Complément de "c'est pour dire", blog de gérard ponthieu http://c-pour-dire.com/
Au bout de longues secondes, Pierre Weil tente un «je peux dire un mot?» sans conviction. Et comme il na trop rien à dire, il laisse encore filer la charge avant dembrayer de sa finesse habituelle : « Nous avons entendu ce matin Henri Emmanuelli, on essaie dêtre ouvert à toutes les tendances Bernard Guetta, vous voulez dire un petit mot ? » Ouf, il lui passe la patate chaude. Et lautre de reprendre :
« Non je voulais dire simplement une chose, monsieur, cest que je me soucie euh, euh tellement des objections, des critiques qui sont faites à ce projet de constitution que jen étais ce matin et vous allez me le reprocher et vous aurez tort ! à ma douzième chronique dexplication ! [ ]
Guetta commence ainsi sa réponse par « non » à la place de « oui » ceci explique peut-être cela En tout cas, il va justifier lobjection par la quantité de travail fourni et, de plus, bande dignorants doublés dingrats, vous me cherchez des poux ! : « Je dois faire un énorme travail dexplication, et puis je reçois des mels pas tant que ça dailleurs, mais quand même de la tonalité de votre intervention disant « cest de la propagande ! », cest du etc. » En quoi est-ce que jai fait de la propagande dans une seule de ces chroniques ? Il ne faut pas qualifier de propagande toute explication ou argumentation qui nest pas celle qui vous convient ! »
Tous deux sont sourds, ou malentendants plus exactement. Cest courant chez les journalistes, surtout chez les politiques qui, comme les politiciens, deviennent durs de la feuille face à des objections. Paoli non plus nentend pas ça. A savoir quon peut attendre de France Inter une autre politique éditoriale, bon sang ! Cétait déjà le même problème, endémique, avec Sylvestre auquel on a fini par lui adjoindre le vendredi ! un Bernard Maris qui donne un autre son de cloche que le bourdon ultralibéral. Un progrès.
Corporatiste, leur défense les pousse à justifier par des avis « divers et variés » une tonalité dantenne donnée par les éditoriaux ou les chroniques. Ainsi que la dailleurs expliqué Guetta ce matin, dans la suite de son bafouillis, en osant et tentant de justifier laujourdhui par le hier du temps de lIrak : « Je nai [alors] cessé de condamner ce quétait ce projet. Personne na dit à lépoque : faudrait mettre quelquun qui défende le point de vue de Bush ! Je suis chroniqueur, pas là pour débiter de leau tiède. Je donne en effet un éclairage qui est le mien. Cest ma fonction ! » (Et lautre, derrière, soulagé den finir : « Voilà, cest le propre de léditorialiste ! ». Beuh !)
Quel aveu ! Guetta justifie donc ses « éclairages » sur lEurope par ceux sur lIrak. Lesquels nauraient pas été plus justifiables pour autant quand bien même ils eussent été, contrairement à ses assertions éhontées, aussi anti-bushiennes quil le prétend maintenant. Je me souviens fort bien à quel point il avait pu en agacer plus dun, dauditeur à commencer par moi tandis quil prétendait, entre autres, que les appétits étatsuniens pour le pétrole navaient rien à voir avec les motivations du Pentagone !
Cette position est intenable. En particulier sagissant dune radio la principale du service public, tenue par principe et par définition à un double devoir : neutralité journalistique sur les faits (recherche dobjectivité notamment) et équilibre dopinions dans les chroniques et éditoriaux. Cette éthique-là est bafouée sur France Inter de manière récurrente [Voir ma note du 16/12/04, Le pâté dalouette de France Inter] . Mais aussi sur dautres stations du service public, de façon plus ou moins aiguë. Mais aussi à la télévision, en particulier sur France 2 voir la note suivante, ainsi que la protestation de lObservatoire français des médias.
→ Les citations sont au mot près, je les ai relevées à la réécoute sur le site de France Inter. Ils doivent savoir ça aussi les journalistes aujourdhui : on peut tout réécouter, ou presque. Et ça fait foi.