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4 janvier 2008 5 04 /01 /janvier /2008 10:10

undefinedJazzman de janvier nous offre un bel échange entre deux saxos de haute volée. François Théberge, le Québécois, s’entretient avec l’Américain Lee Konitz. L’un 45 ans, l’autre 80. Une même fougue musicale. Même et tellement autre, ce qu’on appelle le style, l’homme. Le mois prochain sort leur disque en commun – qui s’appelle pourtant Soliloque… En tout cas, cet entretien est un vrai dialogue. J’aime beaucoup ce que Lee Konitz dit de la voix, de l’instrument amplificateur de la voix. Ça me fait aussi penser à cet autre entretien dans lequel Keith Jarrett raconte qu’en jouant (du piano), il imagine jouer du saxo… Sans parler du fait que Jarrett chantonne et gémit en jouant.


Extraits de l’entretien Théberge-Konitz :

Que dirais-tu à un aspirant musicien? À un gamin de quinze ans qui adore le jazz et voudrait commencer la musique?
– De ne pas jouer de son instrument! Mais de chanter, d'identifier quelle est la musique qui lui correspond avant même de songer à maîtriser la technique instrumentale. Quoi qu'il aime ou écoute, qu'il se le chante à lui-même, qu'il en tape les rythmes avec les mains, qu'il l'entende dans sa tête, afin de se familiariser avec. Qu'il travaille cette faculté sans encore jouer d'un instrument. Celui-ci n'est qu'un amplificateur de la voix, si on peut dire. Donc, plus il entretiendra de familiarité avec sa voix, plus il sera à l'aise... Moi, j'ai commencé par siffler et chantonner avant de choisir la clarinette. J'avais onze ans. Deux ou trois ans après, je suis passé au saxophone alto.

Avant cela, tu sifflais les chansons que tu avais en tête?
– Oui, bien sûr. Je n'ai jamais éprouvé suffisamment d'assurance en la matière, mais j'ai tout de même chanté en public avec un orchestre mixte de Chicago. Je faisais une imitation d'Al Hibbler et de Billy Eckstine [Crooners noirs-américains des années 40]. Moi, freluquet boutonneux, je chantais Round the Clock Blues : « I said come on baby, lets have a little fun »... C'était à la Pershing Ballroom avec les petites Noires qui se disaient : "Mais qu'est-ce qu'il fout là, celui-là?" (rires). Enfant, j'écoutais beaucoup la radio. On entendait les orchestres de danse, des retransmissions depuis différents grands hôtels et salles de bal: Benny Goodman, Count Basie, Harry James, Glenn Miller, Jimmy Dorsey, Tommy Dorsey, Artie Shaw... C'est ce qui m'a inspiré.

Une fois que l'on a appris à chanter, quelle est l’étape suivante?
– Se familiariser avec les "Grands". Ce sont eux qui nous fournissent nos "études" à nous. Comme Chopin et Schubert. Nos études, ce sont les solos de Louis Armstrong, de Lester Young, de Roy Eldridge.

C'est amusant, parce que Stéphane Belmondo me disait que tu avais des phrases qui sonnent comm du Roy Eldridge!
– Je le prends comme un compliment! Il faisait partie des musiciens qui jouaient avec le plus d’intensité de tous ceux que j'ai entendus. C'était un chanteur, vous savez? Une sorte de Chet Baker « hot ».

Photo : Lee Konitz, François Théberge, Centro joven Sanse (San Sebastián de los Reyes, Madrid) © 2007 Javier Nombela

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