Chier en plein air, quelle affaire !
Ah ah ! Il ny aurait pas que le pognon et le cul qui vous intéressent, la merde aussi donc. ;-) Cet article de Libé [16/04/05] part dun bouquin dune Américaine consacré à lessentielle question et intitulé «Comment chier dans les bois» et en plein air en général (Kathleen Meyer, chez Edimontagne). Le livre datant 1989, édité en France en 2001, on en déduira que lauteure de larticle, Marie-Dominique Arrighi, na pas été saisie à son sujet dune pressante envie décrire. Certes, le sujet demeure dune universelle permanence.
Mais ne faisons pas le dégoûté à lheure où la pratique de la rando ressurgit comme les iris du printemps. Dailleurs, à ce propos, même en retard et avec des giboulées de mars en avril et de la neige sur le Luberon! , la saison du renouveau est bel et bien là. Je men faisais la réflexion in petto tout à lheure, gambadant pédibus vers la Victoire (Sainte) et ses terres sublimes constellées de violets et jaunes iris (ma photo-témoin, prise au portable
).
Sans parler de cette alouette piaillant de plaisir, enivrée, jouant au yoyo entre les bourrades du mistral. Un vrai et pur symbole délévation
Tandis que cet article, taraudant, me ramenait sur le plancher des vaches, là où ça bouse, ça crotte, ça chie. A cause de ces quelques lignes a priori anodines, rien ne serait plus vraiment comme avant.
Avant, ben oui quoi, je me choisissais un coin à lécart, sympa, confortable, discret à la fois. Et, sans plus de questions, jy allais. En confiance, croyais-je, comme pour des milliers de générations avant moi, en un même geste ancestral. Inconscient, va ! Ainsi nai-je jamais respecté cette injonction de touiller sa merde pour sassurer dune décomposition réussie. « Utilisez un petit bâton, recommande le bouquin, un truc que vous pouvez laisser dans le trou, plutôt quun outil à remettre à la ceinture ». Quel outil? Je m demande bien. Encore un coup dAmerloque pour nous en boucher un coin. Ils sont tellement obsessionnels de la merde, là-bas aux States, dirait-on, que les touristes qui défilent au Grand Canyon doivent signer un engagement écrit selon lequel ils feront dans des bidons obligatoires. Carton de lait et scotch peuvent convenir. Les bols tupperware aussi, mais au risque dune explosion du couvercle en cas de surchauffe du méthane. Elle raconte tout ça, la Kathleen.
Autre question prégnante : celle du PQ. Lenfouir avec le reste ? Surtout pas !, ordonne la papesse du bien chier. Sauf si cest du bio (dégradable), à 3,50 euros les deux rouleaux [au Vieux Campeur], ce qui incite à léconomie, voire à lavarice. Dailleurs, on est bien là au cur du sujet : la merde et largent, cest kifkif disent les psy lodeur en moins. Là, on ségare. Donc le PQ ? Le brûler, dit-elle. Ah ouais ?; et les risques dincendie, et la couche dozone ? Bien, alors y a pas à tortiller (du cul): tout rapporter à la maison. Et là, procédure habituelle, les stations dépuration se démerderont.
Problème aussi en zone froide, et en particulier en altitude : pas ou peu dactivité bactérienne. Quasiment les merdes éternelles. « Sur lEverest, depuis une dizaine dannées, les grosses expéditions sont astreintes à redescendre leur merde », dit le bouquin. Ce qui ne fait que déplacer le problème à Katmandou. Comment on dit merde déjà, là-bas ? Ah oui : shit.
En tout cas, et ça nous ramène au fric : à un million et demi dexemplaires, son bouquin est devenu un best-seller mondial. En France, il est à 11 euros les 140 pages. Semmerde pas. Avec ce que jen dis ici gratos , on doit pouvoir sen passer. Et, mine de rien, dans son coin, pénard, chier sans se faire chier.
Note de lauteur : en parler sans détour et sans en
faire des kilos. Une gageure.