Complément de "c'est pour dire", blog de gérard ponthieu http://c-pour-dire.com/
Il y a eu décantation : des sédiments se sont déposées au fond du bocal, selon leurs densités. Les plus lourds au fond. Et là, on trouve, mêlés, médiacrates et politiciens dominants confondus, alliés, réciproquement adoubés, depuis si longtemps quon ne les distingue plus.
Parlons des médias, cest notre vocation ici qui dailleurs fait toucher à tout Voilà une bulle qui aura résisté au tsunami [y avait longtemps , mais remarquons quen loccurrence le terme na pas été ressorti Fallait « relativiser » pour au moins sauver la face] du 29 mai. La bulle est bétonnée. Un monde y vit en autarcie, en endogamie. Même bouffe alimentaire et spirituelle. Même baise à finalité consanguine. Même reproduction des lignées bien-pensantes, parlure commune pour pensée Unique. Les aristocraties naissent et vivent ainsi. Séteignent aussi, sans disparaître tout à fait, sortes de corpuscules élémentaires, chaînes ténues mais qui savent résister, « rebondir » dirait-on de nos jours.
Donc, ils résistent. Ils tiennent le bunker de lÉlite. Avant, je naimais pas ce mot, men méfiais comme de la peste. Dailleurs, sa variante brune lavait gravé à son frontispice. Et pour ça, je men méfie toujours. De même que lestablishment, cher au même Le Pen. Pourtant je lai repris aussi, récemment [Jour daprès. LApocalypse ! prédit Jean-Marie. Masochisme ! renchérit Serge]. « Gaffe ! », ma averti mon pote Bernard. Oui, gaffe, mais le mot est juste et lautre ne la pas breveté ; il parle bien aussi de « peuple », le populiste, non ?
LÉlite, donc, loin de moi lidée de lamalgamer dans un quelconque discours anti-intellos, voire anti-pensée ! Dois-je même le souligner ? Lélite existe, certes. LÉlite aussi, avec une majuscule, comme dautres avec leurs particules. Cest le clan des autoproclamés « savants », souvent de ceux que mon père, comme par instinct, appelait les « instruits cons ». Savoir enfin croire savoir à quoi bon, oui, si cest juste pour dominer, briller, profiter, exploiter, aliéner, etc. ?
Ça, cest mon questionnement heureux de nêtre pas seul avec ! , mais Eux sen tamponnent totalement, puisquil sen goinfrent, bien sûr ; ils en sont comblés jusquà trop plein. Honneurs, richesses, même symboliques, ils en redemandent, nen auront jamais allez : fréquenter les « grands », picorer dans leurs écuelles argentées, monter aussi mais sur les bords les Marches de la Réussite, comme à Cannes, tout le ciné sociétal, la haute distribution, la piétaille qui bat des mains, et sans laquelle la jouissance serait comme inaccomplie Plus encore, il est vrai, si elle nétait relayée, amplifiée, magnifiée par ce miroir complaisant, suffisant de la société du spectacle et de ses médias serviles.
Il nest quà transposer Cannes, son Tapis rouge, son Palais, ses Princes et Roitelets. Ils sont là, en place, à lÉlysée ou à Matignon, jusquaux limousines noires ou grises ces Rolls modèle République. Et toujours, ô combien !, la piétaille journalistique oui : le peuple de la presse, souvent des jeunes, débutants ou précaires, qui tendent la sébille-micro-caméra, quémandant un mot, un regard, pitié ! Monsieur le Ministre, juste un signe, une piécette de Vous-mon-Prince, que je rentre pas bredouille et penaud à la maison-rédaction Je la connais, cette humiliante position, pour lavoir aussi vécue certes pas longtemps , avant la prise de conscience qui empêcha, grand merci, les affres de la Carrière. Et vraiment, je men sens plus heureux encore que fier.
Donc, jéprouve de la hargne devant ce pitoyable spectacle. Non pas, bien sûr, en direction des «jeunes confrères» je suis encore des leurs, par le cur, sans condescendance ; après tout quils en chient jusquà la révolte ! Jen veux, et comment !, à leurs maîtres, valets des pouvoirs, ignares avides de puissance vaine, salauds sartriens, pourris tout court. Me fais-je bien entendre ? Je désigne, et dénonce, les tireurs de ficelles qui, précisément, ont tenté de ficeler un débat à leurs profits. Mais ficelles trop grosses, pour une fois à force daveuglement et de surdité. Infirmités rédhibitoires qui relèguent à lhospice communicatoire je persiste, en dépit de mon correcteur buté ceux qui nauraient jamais dû renoncer aux beaux métiers déclaireur, passeur et autre chercheur à la Diogène : «Je cherche un Homme !»
→ A ce point, je passe le relais à quelques-uns dentre ceux qui sont restés debout. Ma sélection arbitraire, et incomplète :
Un pays sans miroirs, de Mona Chollet (in Le carnet de Périphéries). Magnifique article consacré en particulier au rôle des médias dans le contexte. Tout en finesse (et en longueur), il se termine par cette question : « Combien de temps un pays peut-il vivre sans miroirs? »
Un autre papier de haute volée, relayé par Acrimed, au titre puissamment évocateur : La procession des fulminants. Frédéric Lordon, chercheur, économiste, ny va pas avec le dos de la cuiller. Attaque :
« Que se passe-t-il dans les têtes journalistes ? Comme si les capacités daccommodation mentale sétaient trouvées saturées par lampleur du choc à assimiler, lévénement qui aurait dû produire le plus dimpact nen a produit aucun : par leffet dune combinaison dinertie et de stupeur, lappareil médiatique continue sur sa lancée, et ressasse en boucle les mêmes consternantes ritournelles, après comme avant le référendum. »
Encore sur Acrimed, une remarquable analyse, par Patrick Champagne, de la véritable agression dont Fabius a été lobjet sur France 2, le dimanche soir 22 mai, de la part de Béatrice Schonberg, sous couvert des « questions que tout le monde se pose ». Un délice : cliquer là.
Chez Politis, voir «Une voix plus forte pour Politis», par Denis Sieffert
Et, bien sûr, le Bloc-notes de Bernard Langlois.
Dans le Nouvel Obs, pour le papier de Jean-Claude Guillebaud
... et celui davant, déjà consacré à la campagne médiatique:
Ça ira pour aujourdhui ?