Un peu de légèreté pour se faire du bien dans ce monde de brutes
Minscrivant ici en faux contre un certain Milan Kundera, et nonobstant le blog voisin dénommé Linsoutenable légèreté de lêtre dun autre certain Milan
, permettez que, en ce jour pesant en homélies vaticanes, je défende le concept de la légèreté soutenable ça défatiguera de toutes ces tartes à la crème en -able.
Mais cest aussitôt pour relever que toute vraie légèreté atteint des sommets de profondeur, si je puis me permettre cette audace stylistique dailleurs, oui, je me laccorde. A limage, par exemple de ce « Papier de verre » griffonné chaque matin par Hervé Le Tellier sur la « check list » [sic] du Monde.fr et offert comme une perle rare. Vous me direz : fastoche, il a sa case, immuable, et il na quà la remplir. Vingt-cinq mots pas plus. Ouais, yaka. Une vraie contrainte oulipienne.
Dailleurs, Le Tellier en est. Je veux parler de l'Oulipo, cette secte dadorateurs de Queneau, Raymond. Ils se réunissent périodiquement en des lieux secrets, pardi, pour vénérer leurs ancêtres, les Le Lionnais, les Bens et autres tortionnaires de la langue dont ils perpétuent les pratiques quasi indicibles à laide de tenailles et autres gégènes à faire cracher le morceau. Le Tellier en est, je le dénonce en blog public et avec deux pièces à conviction, soit ses deux derniers opus, comme on dit de nos jours :
1) « Comment remplacer un vieux pape ? Décision difficile, affaire de goût et de moyens : je suis passé au saint-julien » [19/04/05]
2) « Le cardinal Ratzinger comme pape, il y a du pour et du contre. Les pessimistes diront qu'il a 78 ans. Les optimistes qu'il a 78 ans. » [20/04/05]
Autre écriveur de haut-vol, celui qui ouvrage dans le ciselé en un bloc-notes aussi fameux que celui de Mauriac. A condition de retirer Le Figaro et le gaullo-catho. Et vous avez le Langlois de Politis qui, chaque jeudi, entre grave et aigu, nous livre ses gammes en virtuose. Oyez :
« Charles et Camilla. Nétant pas suspect de trop de complaisance envers les têtes couronnées, permettez-moi un mot gentil envers les nouveaux mariés de Windsor.
« Cest peu de dire que la presse de caniveau britannique, toujours accro à Diana, ne les a pas ménagés. Moi je trouve leur histoire assez touchante, en cette époque ou amour rime avec Kleenex. La tranquille obstination du prince aux grandes oreilles, bravant lopinion et la reine-mère, son « ce nest pas négociable » opposé sans relâche, depuis tant dannées, à la raison dÉtat. Jusquà laboutissement de ce samedi, où le vieux garçon et la femme de sa vie ont enfin convolé en justes noces, cest-y pas beau?
« Cétait mon côté midinette. Rassurez-vous : ça ne fait pas de moi un partisan de la couronne dAngleterre, ni des bouches inutiles en général. »
Cétait laigu, pour faire passer du plus grave :
« La fracture sociale. Après dix ans de règne du rodomont, elle est plus béante que jamais. En témoigne la récente étude parue dans la revue Droit social. On y lit, sous la signature dun expert, Jacques Rigaudiat, cet implacable constat : « Entre chômage, sous-emploi, précarité financière des "travailleurs pauvres", cest très vraisemblablement entre le quart, au moins, et le tiers de la population : soit 15 à 20 millions de personnes 7 millions de pauvres et 8 à 12 millions de précaires qui, pour une raison ou pour une autre, ont, de façon durable, des conditions de vie marquées du sceau de lextrême difficulté. » Le quart, voire le tiers de la population ! »