Un film, un texte : magiques, et peut-être utiles
Au cas où vous manqueriez de distraction pour ce "jour d'avant", je vous conseille un petit bijou de film, un détournement plein de finesse et savoureux. Il suffit de cliquer là : magique !
Et si vous vous trouviez embourbé dans vos rélexions à n'en plus finir, à vous ranger dans les 17 des 30 pour cent des sondeurs, j'ai là un petit texte bien enlevé, bien court (contrairement à
), convaincant autant que mesuré. Bref, un texte que jaurais aimé signer.
Eux l'ont fait d'abord : Jean-Louis Comolli, Guy Coq, François Dagognet, Régis Debray, FrançoiseGaillard, Robert Guédiguian, Jean-Claude Guillebaud, Marie-JoséMondzain, Gérard Mordillat, Dominique Noguez, Bernard Noel, MichelOnfray, Ernest Pignon-Ernest et Serge Sautreau
Il est paru dans Libé du jeudi 26 mai. Le voilà le voici :
Oui aux Lumières, non au traitéInquiets, en tant que citoyens, de voir le fossé se creuser entre les nantis et les démunis ; heurtés, en tant que laïcs, par l'enrôlement unilatéral des médias publics d'information, pourtant financés par l'ensemble des contribuables ; alarmés, en tant qu'individus, par le ton « Ordre moral » de trop nombreux partisans du oui, avec intimation notabiliaire du bas peuple et stigmatisation injurieuse des dissidents ; et conscients du devoir de combattre demain le populisme revanchard et sot, les soussignés croient devoir manifester ce qu'en d'autres circonstances ils auraient gardé pour eux : on ne s'interdira pas, le 29 mai, de voter non.
Le oui a des raisons auxquelles nous ne sommes nullement insensibles. Aussi respectons-nous ceux qui en feront le choix, sans y voir pour autant le camp du Bien ou de la Vérité. Car ne nous leurrons pas : chaque option est un pari sur l'avenir, aucune n'est en position de délégitimer l'autre. Les risques sont partagés. Tout bien pesé cependant, et puisque l'incertitude sur l'ultime ne saurait justifier l'abstention dans l'immédiat, il nous semble que l'adoption de ce Traité constitutionnel, en l'état, fera courir plus de risques que son rejet, à l'Europe que nous appelons de nos voeux : un Continent où les salariés soient aussi considérés que les chefs d'entreprise, et où le banquier n'ait pas le dernier mot ; non-aligné à long terme sur les Etats-Unis d'Amérique ; et bien décidé à fausser la concurrence commerciale en matière de culture, de recherche et de service public.
Il est, là-contre, un argument qui nous semble en tout cas irrecevable dans son principe, sauf à ériger le mouton de Panurge en modèle civique : le devoir que nous aurions de coller à nos voisins et amis, tout écart à la moyenne étant censurable. Si tel est le cas, gommons dès demain des annales de la République la République elle-même, à savoir le 18 juin 1940 et la Commune de Paris, 1792 et 1848, Mai 1968 et Mai 1981. Toutes les fois que notre pays a laissé une trace dans la mémoire des hommes, et rendu service aux peuples frères, il fut en effet à contre-pied. L'esseulé de la veille se retrouvant, à chaque reprise, l'exemplaire du lendemain, ou du moins son ferment. Pour transformer en un oui à l'Europe des Lumières, un non à ce traité obscur.