avec ses « icônes » vedettarisées. Pas forcément journalistes de métier, certaines donnent le change en tant qu’« animateurs », ce qui revient au même, pour peu qu’on ait l’air effronté et ce qu’il faut de négligé bien calculé dans l’échancrure de la chemise.

Tiens, ce 3 mai, j’ai croisé Giesbert, pdg du Point, auteur à succès, traître politique, mercenaire journalistique, faiseur dilettante et bellâtre de plateau, pérorant sur trois chaînes de télé… Saura-t-on jamais le pognon que rapporte une telle ubiquité médiatique ? Ces sangsues friquées, outre l’offense qu’elles portent à la crédulité des démunis, témoignent de la déliquescence de la médiapolitique. On ne devrait pas laisser à un Le Pen la constance de la critique de ce qu’il appelle l’ « établissement », sorte d’État dans l’État, véritable caste de profiteurs.

Je rêve parfois d’une « méthode Cauet » appliquée à la dénonciation de ladite caste, une sorte de détecteur de mensonge doublé d’un fricomètre. Une jauge apparaîtrait sur l’écran en même temps que le parleur… Elle dirait ce qu’on ne demande pas entre gens bien élevés et de bonne compagnie : De quel lieu friqué parlez-vous Monsieur-Madame ? Le comment et le combien de tant d’argent… Peu résisteraient à cette épreuve du feu. Je sais, c’est limite big brother de penser ça… Heureux les paradeurs en 4x4 étincelants, les gros proprios, les portefeuillistes d’actions, les collectionneurs d’art, les péroreurs éclairés, les analystes pertinents de la misère du monde… Heureux les « happy few » que n’étouffent jamais, hélas, de telles questions de conscience !

Ce sont les mêmes, en attendant, qui nous jouent les Pères-la-Vertu en louant l’Effort dans le Travail-qui-rend-libre… Quel travail, quelle liberté, pour quoi, pour qui ? Je repense, oui, à mon colporteur du Droit à la paresse – vit-il encore, d’ailleurs ? Et je les comprends, ces héros modestes que montre Pierre Carles dans son joliment titré de film : « Volem rien foutre al païs » ! Je dirais même plus : Rien foutre, hormis en aimant et en buvant, hormis en rien foutant… J’entends déjà crier à la provocation. Ah mais, vous ne croyez tout de même pas que tout ça pourrait s’accomplir par miracle, en se tournant les pouces ! Hélas, il y faudra un sacré coup de rein. J’en appelle pour la chute (de reins) à mon cher Jules Renard, dans son ode minimaliste au rienfoutisme : « Paresse : habitude prise de se reposer avant la fatigue ».


––––––
* Sur Tchernobyl, lire aussi mon article La terreur et le Mensonge. Sur le même thème, j’ai relevé à la radio la pertinente réflexion du mari d’une victime de l’accident d’avion du Mont Sainte-Odile, à l'ouverture du procès, 14 ans après : « Il fallait faire vite ! Ils se prenaient [les responsables d’Airbus] pour des dieux, et ils n’étaient que des hommes ».

** Dans Le Monde du 29 avril, l’interview d’une page, amorcée en Une, du grand homme – n’a-t-il pas intitulé son expo « Where are we going ?» ? – est à pisser de rire ! Échantillons : « Qu’est-ce que les artistes vous apprennent sur la condition humaine ? – [… ] L’éclat et la fragilité. […]  – Comment êtes-vous passé de l’art moderne à l’art contemporain ? – Naturellement. La pire des choses, c’est d’être immobile et de ne pas évoluer. [Suit une ode banale sur le bougisme et la nouveauté]. …Je n’accepte nulle tyrannie du goût. » Et là, coup de génie sans rire du journaleux qui ose un :Vous êtes anarchiste ? [ouah !] Réponse :Mon ami Alain Minc [et néanmoins président du conseil de surveillance du Monde…]  dit de moi que je suis un anti-bourgeois. Sans doute a-t-il raison. » [Puisqu’il le dit !] Un peu plus loin : « Les artistes vous empêchent de vous enfermer dans le confort établi » ! D’où mes premières questions si, par anormal, je devais interviouver l’oiseau : Quel est votre genre de confort, moderne ou contemporain ? – Un Palais, mon prince, et tant d’œuvres si chères, mais à qui donc avez-vous tiré tant de pognon ? – Cet excellent Alain Minc vous qualifie d’anti-bourgeois… Diriez-vous de lui qu’il est altermondialiste ?

*** Elle vaut ce qu’elle vaut, ma théorie, qui n’est d’ailleurs pas la mienne : Les médias dominants constituent le mastic des sociétés amollies… Grâce à eux, l’édifice ne s’écroule que lentement : plus de révolution, Sire, dans les sociétés « avancées » ! Plus de guerres non plus ! Pas chez nous quand même ! Ça pète ailleurs, partout où l’information ne circule pas dans les canaux médiatiques de masse, c'est-à-dire dans le « bon sens » de l’aliénation par le Spectacle généralisé, la vraie bonne aliénation en profondeur, mentale et vitale. Celle qui, croient-ils, rend possible le développement durable du Profit. De Grands patrons ont intégré cette réalité et c’est pourquoi ils achètent « du média » à fond les manettes (Dassault, Lagardère, Bolloré, etc. – lequel convoitant aussi la boîte de sondage CSA, tant qu’on y est…).
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25 avril 2006 2 25 /04 /avril /2006 11:50





Tchernobyl, 26 avril 1986. Un avant et un après. Une nouvelle donne politique, économique, écologique, humaine. Et chronologique. Comme pour Jésus-Christ, sur un tout autre registre et pour ceux qui s'y réfèrent, on devra marquer le temps de cette borne noire. Avant ou après T-86. Nous sommes en l'an 20 après T-86.

Voilà vingt ans que s'est produit ce drame sans précédent dans l'Histoire. Vingt ans de souffrances pour des milliers de victimes du « sida nucléaire ». Vingt ans de mensonges aujourd'hui à peine écornés. Ainsi ces films, photos, témoignages, articles, documents qui commencent à sortir du noir absolu, absolutiste. Timide levée du voile – noir –, qu'une omerta, farouchement, maintient en ses quatre coins. Pouvoirs de l'argent, de la Technologie comme rapport totalitaire au monde, classement de l'humain comme sous-valeur. Si timide, en terme de conscience universelle, cette levée du voile demeure symbolique. Certes, elle permet de mettre cartes sur table. Pour une partie de poker menteur.

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Dans la quinzaine précédant l'anniversaire de l'accident, la télé française a notamment diffusé cinq ou six films remarquables. Mais pour les couche-tard, sur des chaînes secondaires. Rien sur TF1, certes. Ni sur France 2, hélas – si j'ai bien lu les programmes. France 3 a diffusé « La Bataille de Tchernobyl » [de Thomas Johnson, excellent], mais à 23 heures 20.

Arte aussi a livré une soirée « théma » : deux documentaires remarquables, notamment celui de Wladimir Tcherkoff, « Le Piège atomique ». On y croise, les yeux dans les yeux – et c'en est à pleurer – le peuple des victimes, piégées, oui, comme des rats, dans cette démence idéologique, techniciste et pour tout dire absolutiste. Sur les terres ravagées à jamais – presqu'une moitié de la France qui serait contaminée ! –, quelques paysans ont refusé de partir, ou sont revenus. Telle cette paysanne biélorusse en blouse fleurie. Elle survit avec son unique vache dans sa campagne qu'elle continue à trouver si belle. Tel ce petit père de 80 ans à large casquette, au teint gris et au récit désespéré et poignant : « On a eu le socialisme, le communisme… maintenant c'est « ça »! Je peux vous dire : En quatre-vingts ans, je n'ai pas connu huit jours heureux ! » Et de remercier l'équipe de cinéma de lui avoir rendu visite…

Le film, ensuite, fait témoigner des « liquidateurs », prolos et soldats réquisitionnés pour dompter le monstre. Il y en eut entre 500.000 et 800.000 (pas de chiffres officiels, pas de statistiques, tout dans le Secret et le Mensonge). Ils y allèrent, à la pelle, pousser dans le gouffre les débris projetés d'uranium ou de graphite. Radiations plein pot, protections dérisoires, inconscience, abnégation et héroïsme mêlés. Parfois arrosés de vodka – "ça protégeait!". Quatre-vingt dix secondes au pas de course, température + 100°. Perte des repères temporels, ils restaient souvent plusieurs minutes. Goût de métal dans la bouche, les dents comme disparues. Il fallait bien ! Même les robots ne tenaient pas le coup : tous grillés en quelques minutes !

Ils racontent l'enfer, pleurent au souvenir de leurs copains morts. N'en veulent à personne, dans une apparente sérénité. Ils ont touché l'équivalent d'une centaine d'euros. Et une médaille. L'un d'eux, en fauteuil roulant, le souffle court, répète à plusieurs reprises « C'était il y a longtemps et ce n'est pas vrai ».

On verra aussi ces enfants aux regards graves de vieux, atteints de cancers, le cou difforme ou alors malformés parce que conçus après T-86. Enfants monstrueux de Tchernobyl à qui manquent un bras, une jambe, ou affublés de becs de lièvre – pour ce qui est du visible. Ex-physicien du nucléaire revenu de toutes ses illusions technicistes, aujourd'hui engagé contre l'atome, Vassili Nesterenko avance des chiffres : 23% d'enfants d'un seul village atteints de cataracte ou de cécité, 85% de problèmes cardiaques, de gastrites, d'ulcères…

Mais, pour la fin de cette Théma,  le « meilleur » était à venir sous la forme annoncée d'un « débat ». Le journaliste allemand de la chaîne se trouvait face à un dénommé Jean-Bernard Chérié, présenté comme « délégué de l'IRSN pour EUROSAFE » – donc, ça devait être un important, un ponte… En fait, le prototype même du technocrate-à-langue-de-bois, espèce non appelée à muter, même sous hautes radiations. Rien à tirer de cet aimable entretien entre gens policés. Sauf l'injure portée aux témoignages précédents et, par delà, aux victimes passées, actuelles et à venir de la catastrophe T-86. Une injure non-voulue, certes. Juste l'ordinaire parole froide, sans chair, des chantres du Progrès.

Ce type, payé par le Système nucléocrate saurait-il recracher autre chose que son jargon de perroquet embrouillassé ? Mais à considérer son discours non verbal – corps rigide, langue sèche et expressions ensuquées –, on pouvait, sous l'absence de conviction, deviner chez ce larbin si mal à l'aise une probable souffrance interne. Le prix à payer (combien, au fait ?) pour la parole non libre, celle de « la voix de son maître ».

Une ex-députée soviétique et ex-ingénieure du nucléaire, a trouvé la formule-choc : Le plus grave, dit-elle en substance dans l'un des documentaires, ce n'est pas le césium 137 , ni le plutonium 239, c'est le M-86, le Mensonge de Tchernobyl. Relevons en passant que ledit Mensonge – sans doute aussi vieux que l'humanité et, dans sa forme moderne, aussi vieux que la politique – est à la fois conséquence et cause de la catastrophe. C'est bien le Mensonge politique, étatique, névrotique du stalinisme agonisant qui a engendré la fatale réaction en chaîne. Produire, produire, produire ! Et d'abord au profit du système militaro-industriel, héritier du « gosplan » léniniste. Hors de quoi, point de salut. Exit l'individu, vive la donnée chiffrée, brute, brutale, assassine. Ce régime avait déjà sacrifié des millions d'êtres ; il n'allait tout de même pas se gêner pour quelques milliers d'autres !

Comme le ver dans la pomme, le Mensonge avait pourri le fruit amer du stalinisme. Les ingénieurs de Tchernobyl ignoraient les paramètres réels du fonctionnement des installations car les concepteurs – militaires ou au service de l'armée – les gardaient sous le boisseau du secret d'État. Nous étions toujours en « guerre froide », en dépit de Gorbatchev. Tandis que le cow-boy Reagan rêvait de sa « guerre des étoiles ». La centrale de Tchernobyl  – quatre réacteurs, prévue pour douze ! – était censée produire du courant, certes, mais à base de plutonium et pour nourrir les ogives nucléaires pointées sur l'Occident. Le directeur de la centrale était un apparatchik; son adjoint rêvait de gagner quelques galons. L'expérience qu'il allait mener devait lui assurer une promotion. Car elle n'avait pas pu être conduite avant la mise en service du réacteur, vieux seulement de deux ans. Ce Dr Folamour alla donc au bout de ses désirs de pouvoir, en dépit des objections de ses proches collaborateurs inquiets des manœuvres ordonnées à l'encontre de la sûreté. [Il fut l'un des rares survivants de l'équipe sur place, il est mort après quelques années de prison].

Autre face du M-86 : sa variante politique qui s'évertua, si l'on ose dire, à taire la terrible réalité. Gorbatchev lui-même ne fut averti de la gravité de la situation que 48 heures après l'explosion! Ce qui ne l'empêcha pas, sans doutre aussi au nom de la « Glasnost », de maintenir les fameuses cérémonies soviétiques du 1er mai. Lesquelles, par un soleil radieux, exposèrent à l'invisible nuage mortifère des centaines de milliers de Russes, d'Ukrainiens et de Biélorusses. Sans parler, notamment, de ces autres milliers de Français qu'un autre – le même, en réalité – Mensonge d'État, avait empêchés de se mettre à l'abri, comme ils auraient dû ! J'en fus, ainsi que ma blonde et notre petite dernière, de quelques mois. Le ciel était sans doute aussi bleu qu'à Moscou ou à Kiev et Minsk. Nous avons déjeuné sur la terrasse, rejoints par un copain de passage. Belle journée !

On savait bien, cette histoire d'accident dans une lointaine centrale nucléaire… Mais les infos coulaient, rassurantes, comme le long et paisible fleuve de l'intox. Ce même fleuve infernal, ce Léthé chargé de mort qui, toujours, aujourd'hui, menace nos vies car il irrigue de son poison nos fragiles, cupides et coupables systèmes médiatiques ! C'est notamment de là que date mon credo renforcé en un journalisme du doute méthodique. Ne rien croire qui ne soit vérifié, recoupé, deux fois, trois plutôt, et même plus ! Et se méfier des sources aussi apparemment limpides qu'un nuage radioactif.

De ce côté-ci de la vertu politique, oeuvraient une bande de politiciens enivrés du pouvoir nouveau : 1986, première cohabitation, Chirac et sa clique aux affaires depuis le 20 mars : Charles Pasqua (intérieur), Michèle Barzac (santé publique), Alain Carignon (environnement), Alain Madelin (industrie et recherche) et François Guillaume (agriculture). On n'allait tout de même pas gâcher la fête pour quelques becquerels ! Le Secret fut convoqué. Silence radio jusque sur les télés et journaux dominants. Sauf pour la météo et Brigitte Simonetta, innocente nunuche rassurant le peuple de France : seul de toute l'Europe, il était abrité par le bienveillant anticyclone des Açores !

Le 6 mai, une semaine après la catastrophe, François Guillaume déclare : « Le territoire français, en raison de son éloignement, a été totalement épargné par les retombées de radionucléides consécutives à l'accident de Tchernobyl ». Le patron des agriculteurs productivistes avait choisi et le gouvernement avec lui : priorité au lait et à la salade !, protection des revenus agricoles. Même sens humanitaire, avec onction « scientifique », exprimé par celui qui allait devenir le plus fameux des garde-barrières, le professeur Pelllerin…

L'économie d'abord. Après on verrait bien. D'ailleurs, on a vu. Pelllerin, Guillaume et tous les autres conjurés de l'omerta s'en sont remis comme d'une grippe. A côté de quoi, pourtant, l'affaire du sang contaminé pourrait ne sembler qu'une bluette (bien que non négligeable, cela va sans dire).

Le Mensonge toujours. Celui des médias moutonniers, emportés dans le même élan crédule. Je parle des médias dominants, pas des feuilles écologistes (mais je crois bien que La Gueule ouverte avait déjà cessé de paraître), ni de ces scientifiques qui se mobilisèrent, tels ceux qui fondèrent alors la CRIIRAD (laboratoire indépendant installé à Valence) comme contre-pouvoir scientifique aux assauts de la communication étatique corrompue.

Rendons à César, en l'occurrence Jean-Claude Bourret d'avoir été l'un des tout premiers journalistes de média dominant (TF1) à douter du credo officiel. C'est lui qui – de retour d'Italie où des mesures de protection publique avaient été prises – invita le Pelllerin en direct et, l'ayant placé face à Monique Serré, chercheuse au CNRS, aboutit à faire apparaître sa filouterie de contrebandier pseudo scientifique. On était déjà le 10 mai, la duperie d'État durait depuis quinze jours.

Mensonge. Les balises de toutes les centrales et installations nucléaires, ainsi que celles de certaines casernes de pompiers (comme à Ajaccio) s'étaient déclenchées, accusant des taux de radioactivité dix fois supérieurs à la normale ! Préfets, ministres, premier ministre: tous savaient ! Mitterrand avait-il été réellement informé de ces niveaux anormaux de radioactivité ? On ne sait trop.

Et viennent alors pérorer devant micros et caméras les Barzac (Michèle, ministre de la santé !), les Madelin (Alain, ministre de quoi déjà ?, de l'industrie pardi !) assurant tout sourire de VRP qu'on pouvait consommer fruits et légumes en toute sécurité. [Je ne peux me priver de rappeler que c'est de ce même Madelin qu'est sorti le fameux aphorisme selon lequel « la nature sait toujours réparer les erreurs humaines »… C'est vrai, après tout : il suffira de 25.000 ans au plutonium 239 répandu autour de Tchernobyl pour perdre la moitié de sa nocivité !]

Mensonge encore, toujours. Tchernobyl n'était pas la vieillerie dépassée que l'occident s'est complu à dénigrer. C'était une centrale moderne, récente (le réacteur 4 fonctionnait depuis deux ans), performante – au sens des dogmes technicistes. Avec des défauts qui, une fois identifiés, s'avéraient gérables – toujours selon les mêmes dogmes. Pas plus dangereuse que les autres, au fond. Pas moins non plus. Voilà justement ce qu'il fallait se refuser à admettre, sous peine de remettre en cause le tout nucléaire alors triomphant (sortie de choc pétrolier).

Les occidentaux optèrent alors pour une critique technique de la filière RBMK (Reaktor Bolchoi Mochtchnosti Kanalni), considérée comme bien inférieure à la filière américaine Westinghouse généralisée dans le « rest of the world » et notamment en France (52 réacteurs de ce type aujourd'hui). Pourtant, le 28 mars 1979,  l'un des plus importants accidents de l'histoire de l'énergie électronucléaire s'est produit dans la centrale nucléaire de Three Mile Island, en Pennsylvanie, aux Etats-Unis. Fonctionnant depuis trois mois, le cœur du réacteur numéro 2 a fondu et a été mis définitivement hors service. Il s'en est fallu d'une heure pour que l'enceinte de confinement n'explose, provoquant un Tchernobyl américain !

Ce « miracle » a aussi permis aux nucléocrates de forger un mensonge de plus : celui concernant la fameuse enceinte de confinement d'un mètre d'épaisseur. Cette cloche de béton en principe hermétique – en fait, la plupart deviennent poreuses en vieillissant ! – n'existant pas dans les installation type RBMK, l'argument en fut tiré d'une écrasante supériorité des centrales occidentales. Argument illusionniste : EDF et les organismes de sûreté ont tous intégré dans leurs scénarios de catastrophe l'hypothèse de l'explosion de cette enceinte en cas de fusion du cœur d'un réacteur (production incontrôlée d'hydrogène détonnant). On sait aussi que lesdites enceintes ne résisteraient ni à un séisme important, ni à une attaque terroriste du genre 11 septembre 2001.

Quant à Tchernobyl, les Soviétiques, bien sûr, accablèrent les responsables techniques locaux. Erreurs humaines contre erreurs techniques. Un point partout et le système politico-nucléaire était sauf. Un accord, à base de secret, fut même conclu lors de l'officielle conférence tenue à huis clos à Vienne en août 1986 : taire la réalité pour « ne pas affoler les populations » ! Ce qui, en novlangue (de bois), de Moscou à Paris, Washington, Vienne traduisait une seule et même obsession : préserver à tout prix le credo nucléaire, sa religion scientiste et capitaliste (le gros mot), ses papes inquisiteurs de l'internationale mensongère.

C'est ainsi que de cette conférence, sous la houlette de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), présidée par Hans Blix – on le retrouvera plus tard en Irak en version surmédiatisée –, sortiront des estimations chiffrées du nombre des victimes : aberrantes, attentatoires à l'Histoire. Estimations officielles toujours avancées – à la baisse ! – par les mêmes sources et vingt ans plus tard.

Et le Mensonge perdure, aujourd'hui même. Certes, on peut parler de Tchernobyl, montrer et dire pratiquement ce qu'on veut. Car les contre-feux ont été allumés depuis toujours – c'est-à-dire depuis qu'existe le secret militaire lié à l'arme atomique. Tandis que la guerre mondiale, aujourd'hui s'est transposée – transmutée – dans le champ généralisé de la marchandise et de la finance. Le Dogme des dogmes posant la Croissance comme Absolu intouchable, comme Totalité globalisée, interdit toute critique de cette fuite en avant productiviste qui menace l'avenir de l'humanité. « Interdire » n'est d'ailleurs pas nécessaire tant l'évidence s'est imposée – gloire à la com' ! – comme une seconde « nature », tant le dogme s'est trouvé « naturalisé », intégré au processus de mort sous le masque de la vie.

On peut voir là l'une des « victoires » du néolibéralisme et de leurs théoriciens, les néo-conservateurs états-uniens prônant la religion de la (dé)régulation par le tout-marché. L'autre religion dominante du tout-État ayant fondu avec l'uranium de Tchernobyl, ont surgi les « irradiés d'Allah » au Pakistan et aujourd'hui en Iran. Bombe ou pas, la question du nucléaire me paraît aussi spécieuse que celle portant sur la « modération » de l'islamisme. Quand les hommes succombent à la folie prométhéenne, se prennent pour des porte-feu invincibles, quel espoir reste-t-il à la paix, à l'idéal, à la fraternité, à l'amour ?

Aujourd'hui s'annonce la fin du pétrole. Non, je rectifie, « on » annonce la fin du pétrole comme une Apocalypse dont le danger serait imminent. Et pour cause, « on » a laissé venir la crise. « On » a dénigré les énergies renouvelables et toutes autres alternatives à l'effrénée consommation énergétique. « On » ressort donc la même carte, biseautée, de sa manche d'illusionniste : le nucléaire. Comme si la fin du pétrole ne datait pas de son début! Je me souviens pourtant, gamin, avoir entendu dans le poste cette sornette qui, alors, m'avait interloqué, et selon laquelle « il y avait tant de pétrole dans le monde que jamais on n'en verrait la fin » ! Aujourd'hui, l'humanité chancelle au bord du gouffre, empiffrée jusqu'à étouffement dans son « progrès ». Mais ses affairistes, de plus belle, continuent à prospérer en fabriquant des 4x4 pour le bonheur de millions de Chinois, proto-communistes néo-convertis à la religion marchande.

Le nucléaire a vraiment de l'avenir. Plus que l'Homme. Tellement plus que l'homo-tchernobylus, survivant maladif et sans joie. Je revois ces visages blêmes d'enfants aux regards durs et enfoncés, ces femmes et ces hommes rongés du dedans par le manque à vivre, la vie impossible. Cinq millions de déportés, des villages rasés, des villes désertées, des forêts et des champs contaminés à jamais. Des territoires rendus inhabitables pour des siècles. Des générations traumatisées au plus profond des corps, des âmes. Et même des gènes, pour ce qui est de l'avenir.

Voilà aussi pourquoi ce vingtième anniversaire sonne creux dans les opinions générales. Des faits surnagent « dans l'actu », flottant dans l'absence de sens, un certain vide événementiel, le spectacle du monde pour un monde du spectacle. Cette semaine Tchernobyl, puis « le mois du blanc », les soldes, la vie moderne… Si « à toute chose  malheur est bon », en cherchant bien… peut-être pourrait-on accorder un crédit à la catastrophe T-86 : d'avoir rabattu le caquet des nucléocrates arrogants. Enfin, un peu et en apparence. Car, entre temps, les mêmes ont eu le loisir de s'exercer à la com', histoire de fourbir des arguments spécieux, sur l'air ingénu de la « transparence », auprès des médias vendus aux industriels. Sans oublier, retourné comme un doigt de gant, le fameux « risque-zéro-qui-n'existe-pas » ! Et c'est bien là le problème, le point noir, abyssal, d'où a jailli le feu de l'enfer. C'était à Tchernobyl, Ukraine, comme ce pourrait l'être de l'un ou l'autre de ces 443 réacteurs nucléaires implantés dans le monde [source: AIEA], « tous plus sûrs les uns que les autres ». Souvenons-nous, la probabilité – cette « science » imbécile – avait prédit pour Tchernobyl : un risque sur deux millions. Comme au loto, version sinistre.

On peut bien claironner de grandes œuvres télévisuelles sur « les origines de l'Homme », rameuter le banc et l'arrière-croupe des fils de pub', de com' et autres lobbyistes. Et faire « de l'audience » pour la bonne cause. Le passé, le bon passé bien lointain, sans conséquences tangibles, actuelles : oui, ça on sait le « promotionner » en « prime time » et en « tête-de-gondole » de tous les supermarchés du monde.

T-86, tragédie moderne. Ne pas manquer de lire La Supplication, de Svetlana Alexievitch (éd. J'ai lu), qui a recueilli des paroles de survivants, la plupart de ses compatriotes biélorusses. Des hommes et des femmes simples. Des Héros. Sans eux, nous ne serions peut-être pas là à deviser sur leur apocalypse ; car elle serait devenue la nôtre aussi. Ce demi-million de « liquidateurs », à l'instant, je me demande où, dans quel pays de la planète on trouverait aujourd'hui à les lever pour, à mains nues, affronter le diable.

En ce jour tristement anniversaire, Svetlana Alexievitch a écrit dans Le Monde : « Vingt ans se sont écoulés depuis la catastrophe et, pourtant, la question essentielle reste pour moi : suis-je en train de témoigner du passé ou de l'avenir ? Je considère pour ma part Tchernobyl comme le début d'une nouvelle histoire. L'homme s'est trouvé placé devant la nécessité de revoir toutes ses représentations de lui-même et du monde. »
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31 mars 2006 5 31 /03 /mars /2006 14:15

« Parce que le monde bouge »

et autre sornettes mondialisées

sur la crise française

Les slogans publicitaires à la con, ça ne manque pas. Un de mes préférés dans la catégorie supérieure, c’est celui d’une banque – tiens… – qui dit comme ça, de manière péremptoire, indiscutable, carrément divine : « Parce que le monde bouge ». Je parierais qu’à l’écrit il doit y avoir un point à la fin de la phrase. Un point final. Le coup de point qui finit d’asséner La Vérité Vraie. Les publicitaires aiment ça, le point qui clôt, qui fige toute réflexion un tant soit peu critique. Tel est bien le principe axial de la pub : embobiner par tout moyen de séduction, cet art de détourner de l’essentiel. Donc, stop esprit critique, au besoin à coup d’humour (ouais…), à coup de bluff à la Spielberg, à coup d’ « émotion » musicale (du classique éprouvé, ou trois notes de Keith Jarrett), ou bassement sexuelle (la femme objet-créature de rêve…).

Tf1 Donc le monde « bouge » et « on » ne le savait pas. Avant la pub, eut dit Coluche, « on » était cons. D’ailleurs, avant la pub, le monde était immobile, plat comme une crêpe autour de laquelle le Soleil s’évertuait à tourner. Mais, alléluia !, sont venus les rois magiciens et leur cohortes de séguéla multipliés, les sbires du bonneteau et leurs barons des banques.

Alors le monde, c'est-à-dire leur monde, s’est mis à « bouger » – que dis-je, à entrer en transe financière. Il y avait bien de quoi, face à un tel miracle : l’argent faisait des petits ! Que voilà LA divine nouvelle !

Au départ, donc, non pas le miracle, mais sa rumeur. Tel est le nécessaire et suffisant ingrédient de base. Le reste n’est que tambouille médiatique ou publicitaire, deux cuisines cousines comme deux sœurs de la famille « com’ ». Ainsi naquit (je vais vite !) la nouvelle Religion du Marché, qui triompha bientôt avec la chute de son unique concurrent, le Grand Satan communiste – lequel, rappelons-le en passant, avait élevé le dogme publicitaire au rang de l’Art propagandiste. Deux faces d’une même pièce, monétaire et dramatique.

Un grand danger, cependant, menace la Religion nouvelle : son unicité totale, totalitaire. Si même sa doublure a disparu, alors il y a péril absolu-tiste. Car toute pensée unique n’est déjà plus pensée, mais cadavre. Son temps de décomposition, cependant, dépend d’un autre art illusionniste, celui de la Cosmétique.

La Cosmétique, synthèse géniale du parfum et de la communication, rejeton cloné de l’Oréal et de Séguéla, de l’Art marchand et de la Science technologique. C’est l’avenir du Monde-qui-bouge, dans la limité de la durée disponible, évidemment comptée, et surtout escomptée. Durée d’une vie d’actionnaire, entre deux perceptions de dividendes, et après eux le déluge. Ce n’est pas dû au hasard que les deux plus grandes fortunes françaises émanent de la cosmétique et du luxe : Liliane Bettencourt, de L’Oréal, et Bernard Arnault, de LVMH – qui ne sauraient dédaigner les médias.

Ainsi « le monde bouge. ». Point à la ligne. Ce qui ne « bougerait » pas serait par conséquent comme hors du monde, ou d’un monde autre, arriéré, has been, foutu. C’est le sous-monde, celui des «alter», par exemple, et de tous ceux qui se refusent à cette nouvelle dictature absolue. La bougeotte généralisée semble être la seule potion-miracle qu’un monde en crise majeure voudrait imposer partout et à chacun.

Mais bouger, précisément, ça n’a pas de sens ! Et notre monde, ne souffre-t-il pas, exactement, de l’absence de sens ? Ou bien du non-sens. Ou plutôt du sens unique. Celui du profit maximisé, c'est-à-dire minimisé au plus petit clan des profiteurs, des « ajusteurs de variables », les beaux parleurs, tous ces pipoteurs gavés de « flexibilité », un gros mot de la langue de bois qui veut dire «ta gueule !».

Or, voilà qu’à force d’en appeler à « bouger » à cor et à cri, la rue s’est mise aussi à crier. Et à bouger. Les jeunes d’abord. Les plus menacés par les ajusteurs-aux-leviers. Ils ont bougé en tous sens, oui, comme les bulles dans l’eau qui se met à bouillonner. « Allez, ça fera pschitt ! » se sont encore dit les emplumés des palais gouvernementaux, le Héron cendré bonapartiste et sa basse-cour de houppes grises et d’aigrettes ébouriffées.

Ça bouge, ça oui, mais voilà que de la pression montante s’échappent les bouffées de sens ! Une génération prend conscience d’elle-même. Face au monde vieux et boursouflé, une jeunesse qu’on eût dit plutôt proustienne – « Voyons, Léontine, bouge-toi, tu t'ankyloses » – vient rafraîchir l’atmosphère rancie d’un règne finissant. Hugo ne doit pas être si loin derrière cette France et « ce Paris odieux  [qui] bouge et résiste ».

La résistance, voilà bien ce qui turlupine les thuriféraires de la bougeotte libérale. Le dogme est tellement intégré – principe de la pensée unique –, qu’il s’exprime d’une seule et même voix dans les médias du « monde qui bouge ». C’est précisément ce qui m’a poussé à hurler, et à écrire, ce matin face la revue de presse étalée sur le site de TF1 et intitulée « Les médias étrangers atterrés par l’ “immobilisme français” ». J’ai adoré le « atterrés » qui exprime bien la neutralité de circonstance de la chaîne de Bouygues. J’aime aussi la pub grimaçante [ci-dessus] – pour une banque, pardi – on ne saurait plus opportune !

Je ne peux résister à ces quelques échantillons extraits des extraits (autant dire la quintessence de TF1) – c’est moi  qui souligne en gras:

ÉTATS-UNIS – Le New York Times (centre gauche) estime que ce qui est contesté par les jeunes fait tout simplement partie de la bonne santé d’une économie. « Quelqu’un a besoin de sauver la France de son malaise », indique un éditorial soulignant que « près d’un quart de ces jeunes sont sans emploi mais ils sont trop occupés à brûler des voitures pour rechercher un travail ».

ROYAUME-UNI – Le Daily Telegraph (conservateur) parle de « nostalgie militante des voitures brûlées » à la Mai-68. « Les étudiants veulent faire revenir la France à l’heure de leurs parents, de leurs grands parents ».

BELGIQUE « Les grévistes et manifestants sont des conservateurs qui se battent pour le maintien d’un monde qui dans les faits n’existe plus », estime le quotidien flamand De Standaard (droite). […] « La défense d’un modèle aux conséquences si dramatiques ne peut être considéré ni de comme un combat de gauche, ni comme un combat éclairé », insiste le journal conservateur flamand.

Le quotidien francophone Le Soir (centriste) estime pour sa part que  […] « Le plus terrible est d’observer ce pays qu’on aime sombrer dans une incompréhension surréaliste. »

Espagne – El Pais (centre gauche) : « Le CPE est l’étincelle qui a allumé un incendie alimenté par des citoyens frustrés, opposés à tout changement et qui veulent préserver à outrance un modèle social qui a besoin de profondes réformes. Le triomphe du non au référendum sur la Constitution européenne a beaucoup à voir avec les manifestations d’hier dans leur rejet d’une France plus libéralisée et modernisée, à même d’affronter la compétition dans un environnement globalisé »..

El Mundo (libéral) : « On ne voit pas se profiler de leader capable de convaincre les Français du fait qu’eux aussi vont devoir changer et moderniser leur machinerie sociale ankylosée et inefficace ».

Sous le titre « La France immobiliste », ABC (droite) décrit « une société obsédée par la conservation de son bien-être », qui « languit sans illusions face à l’avenir » et « disposée à exprimer son malaise face à toute initiative qui demanderait sacrifices et flexibilité ».

ALLEMAGNE – Dénonçant « la rigidité de ces esprits qui jugent le présent et fondent leurs revendications à l’aune des heureux temps révolus », le quotidien conservateur Die Welt ne comprend pas que « au lieu de se féliciter d’un accès facilité au monde du travail », les jeunes Français « protestent parce qu’on ne leur offre pas tout de suite ces garanties de sécurité qui constituaient pour eux une gâterie à laquelle ils s’étaient habitués. »

Pour le Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), quotidien des milieux d’affaires, les Français protestent contre « les conséquences de la mondialisation, et ce que cela implique comme exigences, dans nos sociétés du bien-être ».

[…] Tagesspiegel évoque une « révolution à l’envers », il décrit un « pays en pleine ébullition, non pas parce qu’il souhaite des réformes, mais parce qu’il les refuse.»

Ah le bel unanimisme ! Les vieux prêcheurs entonnent le même couplet, qui est celui de leurs maîtres : financiers et cosmétiseurs de pensée unique, ceux-là qui, jour après jour, s’offrent des parts du gâteau médiatique. Ils l’ont compris et intégré : la possession de richesses ne vaudrait rien sans la tranquillité garantie par les médias de masse. Fournir du « temps de cerveau disponible », cette leçon-là, oui, ils l’ont bien retenue !

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