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21 août 2005 7 21 /08 /août /2005 22:00
Un bien étrange courrier des lecteurs publié dans Ouest-France

Le patron d’Ouest-France aurait-il écrit à son journal en se faisant passer pour un lecteur ? Telle est l’infâmante question posée par le Canard enchaîné [17/08/05], et aggravée par une réponse qui ne l’est pas moins, même en tant qu’hypothèse : François-Régis Hutin aurait ciré les pompes de Villepin, dans l’intérêt bien compris de son honorable et puissant journal. Voyons cela de plus près.

Petite commune balnéaire du Morbihan, Arradon a connu début août les honneurs médiatiques élargis. Pas tant pour ses charmes propres que pour ceux d’un certain Dominique Galouzeau de Villepin, premier ministre de son état, venu y passer sa semaine de vacances. Pas de quoi déroger à l’habituel clichetonnage médiatique. Sauf que.


Tout aurait pu glisser dans la bonne routine fleur bleue si un journaliste de l’agence locale n’avait eu l’idée – a posteriori bien aventureuse – d’exercer son métier. Comme on dit, il a anticipé l’événement avec un avant-papier exprimant des réactions de citoyens lambda sur la venue annoncée de l’illustre vacancier. Réactions pas franchement gogos, ni hostiles, sans doute à l’image des habitants de cette commune plutôt de gauche.

Exemples : « On va encore être emmerdés par les accès bloqués », « Pourquoi pas, je ne pense pas que ça va changer grand-chose, mais sait-on jamais ? », « S’il vient ici, c’est qu’il a bon goût, ça lui fait un bon point, mais je ne voterai pas pour lui ». Les paroles les plus « vaches » étant : « Je m’en fiche royalement » et « Je ne savais pas, mais ça ne me fait ni chaud ni froid » – qui a donné le titre de l’article et mis « Rungis », le patron, hors de lui.

Pourquoi tant de courroux ? Parce que « FRH » est lui-même résident secondaire d’Arradon et que ça ferait malpoli de recevoir le premier ministre avec aussi peu d’égards ? Bof !  Non, l’enjeu est autre et exige, pour le moins, de la déférence. N’oublions pas qu’il s’agit du quotidien au plus fort tirage de France  – et qui n’entend pas en rester là. On a plusieurs fois évoqué ici l’«imperium» d’Ouest-France – à l’image de l’invasion romaine aux buttes avec le résistant gaulois, Le Télégramme –, en particulier à propos de sa dernière conquête, en février : trois quotidiens Dassault-ex-Hersant, deux télés locales, sans parler du reste et en particulier de son partenariat financier avec le gratuit 20 minutes.

Or, ce coup d’accélérateur expansionniste est soumis à autorisation du Conseil de la concurrence, qui dépend en partie de Bercy et donc du gouvernement. Pas besoin de faire un dessin… Un dessin, non, mais plutôt un article de circonstance. Signé de deux journalistes, il paraît le 3 août, jour de l’arrivée de Villepin. Un « bon » papier bien propre – il faut laver le possible affront –, tout aussi proprement titré : « Vacances discrètes pour de Villepin » et chutant en apothéose vulgairement localière : « Loin de l’agitation parisienne, tout a été fait pour que Dominique de Villepin profite vraiment de l’une des plus belles baies du monde ».

Mais le plus beau était à venir, sous la forme d’une lettre signée d’«un lecteur d’Arradon» qui vaut son détour intégral : « Bienvenue, monsieur le Premier ministre. Bienvenue sur nos terres et notre  ”petite mer" (traduction exacte du breton « mor-bihan »). Peut-être connaissez-vous déjà le golfe du Morbihan ? Sinon, nous nous réjouissons de vous voir découvrir sa douceur et sa beauté. Cette beauté qui apaise et élève l'âme. C'est ce que depuis longtemps de grands spirituels ont ressenti ici au point d'y établir leur lieu de réflexion et de prière. ( ... ) Votre présence honore notre commune. Nous sommes discrets ici et nous serons attentifs à ne pas vous importuner. ( ... ) Nous vous souhaitons un temps doux, beau et calme pour de très bonnes et réconfortantes vacances dans la Paix. »

Le Canard ajoute que « par quelques fuites de la rédaction en chef, tout un chacun, à Ouest-France, est aujourd'hui convaincu que ce pudique « lecteur d'Arradon » n'est autre que le réservé pédégé Hutin. »

Les coordonnées du fameux lecteur tiendraient lieu de démenti. Tout silence la foutrait mal pour Citizen-Breizh et son rendez-vous d’octobre.

Tong de presse à fleurs pour Citizen-Breizh (sous forme de "provision conservatoire", en attendant "confirmation du jugement"… qui condamenrait à la paire).

→ Dessin d’Escaro (Le Canard enchaîné).

→  Afin de les regrouper, merci de "poster" vos commentaires sur "C'est pour dire".

 
 
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20 août 2005 6 20 /08 /août /2005 22:00
L’amertume des nouvelles
ne recouvre pas forcément
celle du monde



J’emprunte à l’excellent Jean-Paul Chapon de Paris est sa banlieue sa note du 17 août. Histoire d’ajouter à la suite mon grain de sel sur l’amertume des nouvelles journalistiques.


« Lettre amère...

« Comme tous les matins, j’ai reçu la lettre «check-list» du Monde. Coincés entre les deux vignettes sur les « 40 jeux honteusement exclus des JO », les titres de ce 17 août 2005 :

Série noire dans le transport aérien
Hausse du pétrole : le gouvernement réagit
Meurtre à Taizé
Lignes non rentables : la polémique enfle
Amiante : Alstom en correctionnelle
Crash d'hélicoptère en Afghanistan
Gaza : l'ultimatum a expiré hier soir
Triple attentat en Irak, ce matin
L'aide en crise au Niger
Vézelay interactif
Phuket polluée par la pollution d'Indonésie
Quitter Gaza
Vache folle : inquiétude aux Etats-Unis
Egypte : lancement de la campagne électorale
Les paysans croates face à la "mafia verte"
Berlin : les hommes d'Angela Merkel
Et pendant ce temps, en Mauritanie... »


J’éprouve si souvent ce sentiment de désespoir, sinon de dégoût face à cette vision du monde. Soit, il n’est pas si beau notre monde – l’a-t-il jamais été ? Le sera-t-il jamais ? Il est. Le « reste » dépend tellement de la représentation qu’ « on » choisit d’en donner. Et nous nous trouvons là au nœud du mal-être généralisé, en particulier dans nos sociétés d’abondance sélective.

Cette litanie des (mauvaises) nouvelles d’un jour se reproduit à peu près 365 fois par an, et par des millions de médiateurs agissant comme des prophètes de malheur. Une chose est d’annoncer ce qui advient dans l’actualité – et de tenter d'en livrer des clés de compréhension ; une autre est d’en monter un spectacle morbide dont le sens, caché, n’en est que plus dévastateur. Une telle attitude produit ce qu’un Henri Laborit naguère qualifié d’inhibition d’action : devant l’absence (même apparente) d’alternative à l’action (« pas le choix »), l’inaction s’impose comme attitude de survie passive.



Œuvre du peintre varois Jean-Pierre Giacobazzi, un des piliers du Festival de jazz de La Seyne-sur-Mer. Voir son site
.


N’est-ce pas ce que traduisent les mises en « loi des séries » des successifs derniers accidents d’avions ? L’étalage des images de catastrophes, au fond réconforte ses spectateurs : du moins sont-ils vivants, eux ; au moins ont-ils « raison » d’être là où ils sont, de s’en satisfaire et même de s’estimer heureux comme ils sont, sans rien bouger autour d’eux.

Ce qui m’amène à vous signaler [après l’alerte de Denis : merci !] le Contrat tacite des gens qui dorment. Un texte très décapant, en 33 points, dont j’extrais le n°16, très à propos:

« 16) J'accepte que l'on me présente des nouvelles négatives et terrifiantes du monde tous les jours, pour que je puisse apprécier à quel point notre situation est normale et combien j'ai de la chance de vivre en Occident. je sais qu'entretenir la peur dans nos esprits ne peut être que bénéfique pour nous. »

→  Afin de
les regrouper, merci de "poster" vos commentaires sur "C'est pour dire".
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16 août 2005 2 16 /08 /août /2005 22:00
L’été, la presse aussi
chausse des tongs


On l’aura compris : le Tong de presse est au journalisme estival ce que la Pantoufle se charge ordinairement de distinguer le reste de l’année [Rappel des modalités du PPP – Palmarès de la Pantoufle de Presse]. Dans les deux cas, une même indolence journalistique, entre flemme et amateurisme, bricolage et farniente. L’attribution du Tong, à l’image de la chose, ne relèvera pas non plus d’une grande nervosité critique. Pour un peu, il irait d’une certaine complicité. D’ailleurs, La Provence et moi, c’est déjà une vieille histoire d’amour.


Les usages journalistiques
contre les chutes d’avion


Ainsi, feuilletant ingénument mon quotidien à une terrasse du Vieux-Port, ce matin [16/08/05] à Marseille, que vois-je à la dern’ ? Un papier plutôt sympa sur Ousmane Sow dont les œuvres sont exposées au Pont du Gard. Mais… Mais, bien sûr, y a encore un truc qui coince : le sculpteur n’est pas originaire de Côte-d’Ivoire, mais du Sénégal, où il est né et où il vit. Pas important ? Ah tiens, demandez-le lui pour voir. Demandez-voir aussi à Gbagbo ce qu’il pense de l’ « ivoirité »…



Soit. Ce qui est dommageable pour le métier d’informer, ce n’est pas tant les fautes – qui n’en commet pas ? – que leur origine, liée au non-respect d’une règle simple : n’écrire que ce qu’on connaît et qu’on a vérifié. 
→ Tong de base.


Page 3, autre registre sous un cinq colonnes : « Trouver un médecin en août relève de l’exploit » Marronnier que le sujet, mais après tout, il n’est que de l’empoigner fermement, surtout pour un stagiaire d’été. « Nous avons mené l’enquête », promet l’accroche. Mais las, l’affaire est torchée en trois coups de fils et quatre clichés qui finissent dans l’impasse des généralisations et approximations (30 médecins sur 1000 dans l’inter, au lieu de 300…). Sujet gâché, tromperie sur la marchandise. → Paire de Tongs roses.

J’en serais bien resté là, mais… Ah oui, ce « Terrible récit du crash en Grèce », annoncé à la une, monté à la 20.

 

Alors qu’il ne s’agit que d’hypothèses, voire de spéculations sur le mode conditionnel (« il semble », « serait », « probable »). Comment ne pas exploiter un tel filon catastrophiste, hein ? Et, attention les yeux, voici la fameuse « loi des séries » qui s’annonce avec l’accident du Venezuela. Enfin il y a cet « éclairage » intitulé « Toujours plus d’avions mais moins d’accidents » et censé redresser quelques idées fausses. L’argumentaire apparaît si confus qu’on peut se demander pour qui vole le rédacteur.
 → Tong fantaisie… 

Le rapport entre tout ça peut tenir dans une « moralité » qu’il m’arrive souvent d’exposer en formation : à savoir que si l’aéronautique respectait les règles de fabrication journalistiques, plus aucun avion ne s’écraserait. Puisque aucun ne volerait.


→  Afin de les regrouper, merci de "poster" vos commentaires sur "C'est pour dire".


 
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16 août 2005 2 16 /08 /août /2005 22:00
Une journaliste tchadienne
condamnée à 12 mois de prison


Sy Koumbo Singa Gali, directrice de "L'Observateur", hebdomadaire de N'Djamena, a été condamnée le 15 août à 12 mois de prison ferme et au paiement de 100 000 FCFA d'amendes (150 euros) par le tribunal de première instance de la capitale tchadienne. Elle a été immédiatement conduite à la maison d'arrêt de N'Djamena, où elle rejoint trois autres journalistes condamnés en espace d'un mois à des lourdes peines de prison.

La journaliste était poursuivie pour avoir réalisé et publié une interview de Garondé Djarma, un de ses collaborateurs déjà incarcéré, dans laquelle il affirmait que son arrestation était une machination des "Djandjawids", les Arabes tchadiens. D’où la plainte du procureur pour "incitation à la haine tribale et au soulèvement populaire".



Dans l'entretien, Djarma accusait les membres arabes du gouvernement tchadien de conspirer pour le réduire au silence en raison de sa couverture du conflit du Darfour, au Soudan voisin, qui voit s'affronter des milices arabes et des rebelles d'ethnies africaines.

D'autres journalistes indépendants ont été récemment emprisonnés, dont Michael Didama, directeur de publication de l'hebdomadaire "Le Temps", et Ngaradoumbe Samory, également de "L'Observateur".

Face à la dégradation de la situation de la liberté de la presse au Tchad, JED, qui est le réseau d'alerte de l'OMAC (Organisation des médias d'Afrique centrale, dont le Tchad est membre) a dépêché sur place un de ses membres. Le délégué de JED a pu rencontrer, le 13 août, le ministre de l'Information, Hoummdji Moussa, et le 15 août, celui de la justice, Edouard Ngarta. Les deux ministres ont exprimé à JED leur incapacité à pouvoir mettre fin à l'escalade de la répression qui s'abat contre les journalistes et les médias tchadiens.

[Source : JED/IFEX, CPJ – Comité pour la protection des Journalistes, basé à New York]

→ J’ai bien connu Sy Koumbo, à N’Djaména, où elle présidait l’association des journalistes tchadiens tout en dirigeant « L’Observateur ». Être femme et journaliste au Tchad, comme en de multiples autres pays, est doublement méritoire. Elle et son équipe, ainsi que bien d’autres journalistes, n’ont de cesse de lutter pour une information libre sans laquelle la démocratie n’est qu’un leurre.
© Photo gp
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3 août 2005 3 03 /08 /août /2005 22:00
monJOURNAL
Comme un feuilleton d’été,  vénéneux, généreux
, subjecteux


© Ph. g.ponthieu

Autant prévenir : je me suis laissé aller. Un vrai feuilleton. Ça m’a pris comme ça, de lâcher les freins. Je cause de ça : ce « monJOURNAL », du subjectif pur jus. Je cause aussi d’Avignon et de la crise de foi(e) que ça m’a donné – une sorte d’hépatite K comme Kulture : la greffe bizness provoque un rejet violent chez moi. Mes anticorps, j’en parle aussi à propos des grands-messes de musique classique. Brahms en quatuor de chambre pour un amphi de 2.000 places, ça m’assomme. Mais il s’en passe de belles à La Roque-d’Anthéron… où j’attrappe aussi des crampes d’estomac, pour cause d’une certaine littérature. Lit & rature, j’en étais là à donf’, heureusement sauvé par Napoléon, très fort en jazz, le guss. Si. A la Seyne-sur-Mer où je vous emmène, allez !



Fatiguant tout de même d’écrire, d’écrire tous les jours, de pas dire trop de conneries, autant que possible, de pas faire que ça non plus, merde. Y a le glandage, cet art d’ordonner le rien autour de pas grand chose, si ce n’est, tout de même, le temps qui passe – et ne revient jamais. Cette vacherie à ne jamais manquer, ce robinet qui fuit sans cesse, avec ses problèmes à la con qui empêchent de savourer chaque goutte comme une éternité plus qu’éphémère.

Fatiguant, eh oh !, t’es pas obligé hein ! T’es pas à la tâche, à la pige, au turbin forcé. C’est vrai. Fatiguant mais stimulant. Au fond, pas si fatiguant que ça. Coquetterie d’intello acharné à se faire plaisir, à enfler son ego comme un jabot de ministre, suivez mon regard. Stimulant, alors de quoi tu te plains ? Me plains pas plus que Sisyphe poussant son rocher. Pas moins, surtout. Me rappelle mon camarade Langlois, dans un de ses bloc-notes de Politis, racontant ses affres hebdomadaires : être en alerte permanente, se gaver de tous les plats d’infos qui passent, canards, bouquins, émissions diverses, se prendre des gueules de bois avec des bitures de piquette. Et dégueuler tout ça, ouf, pour éviter l’indigestion, la surdose hépato-cérébrale (mortelle).

On a cette chance de journaleux, après tout, de pouvoir dé-gueuler, cette psychanalyse à la va-vite, la plume qui fait divan et nous autorise une névrose ordinaire de normalement névrosés : rouspéteurs patentés, dénonciateurs de travers, redresseurs de torts (de tords…). On en profite pour se planquer derrière tout ça. Vaudrait mieux pas soulever le masque… Sauf que nous, Langlois, moi… et les indispensables et modestes semblables (peu), on n’est pas les pires. Même qu’on sait en rigoler, et même se poiler carrément en nous voyant dans la glace avec cette image de sérieux-pas sérieux.

C’est « monJournal », hein, personne pour m’emmerder, à compter les signes, mater les fautes, la ramener ceci-cela. Je laboure où quand comme je veux. Zéro contrat. Tu prends tu laisses.

Je ne parlerai donc pas de gagner sa croûte, ça gâcherait tout. Profitons du vide vacancier. Et, dans le genre de vide, y a pire : ma pointe de compas, je la plante là où je me suis planté, j’écarte pour faire 100 km, à peu près. Et ce cercle-là enserre, à se demander pourquoi, toute la culture marchande. Allez, j’élargis à 200 et comme ça je vais de Montpellier à Juan-les-Pins. Ça englobe, ou presque et du moins par échantillons, le tout-culturel européen, un concentré de l’offre culturo-biznessoïde.

Et cette année tout spécialement, je ne sais trop pourquoi, l’âge, la chaleur, l’Europe mondialisante…, l’exhibition m’a paru plus gerbante que jamais.

 
Avignon, pour commencer.
Un temple de marchands déguisés en artistes. Ce n’est certes pas nouveau mais je l’ai plus mal pris que dab. Justement, est-ce aussi l’habitude, les ornières de la chose ? Ou tournerai-je vin-aigre et vieux con ? Le mieux, ça reste le théâtre « live » avec les copains, autour d’un plat et d’une boutanche, ou deux. Largement le mieux. Mille fois plus mieux que les deux spectacles vus, même le mieux, l’autre, tellement tarte. Autant dire que j’ai rien-vu, ce qui m’a toutefois suffi pour cette année, tandis que les médias, ah-ah !, occupaient la cour des bonni-menteurs avec, enfin, une petite odeur de poudre, un filet de scandale autour du « in » soudain investi par des grincheux un peu gueulards, soudain et enfin porteurs d’une rébellion d’opérette, non mais, de qui s’moque-t-on ?


Joie simple de nos amis les journalistes s’accaparant la mini-jacquerie qui ravivait quelques parfums de scandales d’antan. Mais diantre que ce fut laborieux à
faire prendre, cette mayonnaise, cette avignonnaise ! Laborieux et vain. N’est pas Julian Beck-Judith Malina qui veut. Excusez, les plus jeunes, je cause du Living, cette bande d’anars venus dynamiter « le théâtre bourgeois » – ce qui avait un certain sens, au sortir de 68 et des sens interdits. Une révolte, sire, pas « la » Révolution – ça se serait su.


Donc, en 2005, ils en sont encore à se faire de gentilles frayeurs sur fond de nostalgie 68-tarde… Est-ce bien cela qui peut se lire sous les provocs ordinaires, so-phis-ti-quées de mises en scène à base d’installations, de performances, de rendement. Un goût édulcoré – le sucre sans sucre – du Paradise now et du Living theater : au pied de la lettre, théâtre vivant, oui!

L’art contemporain, à l’image du contemporain que nous vivons. Aujourd’hui, en modernité spectaculaire, la moindre des audaces est de foutre les comédiens à poil. C’est d’un banal. Ah ? Bien. Alors qu’ils se pissent et se conchient dessus, et se branlent, mais artistement, hein ! Artiste-ment. Misère, épouvante. Même pas drôle. Pas de quoi emballer la machine à polémique, fatiguée, saturée, au bout du rouleau. Un autre défi revient à jouer la montre, tel cet horloger déréglé d’Olivier Py. Dix heures de spectacle. M’y suis refusé, par principe. Non mais, pour qui il se/me prend ?

Avignon, je le vois ainsi : après les fastes affairistes, les crises sociales des dernières années, le vide de sens – qu’est-ce donc, enfin, que le théâtre sinon, toujours, une quête du sens à vivre ? –, après… A l’image de notre société bien plus déglinguée encore qu’en avril 68, je trouve, et ici, et dans le monde surtout.

Soixante ans après. Hiroshima comme autre holocauste. J’entends des horreurs horribles, notamment à la radio (France Culture). Tandis que le « nouvel » Iran bande son arc atomique, l’Europe ses muscles rachos, Bush sa bite, encore. Tout ce qui peut arriver arrivera. Postulat, horrible. Sauvons-nous vite !

Aimé-je Brahms ? Vérification faite, pas trop. Ce n’est pas, remarquez, que la question m’ait spécialement tarabusté. Ni même que j’aurais pu avoir une remontée de Sagan, un acné juvénile autant que tardif, ou je ne sais quoi. Un concert me tendait les esgourdes à la Roque - d’Anthéron, cette Mecque estivale du piano mondialisé, à une portée de tong de ma case. L’endroit est sublime, je l’ai déjà écrit ici à propos du contrebassiste Charlie Haden qui a pu entrer dans l’endroit consacré par l’entremise de Gonzalo Rubalcaba, pianiste lui. Et cætera, je ne vais pas vous refaire l’article, suffit de cliquer ici, pas là.

Ce soir-là (31/07), Brahms venait après l’entracte. Bien après Schumann, et Bartok, et un certain Cerha, Friedrich, compositeur autrichien contemporain, et même vivant. Je raconte ça, qui n’aurait ici aucun intérêt. Sauf que.

Sauf que ce concert me barbe. Bien sûr, c’est toujours de la musique, ô combien. La question est autre, et même double ou plus : celle de sa représentation sociale et celle de ma perception. En fait les deux s’imbriquent. J’ai trop vécu, connu, aimé la révolution du jazz pour éprouver quelque nostalgie de l’Ancien régime. Lequel a aussi connu ses révolutionnaires, et comment ! Je ne rejette rien, rien de rien de toute musique – je dis bien toute, depuis les origines perdues. Et pour s'en tenir aux vieilles stars, depuis Jean-Sébastien, Amadeus, Ludwig, Johannes, Robert, Gustav, Béla, Alban, Olivier, Karl, Pierre, Pierre encore, Michel, Yannis aussi. Je m’épuiserais, ayant franchi les frontières des genres.

Ce concert m’emmerde même, sans plus. Il me donne à observer, à penser. Toujours ça. Le public, si conventionnel, l’écoute coincée comme des culs. Pourquoi donc tant de culs coincés, me dis-je ? Ben oui, en acoustique, les musiciens si loin, le moindre froissement de soie résonne comme un coup de tonnerre. Alors, pas question de risquer le moindre pet ! D’où les fesses serrées à bloc. Pas question de se lâcher. Encore moins de se relâcher et de souffler un coup, comme lors d’un orage à la Jo Jones. Bon, ça vaut ce que ça vaut, je laisse mon observation aux musicologues, j’aide la science.

Ce concert est aussi retransmis par France Musiques. On entend, et on voit, le jeune et blondinet spiqueur sous sa tente-studio, distiller son savoir précieux sur le ton compassé dûment éprouvé par une lignée de prédécesseurs. Il fait comme on lui a dit de faire. Sans bruit, sans pet incongru, tiens. Manquerait plus que ça, une révolution en direct. Viva Zapata en plein Bartok et ses « Contrastes pour clarinette, violon et piano ». La musique de chambre, c’est fait pour s’endormir, non ?

J’aime assez la vision d’un sacrilège. Et puisque je m’emmmerde plus encore, je me fais du ciné, de la BD… Je vois cette jolie dame, robe blanche, s’éclipser en loucedé, dans l’accalmie espérée d’un entre-deux mouvements. Elle fait des pointes sur le gravier blanc qui n’en crisse pas moins. Elle s’applique pourtant, à pas de loup, avec une discrétion désespérée sur laquelle mille paires d’yeux sont braqués. Les distractions sont si rares. De plus, ça se passe tout près de la scène, à la barbe des musiciens risquant la déconcentration.

La voilà donc qui lève la jambe droite pour franchir le lourd cordon de velours rouge à l’ancienne censé interdire l’accès aux retardataires. Mais pas prévu pour les refuzniks. Et, sans doute entravée par l’étroitesse de la robe, voilà la jambe comme gênée aux entournures. Et le talon de l’élégant escarpin doré se prend dans le cordon rouge. Allegro vivace, les musiciens attaquent leur dernier mouvement. A l’instant précis où la fuyarde part en vol plané. Dans sa courte trajectoire, elle entraîne en cascade les porte-cordons en métal chromé dont le troisième, rattaché à une palissade en bois, provoque le renversement de celle-ci sur un boîtier électrique qui crache une gerbe de 14-juillet. Obscurité complète. Ooooh ! s’exclame le public soudain décoincé.

Tandis que le quatuor, très pro, continue de jouer à l’aveugle – ce qui ne change rien –, Monsieur France Musique se permet une intervention (« nous sommes retransmis en direct ») à l’intention des chers auditeurs, que des haut-parleurs répercutent pour l’assistance. Inébranlable, il explique qu’un incident technique a perturbé le concert interprété par (il redonne les noms des musiciens), qui va cependant se poursuivre. Allo Paris ? Vous m’entendez ? La liaison a été coupée, de même que toute l’électricité des parages. On s’en fout. Et ça continue à jouer de plus belle. De plus en plus belle.

Libérés des contraintes écrites, les musicos se lèvent et se lancent dans l’impro. Des airs remontent à la surface, tandis que le pianiste se met à swinguer. Si ! Alors, je l’accompagne en frappant dans les mains. Et mille paires de mains se mettent à battre ! L’alto, on dirait qu’il s’est mis au sax, le violon au soprano et le violoncelle à la contrebasse. Oh when the saints ! Faut bien un début. Tout le monde connaît. Coltrane, on verra. Ça chauffe un max, ça tape du pied sur les gradins en tôle galvanisée qui vibrent comme à Furiani. Et s’effondrent pareil, mais mollement, gentils les échafaudages de la Roque-d’Anthéron, pas méchants, déposant tout le monde en douceur sur la pelouse du château de Florans, au pied des séquoias géants.

Par la sauvagerie musicale alléchés, les loulous de la zone (il les fallait pour la suite) rappliquent bientôt, lèvent les plus aptes des bourgeoises pour les encanailler dans des rocks d’enfer (« Le jazz, c’est du rock » comme disait Eddy Mitchell dans son temps de jeune con). Là, on est dans du Fellini plein pot. C’est Prova d’orchestra à la sauce au pistou et on n’est pas loin d’un 1789, d’une prise de la bastille de la Roque, son seigneur décapité – non, on va pas recommencer ces conneries ! Le châtelain, gentil, social, aura pris le vent de l’Histoire, ouvert coffres-forts et comptes en banque, convoqué tout de go les états-généraux de l’économie distributive. Sacré Paul Onoratini ! (président-fondateur du festival).

Bon, je vous emmmmerde ou quoi ? Car ce n’est pas tout. Je les abandonne à leur délire, tandis que je retrouve la dame à la robe blanche à l’origine de Tout. Madame Effet-Papillon, auteure de la théorie du Chaos, vous savez… Elle s’était réfugiée dans l’allée des séquoias séculaires, là où les marchands du temple culturel font commerce de disques et de livres. Détachée, apparemment, des conséquences créatrices de sa gestuelle, elle feuillette un bouquin. Je l’interviewe (prétexte pro, on ne se refait pas) sur le thème de l’ennui musical. Elle croit que je la drague (soit !) et me rembarre en reposant sur l’étal le récent Christian Gailly, Dernier amour – que j’achète avant de quitter les lieux.

J’avais bien aimé Un Soir au club, touchante histoire d’amour en milieu jazzeux. Là, ça part de Haydn, un quatuor aussi… La coïncidence m’envoie un clin d’œil. Donc, Paul est compositeur. Assiste à son dernier concert. Son œuvre est sifflée. S’en fout car il va crever dans un ou deux jours. Ainsi en phase finale, cet homme à femmes en rencontre une aux yeux injectés de sang, bon, puis une autre, bellissime of course, qui viendra le border dans son lit de mort après lui avoir offert un dernier tour dans sa Morgan (une décapotable, idéal pour frimer en littoral touristique). De plus, si si !, elle est aussi musicienne, pianiste… Et caetera. La meilleure idée de Gailly, c’est d’avoir torché sa bluette en 120 pages. A un euro la dizaine, c’est tout de même cher payé.


La Seyne-sur-Mer, Fort Napoléon. Ce cher Watson et son impérial quartet. © Ph. gp

Julien Gracq nous avait avertis,
à propos de « littérature à l’estomac ». Pierre Jourde a radicalisé la formule avec sa Littérature sans estomac, salutaire pamphlet où il se fait ces écrivailleurs qui veulent se payer notre tronche. Je l’ai repris en main pour me remettre du dernier Gailly – qui ne pouvait y figurer puisque ficelé après le Jourde (2003). Sans doute l’eut-il enfilé sur sa brochette aux côtés des Sollers, Angot, Beigbeder, Darrieusecq, Rollin, Laurens et autres sous-produits germanopratins. Quand je palpe ça sur les gondoles du supermarché livresque, j’ai le gerbi. J’entends encore ces mêmes éditeurs me renvoyer dans les cordes avec mon roman – inédit, forcément inédit* –, au prétexte qu’« on n’écrit plus comme ça de nos jours ». Ah bon. Non, ce qui se fait aujourd’hui, c’est dans cette matière-là, oui, qui plaît bien à la clientèle, voyez-vous.


Cette époque en particulier, la nôtre, baigne dans la mode jusqu’à en crever. Robert, le Petit, est tellement juste sur le mot : « Goûts collectifs, manières de vivre, de sentir qui paraissent de bon ton à un moment donné dans une société déterminée. Les engouements de la mode. → vogue. Lancer une mode. Une mode éphémère. « Il est des modes jusque dans la façon de souffrir ou d'aimer » (André Gide). – Loc. À LA MODE : conforme au goût du jour, en vogue. Être, revenir à la mode. Restaurants, plages à la mode. C'est à la mode (cf. C'est à la page*, le dernier cri*, dans le vent*). Ce n'est plus à la mode, c'est passé de mode. → démodé. Personne, chanteur à la mode. → fam. branché, câblé. »

J’ajoute que la mode, pour moi hein, c’est aussi le monde du cliché. Fatalement, s’agissant de la reproduction de choses, « idées », comportements, apparences et gens ; et de reproduction à échelle de masse, par obligation de rentabilité. On singe l’originalité – fausse – qui permet la duplication en grandes séries semblables. Gailly, c’est bourré de clichetons, parfois clinquants, ce qui créé l’illusion. Je cherche un prélèvement. Ça foisonne. Tiens, p. 21 : « Personne avec Paul ne regardait les camaïeux bleu sombre, les échelles turquoises d’un soleil qui chaque soir ici prenait son bain dans les eaux noires du lac. » Car on n’est pas encore arrivé à la mer. Nous y voilà : « Là où commence la côte sauvage. Ses yeux se posèrent sur une tâche gris clair. Bien visible sur le sable humide  jaune foncé. Près d’un rocher noir. Magnifique rapport de couleurs. Hasard ou simple désir de faire beau. » (p. 61).



J’arrête. Plutôt parler de ce que j’aime. J’en reviens donc au jazz. Je dirais bien que cette musique, c’est de la chasse au cliché. Elle en comporte, bien sûr, mais ses re-créateurs, insatiables, n’ont de cesse de les remiser aussitôt repérés. Voilà pourquoi on devrait dire « les » jazz, à l’image de son histoire, sa généalogie – voyez un aperçu de son arbre [ci-dessus], il trône sur un mur d’escalier à la maison, la Jazzine. Pourquoi un tel foisonnement, à la différence du classique, si  linéaire en général ? Vaste sujet. (Je l’aborde dans un autre papier en cours sur Keith Jarrett et l’improvisation. Vous serez avertis.) L’impro, c’est un peu comme l’irruption de Dada et du surréalisme dans l’art et la littérature ; c’est l’écriture qui se dynamite pour se recréer et poursuivre le mouvement de l’art. Le mouvement, pas la bougeotte, celle du slogan imbécile « parce que le monde bouge ». Ah vraiment ? La pub, comme agent contaminateur de cette grave épidémie de « bougeure » généralisée, au nom de l’obsolescence triomphante du Tout-marchandifié. Faut que ça roule, que ça transporte, que ça touristifie, que ça culturise. Et que ça y aille des flux tendus, des stocks rotatifs, du développement durable et autres enculades à croissance forte, à rendement optimisé, pour une sécurité accrue. Clichetons encore que cette salade « globalisée ». Car les clichés, on l’a dit, ayant contaminé le langage, gagnent choses et gens jusqu’à les rendre malades à mourir. Et vice versa.

Oh mais je m’énerve, là, dis. Je voulais juste en revenir au jazz. Parce que l’autre soir, à La Seyne-sur-Mer, j’ai connu de belles heures au Festival dit du Fort-Napoléon. Beau détournement d’un lieu militaire rendu aux civilités azuréennes. C’était la vingtième édition de ce qui me semble, à moi hein, « ze » festival par excellence. C’est l’anti-frime, donc l’anti-clichetons et aussi l’anti-arnaque. Deux concerts pour 15 euros la soirée (ça a tout de même bien augmenté cette année…), un coin restauration-sympa à 10. Et des expos aux trois des quatre coins de la forteresse – le quatrième servant de coulisse aux musiciens. Et pas n’importe quoi comme expo – peintures de Fromanger [son affiche, ci-contre] et Giacobazzi [voir le site du festival]. Je n’évoquerai ici que les photos de Marcel Fleiss qui, de plus, font l’objet d’un livre marquant le XXe anniversaire du festival. Intitulé « Now’s the time » [C’est bien l’heure]. Je parlerai du « Flash-back sur une passion », texte fort de Jean-Jacques Lebel qui plante puissamment le jazz dans l’histoire sociale et artistique, picturale, littéraire, surréaliste. (Édition Bleu Outre-Mers].

Et question musique, gâtés les tympans ! L’an dernier, souvenir fort d’Henry Grimes, comme sorti des limbes, lui l’ancien bassiste d’Albert Ayler, entre autres. Cette année, Eric Watson, un de mes chouchous. J’en ferais un plat de son quartet avec Christof Lauer, sax, Sébastien Boisseau, cb, Christophe Marguet, batt. De même de François Couturier qui invente, rien de moins, un nouvel art du trio à partir de compos d’un auteur catalan dont j’ai oublié le nom.
Bref, sortez aussi des clichetons festivaliers, les grosses cavaleries, les grands-messes à tiroirs-caisse genre Juan-les-Pins avec un Keith Jarrett qui, en plus, a fait la gueule (à ce qu’ont dit les gazettiers).

M’enfin, les rois du clichetons, ça reste bien « mes chers confrères ». Là, ça dépasse les exploits du Guiness’. Sur mon blog « c’est pour dire », j’avais prévu une rubrique « Mort aux clichetons ! ». J’y ai renoncé pour cause d’excès répétitifs, surtout chez les journalistes sportifs, les rois des rois avec leurs « résultats logiques », leurs « qui caracole en tête » sur « la plus belle avenue du monde ». De celle-là, ils ne sauraient détenir le monopole… Sans parler des approximations, des dérapages non contrôlés de la gent audiovisuelle : un tel mort d’une « embellie cérébrale » – ce qui lui a manqué au Mathieu P. sur France Inter, pour se reprendre. Ou encore, entendu ce midi [04/08/05], même station, par Clotilde D. annonçant que les rues étaient calmes à Nouache-coque. Bah, c’est si loin tout ça.

Les images, de haut en bas, quand il n'y a pas de légende :
– Concert à Charlie-Free (Vitroles)
– Julian Beck au faîte de la gloire du Living (et bien dominateur pour un libertaire…)
– Brahms, le quatuor, une certaine froideur
– L'orchestre comme forme sociale et lieu de révolte, selon Fellini
– Château de Florans, La Roque-d'Anthéron.

* Télécharger Histoire d'un homme dispersé, "roman documentaire" de Gérard Ponthieu (en pdf, 546 Ko).
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21 juillet 2005 4 21 /07 /juillet /2005 22:00
Médias et politique. Le Monde a bien le droit de rouler pour Sarkozy. Mais…

Y a pas que les médias dans la vie… Y a aussi la politique*. Aujourd’hui, j’ai comme une envie de ça, la politique. Pour en jaser, hein. Car il y a matière à. Et en plus je pars des uns pour aller à l’autre, alors…

Par exemple, mais pas par hasard, je pars du Monde pour allez à Sarkozy. Le journal de référence semble nous rejouer la Balladurienne en retentant le diable avec son jeune lieutenant d’alors. Tant qu’à faire, soyons « résolument modernes » et misons sur le meilleur bourrin du moment. Pas un jour, ou presque, sans que la chiraquie n’en prenne plein la tronche ; c’est vraiment haro sur le baudet. Et Plantu n’est pas en reste ! Même s’il se paie Sazkozy en Iznogoud assassin, il n’en demeure pas moins que l’idée suit son chemin – selon le principe de naturalisation, très à l’œuvre, justement, dans la machinerie médiatico-politique –, selon laquelle le successeur « naturel » est en place. Pratiquement pas un dessin qui ne sacralise le couple infernal, dans toutes les positions que fournit, d’abondance, l’agitation du ministre-président de l’UMP.

Soit, pour un Plantu qui prend le train de la rédaction en marche – son talent ne saurait cependant tout excuser. Mais la rédaction et, plus en amont sur ce chapitre, la direction mènent conjointement une étrange campagne, ma foi fort peu journalistique. Pour avoir lu quelques ouvrages très critiques sur le quotidien du soir, on (je et quelques autres…) ne va pas s’en étonner outre mesure. S’en offusquer, oui, toujours ! Au nom de l’éthique professionnelle dont Le Monde aime à se référer – la « référence ».

Alors :
– Pourquoi cette manchette plein pot du 14 juillet «Sarkozy exploite l’affaiblissement de Chirac». Ah, oui? Et avec la complicité de qui? Titre + Plantu + 4 appels aussi meurtriers : l’addition est salée. Non pas que j’aie pu virer chiraquien ! Je m’en tiens à mon credo, qui justifie ce blog et quelques décennies de métier… qui ne prouvent rien en soi, certes, mais qui tentent de questionner, tout de même, sur ce foutu métier d’informer. Je dis « foutu » à la fois en dégoût et en admiration toujours mobilisable, comme cela m’arrive encore.

Diable sait si je suis pour l’engagement citoyen ! Mais pas dans sa forme masquée, derrière le faux-nez de l’information-prétexte. Car, je parle ici, non pas des éditos signés de Jean-Marie Colombani, ni des homélies nucléocrates d’un Alain Minc, président du conseil de surveillance du Monde [« Le nucléaire, une chance pour la France » 22/07/05]. Non, il s’agit bien des articles dits informatifs qui se transforment en tribunes politiciennes. Alors…

– … Pourquoi aussi ce titre de une : « Sarkozy et Danone : ni passivité ni nationalisation rampante » [22/07/05] ? Cela alors que la page Entreprises / capitalisme [sic] ouvre sur «Thierry Breton appelle à calmer le jeu» – ce qui valait bien l’autre banalité mise à la une…, et alors que le papier sur Sazkozy est placé en dessous dans la page 9. De plus, il s’agit d’une interview, c’est-à-dire d’une démarche voulue par la rédaction, délibérée. Pourquoi aller questionner un ministre de l’intérieur sur le yaourt et le coca ? Pourquoi pas ? Surtout s’il s’était agi de cuisiner le chantre du libéralisme de choc pris au piège du tout-marché ? Mais non, ça cause « technique ». Un vrai choix politique, donc.

– Pourquoi encore, et je m’arrêterai là pour aujourd’hui, avoir à ce point privilégié la énième visite du même Sarkozy en Corse ? Je serais tenté de remonter à la genèse de la particulière corsitude « mondaine »…



J’en resterai à l’article du jour qui traite ce déplacement comme s’il s’agissait de celui d’un premier ministre, sinon du président : « A Ajaccio, après une rencontre avec des élus à la préfecture en début d'après-midi, il devait présenter, devant la collectivité territoriale de Corse, "les grandes orientations de la politique de l'État en matière de développement économique et d'aménagement du territoire" , a précisé le ministère. Outre les questions "de la Corse au regard des fonds européens"  et celle de la propriété face au système des indivisions, le ministre devait évoquer le "plan exceptionnel d'investissement (PEI) de 2 milliards d'euros sur cinq ans". Il souhaite en "renforcer les moyens techniques et administratifs pour rendre le partenariat - avec l'État - plus efficace". » Un peu plus loin : « Les nationalistes […] attendent de M. Sarkozy des engagements concrets en faveur de l'agriculture ou de l'université de Corse. Le ministre de l'intérieur devait annoncer le déblocage de 19 postes d'enseignants-chercheurs pour l'université de Corte. »

Certes, le ministre de l’intérieur a rang de ministre d’Etat… doublé d’un président de parti. Est-ce une raison pour lui dérouler un aussi complaisant tapis rouge ?

Pour résumer : Le Monde a bien le droit de rouler pour l’un ou l’autre politicien. Mais le droit des citoyens – ses lecteurs, entre autres – à l’information exigerait que ses responsables éditoriaux assument leurs choix de manière visible et donc lisible. Comme des responsables, en somme.

––––
* L’original est de Coluche : « Y a pas que le sexe dans la vie, y a aussi le cul »

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19 juillet 2005 2 19 /07 /juillet /2005 22:00
mon JOURNAL. Merci, Alain Bombard, de m’avoir traité d’emmerdeur

Mourir dans les vacances d’été, pas terrible. Pire qu’en hiver. Du moins pour la notoriété "post mortem". Alain Bombard vient ainsi de passer à la trappe : mort à Toulon ce 19 juillet. C’est signalé de ci, de là, certes. Mais sitôt balayé par une affaire de yaourt frelaté au coca. La nouvelle n’aura tenu que quelques heures sur LeMonde.fr. Cette fois, le papier l’emporte, avec un bel article de Roger Cans [Le Monde, 20/07/05], fort juste, sobre et chaleureux dès son titre : «Alain Bombard, un joyeux hérétique».  C’est en effet l’image que j’en ai gardée, ayant eu l’occasion de le rencontrer alors que j’étais lycéen à Amiens. Ce que je vais vous conter.

1961, je crois. J’étais en seconde, pensionnaire à la Cité scolaire de la capitale picarde, où vivait aussi le Naufragé volontaire. C’était un héros dont l’exploit, datant pourtant de 52, était encore très vivace. L’Amiénois fut donc invité à témoigner pour les lycéens. Sa trogne autant que sa faconde à la Haddock – et bien sûr son aventure – firent leur l’effet. Pour ma part, je le guettais à double titre : je voulais déjà « faire journaliste » et je venais d’être désigné «boursier Zellidja*» avec un pécule (de cinq sous) et des encouragements à partir pour un voyage… en solitaire. Vous voyez l’affaire…


Et c’est ainsi qu’à la fin de la causerie, je fis mon premier pas de journaliste en graine, et allai demander rendez-vous au grand-homme. On convint que je lui téléphone. Ce que je fis sans tarder. Une première fois, pour tomber sur sa femme à qui j’expliquais ma démarche. Mais le docteur était absent. Je rappelai une autre fois, et peut-être une troisième – c’était très formateur… et les journalistes, on le sait, se doivent de pratiquer l’obstination, avec les risques afférents. Si bien qu’à ma dernière tentative (la bonne), tandis que la même interlocutrice expliquait mon appel à Bombard, la main ne recouvrant que partiellement le combiné… j’entendis mon héros du moment, avant de me prendre, lâcher ces mots terribles : «Ah, c’est encore cet emmerdeur !».

Mettez-vous à la place du boutonneux que j’étais… Qu’auriez-vous fait ? Ben comme moi, peut-être, étant donné que je n’eus pas le temps de réagir… et que le rendez-vous fut pris, chez lui.

Brève rencontre, chaleureuse nonobstant le coup du téléphone… Ce que j’en retins ? Je ne sais plus trop, mais en tout cas de quoi nourrir ma détermination pour entreprendre ma première aventure « en solitaire ». Car il y en eut d’autres. En particulier la deuxième, l’année suivante… Cette fois cependant, j’étais flanqué d’un comparse. Tout comme Bombard partant de Monaco en Zodiac avec un co-équipier anglais… qui va le lâcher à Tanger. Le mien – copain de bahut – affronte le blues de l’auto-stoppeur… et me largue peu après Melun. Qu’à cela ne tienne, les deux aventures vont se poursuivre – toute comparaison s’arrêtant là…

J’aurai appris au moins deux choses d’Alain Bombard : de l’homme, une représentation vivante de la persévérance et du courage (presqu’un pléonasme) ; du « grand-homme », qu’il n’est jamais si grand qu’avait pu le croire un gamin se faisant traiter d’« emmerdeur ». Belles leçons croisées de vie, d’humanité, d’humilité aussi. C’est sans doute pourquoi, bien que vexé de prime abord, je ne lui ai jamais tenu rigueur de cette affaire entre nous.

Je ne devais plus le revoir qu’à la télévision.

–––––
* Zellidja, du nom d’une mine de zinc au Maroc, dont Jean Walter, architecte géologue, tirait des revenus qu’en 1939 il décide de redistribuer chaque année à une centaine de jeunes. Il fonde les bourses Zellidja, en accord avec Jean Zay, ministre de l’éducation nationale Objectif : faire découvrir par le voyage ce que l’école ne peut enseigner.



Une si discrète évocation

O
n aurait pu s’attendre à des hommages plus appuyés dans les quotidiens « côtiers ». Que nenni ! Ouest-France est réduit à l’AFP, dans la pire platitude : « Alain Bombard est mort à l'âge de 80 ans »… Le Télégramme fait quand même mieux avec « Toute une vie pour la mer » et rappelle dans un autre papier « La tragédie de la barre d'Étel » (Morbihan) de laquelle Bombard réchappa, mais pas neuf naufragés – comme une « épine » dans l’histoire maritime bretonne. Le Courrier picard évoque à la une son «ultime traversée » – espérons que le journal d’Amiens aura déniché des infos originales sur un des plus fameux de ses anciens lecteurs.
La Provence, en une demi-page et deux photos, sait se souvenir du voisin installé à Bandol et qui avait dirigé un Observatoire de la mer sur l’île des Embiez (Fondation Paul-Ricard).

Là-haut, rien à la une de La Voix du Nord… D’autant plus regrettable que le destin de Bombard s’est noué à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) ; il y faisait son internat de médecine quand le naufrage d’un chalutier lui mit «sous le nez » une vingtaine de cadavres repêchés. D’où ce questionnement déterminant, que rappelle Roger Cans (Le Monde) : « Comment des hommes vigoureux et endurcis peuvent-ils périr si vite, sans exception, à quelques brasses du rivage ? » Un tournant fondamental : « Le docteur Bombard se penche alors sur les grands naufrages de l'Histoire, et il en tire une conviction : ce n'est pas l'organisme physiologique qui cède lorsqu'un bateau coule, mais le moral. Le naufragé qui se voit noyé perd aussitôt tous ses moyens et s'abandonne au fil de l'eau. Encore faut-il en administrer la preuve. Comme Pasteur pour le vaccin de la rage, Bombard va donc tenter lui-même l'expérience. D'abord en traversant la Manche à la nage, puis en se lançant avec un mécène néerlandais sur un dinghy, un de ces engins gonflables utilisés pendant la guerre pour secourir les pilotes d'avion tombés en mer. La traversée échoue, mais, après deux jours de dérive sans manger ni dormir, Bombard observe qu'il est en meilleure forme que son coéquipier, car il a bu un peu d'eau de mer. »

Démarche scientifique doublée d’une détermination à toute épreuve – qui a fini par céder, à 80 ans, des suites d’une fracture du col du fémur, quelques jours avant de sombrer corps et biens dans son dernier naufrage. Une histoire qui valait bien, je sais pas…, comme ça au hasard, celle d’un Eddie Barclay. Aucun rapport, je sais.

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5 juillet 2005 2 05 /07 /juillet /2005 22:00

Après JO... Y a-t-il un plan B pour la France ?

J’en discutais ce soir avec mon pote Faber, très vif à réagir [Singapour, morne plaine] sur le traitement de cette affaire des JO : il s’agit bien, une fois de plus, de constater et déplorer le panurgisme médiatique, cette pensée unique du journalisme en action restreinte. Parler du sujet, bien entendu – et comment, même ! Il y a tant à dire sur ces manifestations mondialisées, miroir implacable de ce monde, le nôtre, rendu à la vision monoculaire des médias.

Bien sûr qu’il fallait traiter cette affaire, et bien la traiter, c’est-à-dire aussi complètement que possible, tenants et aboutissants inclus à partir des possibles – et en particulier de l’hypothèse « plan B ». Bis repetita, hélas. Amer clin d’œil au lendemain de surdose pro-traité européen, et confirmation que la surdité est bien installée dans le système des médias dominants. A moins que l’infirmité ne soit congénitale, ce qui obligerait à pousser l’analyse et la réflexion jusqu’au processus même de l’information « moderne » : quels en sont les constitutifs ou les éléments de dérive, les « vices cachés » ou modes opératoires flagrants ? Bref, de quoi moudre pour la profession et ses analystes.

Et, justement, voilà de l’eau au moulin apportée sans attendre sous la forme d’un excellent papier du non moins excellent site « Le Cordelier, l’observatoire des élites ». En voici un extrait, paru ce jour sous le titre en coup de pied de l’âne : « Après JO... Y a-t-il un plan B pour la France ? ». C’est signé Peter Covel.


« Maintenant que nos élites ne disposent plus de 2012 pour seul et unique projet national, peut-être qu'un véritable cap va être décidé... On peut toujours rêver.

Après la claque du Non au référendum sur le traité constitutionnel, l'obtention des JO 2012 a été la dernière branche à laquelle le haut clergé politique, économique, médiatique et culturel s'est raccroché pour "redonner le moral aux Français".

Mais c'est Londres qui organisera les JO de 2012.

Pendant des semaines Paris 2012 a été le seul et unique projet national, le seul destin proposé au pays par ses élites, la solution à tous les problèmes de la France, le chômage, le communautarisme, la régulation économique, l'Europe, les systèmes de protection sociale...

Et voilà que la perfide Albion, après avoir pris les rênes d'une Europe blessée soi-disant par le non Français, nous ravit notre seul et unique espoir.

On était déjà quelque peu atterré par l'unanimisme chauvin des médias, qui derrière les politiques, et mangeant dans la main de Delanoë, nous donnaient vainqueurs par avance, forcément.

Alors bien sûr on finit par s'habituer aux discours uniques et à la propagande mielleuse officielle (écouter à cet égard, le dernier discours presque enfantin à force de naïveté et de bons sentiments de Delanoë vaut son pesant de rire sardonique).

Mais que dire de cet espoir puéril et capricieux que nos élites ont mis dans Paris 2012 ? A croire que cela devait nous faire pardonner le Non, rendre à la France son dynamisme économique, son prestige culturel, son image européenne, sa cohésion nationale ?

Était-ce là le seul dessein pour la France ?

Maintenant que nous ne l'avons plus, nos élites doivent donc répondre à la question, politique s'il en est : Que faire ? Que faire ensemble ? Quel destin pour notre pays ?

Il est consternant d'observer que les JO ont constitué le seul projet collectif proposé après les remises en cause globales du 21 avril 2002 et du 29 mai 2005.

Au moins, la perte de cette perspective va peut-être nous pousser à trouver un vrai cap... Mais ce n'est même pas sûr.

A la veille de la décision du CIO, seul le site internet Media Ratings a tempéré l'enthousiasme général des médias français en se basant, non sans intelligence, sur les paris des bookmakers anglais.

Aujourd'hui, la déception aidant, il est évident que l'on va trouver toutes sortes de raisons plus ou moins obtuses à la défaite, dans un grand exercice de culpabilisation dont les médias ont le secret : Parmi l'une des premières, entendue sur France 2 tout de suite après le verdict : les Anglais sont plus forts en lobbying que nous (sous entendu : "eux ont participé à la corruption du CIO, pas nous").

Le Cordelier veut bien prendre le pari qu'aucun média ne remettra en cause la compétence de l'équipe de la candidature de Paris.

Aucun n'a vu venir la déroute, alors que la France a hébergé les JO d'hiver à Albertville en 1993 et que Londres n'avait rien eu depuis... 1948. Aucun n'a pipé mot devant l'autosatisfaction évidente et hautaine de Luc Besson.

Aucun ne s'interrogera sur le vide des discours et interviews à base de "tous les Français aiment les Jeux", "les Jeux c'est la rencontre, le métissage, la paix" et autres billevesées inconsistantes et slogans mous de communicants.

Un discours tellement vide, lénifiant et naïf qu'il est devenu universel.

Lire tout l’article de Peter Covel chez Le Cordelier, ça vaut vraiment le détour.

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27 juin 2005 1 27 /06 /juin /2005 22:00

Iter, le soleil, les étoiles, la lune… et “La Provence”


Donc, ce sera Cadarache. Le suspens n’aura été que de mise. Il aura surtout servi le Japon à faire monter les enchères. N’est-il pas le grand gagnant de l’opération ? Il est inclus dans le programme Iter, se trouve indemnisé au double de ses espérances, pourra lancer un autre programme de recherche – peut-être plus prometteur –, n’aura pas à subir les risques économiques et écologiques de l’expérimentation.

 

Bref, et j’en reviens à mes moutons médiatiques. Moutons est bien le mot. S’agissant de panurgisme, ce ne sera pas la première fois – ni hélas la dernière – que je vais me pencher sur le quotidien de mon quotidien, celui qui, comme moi, se trouve dans l’œil du cyclone Iterien, à cette différence que lui s’en délecte benoîtement. Ainsi nous promet-il les étoiles. Et la lune avec.

Pour nous en tenir à la Une, en voici une lecture entre les titres, là où se dégage le sens caché des choses, là où les rapprochements semblent hasardeux. Voyons cela…


Post scriptum

Que manque-t-il parfois à la presse pour donner à comprendre la complexité du monde ? Et du même coup pour chercher un sens à la marche de ce même foutu monde ? Et ainsi se trouver une légitimité en répondant au droit à l’information des citoyens ? Parfois, les éditorialistes remplissent une telle fonction, justifiant une pratique journalistique à base de collages hétéroclites. Après tout, le Lecteur est assez intelligent pour se forger son opinion ; on n’est pas là pour lui dicter sa pensée… A lui de relier entre elles les bribes que nous lui lâchons.

Intelligent le Lecteur, soit. Mais informé ? Sinon, d’où viendrait ce besoin de savoir, de comprendre ? Mais l’information est bien une mise en forme – un habillage non neutre – d’une perception de la réalité. Savoir cela, dispense le journaliste de toute prétention infatuée et, au contraire, l’oblige à une prise de hauteur, à un recul questionnant. Ainsi ne verra-t-il pas le monde par un seul bout de la lorgnette.

On a beau dire que cette vision à base de doute méthodique constitue la base du métier d’informer… On a beau le répéter, elle n’en est pas pour autant ancrée dans les pratiques professionnelles. C’est une lutte de chaque jour qui oblige les rédactions à une vigilance soutenue.

S’il est une chose que vont apporter au journalisme les outils de l’internet, des blogs et compagnie, ce sera cela, sans aucun doute : cette veille active exercée par un lectorat exigeant. Jusqu’à présent, on ne pouvait que râler, se fendre d’une protestation en cas de…, espérer une hypothétique parution plus ou moins caviardée et re-commentée – non sans avoir mis sous enveloppe avec un timbre et détour parla poste… Tout un bastringue dissuasif. Bientôt sans doute, comme aujourd’hui sur nos blogs, la moindre ligne pourra être commentée, amendée, contestée, discutée, rectifiée, enrichie, exprimée, etc. Le moindre article sera passé au filtre à charbon ardent modèle « 29/05/05 ». Et ce sera tant mieux pour la fonction journalistique et sa renaissance salutaire.

Je l’ai déjà dit – en rigolant à peine : La Provence devrait m’allouer une rente pour le service que je lui rends ici par ce regard critique… Mais je la refuserais. Par indépendance.

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27 juin 2005 1 27 /06 /juin /2005 22:00

À propos d'Iter

Protestation contre l'installation d'un centre nucléaire à Cadarache

par Jean Giono, 1961


La municipalité de Manosque Je cite cette ville parce que c'est la plus importante de la région), le Conseil général des Basses Alpes et les élus du dépar¬tement ont accepté bêtement (je tiens au mot), et même avec un enthousiasme de naiveté primaire et de politique de comice agricole, la création du Centre nucléaire de Cadarache.

Je voudrais poser trois questions :

Le centre, qui a été présenté aux populations comme un centre d'étude, ne serait il pas en fin de compte un centre de production ?

Est il exact que le recrutement des spécialistes destinés à ce centre, qui devait être assuré par volontariat, a les pires difficultés pour trouver des volontaires et qu'on est obligé de désigner le personnel d'office ?

Étant donné qu'on va me répondre sûrement que même la production à Cadarache ne présentera aucun danger, pourquoi ce centre inoffensif n'a t il pas été installé tout simplement à Paris et plus spécialement dans les jardins inutiles de l'Élysée ? La proximité de la Seine lui assurerait plus certaine¬ment que la Durance le débit d'eau nécessaire à son fonctionnement.

Cadarache est à 8 kilomètres à vol d'oiseau de Manosque : 10 000 habitants; à 4 kilomètres de Corbières, Sainte-Tulle, Vinon : ensemble d'environ 4 000 habitants; à 9 kilomètres de Gréoulx-les-Bains : station thermale; à 600 mètres de la route nationale Marseille-Briançon, à trafic intense.

Si on me répond que le site de l'Élysée est magnifique, sans en disconvenir je répondrai que celui de Cadarache ne l'est pas moins. Si on me dit que, malgré son innocuité certifiée, ce centre nucléaire ferait courir quelque danger à Paris et aux hôtes de l'Élysée, je répondrai que notre sort et celui de nos enfants présents et futurs nous sont également très chers.

Bref, il s'agirait de savoir quel est le prétexte qu'on peut faire valoir pour justifier physiquement et métaphysiquement l'implantation de ce centre nucléaire (assuré inoffensif comme tous les centres nucléaires) dans le site de Cadarache.

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