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4 juin 2005 6 04 /06 /juin /2005 22:00

Au fond du bocal, une mélasse de médiacrates et de politiciens



L’Après se révèle donc bien plus riche en promesses. Bien plus parlant encore que les pontifiantes interrogations, admonestations, prophéties de malheur en tous genres de l’Avant. Ce 29 mai aura été libérateur à bien des égards, clarificateur aussi. Voyant mieux à quoi il a échappé, le peuple se remet de ses pâleurs – à défaut de ses douleurs, qui restent bien réelles.

 

Il y a eu décantation : des sédiments se sont déposées au fond du bocal, selon leurs densités. Les plus lourds au fond. Et là, on trouve, mêlés, médiacrates et politiciens dominants – confondus, alliés, réciproquement adoubés, depuis si longtemps qu’on ne les distingue plus.

Parlons des médias, c’est notre vocation ici – qui d’ailleurs fait toucher à tout… Voilà une bulle qui aura résisté au tsunami [y avait longtemps…, mais remarquons qu’en l’occurrence le terme n’a pas été ressorti… Fallait « relativiser » pour au moins sauver la face] du 29 mai. La bulle est bétonnée. Un monde y vit en autarcie, en endogamie. Même bouffe alimentaire et spirituelle. Même baise à finalité consanguine. Même reproduction des lignées bien-pensantes, parlure commune pour pensée Unique. Les aristocraties naissent et vivent ainsi. S’éteignent aussi, sans disparaître tout à fait, sortes de corpuscules élémentaires, chaînes ténues mais qui savent résister, « rebondir » dirait-on de nos jours.

Donc, ils résistent. Ils tiennent le bunker de l’Élite. Avant, je n’aimais pas ce mot, m’en méfiais comme de la peste. D’ailleurs, sa variante brune l’avait gravé à son frontispice. Et pour ça, je m’en méfie toujours. De même que l’establishment, cher au même Le Pen. Pourtant je l’ai repris aussi, récemment [Jour d’après. L’Apocalypse ! prédit Jean-Marie. Masochisme ! renchérit Serge]. « Gaffe ! », m’a averti mon pote Bernard. Oui, gaffe, mais le mot est juste et l’autre ne l’a pas breveté ; il parle bien aussi de « peuple », le populiste, non ?

L’Élite, donc, loin de moi l’idée de l’amalgamer dans un quelconque discours anti-intellos, voire anti-pensée ! Dois-je même le souligner ? L’élite existe, certes. L’Élite aussi, avec une majuscule, comme d’autres avec leurs particules. C’est le clan des autoproclamés « savants », souvent de ceux que mon père, comme par instinct, appelait les « instruits cons ». Savoir – enfin croire savoir – à quoi bon, oui, si c’est juste pour dominer, briller, profiter, exploiter, aliéner, etc. ?

Ça, c’est mon questionnement – heureux de n’être pas seul avec ! –, mais Eux s’en tamponnent totalement, puisqu’il s’en goinfrent, bien sûr ; ils en sont comblés jusqu’à trop plein. Honneurs, richesses, même symboliques, ils en redemandent, n’en auront jamais allez : fréquenter les « grands », picorer dans leurs écuelles argentées, monter aussi – mais sur les bords – les Marches de la Réussite, comme à Cannes, tout le ciné sociétal, la haute distribution, la piétaille qui bat des mains, et sans laquelle la jouissance serait comme inaccomplie… Plus encore, il est vrai, si elle n’était relayée, amplifiée, magnifiée par ce miroir complaisant, suffisant de la société du spectacle et de ses médias serviles.

Il n’est qu’à transposer Cannes, son Tapis rouge, son Palais, ses Princes et Roitelets. Ils sont là, en place, à l’Élysée ou à Matignon, jusqu’aux limousines noires ou grises – ces Rolls modèle République. Et toujours, ô combien !, la piétaille journalistique – oui : le peuple de la presse, souvent des jeunes, débutants ou précaires, qui tendent la sébille-micro-caméra, quémandant un mot, un regard, pitié ! Monsieur le Ministre, juste un signe, une piécette de Vous-mon-Prince, que je rentre pas bredouille et penaud à la maison-rédaction… Je la connais, cette humiliante position, pour l’avoir aussi vécue – certes pas longtemps –, avant la prise de conscience qui empêcha, grand merci, les affres de la Carrière. Et vraiment, je m’en sens plus heureux encore que fier.

Donc, j’éprouve de la hargne devant ce pitoyable spectacle. Non pas, bien sûr, en direction des «jeunes confrères» – je suis encore des leurs, par le cœur, sans condescendance ; après tout qu’ils en chient jusqu’à la révolte ! J’en veux, et comment !, à leurs maîtres, valets des pouvoirs, ignares avides de puissance vaine, salauds sartriens, pourris tout court. Me fais-je bien entendre ? Je désigne, et dénonce, les tireurs de ficelles qui, précisément, ont tenté de ficeler un débat à leurs profits. Mais ficelles trop grosses, pour une fois – à force d’aveuglement et de surdité. Infirmités rédhibitoires qui relèguent à l’hospice communicatoire – je persiste, en dépit de mon correcteur buté – ceux qui n’auraient jamais dû renoncer aux beaux métiers d’éclaireur, passeur et autre chercheur à la Diogène : «Je cherche un Homme !»

→ A ce point, je passe le relais à quelques-uns d’entre ceux qui sont restés debout. Ma sélection arbitraire, et incomplète :

• Un pays sans miroirs, de Mona Chollet (in Le carnet de Périphéries). Magnifique article consacré en particulier au rôle des médias dans le contexte. Tout en finesse (et en longueur), il se termine par cette question : « Combien de temps un pays peut-il vivre sans miroirs? »

• Un autre papier de haute volée, relayé par Acrimed, au titre puissamment évocateur : La procession des fulminants. Frédéric Lordon, chercheur, économiste, n’y va pas avec le dos de la cuiller. Attaque :

« Que se passe-t-il dans les têtes journalistes ? Comme si les capacités d’accommodation mentale s’étaient trouvées saturées par l’ampleur du choc à assimiler, l’événement qui aurait dû produire le plus d’impact n’en a produit aucun : par l’effet d’une combinaison d’inertie et de stupeur, l’appareil médiatique continue sur sa lancée, et ressasse en boucle les mêmes consternantes ritournelles, après comme avant le référendum. »

• Encore sur Acrimed, une remarquable analyse, par Patrick Champagne, de la véritable agression dont Fabius a été l’objet sur France 2, le dimanche soir 22 mai, de la part de Béatrice Schonberg, sous couvert des « questions que tout le monde se pose ». Un délice : cliquer là.

• Chez Politis, voir «Une voix plus forte pour Politis», par Denis Sieffert
Et, bien sûr, le Bloc-notes de Bernard Langlois.

• Dans Marianne, numéro double « Sens et conséquences d’une rébellion ». Excellente analyse de Jean-François Kahn (« Contre la dictature de la bien-pensance »). Et un sondage qui mesure le décalage entre les médias dominants et leurs publics. 

• Dans le Nouvel Obs, pour le papier de Jean-Claude Guillebaud
... et celui d’avant, déjà consacré à la campagne médiatique:

• Ça ira pour aujourd’hui ?

→  →  →  Merci de "poster" vos éventuels commentaires sur "C'est pour dire" (dans le but de les regrouper en un même endroit)

 

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2 juin 2005 4 02 /06 /juin /2005 22:00

Lendemain de référendum, trois copines se retrouvent…


La veille du référendum, je signalais ici l’existence d’un petit film «magique» – magique notamment par la facilité d’y accéder. Puis le lien avait été rompu ; rien d’anormal, vu que l’histoire racontait le refus d’une fiancée – charmante, ça oui ! – d’accepter le mari qu’ « on » lui présentait. Ça s’appelait La Parabole, vu qu’aucune ressemblance avec l’actualité politique ne pouvait être évitée… Eh bien, vous allez vite cliquer au bon endroit, je le sens, car la suite vient de sortir, tandis que le premier épisode redevient accessible.

Donc, nous en sommes au moment où la charmante fiancée et sa copine… C'est le lendemain, lorsque arrive une jolie blonde un peu batave…

Et bravo les Nouveaux messagers !

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31 mai 2005 2 31 /05 /mai /2005 22:00

En nommant Sarkozy, Chirac s’assoit sur la Constitution française !


Par Laurence Américi

Le discours de Chirac ce soir m'a poussée vers le clavier. Voici un président de la République française qui s'adresse très officiellement à ses concitoyens et qui annonce qu'il a choisi un Premier ministre et... un ministre de l'Intérieur. « Dans un esprit de rassemblement, a-t-il en effet déclaré, j'ai demandé à Nicolas Sarkozy de rejoindre le gouvernement comme ministre d'Etat, ce qu'il a accepté ». Et nos bons journalistes de télévision de nous servir les sujets attendus sur ce pauvre Raffarin qui s'en va et sur le bel aristocrate qui s'en vient. Rien ne les choque, rien ne les dérange et l'on passe au titre suivant...

Pour ma part, je quitte mes fourneaux et je cherche nerveusement dans ma bibliothèque le bon vieux GF-Flammarion Les constitutions de la France depuis 1789 qui a si souvent éclairé ma lanterne. Et là, bien entendu, je retrouve l'article 8 de la Constitution de la Ve République : "Le président de la République nomme le premier ministre. Il met fin à ses fonctions sur la présentation par celui-ci de la démission du gouvernement. Sur la proposition du Premier ministre, il nomme les autres membres du gouvernement et met fin à leurs fonctions."

Ce n'est pas un détail, cette procédure. Le Premier ministre est chargé de composer un gouvernement. Article 20 : "Le gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation." Et c'est collectivement que ledit gouvernement est responsable devant le Parlement, comme cela est précisé aux articles 20, 49 et 50.

Mais Jacques Chirac lui, de cela, il s'en fiche. Il nomme un Premier ministre et un ministre de l'Intérieur parce que là, pour son boulot de maintenant, ça l'arrange. Que ce soit contraire à la Constitution ça n'a pas l'air de le déranger et il aurait tort de s'en priver, puisque les journalistes ont l'air de prendre ça si bien.

Ou peut-être se trompe-t-il de Constitution? Il y en a bien une selon laquelle "les ministres ne dépendent que du chef de l'Etat ; ils ne sont responsables que, chacun en ce qui le concerne, des actes du gouvernement; il n'y a point de solidarité entre eux". C'est la Constitution du 14 janvier 1852, qui n'a pas tardé à devenir la Constitution du Second empire.

Je ne vais pas m'étendre ici sur l'imbroglio institutionnel. Imaginons une motion de censure à l'encontre du gouvernement et le ministre de l'Intérieur qui dise: mais moi, j'ai été choisi directement par le président, je ne suis pas tenu d'être solidaire. Je laisse aux gens dont c'est le métier la tâche d'analyser les implications de cette entorse à la règle constitutionnelle.

Ce que j'en retiens, pour ma part, c'est un éclairage sur la campagne pour le oui.

J'étais surtout embêtée par deux points dans le projet de Constitution européenne: d'une part il ne précisait pas à qui appartenait la souveraineté (ce qui me semblait absurde) et d'autre part il n'appliquait pas la séparation des pouvoirs (ce que je trouvais dangereux). Dans ces conditions, j'avais du mal à comprendre et à accepter le discours dit "social-démocrate" selon lequel il fallait tolérer ces imperfections, par esprit de compromis.

Mais quel compromis? Fallait-il croire en l'existence en Europe de Nations où la souveraineté ne serait pas définie et où la séparation des pouvoirs ne serait pas garantie? Alors que nous savons que des institutions démocratiques sont indispensables pour entrer dans l'Union? Les insuffisances de la politique sociale dans le texte relevaient d'un autre débat: il n'y a pas lieu d'y avoir une quelconque politique dans une constitution. Mais si les pouvoirs y sont mal définis, alors elle est mauvaise et je la vote pas. C'est tout.

Et je comprends ce soir pourquoi cela n'inquiétait pas Chirac et si peu les autres hommes politiques (favorables ou hostiles au projet de traité). Une constitution, pour Chirac, c'est juste un catalogue de bonnes intentions pour la galerie. Si la constitution le dérange, il l'oublie et fait à sa guise... On aurait aussi bien pu faire pareil en Europe, non?

Toute plaisanterie mise à part, il me semble que ce qui se joue c'est la fonction de la loi dans nos États. Une règle universelle ou bien un contrat, qui évolue quand les partenaires l'acceptent mutuellement. Nous sommes là au coeur du libéralisme: tout se discute, dès lors qu'un compromis est possible, cela vaut droit. Notre constitution (que l'on peut difficilement accuser d'être trop démocratique) relevait d'une autre conception du droit, d'une autre idéologie, que l'on peut dire républicaine, pour faire vite.

Faut-il vraiment parler de cela au passé?

Je suis un peu en colère ce soir, mais je suis aussi bien curieuse de voir ce que cela va donner... D'autant plus qu'il est peu probable que cela finisse en fête impériale, que je vois mal Bernadette en Eugénie et que je me vois moins encore en fédérée...

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Published by Laurence Américi - dans Suites de "c'est pour dire"
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31 mai 2005 2 31 /05 /mai /2005 22:00

De Gorge profonde, de l’investigation et des sources, du journalisme, etc.

Quelques réflexions à propos de la mise à nu, hier aux États-Unis, de "Gorge profonde", l’informateur des journalistes du Washington Post qui, en révélant l’affaire du Watergate, a provoqué la chute du président Nixon, en 1974.

1) Le plus beau, peut-être, dans l’histoire concerne la protection de la source, qui aura donc tenu plus de trente ans – et n’aura été levée qu’à l’initiative du premier intéressé, l’auteur de la fuite, Mark Felt, ancien directeur adjoint du FBI.

Le plus beau et le plus important du point de vue du journalisme et de l’application d’un principe fondamental, sur lequel la profession ne devrait jamais céder. C’est l’une des premières conditions d’exercice du métier d’informer, surtout dans l’ordre du contre-pouvoir. Bob Woodward et Carl Berstein n’auraient évidemment pu mener leur enquête à terme s’ils avaient enfreint cette règle. Qu’ils ne s’en soient jamais déliés, eux et leur rédacteur en chef, Ben Bradlee, est tout autant à leur honneur.


1974 : l'affaire éclate, les jours de Nixon à la présidence sont comptés.

À l’inverse les pouvoirs – dans tous les régimes d’ailleurs, dès lors qu’un scandale se profile à l’horizon et provoque des accès d’autoritarisme –, n’ont de cesse de combattre cette protection des sources. Si Mark Felt s’était fait poisser, non seulement il aurait salement payé mais c’en aurait été fini pour un sacré moment de toutes les autres éventuelles et ordinaires Gorges profondes… Tel est l’enjeu de la protection de toute source d’information sensible.

2) Un informateur a toujours une motivation personnelle – il est rarement, voire jamais, désintéressé. Nick Jones, son petit-fils estime dans le magazine Vanity Fair que Mark Felt «est un héros américain, qui a été bien au-delà de son devoir et a pris de grands risques pour sauver son pays d'une injustice horrible.» Mais, comme l’explique Woodward sur le site du quotidien de Washington, Felt a aidé le Post à une époque de très forte tension entre la Maison Blanche et une grande partie de la hiérarchie du FBI. Il espérait être promu à la tête du FBI, quelques semaines avant le "cambriolage" à l'origine du scandale du Watergate.

Selon l’AFP, la famille du vieil homme (91 ans), apparu brièvement sur le pas de sa maison californienne sous les sunlights des caméras de télévision [ci-dessous], assure qu'il ne cherchait pas à démolir le président Nixon.


En regardant une émission télévisée sur le Watergate, sa fille Joan raconte dans le magazine Vanity Fair avoir délibérément demandé à son père, à la troisième personne: "Est-ce que tu penses que Gorge profonde voulait se débarrasser de Nixon?" "Non, je n'essayais pas de le descendre", a répondu Felt, insistant qu'il "ne faisait que (son) devoir".

3) Pourquoi « Gorge profonde », au fait ? « Deep Throat » était le titre d’un film porno très hard pour l’époque : 1972. C’est le nom de code qui serait venu aux journalistes du Post… Sortaient-ils du ciné quand ils furent contactés par leur informateur ?… Tout ça pour relativiser aussi le mythe Berstein-Woodward – non pas pour minimiser leur travail, qui est d’indéniable valeur, mais pour faire ressortir le fait que le journaliste ne crée pas l’information, surtout quand elle lui est apportée « sur un plateau », comme c’est le plus souvent le cas dans des affaires qui remontent au cœur des institutions, des entreprises et a fortiori de l’État. Toutes ces copies de documents aboutissant au Canard enchaîné, par exemple, en France, ne tiennent pas qu’à la sagacité de ses journalistes. C’est notamment leur capacité à recouper et vérifier ces informations qui pourront ensuite créer l’événement. Et aussi, on y revient, le souci affirmé de la protection des sources.


1972, le film porno secoue l'Amérique pudibonde. 1974, l'affaire politique. 1976, Hollywood récupère.


Pour dire aussi que le « talent » d’un journaliste, c’est souvent sa réputation de sérieux qui le constitue, mais aussi le coup de bol. Le fait d’être là au bon moment comme, par exemple, lorsque Escaro, dessinateur et administrateur du Canard passe un soir devant le journal, voit de la lumière par une fenêtre, décide d’aller éteindre la lampe oubliée… et tombe sur les fameux « plombiers » de Giscard : un Watergate à la française, un canardgate évidemment…

4) Rappel : Le nom de Mark Felt avait déjà été évoqué dans les nombreuses enquêtes menées sur le Watergate, avec ceux de l'ancien chef du FBI Patrick Gray, de l'ancien secrétaire d'État Henry Kissinger, et même de l'ancien président George Bush, père de W.

 

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30 mai 2005 1 30 /05 /mai /2005 22:00

Serge prend L'Express Dassault. Les journalistes menacent d’une grève


Serge Dassault, proprio de L’Express mais sans réel pouvoir sur le contenu, a dû recourir ce mardi matin [31/05/05] à un putsch, par lequel il a nommé un de ses proches, Rudi Roussillon, à la présidence du conseil de surveillance du magazine, contre l'avis du directeur de l'hebdomadaire, Denis Jeambar.

Les choses étaient dans l’air, ces dernières semaines – et en fait depuis le rachat, l’an dernier, par le marchand d’armes et d’avions qui rêvait de mettre au pas de ses « idées saines » cette rédaction trop rebelle à son goût.
On peut parier que c’est le dernier numéro [ci-dessous] et en particulier le violent réquisitoire de Denis Jeambar contre Chirac et ses dix années au pouvoir qui a été le détonateur.



Dassault, excédé par la ligne anti-chiraquiennes du magazine, a aussi songé à revendre l’ensemble du groupe Express-Expansion (Expansion, Lire, Classica et l'Entreprise). Des négociations sont en cours avec Roularta, premier groupe média en Belgique (magazines, journaux gratuits, télévision et radio).

Le conseil de surveillance de «L'Express», garant de son indépendance éditoriale, était jusqu'ici présidé par Jacques Duquesne. Mais ce dernier, ayant atteint la limite d'âge, devait le quitter. C'est à l'occasion de son remplacement qu'intervient cette reprise en mains du journal. Les autres administrateurs indépendants du conseil de surveillance, parmi lesquels Bernard Bruhnes et Jean Peyrelevade, ont été écartés et remplacés par des proches de Dassault.

Avec 120 oui et 9 non, les journalistes réunis à l'appel de la Société des Journalistes (SDJ) de l'Express ont voté mardi le principe d'une grève à partir du 2 juin et adopté une motion dénonçant « le coup de force » qu'ils qualifient de "diktat".

[Ça me rappelle quelques souvenirs, me trouvant à L’Express lors de sa reprise par James, dit « Jimmy », Goldsmith, hommes d’affaires franco-britannique et chantre du libéralisme – décédé en 97. Il n’était alors pas parvenu totalement à faire du journal sa danseuse soumise. Mais il l’avait quand même bien mis au pas, notamment avec la nomination à la rédaction en chef de son homme lige, Jean-Paul Pigasse, des plus marqués à droite, provoquant des départs en séries, dont le mien… Curieux destin que celui de cet hebdo au passé glorieux – encore honorable d’ailleurs à bien des égards –, tellement convoité par des affairistes en quête d’image, de notoriété, de représentation…].


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29 mai 2005 7 29 /05 /mai /2005 22:00

55 / 45. Ça devrait aussi barder dans les rédactions !


L'accès aux blogs – en tout cas à "c'est pour dire" – a été, semble-t-il, impossible ce 29 mai sur lemonde.fr [qui n'a donné fourni aucune explication], je me replie donc sur le bien dénommé "c'est pour dire+plus+". Je reproduis ici l'article paru vendredi 27 sur mon blog jusqu'à maintenant inacessible en écriture.

Le 30 mai. Gueule de bois dans les médias aussi ?

Quels que soient les résultats du référendum, à partir du 30 mai ça va continuer à chauffer ! Pas seulement dans les partis déchirés. On peut imaginer (espérer ?) aussi que ces lendemains ne seront pas sans remous dans de multiples rédactions emportées, bon gré mal gré, dans la tourmente du parti pris, voire de la militance éditoriale. Y aura-t-il là aussi, dans les radios, télés, journaux dits d’information, des «recompositions»? En tout cas, un débat nouveau va s’engager à la faveur – si on ose dire – de la crise de la presse et du journalisme.

 

Quelques questions ne sauraient être longtemps évitées – dont, bizarrement quelques-unes, basiques, autour du fait d’informer : Qu’en est-il de la fameuse séparation entre faits et commentaires ? Quid également du droit du public à l’information ? Et encore, qu’en est-il donc de ces « principes constitutifs » du métier de journaliste : impartialité, quête d’objectivité, indépendance ?

 

Autrement dit, en termes de bilan autour de ce référendum : En quoi et comment les médias dits d’information, auront-ils contribué, ou non, à éclairer la lanterne du citoyen sur son avenir d’Européen ? Pourquoi, au nom de quels intérêts supérieurs, les directions des médias dominants ont-elles entraîné leurs rédactions dans des choix contraires, non seulement à l’éthique professionnelle, mais encore aux intérêts économiques des entreprises et à l’avenir de leurs salariés ? Car faut-il rappeler le contexte économique déplorable dans lequel se trouvent la plupart des entreprises de presse – la presque totalité des quotidiens, notamment – tient en grande partie à la perte de confiance de leurs lectorats.

 

Cette perte risque d’être telle aujourd’hui qu’elle pourrait même se transformer en défiance. Et cela alors même que de nouveaux canaux d’information se mettent en place de manière accélérée – en particulier autour de l’internet et des blogs, c’est bien le lieu d’en parler ici ! –, appelant à une probable révolution des systèmes d’information. Nous en sommes à la veille, si elle n’est pas déjà en marche, appelant à la mobilisation intellectuelle une profession quelque peu abasourdie par les incertitudes hypothéquant son avenir.


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29 mai 2005 7 29 /05 /mai /2005 22:00

Chouard 55, Guetta 45. Ou comment David a mis les pieds dans le plat du PAF de Goliath


Pour moi, de ce référendum, ce qui reste de plus intéressant, exemplaire et peut-être porteur de changement, c’est l’histoire et l’action d’Étienne Chouard. Ou comment un « petit prof » de lycée aura mis les pieds autant dans le PAF (paysage audiovisuel français) que dans le PPF (paysage politique français)… A l’image des « petits juges » qui auront défié l’institution du mensonge et de la malhonnêteté. Sans en faire – surtout pas – une icône, gardons-le comme tel qu’il reste aujourd’hui : un citoyen debout.


(Photo : Éric Franceschi, Marseille)


« Le Juge arbitre, l'Hospitalier, et le Solitaire », dernière fable de La Fontaine, résonne d’une étrange actualité. Elle s'achève ainsi :
Magistrats, Princes et Ministres,
Vous que doivent troubler mille accidents sinistres,
Que le malheur abat, que le bonheur corrompt,
Vous ne vous voyez point, vous ne voyez personne.

Pas le champagne, non ! Un bon coup de rouge, oui ! Un bourgogne, ou même un bordeaux. L’alsace, c’est du blanc, ça fout des crampes. Les bulles, non, vraiment pas la peine ; ça tourne la tête, et ça fait pschitt en éclatant, pas d’avenir.

Pas de champagne non plus quand l’essentiel reste à saisir, à bras le corps. Soit, ne boudons pas le plaisir de voir un peuple debout. Mais gare aux lendemains dits « de victoire », qui déchantent vite. Car rien n’est résolu par ce qui reste tout de même un non, un refus, une affirmation à venir, à confirmer. Et ne perdons pas de vue tous ces corbeaux de mauvais augure qui rôdent « sur nos campagnes ».

Mais revenons au plaisir de l’instant. Ici et maintenant, on n’en connaît pas d’aussi délicieux à chaque consultation populaire. Parce qu’elle exprime un grand sursaut démocratique à propos d’un projet ressenti, analyse, discuté comme une menace. Le plus paradoxal dans ce résultat, du moins sous l’angle qui me préoccupe surtout ici, c’est qu’il se soit exprimé à l’encontre des grands canaux médiatiques. Tout comme ont été désavoués les mots d’ordre des états-majors politiques. De ce point de vue, ce n’est pas une révolte, sire, mais une révolution ! Je renvoie là-dessus à mon article « Le 30 mai. Gueule de bois dans les médias aussi ? ».

Symboliquement, on vient d’assister à la victoire du pot de terre contre le pot de fer ou, version raffarine, de la France d’en bas contre celle d’en haut. Certes, c’est vite dit. Je me limite à ça pour m’en tenir au monde des médias.

Justement, je prends Chouard, j’écarte Guetta. Quoi de plus parlant que l’histoire de ce « petit prof » de lycée, têtu autant que futé – les deux c’est mieux – qui ne veut pas s’en laisser conter, qui en d’autres termes refuse qu’on lui bourre le mou. « On » : les médias dominants tellement empressés à vanter les vertus du Nouvel Évangile ; à nous le prescrire à haute dose ; à nous pincer le nez pour nous faire avaler la potion ; à nous la resservir tous les matins et soirs, c’est selon, à coups de Sylvestre, de Guetta, d’Ockrent, de July et Colombani pour l’assommoir. Sans parler – pire – de l’insidieux travail en tâche de fond, de la besogne de propagandiste qui ont saisi les rédactions des médias de masse dans le matraquage grossier, de masse précisément, à coup de masse, certes ! Avec l’effet que l’on sait aujourd’hui, qu’on avait d’ailleurs pu pressentir sans peine, tant les coups de boutoir portés aux consciences libres travaillaient contre leur propre camp.

Qui pourrait mesurer sur le résultat d’hier l’effet d’un Guetta dont chaque homélie pontifiée, matin après matin sur France Inter, raidissait un auditoire de plus en plus imperméable aux litanies ? Tandis qu’à l’inverse, pour ainsi dire sans bruit, depuis son ordinateur et son site au départ voué à l’heureuse actualité familiale et parapentiste, ce satané Chouard retournait la terre de son questionnement futé.

En fait, tous deux ont travaillé dans le même sens, à renforcer l’un la méfiance, l’autre la détermination face à un projet ainsi doublement jugé plus que suspect. Dans le même sens, d’un point de vue objectif s’entend. Car au bout du compte, Etienne-David aura porté l’estocade à Bernard-Goliath, en ce sens où il aura été le seul à le traiter froidement, explicitement, de malhonnête. Revoir sur son site, au besoin, l’analyse de leurs divergences et les conclusions du « petit prof ».

J’aime bien la démarche d’Étienne Chouard ; je la tiens pour exemplaire en ce qu’elle procède d’une dialectique de l’entendement : pas la moindre invective chez lui, mais un désir de comprendre, puis d’expliquer ce qu’il croit avoir compris ; de modifier et enrichir sa réflexion.

C’est ainsi qu’il en vient à des conclusions. Surtout quand il se trouve comme coincé dans une impasse. Il l’aura pourtant tenté ce dialogue avec Guetta ! Jusqu’à ce que, n’en pouvant plus sans doute, Chouard, le « petit prof », lâche sa « Lettre ouverte aux journalistes français, à travers deux grands professionnels du service public », sous-titrée : « À l’heure de choix aussi essentiels et dangereux, que ceux qui fondent une nouvelle Constitution, quel est le rôle des journalistes ? ».

Ce texte sonne comme les libelles du XVIIIe, ce siècle dit des Lumières : « Stéphane et Bernard, écrit Etienne Chouard, je voudrais solennellement vous dire ma crainte : avec la séparation des pouvoirs et le contrôle des pouvoirs, ce sont deux remparts essentiels contre la tyrannie qui disparaissent, c'est la porte ouverte à l'arbitraire. Montesquieu doit se retourner dans sa tombe, et vous, vous parlez d’autre chose.

« Pourquoi n'en parlez-vous jamais ? Qu'est ce qui vous prend ? Je ne vous reconnais pas, vous qui, d'ordinaire, êtes si complets, si nuancés, si soucieux d'avoir bien perçu tous les aspects d'une réalité toujours complexe ? D'où vient cette cécité ? Vous qui analysez d'habitude si finement la réalité ou la fiction des démocraties étrangères, qu'est-ce qui vous prend à propos de l'Europe ?

« Ce que je dis là n'est ni de droite ni de gauche.

« Ce n'est pas non plus un détail qu'on peut passer par pertes et profits en disant "ça s'arrangera progressivement". C'est e-ssen-tiel : la démocratie n'est pas négociable. N'est-ce pas ?

« C’est tellement plus facile de gouverner sans contrôle parlementaire, « un couillon le devine » comme on dit par ici (avec l’accent).

« Nos élites, (journalistes compris ?), se défient-elles de la démocratie ?

Arrêtez-vous un instant sur cette question-là, s'il vous plaît. »

Mais il ne les arrêtera pas. Ni ces deux-là, ni tous ces autres déchaînés, comme aveuglés, comme enrôlés ! A-t-on jamais vu pareil déferlement militant chez des journalistes censés informer ? Encore une fois, je ne parle pas des éditorialistes, qu’ils pensent et écrivent ce qu’ils veulent. Mais qu’ils ne dévoient pas en même temps l’e-ssen-tiel-le fonction d’informer !

Voilà ce que, bonhomme de chemin faisant, Chouard finit par comprendre. Non pas à partir d’une démarche idéologique ou partisane a priori. Non, il vit son devoir d’honnête homme, de citoyen libre ou tentant de l’être, debout. Voilà pourquoi il en vient à cette révélation de l’existence des élites : il emploie le mot, non pas au sens populiste d’un aboyeur d’extrême droite, mais parce qu’il surgit comme une évidence dans une vision donnée d’elle-même par la classe politico-médiatique. Je souligne l’expression à dessein, car je n’aime pas l’employer sans précautions, comme s’il s’agissait de charger des boucs émissaires ou, pire, d’en appeler au lynchage…

L’autre constatation que Chouard est amené à établir, c’est ce qu’il appelle la cécité – « D'où vient cette cécité ? ». Hier après les résultats, je crois que c’est l’incapacité qui est apparue la plus apparente chez la plupart des politiciens conviés à « analyser » la situation nouvelle. Cécité ou surdité, voire autisme, comme cela a pu être dit aussi. D’où ces réponses stupéfiantes sur le mode : Nous avons compris, d’ailleurs nous allons resservir du pareil, en mieux certes ! Chirac a culminé sur ce registre, avec sa « nouvelle impulsion ». Une « impulsion », vraiment, s’agit-il bien de nous jouer de la musiquette ! Et Lang, et Mamère, même lui, perdant jusqu’à la logique basique face à celle exprimée, – il est vrai, mais bon… – par Marine Le Pen à propos du fossé creusé entre la représentation politique et l’expression directe du peuple.

Je reprends le texte de Chouard au moment où les bras lui en tombent : « Mais je peste dans mon coin de tant de partialité, Bernard : je vous trouve parfois complètement malhonnête. […] La triche, Bernard, c’est de parler seul sur notre chaîne publique avec un point de vue aussi partisan, aussi méprisant pour (au moins) 20 millions de personnes (puisque nous sommes 41,5 millions d'électeurs). Sans rancune tenace, mais avec amertume quand même. »

« Ni dieu, ni césar, ni tribun » – j’entends l’objection déjà exprimée par un blogolecteur attentif et acide. Oui, que Chouard reste à sa place – si tant est que j’aie un conseil à lui donner ! Qu’il n’oublie ni les siens, ni son métier d’enseignant, ni les joies du parapente. Qu’il continue de jouer avec les turbulences atmosphériques – et de se jouer surtout des autres perturbations, celles du plancher des vaches – très vaches parfois. Ainsi gardera-t-il au frais l’image de ce « petit prof » et simple grand citoyen. Un symbole, surtout pas une icône.

Son site a dépassé les 700.000 visiteurs.

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29 mai 2005 7 29 /05 /mai /2005 22:00

Scoop : la composition du nouveau gouvernement



Un motard apporte à l'instant à la rédaction de "c'est pour dire" une dépêche secrète dont l'embargo vient d'être levé. Nous sommes donc en mesure d'annoncer la composition du nouveau gouvernement, en exclusivité et avant tout le monde ! Mesdames et messieurs, c'est bel et bien ce qu'on appelle un scoop.

 

Voici donc, telle qu’elle sera annoncée tout à l’heure sur le perron de l’hôtel Matignon par BlaBla, porte-parole du gouvernement et ministre de la communication, la composition du gouvernement qui succédera à celui de Jean-Pierre Raffarin, envoyé en ressourcement idéologique dans une chèvrerie du Poitou.

Premier ministre : Fraise des Bois

Ministre d’Etat, ministre de l’intérieur et des affaires obscures : Fernand Mondain,

Ministre des questions féminines : Aurore Hrundi,

Ministre du tourisme et des affaires voyageuses : Argoul

Ministre de l’instruction publique du gai savoir : Comme de l’eau

Ministre du Temps libre : Zérotonine au chômage

Ministre de la Solidarité et des compagnons d’Emmaüs : Alain Rabelais

Ministre du travail : 35 heures

Ministre des transports et de la transcendante lumière : Professeur Hrundi

Ministre des médias et des autoroutes de l’information : Gérard Ponthieu

Ministre de la rue et des canaux parallèles : Au reporter du coin

Ministre de la photo, du théâtre et de l’underground : Céline CKCK

Ministre des urgences et des affaires bourguignonnes : JLHuss

Ministre de la condition parentale : Philippe, le papa de Philéas

Ministre du golf et de la protection animale : Laurence Bourrique

Ministre des autres sports : Marie-Georges Buffet

Ministre des fleurs et de la rue d'où suis-je : Dibrazza

Ministre des Jeux télévisés : Tivigirl

Ministre des mystères littéraires : Je paraissais

Ministre des relations avec le Luxembourg et Babylone : Yann Hoffbeck

Ministre des images et du rêve : Ossiane

Secrétaire d'Etat à la décoration intérieure : Siluis

Secrétaire d’Etat à la création muséale : Lunettes rouges

Secrétaire d’Etat à la tapisserie d’Aubusson : Michel Moine

Secrétaire d’Etat à l’apprentissage de l’esperanto : Parole à Tous

Secrétaire d’Etat à la botte du gouvernement : UU

Portraitiste officielle du gouvernement : Virgile

Chef cuistot : Engerbert

Merci de votre attention et bonne chance pour la France !
Pcc : signé Fraise des Bois, Premier ministre

--> Ndlr : Je n'ai rien demandé mais je ne refuse pas, par lestemps qui courrent. D'autant que mon programme concernant lesautoroutes (de l'info) ne sera pas bien dur à mettre en place. Il serésume en effet par la formule célèbre de Machin Mac Lucarne : "Le faux est l'info. L'info est le faux qu'il faut. ".

--> Ndlr 2 : Enfin un gouvernement de changement ! Enfin la vraie "nouvelle impulsion" !

--> Ndlr 3 : Certes, tout ça est un peu "private joke" de blogochose. Bon, mais on est si peu payés…

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Published by Fraise des Bois - dans Suites de "c'est pour dire"
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29 mai 2005 7 29 /05 /mai /2005 22:00

Jour d’après. L’Apocalypse ! prédit Jean-Marie. Masochisme ! renchérit Serge


La claque n’est pas que pour les politiciens amers. Elle semble plus vive encore pour certains éditorialistes ; elle est même exactement proportionnelle à la ferveur du jour d’avant, déjà désespérée mais, il est vrai, encore un peu généreuse. Du moins dans le semblant. Aujourd’hui, la bile déborde des stylos annonciateurs de gémonies et d’apocalypse. Ainsi en est-il notamment pour Le Monde et Libération. Commençons par le premier.


Ainsi Jean-Marie Colombani, dont l’édito du jour d’après [daté 31.05.05] s’intitule « L’impasse ». Le directeur du Monde ne décolle pas de son ras des pâquerettes vengeur. Il a la rancune tenace, notre balladurien frustré, qui voit s’éloigner ses idéaux et ceux de ses intimes, les Minc et autres chantres du Marché en folie, des échéances pourtant programmées, par lui portées, colportées, quasi trans-portées par une rédaction apparemment à sa botte et toute tendue vers le But, comme la Mère des batailles.

Et de surcroît, pas beau joueur, il dénie au Peuple – cette notion ringarde – sa capacité de juger, voire de lire un texte, il est vrai imbuvable :

« Personne ne prétendra, écrit-il, que les Français se sont livrés à un pur exercice d'exégèse et qu'ils se sont prononcés pour ou contre le traité constitutionnel en raison de tel ou tel de ses 448 articles. » D’ailleurs, cela compte peu puisque « les termes dans lesquels il est rédigé ont moins d'importance que l'attrait de ce qu'il promet. » D’où ce constat à la lame de guillotine : « Le rejet du traité constitutionnel révèle, d'abord, qu'une majorité de Français n'a pas, ou n'a plus, envie de l'Europe.»

Est-ce là prendre un tant soit peu de hauteur pour que le directeur du quotidien qui se dit « de référence » manque à ce point de pertinence, voire d’honnêteté ? Quel aveuglement, venu de quelle frustration, lié à quelle perte d’intérêt peut-il justifier un tel déni politique ?

Colombani n’a d’yeux, certes révulsés, que pour de Villiers, comme s’il représentait et concentrait en lui seul l’entièreté du peuple – il est vrai informe, illettré et abruti par les (faux) exégètes du Traité et partisans du non : « Tel était, en effet, le message du non. Peu importaient les motifs, pourvu que l'on vote non. »

Et de poursuivre : « La vérité est que la seule Europe possible est celle que les Européens sont prêts à faire ensemble. » Lui détient la Vérité, qui n’a qu’une face, elle, tandis que les Européens se définissent par ceux-là qui se reconnaissent comme tels ! Je rêve devant tant de banalité généralisante, totalisante, total… Je me retiens. Mais pas lui, qui donne un coup de pied rageur dans cette fourmilière qui aurait pu être son beau joujou : « Il est à craindre qu'il n'en reste plus grand-chose aujourd'hui. »

J’ai encore relevé ça : « Le non est aussi la victoire d'une protestation tous azimuts. Comme si nous devions vivre désormais dans une démocratie du mécontentement généralisé. » Comme si en effet, des gueux au chômage par millions empêchaient l’« establishment » de prospérer dans son luxe. J’emploie à dessein ce mot de Le Pen. Alors qu’en parlure politiquement correcte, on ne doit pas dire qu'un Le Pen aurait pu poser de bonnes questions, même si on redoute surtout ses réponses. Parce que ça peut vous revenir dans la tronche, par le biais d'un édito revanchard. Je ne roule pas pour autant en Fafa-mobile ! Parce qu'on peut même avoir décidé et écrit que nous aurions été "tous des Américains", et que ça n'interdirait pas de se rattraper à l'occasion. Parce que seuls les imbéciles, etc.

Car l'"establishment", comme dit l'autre et bien qu'il le dise, ça existe. Je crois même qu'il a assez exactement « coagulé » cette partie dite élitiste du camp du oui, très représentée dans les médias – ceci expliquant cela quant à la surreprésentation du "oui" dans les gazettes et sur les ondes.

Quoi le chômage ?! Oui, bon, il est certes « insupportable », mais pas de quoi en faire « un reproche adressé à l'Europe » ! Quelle ingratitude, en effet : « Peu importe que le marché unique, le tarif extérieur commun, la libéralisation des échanges et, dans leurs limites, les politiques communes aient permis de créer ou de sauvegarder des millions d'emplois. »

Voilà bien là l’aveu, la marque de l’ultralibéralisme à l’œuvre jusque dans les têtes « bien pensantes » qui, elles, raisonnent en termes macro-économiques en tirant des plans sur la comète macro-sociale. J’entends encore Pascal Lamy [désormais patron de l’OMC…] dire dans le poste, à propos des « inévitables délocalisations » qu’« à terme » l’emploi y gagnerait… A terme ! Lui qui n’a d’autres angoisses que celle de ses fins de mois de riche parvenu aux gouvernes du monde empifré !

Voilà bien là l’establishment qui parle sans méfiance, comme de bonne foi…, compatissant à la misère du monde dont on finira bien par venir à bout. A terme…

Et regardez ce qu’il va encore jusqu’à instiller de perfidie, le patron du Monde – je souligne à nouveau : « Quoi qu'ils en disent, en effet, les anti-européens de gauche n'ont pas seulement additionné leurs voix avec celles de Jean-Marie Le Pen et Philippe de Villiers. Ils ont mêlé leurs voix. Et certains arguments ont circulé, de la droite nationaliste à la gauche radicale. »

Je mets donc les points sur les i : J’ai voté non – on s’en serait douté. Au nom de l’Europe, qui n’est certes pas la même dans tous les cœurs. En quoi je n’ai rien mêlé avec les affreux. Et je ne laisse personne m’insulter sans réagir vertement ! Surtout si la plume trempe dans les bruits de chiotte !

Au fond, ce qui m’attriste et me révolte dans cette attitude, c’est sa sécheresse de cœur, oui, doublée d’un absence de grandeur. Mais quel peut donc bien être votre Idéal, Monsieur Colombani ?


Et July enfonce le même clou. A croire qu’ils sont endogames ces journalistes-là, ces directeurs-là, de ces journaux-là. Fréquenteraient-ils les mêmes cercles de pensée ronde et molle ? Ou bien est-ce moi, nous les non de gauche qui nous serions frottés de trop près aux même mauvaises fréquentations ? Un juge de paix y verra-t-il jamais goutte dans tel brouillard ?

Je me demande, Serge, si d’avoir tant abusé de la « lutte des classes » dans ta jeunesse ne te procurerait pas aujourd’hui une sorte d’allergie à sa moindre évocation… Que tu n’en supporterais plus le risque anaphylactique, excuse le gros mot. Il doit y avoir de ça, qui te conduit à me taxer, moi et tant de semblables, des pires pathologies : xénophobie, populisme, anti-élitisme, anti-libéralisme. Et pour comble : masochisme ! Mais si je devais m’en reconnaître une, une seule, ce serait vraiment anti-élitisme. Car j’y vois plutôt une vertu. Une vertu de citoyen debout, que ce monde effraie par sa violence, son injustice, son indécence à faire s’accoupler misère et richesse à coups de pollution et d’exploitation – à en menacer l’Humanité entière et la Planète avec. C’est de cette Europe-là que je continue à ne pas vouloir, au nom d’un hédonisme politique autrement porteur de lendemains que tes cris d’oiseau de malheur.


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28 mai 2005 6 28 /05 /mai /2005 22:00

Après le ciné (hier avec La Parabole, voir à l'étage en-dessous), voici aujourd'hui une 'tite chanson intitulée Le Mouton noir – je me demande bien pourquoi –, interprétée par la Compagnie Jolie môme. A bon écouteur, salut !

Complément facultatif : aller à "c'est pour dire" > dans la case "Recherche dans C'est pour dire", tout en haut de la page > taper "panurgisme" > déguster > rafraîchissement garanti > salutaire par ces temps de forte sécheresse médiatique.

 

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