Complément de "c'est pour dire", blog de gérard ponthieu http://c-pour-dire.com/
Quelques réflexions à propos de la mise à nu, hier aux États-Unis, de "Gorge profonde", linformateur des journalistes du Washington Post qui, en révélant laffaire du Watergate, a provoqué la chute du président Nixon, en 1974.
1) Le plus beau, peut-être, dans lhistoire concerne la protection de la source, qui aura donc tenu plus de trente ans et naura été levée quà linitiative du premier intéressé, lauteur de la fuite, Mark Felt, ancien directeur adjoint du FBI.
Le plus beau et le plus important du point de vue du journalisme et de lapplication dun principe fondamental, sur lequel la profession ne devrait jamais céder. Cest lune des premières conditions dexercice du métier dinformer, surtout dans lordre du contre-pouvoir. Bob Woodward et Carl Berstein nauraient évidemment pu mener leur enquête à terme sils avaient enfreint cette règle. Quils ne sen soient jamais déliés, eux et leur rédacteur en chef, Ben Bradlee, est tout autant à leur honneur.

1974 : l'affaire éclate, les jours de Nixon à la présidence sont comptés.
À linverse les pouvoirs dans tous les régimes dailleurs, dès lors quun scandale se profile à lhorizon et provoque des accès dautoritarisme , nont de cesse de combattre cette protection des sources. Si Mark Felt sétait fait poisser, non seulement il aurait salement payé mais cen aurait été fini pour un sacré moment de toutes les autres éventuelles et ordinaires Gorges profondes Tel est lenjeu de la protection de toute source dinformation sensible.
2) Un informateur a toujours une motivation personnelle il est rarement, voire jamais, désintéressé. Nick Jones, son petit-fils estime dans le magazine Vanity Fair que Mark Felt «est un héros américain, qui a été bien au-delà de son devoir et a pris de grands risques pour sauver son pays d'une injustice horrible.» Mais, comme lexplique Woodward sur le site du quotidien de Washington, Felt a aidé le Post à une époque de très forte tension entre la Maison Blanche et une grande partie de la hiérarchie du FBI. Il espérait être promu à la tête du FBI, quelques semaines avant le "cambriolage" à l'origine du scandale du Watergate.
Selon lAFP, la famille du vieil homme (91 ans), apparu brièvement sur le pas de sa maison californienne sous les sunlights des caméras de télévision [ci-dessous], assure qu'il ne cherchait pas à démolir le président Nixon.

En regardant une émission télévisée sur le Watergate, sa fille Joan raconte dans le magazine Vanity Fair avoir délibérément demandé à son père, à la troisième personne: "Est-ce que tu penses que Gorge profonde voulait se débarrasser de Nixon?" "Non, je n'essayais pas de le descendre", a répondu Felt, insistant qu'il "ne faisait que (son) devoir".
3) Pourquoi « Gorge profonde », au fait ? « Deep Throat » était le titre dun film porno très hard pour lépoque : 1972. Cest le nom de code qui serait venu aux journalistes du Post Sortaient-ils du ciné quand ils furent contactés par leur informateur ? Tout ça pour relativiser aussi le mythe Berstein-Woodward non pas pour minimiser leur travail, qui est dindéniable valeur, mais pour faire ressortir le fait que le journaliste ne crée pas linformation, surtout quand elle lui est apportée « sur un plateau », comme cest le plus souvent le cas dans des affaires qui remontent au cur des institutions, des entreprises et a fortiori de lÉtat. Toutes ces copies de documents aboutissant au Canard enchaîné, par exemple, en France, ne tiennent pas quà la sagacité de ses journalistes. Cest notamment leur capacité à recouper et vérifier ces informations qui pourront ensuite créer lévénement. Et aussi, on y revient, le souci affirmé de la protection des sources.

Pour dire aussi que le « talent » dun journaliste, cest souvent sa réputation de sérieux qui le constitue, mais aussi le coup de bol. Le fait dêtre là au bon moment comme, par exemple, lorsque Escaro, dessinateur et administrateur du Canard passe un soir devant le journal, voit de la lumière par une fenêtre, décide daller éteindre la lampe oubliée
et tombe sur les fameux « plombiers » de Giscard : un Watergate à la française, un canardgate évidemment
4) Rappel : Le nom de Mark Felt avait déjà été évoqué dans les nombreuses enquêtes menées sur le Watergate, avec ceux de l'ancien chef du FBI Patrick Gray, de l'ancien secrétaire d'État Henry Kissinger, et même de l'ancien président George Bush, père de W.