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21 décembre 2005 3 21 /12 /décembre /2005 17:19
Libé et les «banlieusards des médias»

À propos de Libé et de son malaise, je ne peux m’empêcher de faire le rapprochement avec la récente, sauvage, violente grève de sa rédaction et la révolte des banlieues. Il y a dans la presse de nos pays, et du nôtre en particulier, tout un peuple souffrant, ignoré, méprisé parce que pas reconnu, mal aimé.

Sachons-le, c’est une nouvelle génération de journalistes qui cogne aux murs sourds de la commanderie médiatique frappée par le mal du tout libéral, marchand, financier. Qui ne pourrait lire cette réalité dans la motion de défiance adressée à Serge July, commandeur en chef, atteint et de surdité et de cécité, et aggravée de l’entêtement de ces fous de pouvoir qui finissent par tout pourrir – avant de pourrir eux-mêmes, comme tout un chacun, nous autres les indispensables promis aux cimetières débordants ?



L’élégance, morale comme politique, voire esthétique, serait de savoir tirer sa révérence en beauté ; de ne pas risquer de décatir en public ; d’accepter l’âge non pas comme un vieillissement mais comme le sas vers une sagesse possible, souhaitable. Mais ces vieux-là se veulent éternels et, pire encore, éternellement jeunes et puissants, virils, bitus et tout. Ils se trouvent même des jeunes femmes prêtes à cautionner le tour de passe-passe qui revient à transformer des seniors en papas inconséquents et bientôt gâteux.

Tandis que les jeunes générations, toutes confondues, des banlieues aux syndicats, des gazettes aux radios et télés, des associations aux partis, buttent contre le double blindage du fric mondialiste et de la gérontocratie obstinée.

Je sais, je n’ai pas choisi pour la nuance. Pas le moment de faire dans la dentelle.

Peut-être serait-il salutaire que Libération, si important dans notre « paysage », se fasse prendre en thérapie de choc par une bande de « banlieusards des médias »…  Qu’ils viennent foutre le feu aux poubelles d’un journalisme assoupi ! Mais d’où pourrait donc venir une telle horde de relève ? Où sont les maos et anars, furibards aux grands cœurs, désireux de refaire le monde – qui en a régulièrement besoin ? Où sont les alter-July-Gavy-Chalandon, et d’autres, qui viendraient secouer le cocotier, quitte à s’aider d’un vieux marchepied sartrien [introuvable de nos jours, certes] ? Dans les écoles de journalisme ? Voyez le futé libelle du jeune François Ruffin et ses « Petits soldats du journalisme » recrutés au CFJ (Centre de formation des journalistes), nourris aux mamelles de l’ « établissement » comme d’autres le sont aujourd’hui à l’école de journalisme de Sciences Po’…

N’allons pas chercher bien loin l’explication à l’absence quasi totale de journalistes «colorés» dans les rédactions, surtout audiovisuelles d’ailleurs. Les éventuels candidats ne sont précisément pas candidats aux concours d’entrée dans les différentes écoles : impensable même dans leurs têtes de « refoulés naturels » !

Concernant la crise à Libé, j’ai apprécié l’analyse qu’en propose Philippe Cohen dans Marianne [10-12-05] :

« Même si personne ne l'avoue, la crise de Libération est aussi idéologique : c'est celle d'un groupe d'ex-soixante-huitards qui, aimanté sur le tard par la mondialisation néolibérale, séduit par ses élites, n'a pas perçu, au tournant des années 90, la « barbarisation » du nouveau capitalisme et la paupérisation à venir des classes moyennes dont Libération aurait pu devenir le porte-drapeau. Les responsables de Libé n'ont rien vu venir: ni la panne de l'ascenseur social, ni le chômage des cadres, ni la dégradation des conditions de vie des petits fonctionnaires, ni la crise de l'idéal européen, ni la faillite du jospinisme, ni le non au référendum. Une partie de la rédaction, elle, plus en contact avec le réel, a fini par réagir. Du coup, le quotidien est devenu incohérent (pluraliste, disent les plus optimistes).

« Quand le reporter de Libé défend les pêcheurs, les agriculteurs ou les ouvriers «en mouvement », l'éditorialiste et le titreur du journal promeuvent la nécessité de s'adapter à la modernité du marché. A quoi bon sauver des professions « ringardes » ? En fait, l'éditorial et la une énervent les lecteurs altermondialistes, tandis que le reportage agace ceux qui pensent comme l'éditorialiste. »
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11 décembre 2005 7 11 /12 /décembre /2005 21:34
« Un soir j’ai regardé Miss France sur TF1,
et pas le Téléthon… »

par Christian Le Meut


Il y a peu, je dois l’avouer, je me suis laissé entraîner sur une mauvaise pente. C’est comme ça, quand on est en groupe, on se laisse aller à faire des choses que l’on ne fera pas autrement... C’était un soir de pluie et de tempête, j’avais bu quelques verres d’excellents vins rouges, j’avais bien mangé, je n’avais plus toute ma tête et voilà, c’est arrivé, j’ai craqué, j’ai replongé...

> Eh oui, je dois avouer un moment d’égarement... Mesdames messieurs... Un soir, j’ai regardé la télé, et toute une soirée, en plus... Bon, ce n’est pas un crime, sauf peut-être contre l’intelligence. Mais toute une soirée, quand même. Hum hum... Et en plus, je n’ai même pas regardé Arte, non, ça aurait pu être une circonstance atténuante M. le juge...  Non, mon cas est bien plus grave... Bien pire, j’ai honte : J’ai regardé TF1, oui, TF1...  Et pas n’importe quoi sur TF1 :  le concours de Miss France, voilà, c’est dit !  

Je sais, j’ai la honte mais que voulez-vous, on se laisse parfois aller ! Il faut bien que vieillesse se passe à regarder défiler des jeunes filles à demie nues, toutes plus jolies les unes que les autres. Mais quel spectacle navrant, quelle mise en scène sexiste de la femme, et quel vide abyssal...  Un jury de personnes compétentes (dont Johnny Hallyday) sélectionnées sur on ne sait quels critères devait juger ces jeunes filles sur des critères également arbitraires. Il ne faut être ni trop petite, ni trop grande, ni trop grasse, ni trop maigre, ni n’avoir de bouton sur le nez, pour devenir Miss France... Bon, à la fin, la gagnante pleurait à chaudes larmes et son maquillage s’est répandu sur son visage; c’était laid, mais très drôle aussi à voir. On aurait cru une revenante dans une film d’horreur. Ses voisines essayaient de réparer les dégâts, sans résultats...

Et puis on leur pose des questions, à ces jeunes filles. La chanteuse Jennifer membre du jury a cherché une question à poser, mais elle n’y arrivait pas. On l’avait prise par surprise, la pauvre, vous vous rendez compte ? Poser une question, comme ça,  c’est difficile. Mais la candidate a quand même répondu à la question qui ne lui était pas posée ! Elle avait bien préparé son texte et a prononcé un grand mot, “altruisme”... Altruisme, je cite mon dico : “Tendance à s’intéresser aux autres; qui se soucie des autres; contraire : égoïste”... Cette jeune candidate est peut-être altruiste elle-même, je n’en sais rien, mais même les plus grands mots peuvent devenir des gros mots dans certains contextes...”Altruisme”, cela sonnait bizarre dans cette émission, royaume du nombrilisme, de la paillette et du m’as-tu vu, où l’objectif est d’éliminer les autres candidates pour arriver en haut de l’affiche... Tout le contraire de l’altruisme!

Mais, ce soir là, justement, il y avait d’autres gens sur une chaîne concurrente, sur France 2 avec le Téléthon. Depuis des années le concours de Miss France est programmé le même soir que le Téléthon. Cette concurrence fauche des millions de téléspectateurs à cette opération en faveur des malades de la myopathie et de la recherche médicale. Quelle preuve d’altruisme si l’en est ! Les écrans publicitaires se succèdent sur TF1 et vont dans les poches de cette chaîne... A la fin du concours, l’ineffable Mme de Font de teint, Mme de Fontenay, pardon, a eu cette phrase éloquente : “Les petits myopathes aiment Miss France”... Le genre de généralisation qui ne veut rien dire et, surtout, Mme de Fontenay s’est bien gardé d’annoncer un don quelconque pour pour le Téléthon.  

Pendant ce temps là, sur France 2, les pompiers de la France entière donnaient un gros chèque au Téléthon et un responsable de la chaîne annonçait qu’exceptionnellement, l’émission serait coupée par un espace publicitaire. La loi interdit, en effet, aux chaînes publiques de couper leurs émissions par de la pub mais une autorisation exceptionnelle avait été donnée par le Conseil supérieur de l’audiovisuel. Cette page de pub avait été mise aux enchères au profit du Téléthon. Bon, ça reste de la pub, donc des messages orientés pour nous inciter à consommer, mais au moins les quelques centaines de milliers, voire les quelques millions d’euros récoltés, sont allés au Téléthon. C’est bizarre, sur TF1, ils n’ont pas l’air d’avoir eu la même idée... Pourtant, des écrans de pub, il y en a eu plein sur la Une, ce soir-là... Mais oublié le Téléthon, à nous les biftons !  

Il y a des soirs comme ça où l’on voit une vraie différence entre une chaîne de service public, France 2, digne et solidaire, où un grand concours de générosité est lancé chaque année pendant 48h; et de l’autre côté une chaîne privée, TF1, qui, elle, propose à longueur d’année un concours de goujaterie et de  sottise crasse... Alors je ne sais pas si les “petits myopathes” aiment Miss France, comme s’est complu à le dire Mme de Fontenay, mais TF1, la société des Miss France et Mme de Fontenay elle-même en ont-ils réellement quelque chose à faire de malades de la myopathie et du Téléthon ? Ils pourraient nous le prouver en faisant une chose simple : programmer le concours des Miss France un autre week-end que le Téléthon. Mais cela fait des années que ça dure et qu’ils persistent dans leur hypocrisie.  

“Altruisme”, vous avez dit “altruisme” ?

>> L'image : En 1920, miss France fut élue Miss Monde. La photo ne montre par Mme de F. ni JPF.
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16 octobre 2005 7 16 /10 /octobre /2005 22:00
Il y a 30 ans, la revue Sexpol
mariait sexualité et politique

En janvier 75, il y a un peu plus de trente ans, paraissait le premier numéro d’une revue plutôt balbutiante, sous une couverture un rien prétentieuse. Voilà qui aurait pu ne pas mener bien loin. Mais le coup de clairon sonnait haut et fort à la Une : “Un monde à refaire”… Le programme ne péchait pas par modestie.

En ces temps-là les jeunes ne doutaient pas, ou si peu; ils avaient été nourris au lait entier des certitudes, peut-être même de la certitude des désirs-réalité confondus. Soixante-huit avait œuvré au noir et au rouge, et de l’athanor encore fumant/fumeux, on défournait, en les démoulant d’un bloc, des pans entiers de condamnations assassines et d’utopies célestes. Sexpol aussi sortait de ce four-là, mais en dénotant dans le concert des feuilles “néo-révolutionnaires”, interrogeant dans les profondeurs et l’individu et la société, traçant les premiers sillons des questions de fond, toujours actuelles, après des siècles et des siècles, depuis le début de l’humanité.


L’aventure allait durer presque six ans, avant de s’échouer à sa 39e parution, en quasi silence, sur les plages émollientes de la gauche au pouvoir. Non pas un naufrage, plutôt la boucle fermée d’un temps à demi-révolu, même pas une demi-révolution, autant dire un virage mou finissant plein cadre dans le décor fluo du dieu-Marché, de la marchandise mondialisée.


La vie, plein emploi

Sexpol sortait de ce four, il est vrai, mais comme un vilain canard qu’il était, à commencer par son étrange titre, appelant d’ailleurs sous-titre – sexualité/politique – pour annoncer “la couleur”, c’est-à-dire une mise en dialectique des deux entités humaines fondamentales : l’individu, et la société. L’un et l’autre, dans l’autre, par l’autre; l’un avec l’autre, contre l’autre; et surtout, autant que possible, l’un et l’une pour l’autre. Tout un programme. En effet, c’en était un, exposé comme les tables de la Loi, en un “Itinéraire balisé pour (s)explorateurs prudents” : treize étapes fleurant bon le bouquet libertaire et situationniste. Où l’on déplore que «le plaisir se codifie, se chosifie, se marchande. Se négocie. Pour qu’on ne le prenne pas.» Où l’on parle de l’ «animal humain» et de son «drame» qu’est sa démission dans la fatalité résignée du «c’est la vie». Où l’on re-jette les interprétations dogmatiques sur la lutte des classes pour lui préférer ce clin d’œil situ : Est prolétaire quiconque est «dépossédé du plein emploi de sa vie». C’est dire que les certitudes, non, elles n’auraient guère de place dans cette (s)exploration prudente – non arrogante en tout cas.


Arrêtons-nous un instant, du haut de ce tiers de siècle écoulé, pour considérer cette ligne de perspective – pas une ligne de fuite, justement pas, mais une ligne qui nous appelle toujours vers le haut, vers plus de légèreté, même profonde, dans la qualité de l’être au monde. Une libération ? Nous libérer de quoi ? De la vie, qui va et vient, cette garce sublime et détestable, grâce libertaire ou pesanteur morbide, c’est selon. Selon les aléas, selon notre capacité, chacun et tous, à saisir les filaments du bonheur, à plonger dans l’océan plutôt qu’à nous en «libérer».

    
Nous disions : le «plein emploi de sa vie»… Voyons comme les temps ont écorné l’utopie – amputé même, décapité ! Adieu la vie, bonjour le «plein emploi» tout court, et encore : présenté comme le seul à-venir désirable à qui veut bien encore avaler cette couleuvre que les multinationales continuent à produire à proportion de leurs Profits.

Intégrismes, fascismes, ethnismes

Poursuivons notre itinéraire balisé qui passe par «la sexualité en tant qu’expression la plus intense de l’énergie vitale libérée». Des mots ? Pas si vite. L’expérience n’est pas loin, elle sera multiple en ses tentatives pour conjurer les atteintes aux mouvements du corps et de la pensée, des sentiments et des émotions, de la passion et de la raison. Que serait le politique s’il n’ouvrait le champ libre au bonheur d’être, ici et maintenant ? Le politique alors, oui, ne serait que la politique – on connaît.

Et puis voici que surgit sur cette route un certain Wilhelm Reich – mais pas tant ce héraut sulfureux, auteur de La révolution sexuelle, auquel s’étaient ralliés les révoltés d’alors, en manque de jouissance-sans-entraves. Reich, le premier, avait posé en termes disons historiques la place primordiale de la sexualité dans la construction d’une humanité digne de ce nom. Alors que Freud ouvrait le champ infini de l’inconscient, quand Marx avait mis au jour les mécanismes de l’aliénation par le capital, Reich, lui, tente une synthèse que, pour dire vite, on qualifiera alors de «freudo-marxiste». Psychanalyste engagé, médecin social, il fonde en 1931, en Allemagne pré-nazie, le mouvement Sexpol, abréviation de politique sexuelle, mouvement destiné à venir en aide aux adolescents en proie à la «misère sexuelle». Résultat : les freudistes le suspectent de communisme, là où Reich avait posé la question de la dimension sociale des névroses et de leur traitement. Les communistes le traitent de médecin bourgeois introduisant la psychologie et, pire encore, la sexualité, dans la politique. Il est donc rejeté par les deux camps. Tandis qu’un troisième, la bête immonde à l’affût dans l’ombre, aura bientôt «raison» de tout – sauf de sa magistrale dénonciation dans Psychologie de masse du fascisme.

Autre point de perspective : l’histoire ne saurait se répéter, certes, mais interrogeons ici nos sociétés à criminalité record, le plus souvent de manifestation directement sexuelle: viols, violences sadiques et meurtres pervers, pédophilie «ordinaire» ou organisée, marchandifiée, touristiquée. Questionnons les poussées d’intégrismes multiples, de fascismes, les guerres dites ethniques – tout cela à nos portes, en Autriche (pays de Reich) comme en Suisse, ou plus loin à l’est comme au sud, dessus dessous et même à l’intérieur de nos frontières. Ce chaos, Reich l’a connu, en plus ouvertement violent, oh à peine ! – autres temps même mœurs. Il est l’un des tout premiers penseurs politiques et scientifiques modernes à poser de manière délibérée l’étude des mécanismes de la souffrance humaine. Car il s’agit bien de souffrance, cette incapacité à «se laisser aller au flux de l’amour universel», à l’ «élan vital». Il pointe alors précisément, observateur et analyste acerbes, les mécanismes de répression tapis dans les systèmes éducatifs, dans la structure familiale, patriarcale et économique, et comme engrammés chez les individus eux-mêmes qui n’ont de cesse de perpétuer partout, et en particulier chez leurs enfants, à peine nés, les meurtres de la vie. Il identifie non seulement dans les caractères psychologiques mais dans le corps lui-même les traces visibles, palpables des blessures du vivant, rétréci sous sa cuirasse, et donnera ainsi naissance aux thérapies psycho-corporelles.

Tous étaient atteints

C’est aussi dans ces années 70 que circule en France, en édition sauvage, la traduction sous le titre Les Hommes et l’État, de People in trouble, un des derniers livres de Reich, qui constitue son autobiographie politique. Ce fut un choc salutaire pour plus d’un gauchiste (mais guère plus d’un peut-être… ou une poignée !), que 68 avait pu pétrir de ces fameuses certitudes idéologiques, ces moules à “penser”. Reich y décrit par les détails les plus fins de l’observation, ce qu’il appellera les signes de la structure caractérielle rigide des hommes d’appareils, des partis, organisations diverses au service de la fixité des choses, résolument hostiles au mouvement du vivant, à sa pulsion. Alors militant socialiste, il remarque en défilant à leurs côtés, combien les travailleurs autrichiens, manifestant lors de grandes grèves, à Vienne en 1927, apparaissent soumis à leurs meneurs, se comportant de manière très irrationnelle, apparemment incompréhensible. Reich ouvre ainsi la voie à un autre regard politique – sexo-politique, précisément –, sur la société autant que sur chacun de ses individus, vous, moi, lui dont il dira plus tard, n’en connaître aucun qui ne porte en lui les marques de la structure fasciste.

Le projet de Sexpol, la revue, naît de cette sorte de révélation, de ce regard autre, tout à fait neuf, fulgurant, porté sur l’histoire humaine avec le désir d’en comprendre les ressorts intimes. Cela au moment où le manichéisme idéologique de l’après-68 atteignait, comme on dirait aujourd’hui, des pics de pollution mentale et physique. «Tous n’en mouraient pas, mais tous étaient atteints». Les humains étaient malades de la peste – cette peste émotionnelle, ainsi que l’appellera Reich qui, jusqu’à sa mort en prison, frappé lui aussi par le mal, n’aura de cesse de l’interroger pour mieux la combattre.

Telle était bien aussi, à sa mesure, l’ambition de Sexpol qui va y aller de ses questionnements : le militantisme, la médecine, le désir, la beauté et la laideur, le couple, l’enfance, la bouffe, l’homosexualité, la sexualité de groupe, la violence, la nature, les prisons, l’éducation, le mysticisme, les élections, femmes et hommes, les sentiments, l’adolescence, la vieillesse – autant de thèmes qui furent tamisés à la lumière sexo-politique, avec plus ou moins de finesse d’ailleurs, on peut aujourd’hui mieux le reconnaître, le recul aidant (cette position haute de l’après-coup). Des faiblesses qui n’entachent en rien la démarche, tout juste humaine et normalement névrosée, voire pestiférée aux entournures de l’air du temps qui s’interdisait d’interdire… De cette complaisance qui faillit lui être fatale lorsque des annonces pédophiliques subreptices lui valurent l’interdiction, exploitée en censure politique, puis en brevet révolutionnaire et en presque succès commercial…


Veau, Poulets, Bœufs, Vaches…

Complaisance encore à tolérer l’intolérable: par libéralisme inconséquent, des pervers de tous poils se servant de la revue comme de support à leurs pratiques anti-vie, tournée surtout contre les enfants. Quelques illuminés monomaniaques trouvèrent aussi refuge dans nos colonnes peu regardantes sur certains effets de “modes” comportementales que leurs adeptes s’évertuaient, si l’on ose dire, à élever au rang de norme. «Ne vois-tu pas, mon vieux Neill, que tout ton édifice de respect libéral de la névrose s’écroule – qu’il ne faut pas confondre la réalité de l’homme pathologique avec le principe de la dignité humaine de Locke. L’humanité tout entière a été entraînée vers l’abîme à cause de cette sorte de confusion libérale…» Ainsi écrivait Reich à Alexander Neill, son ami, le fameux pédagogue anglais de Summerhill, auteur, précisément, de Freedom, not license, bêtement traduit par La liberté, pas l’anarchie…

Ce qui demeure aujourd’hui de ces années Sexpol et de sa quarantaine de numéros, ce sont néanmoins des valeurs pivotales, d’ailleurs le plus souvent héritées de Reich, et dont l’actualité demeure, hélas, toujours impérieuse.

Ainsi l’identité psycho-corporelle de l’être humain, certes aujourd’hui reconnue en théorie (dans nos sociétés dites avancées), mais aussitôt transmutée par la dictature du paraître, la prééminence dictatoriale de l’image, l’empire du look, l’idéologie néofasciste du corps magnifié, idéalisé en un nouveau culte païen.

Ainsi le délire scientiste, ou la tentation démiurgique de “savants” fous attaquant la structure ultime de la cellule, bricolant bientôt l’être humain comme d’autres déjà tripotent les gènes du maïs ou du soja, clonent Dolly, tout juste avant… Loana ou Steve.

Ainsi ce qu’écrivait dans le dernier Sexpol, il y a vingt-cinq ans, Roger Dadoun : «…Le Veau d’or (d’hormones) n’est plus debout; une escalope bouffie fait remonter toute la chaîne alimentaire; politiciens, experts, savants, spéculateurs, laboratoires, industriels, intermédiaires et autres se déchaînent, débusqués dans leurs pratiques monstrueuses et mortifères : un petit non à l’escalope, et l’immense machine qui vacille ? Ne pas s’arrêter au Veau : écouter désormais les Poulets, suivre les Bœufs et les Vaches, et toute la Viandasse moderne; et poursuivre avec les Laitages; et continuer avec tous les Végétaux, pour lire, à travers engrais, chimies, sélections, monopoles de culture et autres systèmes d’exploitation, le gigantesque gâchis planétaire… » Prémonitoire, hélas, cent fois !

Résistants de tous les pays…

Ainsi ces numéros spéciaux sur les bio-énergies, et sur la naissance, et sur Reich enfin qui ont dit à pleines pages, et qu’on entend encore aujourd’hui, parmi les tam-tams médiatiques du “village planétaire” – où l’on s’étripe plus que jamais –, qui ont dit à pleins cris que l’animal humain, bête et homme, étrange et précieux couple, demeure ce mystère indicible de monstruosité et d’idéal. Selon les jours, selon les lieux, les proportions du mélange nous incitent à plus ou moins d’optimisme… Selon que les ravages de la pensée unique iraient jusqu’à nous rendre nostalgiques des “deux blocs” entre lesquels on pouvait encore glisser l’espoir d’un monde autre. Unicité totalisante qui frappe de plein fouet culture et agri-culture, menace nos artistes, nos assiettes et notre santé, façonne nos vêtements et nos identités; qui channelise l’information et, au bout du satellite, aligne la politique sur la marchandise et le gros Dow Jones, la sexualité sur la consommation.

Gardons le mouvement qui nous sauve. Mouvement des cultures, du mystère amoureux, de la quête des enfants, des femmes et des hommes vers l’art de la vie. Résistance, camarades de tous les pays, le monde vieux est devant nous !
Gérard Ponthieu

Afin de les regrouper, merci de "poster" vos commentaires avec le début de l'article, sur "C'est pour dire".



Cadeau-souvenir aux anciens lecteurs et abonnés de Sexpol : la reproduction de l'affiche-mascotte de la revue qui fut diffusée à des milliers d'exemplaires. Le "bébé Sexpol" rapporta peut-être autant que la vente de la revue, qui atteignit tout de même les 20.000 exemplaires. Quant au bébé, c'est… un petit Mexicain. Il avait été photographié par un membre de l'Institut Wilhelm-Reich de Mexico. "Anciens de Sexpol", faites signe en passant !
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17 septembre 2005 6 17 /09 /septembre /2005 22:00
Bientôt un cours de breton
sur TF1?


par Christian Le Meut


Patrick Le Lay, PDG de TF1, a fait de fracassantes déclarations * au magazine “Bretons” de ce mois de septembre, accusant la France de “génocide culturel” à l’égard de la langue bretonne. Il a également déclaré ne pas être “Français mais Breton” et se sentir “étranger quand il est en France”... Patrick Le Lay ne parle pas la langue bretonne que parlait son grand-père de Loctudy dans le Finistère. “Je ne parle pas la langue de mon grand-père” dit-il, et pourtant je n’ai pas quitté mon pays... Et le PDG de TF1 de parler de “terrorisme intellectuel”... “Il n’y a pas plus grand crime contre l’humanité, en dehors de tuer les gens, que de tuer leur langue”, rajoute-t-il...

Ces déclarations ont été reprises brièvement par quelques journaux, comme Libération et Le Monde, qui n’ont, pour l’instant, pas cherché à aller plus loin, à ma connaissance. Je ne crois pas non que TF1, ni LCI, n’aient repris les phrases de leur patron. Elles suscitent cependant des réactions sur le net.


Du bilinguisme à l'unilinguisme : merci la France ! Si un grand-père de M. Le Lay parlait breton, ce sont, en ce qui me concerne, mes quatre grands-parents qui avaient le breton pour langue maternelle, tout en sachant le français également. Nous n’avons, nous non plus, pas quitté notre pays, attachés à la Bretagne comme des berniques à leur rocher. Pourtant presque plus personne ne parle breton dans la famille. En deux générations, nous sommes passés du bilinguisme breton-français à l’unilinguisme : c’est ça le progrès républicain ?

La transmission ne s’est pas faite et le “terrorisme intellectuel” dont parle Patrick Le Lay est passé par là... La situation de M. Le Lay, nous sommes de centaines de milliers à la vivre en Bretagne; un peu exilés de l’intérieur. Car c’est bien notre langue d’origine que l’on nous a coupée, avec tout son contenu historique, humain, affectif, toute une façon de voir le monde et de l’exprimer que l’on nous a volés, oui, volés, et que les institutions françaises nous ont, trop longtemps, interdit d’approcher.

Durant mon enfance je n’ai que très peu entendu parler breton : aucune place à l’école, des miettes dans les médias. Une exclusion généralisée, officielle.
Génocide ou ethnocide ? Pour autant, l’expression de “génocide culturel” me gêne. Ce terme est utilisé souvent, certes, mais il correspond à la définition d’un autre mot, “ethnocide”. On supprime une culture sans supprimer la population qui la portait... “Ethnocide” est moins fort que “génocide”, mais il est plus juste dans la situation de la Bretagne, à mon avis. moins “choc”, mais moins porteur d’ambiguïtés.

Les génocides sont perpétrés par des gouvernements, des pouvoirs en place, en vue de supprimer tout ou partie de leur population : les Juifs et les Tziganes par les nazis; les Tutsis et les Hutus démocrates par la dictature rwandaise en 1995; les Arméniens par la dictature turque il y a un siècle. Assimiler ces massacres de grandes envergures aux politiques délibérées d’élimination d’une langue où personne n’est tuée (quasiment), n’est pas juste et ne sert pas à décrire précisément ce qui se passe ici, en Bretagne, encore aujourd’hui.

Mes quatre grands-parents sont morts de mort naturelle, et j’ai pu en connaître deux. C’est quand même mieux que s’ils avaient tous fini dans les chambres à gaz ! Cela dit, aucun État, surtout s’il se prétend démocratique, n’a le droit de pratiquer un ethnocide, de vouloir supprimer une ou plusieurs langues parlées sur son territoire. Les textes internationaux concernant les droits de l’Homme sur clairs là-dessus... Mais la France s’est bien gardé d’en signer certains...

Je partage probablement une colère proche de celle de Patrick Le Lay par rapport à ce que la démocratie française a fait contre la langue bretonne et contre les autres langues régionales. Mais je constate que la situation évolue un peu depuis vingt ans et, malgré tout, l’État finance aujourd’hui l’enseignement du breton dans les écoles bilingues, même s’il le fait à reculons...

La pression vient d’en bas car, en haut, la République française ne se résout toujours pas à ratifier et appliquer la Charte européenne des langues minoritaires, signée par Jospin en 1998, mais retoquée par le Conseil constitutionnel. Cette même colère peut m’aider à comprendre aussi le point de vue d’autres hommes en colère envoyés devant les tribunaux. Mais il faut dénoncer clairement la violence et le terrorisme, ce que fait Patrick Le Lay. Il a lui même montré que l’on peut faire avancer les choses pacifiquement en créant TV Breizh. Son amertume et sa colère viennent sans doute aussi du fait que cette télévision de qualité n’a obtenu aucune autorisation du Conseil supérieur de l’audiovisuel. Aucune. Ni pour la TNT, ni pour des fréquences hertziennes locales comme à Nantes, alors même que des millions étaient investis pour créer, en Bretagne des studios et sociétés de production.

TV Breizh a réduit sa part bretonne; elle a baissé en qualité et augmenté en audience. Les sociétés de production ont bien du mal à se maintenir mais l’outil de production est bien là. Des dessins animés et des feuilletons ont été doublés en breton, ce qui est très important pour les jeunes générations qui apprennent la langue et auxquelles France 3 apporte trop peu d’émissions en breton.

Je ne doute pas une seconde de la sincérité des propos de M. Le Lay concernant la langue bretonne, mais ils auraient beaucoup plus de portée et de crédibilité si TF1 ne véhiculait à travers ses émissions des valeurs très contestables comme la compétition permanente, l’attachement servile aux apparences, l’absence de curiosité intellectuelle, le divertissement permanent au détriment de formation personnelle et citoyenne. André Malraux considérait la télévision comme, je cite “un instrument de partage culturel”...

Quelle sorte de culture partage TF1 ? Et quelle image de la France véhicule cette chaîne et notamment le journal télévisé de Jean-Pierre Pernault ? Une France très folklorique et folklorisée. Cette chaîne est loin de montrer la diversité culturelle sur laquelle la France a été bâtie, de la Corse au Pays Basque en passant par l’Alsace, la Normandie et la Franche Comté; elle est loin aussi d’en montrer la diversité actuelle avec toutes les populations issues de l’immigration.

Si au moins, TF1 avait fait prendre conscience aux millions de Français et Français qui l’ignorent que les langues régionales sont des langues encore parlées, encore vivantes, les déclarations de M. Le Lay seraient cohérentes avec sa pratique. On en est loin ! Si jamais le PDG de TF1 veut glisser un cour de breton dans sa grille d’émissions, nous avons, ici à Radio Bro Gwened, un professeur à leur proposer, Albert, et une animatrice dans le rôle de l’élève qui fait plein de fautes, Cécile Goualle. Imaginez donc avec moi, M. Le Lay, cinq minutes de breton entre la Star réac academy et Kaoc’h** Lanta, ça remonterait le niveau intellectuel de vos émissions, non ? Bon, pour ce qui est l’audience, c’est moins sûr !
Christian Le Meut

–––
* Fracassantes aussi, furent ses mémorables paroles sur la télé et "le temps de cerveau disponible". [Ndlr].
** Kaoc'h : pour celles et ceux qui n'auraient pas de dictionnaire de breton à la maison (il y en a un sur le net), mot en cinq lettres commençant par M… et finissant par... E.

La version en breton de cet article est sur rezore.

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12 septembre 2005 1 12 /09 /septembre /2005 22:00
Le journal de ma revue de presse…

L’abonnement est un engagement. Et là, comme dans la vie, on peut connaître le désamour. Mais divorcer coûte plus que de quitter son journal, ce qui est aussi une rupture. Sur ce plan, je suis polygame : une liaison régulière, tumultueuse, passionnée ; et des rencontres de passage, voire des passes. Mon marchand de journaux est ainsi mon témoin chaque matin ou presque. Il voit bien mes infidélités du jour. Mais, se payant assez de rendre la monnaie, ne pipe mot que sur le registre de l’amabilité du commerce.

Ainsi commence, certains matins, ma petite drague médiatique, ma revue de presse sur tourniquets. Mes choix sont donc très physiques, à la différence, je parie, des plus patentés de mes confrères, notamment radiophoniques. Quand ceux-là, ne tripotent pas le papier stérilisé des éditoriaux faxés, ils puisent jusqu’à la nausée dans la manne qu’un coursier leur répand chaque matin, sans bourse délier!, comme du fumier devant les sous-préfectures. Je les vois plonger dans l’abondance avec cette moue de riches guettés par l’obésité. Ils farfouillent là-dedans comme le critique de théâtre dans son paquet d’invitations, l’air dégoûté du trop richement nourri qui jamais ne paie son gueuleton.


Tandis que moi, oui, je chipote en tâtant la bête, considérant le rapport prix en euros/poids des mots, évaluant le ratio coût de lecture/promesse d’intérêt. Le lundi, par exemple, les déversements sportifs me font gagner du temps – je ne me déplace même pas. Ce matin, ah, ma «Provence» met la pédale douce sur l’OM (oh, il est juste à côté…) en donnant un peu d’air frais : Un deuxième souffle pour les éoliennes. (À la lecture, je n'en aurai pas pour mes sous, mais bon…)

Quant à Libé… Un quotidien qui «ouvre» comme un magazine sur la chanson, non merci bien. Je lègue mon exemplaire du jour au jeune lecteur qu’ils veulent draguer. (Mais je crains qu’il n’aille au bouillon des invendus).

Tiens, encore un que je n’aurais pas acheté – son site oueb m’a plus que suffi –, c’est La Dépêche du Midi du 4 septembre. Dans le genre comateux, difficile à surpasser : en pleine crise du pétrole qui réactualise, oh combien, les questions d’économie et d’écologie, le quotidien de Toulouse «cherche à créer une véritable dynamique dans l’univers du 4x4». Pour cela, il n’hésite pas à patronner («sponsoriser») un salon du genre, mêlant allégrement rédaction et commerce… La honte du métier ! Tiens, je leur dédie mon dernier lot de tongs de presse – des fins de série.
Voyez l’annonce :



Et savourez aussi la haute teneur du texte (extrait) :


« Les férus de quad ne seront pas en reste. Pour eux, des engins du genre seront exposés tout au long de ce salon, que les visiteurs pourront là encore essayer sur une piste de quad et de karting. A noter également qu'un village gourmand, avec dégustation des produits du terroir, sera présenté entre autres par les magasins Gamm Vert.
« Bref, on l'aura compris, avec cet événement, «La Dépêche du Midi» cherche à créer une véritable dynamique dans l'univers du 4x4. Un genre automobile qui, chaque année, attire de plus en plus de personnes. En 2001, ils étaient 1.6 % des conducteurs français à posséder un 4x4. Trois ans plus tard, ils étaient 2.2 %. Preuve que le tout-terrain connaît actuellement un véritable engouement. Les 4 000 visiteurs de la première édition étaient là, l'an dernier, pour en témoigner. »

Là-dessus, je rentre (à pied) chez ma régulière, une feuille dite de référence, parisienne et du soir. Je m’en méfie bien aussi de celle-là, qui me fait des enfants dans le dos en fricotant avec des lascars pas nets. Sa face cachée, figurez-vous, que je me la suis payée cet été – pas cher, d’occase, ça se trouve même sur internet. C’est un bouquin formidable. Comme un couillon de radin, je m’étais contenté des bonnes feuilles de l’époque, me disant que j’attendrais bien l’édition de poche. Erreur de plouc ! Il faut lire La Face cachée du Monde de Péan et Cohen comme un devoir civique. Il devrait d’ailleurs être obligatoirement lu par les apprentis journalistes, sans parler des professionnels. On y est édifié sur de multiples plans, notamment politiques et médiatiques. Et les auteurs livrent en passant une réflexion critique très aiguisée sur le métier d’informer et la notion de «référence». Pas étonnant qu’un combat juridique s’en soit ensuivi. Intriguant, en revanche, l’accord des deux parties pour s’écraser, au sens figuré – sans doute pour éviter l’écrabouillade générale, au sens «propre».

Mais je lui pardonne beaucoup, à cette traînée, qui a parfois grand cœur (elle m’alloue un pied-à-terre où je me blogue), et qui sait aussi honorer la profession de journaliste – toujours distinguer les machines des hommes qui la font turbiner. Ainsi cette analyse de Laurent Mauduit [11/09/05], sobrement intitulée « La mort programmée de l’impôt citoyen ». Où l’on y démontre le démontage d’un principe républicain et démocratique datant de 1789 – Art. 13, Déclaration des droits de l’homme et du citoyen –, celui de la progressivité de l’impôt, qu’«on» en vient de nos jours à «proportionner» en un tour de passe-passe politique éhonté. Tout cela sur fond de bise-bille et de surenchères entre les deux coquelets Villepin et Sarkozy. Sous l’œil goguenard d’une certaine camarilla médiatique qui compte les points. Et face à une gauche qui n’en peut mais, médusée qu’elle est dans ses «propres» tambouilles.

J’aurais aimé vous parler des Misérables – le film de Raymond Bernard, 1933, en trois parties hugoliennes. C’est diffusé sous le manteau. Chut… France 3, la nuit, jusqu’à deux heures du mat. Admirable Harry Baur ! Le lundi on est KO et en même temps regonflé à bloc.. Ça aussi, on devrait… Dernier épisode le 18, «Liberté, liberté chérie». Chut… Javert est à l'affût.
 

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11 septembre 2005 7 11 /09 /septembre /2005 22:00
Katrina. Mais qu’ont fait les médias?

« La catastrophe du bayou n'est pas un désastre naturel. Bien des catastrophes pourraient être évitées si les médias de masse portaient une plus grande attention aux véritables enjeux politiques. » Le Québécois Nicolas Binette ne manque pas d’interpeller les médias là où ça peut faire mal. Voici son article mis en ligne sous le titre : Nouvelle-Orléans: la responsabilité des médias.

« Clarifions d'abord une chose : la catastrophe de la Nouvelle-Orléans n'est pas un désastre naturel. Sa véritable cause est purement technique; une digue a cédé, causant l'inondation de la ville. La presse n'hésite pas à faire porter le blâme à l'administration en place aux États-Unis, en insistant sur la lenteur des opérations d'urgence. Ceci occulte la responsabilité des médias de masse par rapport aux enjeux nationaux. Une pratique plus responsable de leur rôle au sein de l'appareil politique pourrait servir à éviter de telles horreurs.


« La Nouvelle-Orléans est assise sensiblement en deçà du niveau de la mer. Pourtant, cette ville n'a pas été créée artificiellement; les nombreux marais qui l'entouraient autrefois agissaient comme des éponges capables d'absorber les excédents d'eau en cas de crue, protégeant la terre ferme. Avec le développement économique, la ville a grandi et les marais ont été progressivement asséchés. Il fallait dès lors maintenir la ville sous respirateur artificiel en construisant des digues pour retenir le cours naturel de l'eau. New Orleans n'est pas la seule ville à exister dans des conditions aussi précaires. Les risques d'accident, notamment en cas d'ouragan violent, étaient très bien connus. Sur les 104 millions qui eussent été nécessaires pour assurer la sécurité du réseau de digues, seulement 40 furent accordés au dernier budget fédéral. On aurait pu éviter le déluge. La puissante Katrina, dans toute cette histoire, n'est qu'un bouc émissaire.

« Dès qu'on constata l'ampleur des dégâts, le ton fut immédiatement donné: la faute incombait à l'administration Bush. D'accord, il faut convenir que George W. Bush est un imbécile. Mais puisque nous vivons dans une démocratie qui permet d'élire des imbéciles à la tête des nations, la responsabilité incombe logiquement à tous les acteurs qui ont participé à ce système (ou ont nuit à son efficacité en n'y participant pas).

« Or, parmi les acteurs de la démocratie, les médias de masse jouent un rôle politique spécifique et déterminant. Ce sont eux qui dirigent, en tout temps, le faisceau de l'attention publique. Leur pouvoir politique n'est pas de petite taille; les médias de masse synthétisent l'opinion publique, ce reflet grossier de la volonté des électeurs, cette conscience abstraite qui, malgré une évidente puérilité et une contraignante lenteur de raisonnement, a néanmoins le dernier mot sur l'ensemble des décisions démocratiques. Ce pouvoir implique une lourde responsabilité. C'est aux grands médias de permettre à chaque citoyen d'avoir quotidiennement une idée d'ensemble suffisamment valable des véritables enjeux qui le concernent, que ceux-ci soient nationaux ou internationaux. Néanmoins, on ne peut pas demander à chaque individu d'avoir une connaissance approfondie de chaque question cruciale, c'est pourquoi il est nécessaire de donner davantage la voix aux expertises qui existent sur les problèmes les plus critiques, afin que ceux-ci soient constamment placés au premier plan de l'attention du public. Si les Américains avaient été sensibles au danger des digues du bayou, l'État fédéral aurait probablement agi en conséquence.

« Mais l'information étant une marchandise, elle aussi soumise aux lois du marché, c'est encore le sensationnalisme qui prend toute la place qu'on aurait dû accorder à des questions comme celle du risque que courait la Nouvelle-Orléans. Heureusement, l'intérêt croissant du public pour les enjeux environnementaux (particulièrement cette dernière semaine) pourrait changer la donne. À moins que les grandes chaînes ne préfèrent taire délibérément les risques dans le but inavoué d'abreuver leur soif de catastrophe? »

biguenique.blogspot.com
→ Photo de Margaret McGuire (Nola.com)
 
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3 septembre 2005 6 03 /09 /septembre /2005 22:00
Noirs, nos «cousins de Louisiane»,
comme nos frères de Paris,
rue de la Fraternité


Nous avons, au Québec, nos cousins d’Amérique. Katrina nous rapproche aujourd’hui de nos «cousins de Louisiane», ceux de l’ancienne colonie de Louis XIV, revendue par Bonaparte aux États-Unis, en 1803. L’Histoire a laissé ses traces et ses liens, ravivés par la catastrophe. Le drame créé des solidarités, c’est un fait. Le temps les estompe. Il en est ainsi. Parfois même, le drame ne fait qu’effleurer les consciences. À Paris, quand des hôtels ou des immeubles vétustes brûlent, ce sont des Noirs qui périssent. Rue de la Fraternité, ce sont encore des Noirs qu’on expulse des squats quand il s’agit de casser le thermomètre pour ne pas voir la fièvre.

Notre tiers-monde vaut bien le leur. C’est notamment ce que nous rappelle un historien étatsunien. Tandis que, là-bas, se déchire l’écran de Disneyland sur un pays qui avait jusque là, plus ou moins, camouflé son sous-continent.


Ce que met aussi au jour cette catastrophe humanitaire du Sud étatsunien, c’est la réalité enfouie d’un pays qu’on découvre très mal en point, comme miné de l’intérieur. On s’en étonne, tant nous étions habitués au sourire de façade de la «plus grande nation du monde», où tout est «plus», «mieux» et même «plus mieux» encore que dans ses mythes et ses représentations spectaculaires.

Mais voilà qu’un ouragan a déchiré l’écran de Disneyland. Et ce qui surgit aujourd’hui, sous nos regards  – qui en ont pourtant vu, des horreurs ! –, ce n’est pas seulement une vision proprement horrible de souffrance et de détresse. Nous découvrons aussi une réalité sous la forme d’une révélation. Nous la percevions, certes, plus ou moins au fond de nous, cette injustice américaine rampante, dévorante, patente. Mais l’Image avait tout occulté, derrière la mise en scène de l’ordre présentable, re-présentable. Ce monde en permanente représentation inter-dit [défense de dire] la perception du réel.

Le drame actuel est tel parce qu’il concerne la sous-population des Noirs américains. Tels sont nos cousins de Louisiane, des Noirs, des nègres : pauvres, incultes, violents, bestiaux et au fond toujours sauvages, de la sauvagerie de leurs origines, là-bas, si loin et si longtemps. Ils ont donc été parqués là, dans ces terres très ingrates, sinon hostiles, mais au fond appropriées à leurs jungles des origines. Et on les y avait oubliés, les laissant se démerder dans leurs ghettos, sorte de réserve naturelle pour safaris touristiques sur fond de jazz et de vieille France. On avait de même oublié les autres, de ghettos afro-américains, ceux d’Alabama ou de Harlem ; et avec eux aussi, oubliées les grandes émeutes de Watts, ghetto noir de Los Angelès, 1965. Pour ne citer que celles-là parmi la «longue marche» jamais achevée, on le voit donc, pour les droits civiques et l’égalité raciale.


Mais j’en viens à nos élans solidaires. Généreux, ils le sont à n’en pas douter, comme savent l’être si souvent nos concitoyens face aux détresses humaines. La charité, on le sait aussi, charrie souvent bien des scories. Comme ces bonnes intentions qui pavent les allées de l’Enfer… Ou ces élans « exotiques » qui nous dédouaneraient du regard de proximité, là autour de nous, sous nos yeux.

Ce que nous rappelle un historien américain, de Los Angeles précisément, interviewé dans Libération [03/09/05]. Cette Amérique ressemble à un pays du tiers-monde, lui fait remarquer Annette Levy-Willard. Réponse de Joel Kotkin: « Vous vous trouvez dans une ville [La Nouvelle-Orléans] qui se dégrade, où des poches de pauvreté font penser aux Caraïbes ou à l’Afrique, mais je vous rappelle que si vous vous promenez dans certains coins de Seine-Saint-Denis, près de Paris, vous avez aussi le sentiment de vous trouver dans un pays du tiers-monde. [Note de gp : pour ne parler que de Paris…]. Il existe en effet une large population sous-prolétarisée à l'intérieur des États-Unis, et pas seulement noire. Il faut inclure dans cette catégorie les pauvres blancs des zones rurales, comme au Dakota-du-Sud, par exemple. Et, bien sûr, les Noirs du Sud. Mais les Afro-Américains de Caroline, de Virginie, du Mississippi ou d'Alabama peuvent être dans une situation difficile sans avoir le niveau de criminalité de La Nouvelle-Orléans, parce que ces États se sont développés et ont progressé. De plus, les Noirs américains ne forment pas un groupe homogène. Une grande partie d'entre eux a maintenant avancé, fait des études, rejoint la classe moyenne. Ceux-là ont généralement quitté La Nouvelle-Orléans. Ceux qui sont restés l'ont fait parce qu'ils ne pouvaient pas aller ailleurs.»

Intéressants propos qui poussent à ne pas «externaliser» nos problèmes. Regardons en nous, ou seulement sous nos yeux. Et de là, relions-nous au vaste monde : la fameuse démarche « du local au global » – en fait du particulier au général. Ainsi cette photo [ci-dessous] que je trouve très signifiante. Elle est parue dans La Provence du 31 août sous le titre anodin : Rentrée: c’est la cohue à Plan-de-Campagne, et avec le sous-titre suivant : «Dans le plus grand centre commercial d’Europe, les derniers jours de vacances permettent à des milliers de familles de faire le plein avant le jour J, entre cartables, vêtements et ordinateurs».  Suit un petit reportage banal, type «corvée de rentrée» – ce qu’en jargon de presse on appelle le marronnier. Donc, tout baigne dans l'ordinaire, aucune problématique, hors les questions – brûlantes – de la chaleur et de l’affluence.

Pourtant la photo parle. Elle parle même sacrément. Et d’un tout autre ton, malgré sa légende qui la banalise, elle aussi. Je vous la laisse voir…



Maintenant, transposons l’image le jour-même à la Nouvelle-Orléans. L’alerte météo a été déclenchée et c’est l’exode. Panique, embouteillages. Tout le monde s’enfuit. Oui, mais à des vitesses variables et presque tous en voitures. Presque, sauf ce groupe de six ou sept, au premier plan, à pied. Des Noirs.

Bon, certes, à l’usage du quotidien, on ne doit pas pouvoir tenir l’actualité dans une permanente gravité… Du moins faudrait-il, déjà, risquer d’en faire trop sur ce registre. Tandis que, plus couramment, trop d’insouciance fleur-bleue inonde tant de gazettes insignifiantes.

→ Photo empruntée à Sophie Spiteri, de La Provence [31/08/05]
Voir la vidéo AFP de l'évacuation d'un squat au 26 rue de la Tombe-Issoire dans le 14e arrondissement de Paris. La police a évacué vendredi 2 septembre deux squats parisiens occupés par des Africains, trois jours après que Sarkozy eut déclaré qu'il fallait fermer tous les squats et tous les immeubles insalubres. Durée: 1mn 40

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2 septembre 2005 5 02 /09 /septembre /2005 22:00
Nouvelle Orléans. Témoignage
d’un médecin depuis le Ritz
devenu hôpital de campagne


Un médecin américain réfugié au Ritz-Carlton Hotel de la Nouvelle-Orléans a pu envoyer par internet son témoignage à sa famille, qui l’a ensuite retransmis et a fini par nous parvenir. Particulièrement éprouvant, ce récit date pourtant de mardi, laissant présager à quel point la situation des survivants aura pu encore se dégrader.

A La Nouvelle-Orléans, samedi, plus de cinq jours après le passage de l'ouragan Katrina, des milliers de rescapés attendaient désespérément d'être secourus ou évacués, tandis que l’odeur de la mort et de la pourriture a envahi les rues.

« Dans le Superdome, rapporte l’agence Associated Press, où une grande partie des sinistrés avaient trouvé refuge après la catastrophe, le processus d'évacuation massif s'est brutalement interrompu dans la nuit. Visiblement débordés par l'ampleur de la tâche, les services de secours d'urgence de Louisiane ont expliqué qu'ils avaient dû déplacer leurs efforts vers le centre des congrès de la ville où des milliers d'autres sinistrés attendaient, eux aussi, de quitter la cité dévastée.. »

La Nouvelle Orléans, nouvelles du front
Témoignage de Greg Henderson, médecin
Transmis et traduit par Édith Ochs

« J’écris ce message le mardi 31 août à 2h. Vous avez sûrement plus d’informations que moi sur ce qui se passe ici. Sachez que presque tout ce que je vous dis vient de l’observation directe ou émane de sources crédibles. Nous avons un accès limité à l’Internet, j’espère donc pouvoir envoyer cette dépêche aujourd’hui.

« Je loge pour l’instant au Ritz-Carlton Hotel [photo d'archives ci-contre] de la Nouvelle-Orléans. Je me suis dit que si mon heure était venue, je voulais que ce soit dans un endroit qui avait une bonne carte des vins. En outre, cet hôtel sur Canal Street est un très vieux bâtiment capable de résister au choc, et il a résisté. Beaucoup d’autres hôtels ont subi des dégâts, ne serait-ce que des bris de vitres, et nous nous attendons à ce que de nombreux clients soient évacués ici.

« Les choses allaient visiblement mal hier, mais elles sont bien pires aujourd’hui. L’eau est arrivée au cours de la nuit. Maintenant Canal Street (qui porte bien son nom) est redevenue un canal. Le premier étage de tous les bâtiments du centre-ville est sous l’eau.
[…]
« La ville n’a plus d’eau potable, plus d’égouts, plus d’électricité, et  plus de systèmes de communication. On continue de récupérer des corps qui flottent dans l’eau. Nous redoutons une épidémie de choléra.[…] Nous avons quelques policiers armés ici avec nous à l’hôtel qui essaient de faire régner un semblant d’ordre, ce qui est difficile parce que le pillage sévit un peu partout. La plupart du temps, il ne s’agit pas d’un pillage crapuleux, mais des gens pauvres et désespérés, sans abri, sans soins médicaux, sans nourriture et sans eau, qui essaient de faire quelque chose pour les leurs. Malheureusement, les gens sont armés et dangereux. Nous entendons souvent des coups de feu. La majeure partie de Canal Street est occupée par des pillards armés qui ont la gâchette facile. Ils se déplacent à l’aide de radeaux de fortune faits de morceaux de polyester. Nous attendons toujours une présence réelle de la Garde nationale.

« La situation sanitaire ici a empiré au cours de la nuit d’une façon terrible. Beaucoup des habitants de l’hôtel sont des gens âgés ou des jeunes enfants. Beaucoup d’autres ont des maladies inhabituelles […] Nous avons transformé le French Quarter Bar [le luxueux bar du Ritz] en un hôpital de campagne. Des médecins venus assister à un congrès sur le VIH se trouvent dans cet hôtel. Nous avons une équipe de sept médecins et pharmaciens. Nous prévoyons que ceci va devenir le principal centre médical du quartier des affaires et du Quartier français de la Nouvelle-Orléans.

« Aujourd’hui, nous avons fait une expédition à Walgreens sur Canal Street. La pharmacie était obscure et pleine d’eau. Nous avons raflé tous les produits et les avons emportés dans des sacs poubelles. Le tout, sous escorte policière. Pendant ce temps-là, les pillards étaient tenus en respect par les policiers. […]

« Nous allons commencer à accueillir des malades aujourd’hui au French Quarter Bar. Des résidents de l’hôtel et des non-résidents. Nous pensons avoir à traiter des problèmes médicaux multiples, avec des médications particulières et des blessures graves. Les infections et le choléra sont les problèmes majeurs auxquels nous nous attendons. Le manque  d’eau et de nourriture est imminent.

« Pour nous tous, la grande question est : mais où est passée la Garde nationale ? Nous entendons passer des avions de combat et des hélicoptères, mais aucune présence armée réelle (d’où les pillards). Pas de Croix rouge ni d’Armée du Salut.

« On en vient très vite à se focaliser sur l’essentiel. […] En raison d’une sorte de « loi martiale », il nous est impossible de rentrer chez nous. Je ne sais pas pour combien de temps, et c’est là ma plus grande peur. En dépit de tout, c’est une expérience édifiante. Le pire, c’est de penser à ce désastre. Au temps qu’il faudra pour reconstruire. Et à l’horreur de tous ces morts.

« Faites circuler cette dépêche du front autour de vous. […] A propos, nous allons avoir besoin de fil de suture, de gants stériles et de stéthoscopes.

« Car le Ritz devient un hôpital de campagne façon MASH. »

Greg Henderson

Photos Nola.com, site qui "dit tout sur la Nouvelle-Orléans". La photo du bas a été prise à l'aéroport Louis-Armstrong de la Nouvelle-Orléans.
 
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Published by Greg Henderson / Edith Ochs - dans Suites de "c'est pour dire"
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24 août 2005 3 24 /08 /août /2005 22:00
Les avions tombent,
le compassionnel vole bas


Les morts de la Martinique. Tout ce déversement compassionnel… Ça me met mal à l’aise. Et le « ça », une fois de plus, c’est la mise en spectacle et donc l’exploitation des émotions. Aussi sincères soient-elles, elle deviennent suspectes dès lors que les médias s’accaparent une réalité, la transforment bien sûr, et mettent le spectateur en position de voyeur. Tu n’as qu’à pas regarder ! Ce que j’ai fait devant ce trop de télé impudique. C’était hier.

Aujourd’hui, me voilà rattrapé par mon quotidien de chez moi (La Provence), avec sa une et sa pleine dernière page de photos. N’est-ce pas trop, sinon suspect ? Que cherche-t-on à «payer» ? Quelle culpabilité, pour racheter quelle faute ? Comme si « on » recherchait le pardon envers ces « pauvres Antillais », si loin, si pauvres, si noirs. D’ailleurs, les morts de Charm-El-Cheik n’ont pas déclenché pareil «élan national» – ceux-là ne devaient-ils être que « normaux » ?


Libération, de son côté, a fait montre de tact : un papier, une photo – justes, sans pathos. Le Monde aussi reste sobre, flaire le risque de dérive et élargit, dès la une, avec une problématique sur «politique et communication compassionnelle». Ce qui donne lieu à une très intéressante interview d’un médecin psychiatre de Nantes envoyé au Venezuela pour accueillir les proches des victimes. Les propos de Ronan Orio sont des plus grinçants à l’égard des hommes politiques «devenus les officiants de cérémonies toujours œcuméniques. Dans ces retrouvailles, il ne faut fâcher ni les religions, ni les partis politiques». Sa chute est terriblement politique : «Comme ils n’ont plus de pouvoir d’action sur la réalité sociale, les responsables politiques se réfugient dans la communication. La communication compassionnelle, celle qui prend aux tripes […]. » Voilà pourquoi je reproduis cette photo, extraite de La Provence, qui me paraît coller aux propos du médecin. Baroin, Chavez et Chirac avec chacun son œillet sur le cœur – c’est-y pas bon ça, Coco ?

Toujours à propos des avions qui tombent – et qui font tomber les dépêches à l’avenant, avec cet effet d’amplification bien connu, tendance « loi des séries » ou «série noire» –, un risque nouveau n’a pas tardé à poindre: la déstabilisation du marché aérien. À force de dénoncer les avions-poubelles affrétés par des compagnies de complaisance (pendant aéronautique des pratiques maritimes bien connues, avec les dégâts que l’on sait), la clientèle déjà peu rassurée en vol devient plus méfiante encore que froussarde. D’où les multiplications récentes de révoltes de passagers, devenus très regardants. Il y a du Potemkine dans l’air des charters… A se demander si le peuple touristique ne va pas bientôt exiger la lune et instaurer des soviets.

L'anxiété a aussi gagné le commerce aérien, touchant toute la chaîne : passagers, voyagistes, compagnies, hôtellerie et peut-être même, à terme, la construction aéronautique elle-même. D’où l’urgence à canaliser les angoisses montantes. D’où les effets d’annonce des politiques sur le mode « on va publier les listes noires » (Perben) – on avant aussi promis un « label bleu » des charters… D’où aussi les articles en tous sens sur la légendaire sécurité des transports aériens. Tout comme cette brève, pour le moins équivoque… [La Provence, 25/08/05]:


C’est le moment de rappeler la pleine actualité d’un film argentin récent, Whisky Romeo Zulu. Ce titre est le nom de code d'un Boeing+737 des lignes intérieures argentines qui s'est écrasé lors du décollage, à Buenos Aires, le 31 août 1999, faisant 67 morts. Son réalisateur, Enrique Piñeyro, on peut dire qu’il sait de quoi il parle : c’est un ancien pilote de la compagnie argentine Lapa. Son film présente donc une vraie valeur documentaire. On le voit ainsi tenir son propre rôle, et se bagarrer contre les dirigeants de la compagnie – et les militaires argentins alors chargés, entre autres…, de la sécurité aérienne. D’un côté des impératifs de rentabilité, de l’autre des avions et des équipages forcés à voler avec des appareils de navigation en panne et dans des conditions et des équipements non réglementaires – qui conduisent à la catastrophe. Les rebuffades du commandant de bord, qui vient juste d’être promu, ne provoqueront que de le mettre au rancart… et à la caméra. Autant dire que c’est LE film qui ne risque pas d’être diffusé sur les vidéos à bord des zingues.

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22 août 2005 1 22 /08 /août /2005 22:00
« Pianoman », fin de feuilleton

L'image « http://gponthieu.blog.lemonde.fr/photos/uncategorized/1pianoman_1.jpg » ne peut être affichée, car elle contient des erreurs.« Pianoman », bidonneur ou authentique amnésique ? En tout cas, ce Bavarois de vingt ans aura entretenu son énigme durant plus de quatre mois. Qui s’en plaindrait ? Sûrement pas les tabloïds britanniques ni leurs lecteurs, ni les médias du monde entier qui s’en sont payés à pleines colonnes et sujets radio-télé. Il n’est jusqu’aux blogs, comme « c’est pour dire », qui aient échappé au phénomène. Comme quoi le mystère reste un fameux moteur à propulser le genre humain. Mais où donc ? Mystère.


L’identité de l’homme serait donc établie, mais non dévoilée. Selon le correspondant du Figaro à Londres [23/08/05], il « s'est souvenu, soudain, samedi, qu'il était allemand, qu'il s'occupait naguère de malades mentaux, en France – mais qu'il avait perdu son emploi –, et qu'il aimait bien ses deux soeurs restées au pays, la Bavière. Gay, il avait éprouvé un chagrin irrépressible quand son compagnon lui avait signifié son congé. D'où son dégoût de l'existence, la décision de s'embarquer pour l'Angleterre par l'Eurostar et de finir ses jours en s'immergeant dans la Manche.»

« Samedi dernier, la révélation, donc. Une déprime amoureuse, la volonté de fuir, l'idée, même, d'en finir et puis l'enfermement dans un scénario improvisé sur le tas. L'inconnu, qui a regagné l'Allemagne, s'est bien diverti. Le piano dessiné ? «C'est la première idée qui m'est venue à l'esprit», a-t-il expliqué à ses soignants, selon le quotidien The Mirror. Son génie musical ? «Je ne joue pas si bien que cela», avoue-t-il. En fait de virtuosité, il s'est contenté de répéter la même note durant des heures. La légende de «Piano Man» s'est bâtie sur du vent que la presse a pris trop volontiers pour argent comptant. Un mea culpa ne messiérait point. Les autorités sanitaires, elles, envisagent de réclamer à l'Allemand déprimé le paiement des frais indus de sa maladie imaginaire.»

Rappel sur « c’est pour dire ».
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