Complément de "c'est pour dire", blog de gérard ponthieu http://c-pour-dire.com/
La claque nest pas que pour les politiciens amers. Elle semble plus vive encore pour certains éditorialistes ; elle est même exactement proportionnelle à la ferveur du jour davant, déjà désespérée mais, il est vrai, encore un peu généreuse. Du moins dans le semblant. Aujourdhui, la bile déborde des stylos annonciateurs de gémonies et dapocalypse. Ainsi en est-il notamment pour Le Monde et Libération. Commençons par le premier.
Ainsi Jean-Marie Colombani, dont lédito du jour daprès [daté 31.05.05] sintitule « Limpasse ». Le directeur du Monde ne décolle pas de son ras des pâquerettes vengeur. Il a la rancune tenace, notre balladurien frustré, qui voit séloigner ses idéaux et ceux de ses intimes, les Minc et autres chantres du Marché en folie, des échéances pourtant programmées, par lui portées, colportées, quasi trans-portées par une rédaction apparemment à sa botte et toute tendue vers le But, comme la Mère des batailles.
Et de surcroît, pas beau joueur, il dénie au Peuple cette notion ringarde sa capacité de juger, voire de lire un texte, il est vrai imbuvable :
« Personne ne prétendra, écrit-il, que les Français se sont livrés à un pur exercice d'exégèse et qu'ils se sont prononcés pour ou contre le traité constitutionnel en raison de tel ou tel de ses 448 articles. » Dailleurs, cela compte peu puisque « les termes dans lesquels il est rédigé ont moins d'importance que l'attrait de ce qu'il promet. » Doù ce constat à la lame de guillotine : « Le rejet du traité constitutionnel révèle, d'abord, qu'une majorité de Français n'a pas, ou n'a plus, envie de l'Europe.»
Est-ce là prendre un tant soit peu de hauteur pour que le directeur du quotidien qui se dit « de référence » manque à ce point de pertinence, voire dhonnêteté ? Quel aveuglement, venu de quelle frustration, lié à quelle perte dintérêt peut-il justifier un tel déni politique ?
Colombani na dyeux, certes révulsés, que pour de Villiers, comme sil représentait et concentrait en lui seul lentièreté du peuple il est vrai informe, illettré et abruti par les (faux) exégètes du Traité et partisans du non : « Tel était, en effet, le message du non. Peu importaient les motifs, pourvu que l'on vote non. »
Et de poursuivre : « La vérité est que la seule Europe possible est celle que les Européens sont prêts à faire ensemble. » Lui détient la Vérité, qui na quune face, elle, tandis que les Européens se définissent par ceux-là qui se reconnaissent comme tels ! Je rêve devant tant de banalité généralisante, totalisante, total
Je me retiens. Mais pas lui, qui donne un coup de pied rageur dans cette fourmilière qui aurait pu être son beau joujou : « Il est à craindre qu'il n'en reste plus grand-chose aujourd'hui. »
Jai encore relevé ça : « Le non est aussi la victoire d'une protestation tous azimuts. Comme si nous devions vivre désormais dans une démocratie du mécontentement généralisé. » Comme si en effet, des gueux au chômage par millions empêchaient l« establishment » de prospérer dans son luxe. Jemploie à dessein ce mot de Le Pen. Alors quen parlure politiquement correcte, on ne doit pas dire qu'un Le Pen aurait pu poser de bonnes questions, même si on redoute surtout ses réponses. Parce que ça peut vous revenir dans la tronche, par le biais d'un édito revanchard. Je ne roule pas pour autant en Fafa-mobile ! Parce qu'on peut même avoir décidé et écrit que nous aurions été "tous des Américains", et que ça n'interdirait pas de se rattraper à l'occasion. Parce que seuls les imbéciles, etc.
Car l'"establishment", comme dit l'autre et bien qu'il le dise, ça existe. Je crois même qu'il a assez exactement « coagulé » cette partie dite élitiste du camp du oui, très représentée dans les médias ceci expliquant cela quant à la surreprésentation du "oui" dans les gazettes et sur les ondes.
Quoi le chômage ?! Oui, bon, il est certes « insupportable », mais pas de quoi en faire « un reproche adressé à l'Europe » ! Quelle ingratitude, en effet : « Peu importe que le marché unique, le tarif extérieur commun, la libéralisation des échanges et, dans leurs limites, les politiques communes aient permis de créer ou de sauvegarder des millions d'emplois. »
Voilà bien là laveu, la marque de lultralibéralisme à luvre jusque dans les têtes « bien pensantes » qui, elles, raisonnent en termes macro-économiques en tirant des plans sur la comète macro-sociale. Jentends encore Pascal Lamy [désormais patron de lOMC
] dire dans le poste, à propos des « inévitables délocalisations » qu« à terme » lemploi y gagnerait
A terme ! Lui qui na dautres angoisses que celle de ses fins de mois de riche parvenu aux gouvernes du monde empifré !
Voilà bien là lestablishment qui parle sans méfiance, comme de bonne foi
, compatissant à la misère du monde dont on finira bien par venir à bout. A terme
Et regardez ce quil va encore jusquà instiller de perfidie, le patron du Monde je souligne à nouveau : « Quoi qu'ils en disent, en effet, les anti-européens de gauche n'ont pas seulement additionné leurs voix avec celles de Jean-Marie Le Pen et Philippe de Villiers. Ils ont mêlé leurs voix. Et certains arguments ont circulé, de la droite nationaliste à la gauche radicale. »
Je mets donc les points sur les i : Jai voté non on sen serait douté. Au nom de lEurope, qui nest certes pas la même dans tous les curs. En quoi je nai rien mêlé avec les affreux. Et je ne laisse personne minsulter sans réagir vertement ! Surtout si la plume trempe dans les bruits de chiotte !
Au fond, ce qui mattriste et me révolte dans cette attitude, cest sa sécheresse de cur, oui, doublée dun absence de grandeur. Mais quel peut donc bien être votre Idéal, Monsieur Colombani ?
Et July enfonce le même clou. A croire quils sont endogames ces journalistes-là, ces directeurs-là, de ces journaux-là. Fréquenteraient-ils les mêmes cercles de pensée ronde et molle ? Ou bien est-ce moi, nous les non de gauche qui nous serions frottés de trop près aux même mauvaises fréquentations ? Un juge de paix y verra-t-il jamais goutte dans tel brouillard ?
Je me demande, Serge, si davoir tant abusé de la « lutte des classes » dans ta jeunesse ne te procurerait pas aujourdhui une sorte dallergie à sa moindre évocation
Que tu nen supporterais plus le risque anaphylactique, excuse le gros mot. Il doit y avoir de ça, qui te conduit à me taxer, moi et tant de semblables, des pires pathologies : xénophobie, populisme, anti-élitisme, anti-libéralisme. Et pour comble : masochisme ! Mais si je devais men reconnaître une, une seule, ce serait vraiment anti-élitisme. Car jy vois plutôt une vertu. Une vertu de citoyen debout, que ce monde effraie par sa violence, son injustice, son indécence à faire saccoupler misère et richesse à coups de pollution et dexploitation à en menacer lHumanité entière et la Planète avec. Cest de cette Europe-là que je continue à ne pas vouloir, au nom dun hédonisme politique autrement porteur de lendemains que tes cris doiseau de malheur.