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28 mai 2005 6 28 /05 /mai /2005 22:00

mon JOURNAL. Quand papa allait voter, sur le coup de midi


Il allait partir voter. Sur le coup de midi, un peu avant. Il s’était endimanché, puisque c’était dimanche. On vote toujours un dimanche. Mais en fait, s’il mettait ses beaux habits, sa cravate, son chapeau même, c’était pour honorer la Démocratie. Comme s’il était allé à la messe des croyants, ce qu’il n’était pas. Pas dans ce sens là. Car il croyait aussi, autrement, de toutes ses croyances de républicain, de socialiste, d’homme de gauche, de progrès, de justice… Il croyait donc à toutes ces valeurs qu’il aurait écrites avec majuscules. La République. Ce mot plain – j’écris exprès comme ça, comme dans plain-chant, à chanter pleinement, oui, pour se retrouver aussi sur le même plan de la société des justes, des frères, des égaux – sans majuscules de ma part, moi qui me méfie des statues, des édifies, ces monstres creux, souvent, comme les mots aussi – trop creux.



Robert et Adrienne, comme vous ne les avez jamais vus…


Mon père, donc, avait mis son costard du dimanche et allait remplir son devoir de citoyen. Ça ne se discutait même pas. Car derrière le rite, ou ce qui pourrait être décrit comme tel aujourd’hui, il y avait sans doute, sans doute aucun, l’engrammage de quelques siècles de luttes, et au moins du dernier dont il était porteur. L’Histoire de la République, que des générations de magisters, ces maîtres d’école, ces instit’ à l’ancienne, avait portée et colportée, avec son fond de vrai, avec son imagerie d’Épinal, sa mythologie précisément républicaine… Cette Histoire dont je me sens aussi porteur, comme par héritage, mais dont je ne suis plus sûr du tout d’en être encore passeur…, comme si une rupture s’était produite là, sous nos yeux, dans nos sociétés perdue, ou si désorientées… Perte de l’Orient, le Levant comme on disait naguère. Tandis que l’Europe, qui se (re)voudrait nouveau phare, semble s’éteindre aux Lumières, ne porte plus, dirait-on, que les flambeaux au néon des gloires marchandes.

Mon père et une époque – son époque, et ma jeunesse. Donc ma mère suivait, en presque tout. Elle s’habillait au plus chic elle aussi, allait jusqu’au maquillage, rouge aux lèvres et retouche aux pommettes. Une des rares fois où ils allaient ensemble, du moins en public, en une messe laïque, sans séparation apparente des sexes. En République. Mais en république patriarcale « normale », d’époque. Car mon père n’avait rien du patriarche ancestral, ce mâle dominateur. Pas du tout. Il épousait juste son temps, en héritier qui n’avait rien demandé. Ce temps qui exigeait des épouses suiveuses du mari. Telle n’était pas non plus ma mère – pas entièrement, mais un peu-beaucoup – puisqu’elle aussi vivait dans le même temps, le leur. Elle voterait donc comme lui. Mais pas en soumission résignée, juste en raison de leur histoire commune, cet enchaînement programmé dans les innombrables destins de ces générations-là : enfants de paysans pauvres, familles nombreuses, guerres, incertitudes du lendemain, restrictions, reconstructions, emmerdements-démerdements… Ils faisaient ce qu’ils pouvaient. Et ils ont pu – pas si mal, pas mal du tout – la preuve, regardez : moi, je suis là, par eux ! Vivant plutôt bien dans une société… pas si mal. Qui vaudrait tellement mieux encore ! Mais j’en connais aussi d’autrement pires, des totalitaires et assassines, des dominantes, des opulentes et des misérables. Toutes si injustes. Partout dans ce monde, que j’aurai en partie parcouru. A chercher le pourquoi – surtout le pourquoi de tant de Misères !

J’aimais tant ces beaux jours, comme de grandes fêtes païennes. J’y repense aujourd’hui avec émotion. Pas tant parce que ce 29 mai de référendum m’inonderait de nostalgie – je me contente de son parfum. Mais le rite républicain, même dévoyé par trop de politiciens merdiques, non démocrates, jette le pont entre le passé, l’histoire de chacun, et ses aspirations, ses projections vers l’Avenir – grand A comme Aventure humaine.

Ça y est, me v’là lyrique, limite pathos… Il s’en faudrait de peu puisque, pensant à mes parents, voire au-delà, je pense aussi à nos enfants. Au nom du présent.

Je cherche en vain le mot qui dirait une nostalgie du futur. Une sorte d’espérance mélancolique. Une langueur tendue vers l’à-venir, délivrée de l’angoisse.
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27 mai 2005 5 27 /05 /mai /2005 22:00

Un film, un texte : magiques, et peut-être utiles



Au cas où vous manqueriez de distraction pour ce "jour d'avant", je vous conseille un petit bijou de film, un détournement plein de finesse et savoureux. Il suffit de cliquer là : magique !





Et si vous vous trouviez embourbé dans vos rélexions à n'en plus finir, à vous ranger dans les 17 des 30 pour cent des sondeurs, j'ai là un petit texte bien enlevé, bien court (contrairement à…), convaincant autant que mesuré. Bref, un texte que j’aurais aimé signer.
Eux l'ont fait d'abord : Jean-Louis Comolli, Guy Coq, François Dagognet, Régis Debray, FrançoiseGaillard, Robert Guédiguian, Jean-Claude Guillebaud, Marie-JoséMondzain, Gérard Mordillat, Dominique Noguez, Bernard Noel, MichelOnfray, Ernest Pignon-Ernest et Serge Sautreau

Il est paru dans Libé du jeudi 26 mai. Le voilà le voici :


Oui aux Lumières, non au traité

Inquiets, en tant que citoyens, de voir le fossé se creuser entre les nantis et les démunis ; heurtés, en tant que laïcs, par l'enrôlement unilatéral des médias publics d'information, pourtant financés par l'ensemble des contribuables ; alarmés, en tant qu'individus, par le ton « Ordre moral » de trop nombreux partisans du oui, avec intimation notabiliaire du bas peuple et stigmatisation injurieuse des dissidents ; et conscients du devoir de combattre demain le populisme revanchard et sot, les soussignés croient devoir manifester ce qu'en d'autres circonstances ils auraient gardé pour eux : on ne s'interdira pas, le 29 mai, de voter non.

Le oui a des raisons auxquelles nous ne sommes nullement insensibles. Aussi respectons-nous ceux qui en feront le choix, sans y voir pour autant le camp du Bien ou de la Vérité. Car ne nous leurrons pas : chaque option est un pari sur l'avenir, aucune n'est en position de délégitimer l'autre. Les risques sont partagés. Tout bien pesé cependant, et puisque l'incertitude sur l'ultime ne saurait justifier l'abstention dans l'immédiat, il nous semble que l'adoption de ce Traité constitutionnel, en l'état, fera courir plus de risques que son rejet, à l'Europe que nous appelons de nos voeux : un Continent où les salariés soient aussi considérés que les chefs d'entreprise, et où le banquier n'ait pas le dernier mot ; non-aligné à long terme sur les Etats-Unis d'Amérique ; et bien décidé à fausser la concurrence commerciale en matière de culture, de recherche et de service public.

Il est, là-contre, un argument qui nous semble en tout cas irrecevable dans son principe, sauf à ériger le mouton de Panurge en modèle civique : le devoir que nous aurions de coller à nos voisins et amis, tout écart à la moyenne étant censurable. Si tel est le cas, gommons dès demain des annales de la République la République elle-même, à savoir le 18 juin 1940 et la Commune de Paris, 1792 et 1848, Mai 1968 et Mai 1981. Toutes les fois que notre pays a laissé une trace dans la mémoire des hommes, et rendu service aux peuples frères, il fut en effet à contre-pied. L'esseulé de la veille se retrouvant, à chaque reprise, l'exemplaire du lendemain, ou du moins son ferment. Pour transformer en un oui à l'Europe des Lumières, un non à ce traité obscur.

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25 mai 2005 3 25 /05 /mai /2005 22:00

SCOOP. Cette année, Noël tombe un 25 décembre…


J -5, ce référendum de mauvais augure finit par lasser. Ouf, l'été arrive ! On va même l'anticiper. Ne dit-on pas qu'informer c'est prévoir ? A moins qu'il ne s'agisse de gouverner ? A moins qu'il ne s'agisse d'inciter à l'optimisme, ou de divertir… Va savoir ce qui commande les choix journalistiques.




Il ne s'agit donc pas a priori d'un tiré à part commandé par la Chambre de Commerce locale. C'est la Une de "La Provence" de ce 24 mai.

Par quelle magie une telle manchette va-t-elle "harponner" le lecteur dubidatif et l'inciter à investir 0,80 euros ? Crise de la presse, ou crise du journalisme ? Les deux, mon capitaine !


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25 mai 2005 3 25 /05 /mai /2005 22:00

Le directeur du Monde assimile Fabius à Le Pen – et déclenche un tollé

Pour ce qui est de la hauteur de vue, n’est pas Sirius qui veut. Pour la finesse d’analyse non plus. Jean-Marie Colombani vient de signer un édito très ras des pâquerettes, intitulé «Illusion du non». Le parti pris politique m’importe peu – chacun ses choix, et vive le débat démocratique ! Or,…


… Or, que dire de l’ « argument » suivant : « […]pour le chef de file du non à gauche, Laurent Fabius, cette évolution n'est guère surprenante: il était logique et cohérent qu'un jour ou l'autre l'homme qui s'était distingué en assurant que Le Pen posait "les bonnes questions" finisse par donner sur un sujet décisif la même réponse que Le Pen. » ?

Sirius, je le rappelle pour les nouveaux arrivants, était le pseudo avec lequel le fondateur du Monde, Hubert Beuve-Méry, signait ses éditoriaux. Figure tutélaire du journal, et aussi emblème de la profession d’informer, son nom trône toujours sous la têtière du « quotidien de référence », à la gauche ( !) du directeur actuel. HBM contre JMC, autant dire deux Mondes.

Sur le Monde.fr, plusieurs dizaines de réactions font suite à cet édito. Sans doute dans des proportions proches des sondages en cours… De très favorables par principe, sans arguments bien particuliers, mais aussi, je crois bien, davantage de défavorables dont les contenus sont parfois très violents. Exemples :

« Une fois encore vous utilisez l'argument de la dernière chance avec ce rapprochement Le Pen-Fabius-Villiers...c'est triste de la part d'un journal qui se dit sérieux...Vous aurez ainsi contribué à mettre Le Pen au coeur de la campagne en permanence alors que pour une fois on ne l'entendait pas...on se croirait revenu au temps où Mitterrand instrumentalisait le FN pour affaiblir la droite...Il vous faudra plier lundi et arrêter de prendre les Français de haut. Quelle méconnaissance de la France! »

« L' amalgame Fabius-Le pen est indigne. Oui Le Pen pose les bonnes questions et donne de mauvaises réponses. Et non, les réponses de Fabius ne sont pas les mêmes que Le Pen. Le Non est une question à toute la classe politique : Avec votre mondialisation, ou voulez vous en venir ? Quel est votre programme ? Quels sont vos marges de manoeuvre de résistance. La résistance annoncée de la commission européenne à l'invasion du textile chinois tourne à la caricature. Il n'y aura aucune mesure. »

« Le malheur, c'est qu'on pourrait faire de même un magnifique éditorial, sans "parler comme Georges Marchais" et en l'intitulant "illusion du oui"... Le malheur, c'est que cette Constitution est une bouillie infâme dans laquelle on peut trouver tout aussi bien le remède que le poison, l'abîme que le garde-fou. Elle est tellement équivoque qu'en dépit de son volume elle équivaut à un saut dans l'inconnu. Moins on la connait, plus elle rassure. Plus on la connait, plus elle inquiète...

« Monsieur Colombani, vous avez franchi la ligne rouge. Le mépris que vous exprimez dans votre article du 26 mai pour la majorité de Français qui vont voter NON le 29 mai est pour moi insupportable. J'ai besoin d'entendre l'opinion de celui qui ne pense pas comme moi.Je me passe de son mépris. Le MONDE n'a plus rien de ce qu'il a été. Vous aurez conforté les méprisants, vous n'aurez pas convaincu les méprisés. Mon non est plus fort. En juin, je ne serai plus abonné au MONDE. Jean Pierre Vidal

« de quelle Europe parlons-nous? Celle se faisant depuis longtemps où les cadres et professions intellectuelles (62% pour le oui) trouvent naturellement leur compte (bancaire, culturel, en pouvoir etc) ou bien celle qui ignore superbement les ouvriers et employés (60% pour le Non) et leurs problèmes très quotidiens d'emploi, de fin de mois. Mr Colombani parle aux premiers (c'est le lectorat du Monde) dans leur langage et méconnaît les seconds ou du moins ne sait quoi leur dire,ou comment leur dire

« Les assimilations entre Fabius et Le Pen sont nauséabondes . il ne vous teste pas grand chose comme argument Toute le propagande , toute la désinformation (où le Monde a été largement partie prenante ) semblent échouer : faute d’empêcher le NON , il faut travestir son sens et ressortir le soldat Le Pen : hier plutôt Hitler que le Front populaire , aujourd’hui plutôt Le Pen que le Non de gauche , c’est à çà que vous jouez ?

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24 mai 2005 2 24 /05 /mai /2005 22:00

Sur l’information et les médias, ce traité en dit peu, bien trop peu…

   En tant que journaliste, ma question est aussi de savoir si le traité proposé touche aux médias et au métier d’informer, de quelle manière et dans quel sens ? Tentative d’analyse personnelle autant qu’isolée, n’ayant rien trouvé d’explicite à ce sujet chez les confrères.


Première remarque : le texte soumis contient vraiment peu de chose sur l’information. D’un côté, c’est plutôt bon signe, dans la mesure où, la liberté prévalant, il n’y a pas lieu de l’encadrer. D’un autre côté, on peut aussi comprendre que, l’activité de collecte et de production d’information étant assimilée à n’importe quelle autre marchandise, il n’y a pas lieu de la distinguer. En quoi elle serait donc soumise à l’ensemble des articles encadrant le marché et la concurrence « libre et non faussée ».


La première référence – et seule, semble-t-il – à l’information figure au début du texte, dans la Charte des droits fondamentaux :

« Article II-71 Liberté d'expression et d'information

1. Toute personne a droit à la liberté d'expression. Ce droit comprend la liberté d'opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu'il puisse y avoir ingérence d'autorités publiques et sans considération de frontières.

2. La liberté des médias et leur pluralisme sont respectés. »

Rien de nouveau par rapport à la Charte européenne des droits de l’homme (CEDH). Ce sont là des généralités qui partent d’apparents bons sentiments. À mieux y regarder cependant…

Liberté et pluralisme « respectés » : certes, mais comment ? Je dois comprendre que c’est en vertu des lois du Marché et de la « concurrence libre et non faussée » – soit exactement ce qui a permis à un Serge Dassault d’acquérir quelque 70 titres en une seule opération financière. Son champ d’action se verra donc constitutionnalisé. D’autant que le point 1, sur la liberté d’expression, exclut toute « ingérence d'autorités publiques », consacrant ainsi ce qu’il convient d’appeler le libéralisme et, de surcroît, « sans considération de frontières »…

S’il ne s’agit pas là de cette fameuse « liberté du renard dans un poulailler libre », qu’on m’explique.

Et puis, en plus, il y a dans l’Acte final une « explication » qui me chagrine. Il serait bon de se référer au texte (p 173 de la version référendaire). Je recopie seulement le passage « louche » à mon sens :

« L'article 11 (3) correspond à l'article 10 de la CEDH, qui se lit ainsi: […] Le présent article n'empêche pas les États de soumettre les entreprises de radiodiffusion, de cinéma ou de télévision à un régime d'autorisations. » Je comprends qu’il s’agit de préserver la « raison d’État » et, de même, de préserver l’état d’exception pouvant justifier un contrôles des antennes publiques. Mais je ne suis pas rassuré, notamment à cause du caractère général de la formulation…

D’autant que le point 2 suivant, qui aborde la liberté des médias, est carrément incompréhensible, fond et forme ; il fait référence à des affaire, protocole et directive inconnues… Un modèle de charabia juridico-techno-obscurantiste.

Donc, là, je tique encore.

Ensuite, plus généralement, je ne trouve pas de quoi satisfaire mes exigences de journaliste, notamment en terme d’accès à l’information. Par exemple, sans prétendre à l’exhaustivité :

« - La banque centrale européenne n’est pas tenue de rendre publiques ses décisions (art III 190) ;

- Le conseil européen n’est pas tenu de rendre publiques les recommandations qu’il formule à un État en situation de déficit excessif (art III 184) ;

- Le conseil européen n’est pas tenu de rendre publics les projets de sanctions qu’il formule à l’égard d’un État dont la politique économique ne serait pas conforme aux grandes orientations de la politique économique de l’union (art III 179) »

Plus que dérangeantes, je trouve, ces restrictions à l’information, précisément contraires au droit du public à l’information qui légitime le métier de journaliste.

Pas moins troublant : au chapitre « politique étrangère et de sécurité », en cas de crise et a fortiori de conflit, aucune garantie d’accès à l’information n’est inscrite pour les journalistes. À croire que les guerres du Golfe et de l’ex-Yougoslavie n’ont pas inspiré les auteurs du TCE.

Pour le reste, mes inquiétudes rejoignent celles qu’on peut exprimer autour du projet de société contenu ou non dans le texte. Mais c’est plutôt le rôle des syndicats, en l’occurrence des syndicats de journalistes de prendre position sur, par exemple :

– les statuts des personnels, les conventions collectives ;

– le maintien des clauses de conscience et de cession (changement d’orientation d’un titre, ou changement de propriétaire) ; la protection des sources d’information (« secret professionnel ») ;

– les droits des pigistes, les droits d’auteur ;

– la fiscalité et les aides à la presse : ces points, en particulier, seront soumis au principe dit de « concurrence libre et non faussée » (art I-3-2), autrement dits supprimés.


Qu’en sera-t-il, enfin, des sociétés de l’audiovisuel du service public et de la notion même de Service public et de son financement ?

Voilà où j’en suis. Pas besoin de faire un dessin : ça coince. D’accord, j’aurais dû m’y prendre plus tôt pour inciter au débat. J’attendais peut-être que les grands journalistes des grands médias tirent les premiers… J’ai eu tort.


→ Voir aussi : Référendum. En deçà et au delà des convictions.

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22 mai 2005 7 22 /05 /mai /2005 22:00

URGENCE ! La famine menace 3,5 millions d’Africains du Sahel


Le Niger, pauvre entre les pauvres, devrait accueillir en décembre prochain les 5e Jeux de la Francophonie, sorte de JO à la mode françafricaine… Pourquoi pas. Mais pourquoi donc ? Pour « aider au développement », selon la rengaine tellement rabâchée ? Pour sacrifier au rite antique postulé : « Du pain et des jeux » ? Si le peuple nigérien aura peut-être « ses » jeux, pour le mil et le sorgho, il devra encore attendre !

Le Sahel, en effet, connaît une terrible famine. La FAO estime à 23, le nombre de pays africains touchés par la famine – la moitié du continent ! On a fini par s’y habituer, de ce côté-ci de l’hémisphère opulent. Là-bas, non. De même a-t-on fini par ranger cette injustice au rayon des fatalités. Mais parmi les épidémies et pandémies qui ravagent l’Afrique, il en est une qui se porte bien : la corruption. A tous les étages de la vie politique et économique. Quelques médias courageux s’évertuent à combattre le mal, grains de sable dans les dunes rampantes du désert.

En attendant, quelques associations, aussi courageuses et dévouées, s’emploient de leurs côtés à colmater les brèches de l’extrême pauvreté. C’est le cas de l’Assofrani qui nous envoie son témoignage et son appel à la solidarité.


Au secours du peuple nigérien !

Au Niger, pas de guerre civile (la rébellion touarègue s’est terminée en 1995), ni de tremblement de terre. Rien que la famine qui menace 3 millions et demi de personnes, près du tiers de la population totale. Les bêtes dans les troupeaux meurent les unes après les autres. La vie des nomades, touaregs ou peuls, est menacée à très court terme. Sauf si la solidarité se met en place rapidement.


Les populations nomades doivent vivre dans un habitatsommaire, démontable et transportable facilement pour suivre letroupeau dans ses déplacements à la recherche de la nourriture

Le territoire du Niger est constitué à 80 % de désert. Plutôt de déserts car la physionomie du paysage change. Parfois terre nue et plate, parfois dunes comme le fameux Ténéré qui déclenche, rien qu’avec son nom, des envies de partir… Parfois herbes sèches parsemées, parfois roches polies par les tempêtes de sable. Et dans ces territoires, que de monde ! Sur une superficie deux fois plus grande que la France vivent – ou plutôt tentent de survivre – quelque onze à douze millions d’habitants.

Paradoxalement, le fleuve qui donne son nom au pays ne le traverse en réalité que dans une toute petite partie, à l’ouest, en venant du Mali et partant vers le Bénin.

Cela fait trois ans que l’unique saison des pluies n’est pas satisfaisante. D’octobre à juin, pratiquement pas une goutte ne tombe. Dans certains villages, les femmes et les enfants n’ont comme dernier recours que de danser pour appeler la pluie. Et, un malheur n’arrivant jamais seul, en plus de ces trois années de sécheresse, les criquets se sont abattus sur les récoltes voici six mois. Aujourd’hui, la situation est catastrophique. 90 % des récoltes sont détruites. Le fourrage manque aux animaux et la population subit de plein fouet l’augmentation du prix des sacs de mil ou de sorgho.


Les éleveurs proposent leurs plus belles bêtes sur les marchés. Ici, celui de Baléyara.

Six chèvres pour un sac de 50 kg. En temps normal, le sac de mil de 50 kilos peut se troquer au marché contre une chèvre. Avec cela, une famille (avec la notion de famille africaine) peut manger pendant une semaine. En ce moment, les chèvres sont si maigres et les prix du sac ayant flambé, un éleveur doit donner six chèvres pour le même sac. Personne ne peut tenir dans ces conditions. Les troupeaux sont décimés. Ils sont soit troqués, soit mangés, soit morts de faim.

Pour tenter de sauver une partie de leur cheptel, les bergers se dirigent vers le sud, là où les terres sont cultivées. Dernièrement, dans la région de Dosso, des troupeaux affamés se sont rués dans les champs pour manger. Les affrontements qui ont suivi entre éleveurs nomades et paysans sédentaires ont fait 11 morts et 22 blessés.

Intervenir en urgence. Médecins sans Frontières a déjà déployé sur place trois centres de nutrition thérapeutiques à Maradi, Dakoro, et Keita et 21 centres ambulatoires (1). Mais, il est nécessaire de s’occuper des populations, sédentaires et nomades dans les parties isolées, afin d’éviter des milliers d’hospitalisation dans le meilleur des cas, des milliers de décès dans le pire. L'objectif pour Médecins sans Frontières : répondre à l'urgence nutritionnelle en ouvrant de nouveaux centres de prise en charge de la malnutrition sévère, et mobiliser les autres acteurs de l'aide au Niger pour tenter de prévenir la dégradation de la situation. Même avis pour Hélène Agnelli, coordinatrice d’Agir contre la Faim au Niger (2). « Il faudrait, dit-elle dans une correspondance particulière, pour que l'action ait un sens, que des fonds arrivent avant le 1er juin. »


Dans le classement de l’ONU, le Niger est le dernier pays au monde en fonction de son PIB.

En effet il y a deux genres d’aide humanitaire. Acheminer du fourrage et des céréales sur place ou envoyer des fonds pour acheter sur place. Dans les deux cas, c’est l’urgence qui est décrétée.

150.000 euros… De nombreuses ONG se mobilisent. Ainsi, dans le massif de l’Aïr, le collectif de 17 associations s’est fixé comme but la récolte de 150.000 euros pour subvenir aux besoins. Mais des secteurs entiers sont oubliés. L’AACP (3), l’Association d’action contre la pauvreté supervise une zone de 140 km sur 160 km autour du village d’Abalama, à 80 km au sud d’Agadez. Son président, Bakri Habala, est actuellement en France. Il vient de trouver un partenaire en l’Assofrani (4), l’Association de solidarité Franco-Nigérienne, basée dans l’Aube. Rien que sur cette zone, 50.000 euros sont indispensables pour sauver les 16.000 habitants, nomades ou sédentaires.

Fanette Delamarre, présidente de l’Assofrani, a interpellé le président de la Chambre départementale d’Agriculture afin de mettre en marche des actions de solidarité que le monde paysan connaît bien. D’autres démarches sont d’ores et déjà lancées avec la FNSEA et des associations de solidarité agricoles. Des interventions en direction des grands groupes céréaliers français vont avoir lieu dans les prochains jours.

Les surplus de céréales en France, et au niveau européen, se comptent en dizaines de milliers de tonnes. Une partie pourrait être offerte aux populations nigériennes. Triple inconvénient : le temps nécessaire à monter ce genre d’opération, le coût de l’acheminement avec les problèmes de distribution, avec les « pertes » et le coup porté au système économique local. Inonder le marché nigérien de céréales offertes empêche, dans le même temps, le dernier pays du monde (selon le classement de l’ONU par rapport au PIB) à se forger une économie. Mais, à année exceptionnelle, mesure exceptionnelle.

L’Assofrani tente également de recueillir des fonds (5) pour acheter de la nourriture de substitution pour les animaux, essentiellement des graines de coton et du son disponibles entre autres dans le sud du pays et le voisin nigérian. Pour la population, essentiellement des sacs de mil et du riz, leur nourriture de base traditionnelle.

Habituellement, cette association intervient dans l’amélioration de l’accès à l’eau et profite de ses déplacements pour acheminer du petit matériel scolaire et des médicaments. Mais dans le cas présent, l’urgence n’est même plus dans le développement de l’éducation. Elle est dans la survie de millions de personnes.

Qu’y a-t-il de plus beau que de sauver la vie d’un être humain ? Certains, comme les pompiers, les urgentistes, les chirurgiens et bien d’autres ont choisi d’en faire leur quotidien. Mais pour l’immense majorité des Français, cela peut être maintenant !

–––
(1) www.paris.msf.org
(2) www.acf-fr.org
(3) action_pauvrete@yahoo.fr ou tél. 06 32 76 57 25
(4) www.assofrani.org
(5) Libellez vos chèques à l’ordre de : Assofrani – Abalama, et adressez-les : 1, rue Lamoricière 10300 Sainte-Savine France

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21 mai 2005 6 21 /05 /mai /2005 22:00

Irresponsabilité, raisons d’État : sale temps pour les médias

Contre-pouvoir, la presse devrait en effet jouer ce rôle. C’est sa première justification. Informer, ce serait quoi d’autre ? Et pour cela, il ne s’agit pas d’imaginer que les journalistes redressent des torts en permanence. Non, juste établir les faits de la société des hommes au plus près de sa complexe réalité. Cela suffit largement à occuper une vie de journaliste.

Cette fonction, pourtant, s’est amplement affadie, voire affaiblie depuis qu’une grande partie de la presse se fait laminer par des repreneurs industriels et/ou financiers, au même titre que telle chaîne de distribution.

En rayon cette semaine, en provenance de Grande-Bretagne, des États-Unis et de France (hors référendum !), nous avons quelques produits intéressants. Intéressants en ce sens qu’ils nous questionnent sur la finalité de certains médias. L’éventail va de la vulgaire crapulerie marchande à des affaires d’État, en passant par de louables tentatives de résistance.

→ Deux crapoteux tabloïds du magnat Rupert Murdoch, le Sun (britannique) et le New York Post (américain), ont publié vendredi des photos de Saddam Hussein en prison, dont l'une le montre en slip, déclenchant une enquête de l'armée américaine, les protestations de ses avocats, un regain d’agitation dans certains milieux islamique.

Les rédactions concernées disent avoir dû résoudre un « véritable cas de conscience »… Ben voyons.

→ Le New York Times a publié vendredi un rapport d’enquête très détaillé et accablant sur les tortures infligées à des prisonniers en Afghanistan par les forces américaines.

Le quotidien new-yorkais « de référence » cherche à se refaire une virginité journalistique après sa couverture peu glorieuse de la guerre d’Irak.

→ Newsweek à dû démentir son information selon laquelle des interrogateurs états-uniens de Guantanamo avaient jeté des exemplaires du Coran dans les toilettes. Ce démenti a fait suite à de très insistantes demandes de la Maison Blanche. Tandis que le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) confirmait plusieurs cas de profanations du Coran, sur la base de témoignages recueillis auprès de prisonniers.

Hebdo plutôt proche des démocrates, Newsweek vit mal cette affaire ; il se voit traité de « Newsweak » (faible en infos) par CNN.

→ Affaire Borrel : censure et remous à Radio France Internationale

Un cas de censure à RFI (Radio France Internationale), a mis les journalistes en effervescence. L’affaire est liée aux rebondissements judiciaires sur la mort mystérieuse du juge Bernard Borrel, il y a dix ans à Djibouti.

Selon les syndicats et la SDJ (Société des journalistes), la direction de RFI a déprogrammé, le 30 mars, une heure avant son passage à l'antenne, un reportage consacré au combat de la femme du juge Borrel pour faire reconnaître "l'assassinat" de son mari. La Société des journalistes a d’abord obtenu que le reportage soit reprogrammé le 27 avril. Mais l’article correspondant, normalement publié sur le site internet de la station, a été soudainement retiré.

Origine de cette censure. "Vient-elle du PDG de RFI ? De la direction de l'information ? Du Quai d'Orsay ? Ou bien du président djiboutien, réélu à 96 % ?", interroge la SDJ dans un communiqué.

Rappelons que le président djiboutien, en visite officielle en France le 17 mai, était convoqué au palais de justice de Paris, le lendemain de sa réception par Jacques Chirac. Il a préféré sauter dans l’avion du retour.

→ Nuage de Tchernobyl sur la France : pourquoi le reportage d’Envoyé spécial a-t-il été déprogrammé ?

Prévu et annoncé dans les programmes TV pour une diffusion le 14 avril sur France 2, un reportage d’Envoyé spécial a été déprogrammé au dernier moment.

Ce reportage devait être consacré au mensonge de l’Etat français lors du passage du nuage de Tchernobyl sur la France en avril et mai 1986.

La veille, la Criirad (Commission de Recherche et d'Information Indépendantes sur la Radioactivité) avait demandé la mise en examen du Pr Pellerin dont ses propos de douanier sur les risques radioactifs font encore rigoler (jaune).

Considérant que M. Jacques Chirac était Premier ministre au moment du passage du nuage de Tchernobyl sur la France, le Réseau "Sortir du nucléaire" espère que la déprogrammation du reportage n’est pas le fait de pressions "au plus haut niveau".

 

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13 mai 2005 5 13 /05 /mai /2005 22:00

Fiche pratique. Comme Eddie Barclay, savoir bien réussir sa sortie médiatique


Vous voulez bien mourir, soit, mais pas dans l’anonymat. Comme nous le comprenons ! Spécialistes en médias-com’, nous pouvons vous aider à parfaire votre Plan Fin de Vie (PFV). Nous avons rassemblé ici dix conseils pratiques, remis à jour en nous inspirant de la riche et récente actualité. Nous nous servirons en particulier des enseignements fournis par Eddie Barclay à l’occasion de son décès. La disparition de ce grand homme, on l’aura sans doute remarqué, a été saluée par une presse unanime. On peut même parler d’une célébration. C’est pourquoi nous analyserons cet exemple encore tout chaud – si l’on ose dire.


Conseil n°1 : Être prévoyant. En effet, un Plan de Fin de Vie (PFV) doit se comprendre comme une assurance-vie. A ce titre donc, plus tôt on le met en place, plus il rapporte. Pour une rentabilité correcte, il vous faut compter sur un investissement d’au moins vingt ans. Si vous avec dépassé la cinquantaine, vous devrez penser au PAFV, Plan Accéléré de Fin de Vie ; évidemment il est plus onéreux, mais tout à fait adaptable à vos revenus. →

Conseil n°2 : Cultiver l’excès. Quelle que soit votre personnalité, vous devrez absolument parvenir à ce qu’en jargon tendance on appelle «être très». Très quoi ?, direz-vous… → conseils suivants.


C'était écrit : l'horoscope d'Eddie Barclay, alias Édouard Ruault

Conseil n°3 : Être « très » en tout et n’importe quoi, pourvu que ce soit avec excès. Homo, hétéro, bi, sado, maso, sado-maso, intello, bo-bo, gogo. La catégorie importe peu dès lors que vous serez aussi très riche. Si ce n’est pas encore le cas, gérez votre mise de départ avec intelligence. C’est le manque d’ambition qui est la vraie pauvreté. Mais quelle que soit votre fortune, vous devez activement devenir un adepte farouche de l’adage fameux selon lequel « on ne prête qu’aux riches ». La vraie richesse étant celle de la célébrité, rappelez-vous toujours qu’on ne la conquiert qu’avec la complicité active des médias. →

Conseil n°4 : Penser médias. Ce qui veut dire : à tout instant, jour et nuit, savoir vous donner en représentation médiatique. C’est la partie «Plan de vie» active qui, en toute logique, précède la Fin – application de cet autre précepte bien connu : la Fin justifie les moyens. Ainsi, toutes vos décisions, toutes vos entreprises et actions devront comporter leurs volets «médias». Ne pas renâcler à changer de blaze : Édouard Ruault, Jean-Philippe Smet, aux poubelles et vive l’Amérique ! A l’image des hommes politiques, votre action ne vaudra que par sa VAC (Valeur Ajoutée Communication). C’est la phase déterminante en terme de retour sur investissement. →

Conseil n°6 : Recenser les médias dignes d’intérêt. Étant entendu que tous le sont potentiellement, n’en négligez aucun mais accordez-vous des priorités afin de ne pas disperser vos énergies. Programmez des rendez-vous réguliers avec les journalistes sous des prétextes variés. →

Conseil n°7 : Pratiquer l’événementiel. Qu’il s’agisse de fêtes, de déclarations, de colloques savants, de concerts et autres manifestations sportives, culturelles, voire cultuelles ou seulement mondaines, tout – oui, TOUT – peut être prétexte à événements. Au besoin, faites appel à des agences spécialisées – nous pourrons vous en indiquer – dans ce genre d’activités. Elles entretiennent un service « relations presse » très performant, capable de mobiliser des bataillons de journalistes adaptés à vos exigences. →

Conseil n°8 : Ne pas négliger la phase finale. Votre Fin de Vie approche – restez réalistes, tout à une fin… C’est la phase délicate, surtout dans la mesure où on peut ne pas pouvoir la contrôler tout à fait. Comme Eddie, cependant, menez votre PFV jusqu’à son terme et sous trois conditions :

→ Mourir en bonne santé. Pas de décrépitude interminable. Les agonies trop longues finissent par émousser l’intérêt médiatique – à moins d’être pape – et votre image risque de se ternir avec la maladie. Comme Eddie donc, préférer le pontage coronarien (quadruple si possible) au cancer.

→ Mourir en fin de semaine, c’est impératif. Le week-end, en général et sauf imprévu, l’actualité s’assoupit et les gens sont plus réceptifs à l’émotion. Mais aussi et surtout, ce sont souvent de jeunes journalistes qui se trouvent de service dans les radios et les télés ; et les jeunes sont toujours plus prompts à relayer les nouvelles « pipole », ça leur plaît bien d’honorer les vedettes.

→ Être génial jusqu’au bout. Comme Eddie avec le Festival de Cannes, sachez mourir pendant un événement qui peut vous servir d’écrin mortuaire. Les journalistes pourront ainsi faire d’une pierre deux coups : parler de vous et, plus encore, faire parler de vous ! →

Conseil n°9 : Se méfier des concurrents. Évitez absolument les situations de concurrence déloyale type tsunami, mort d’un pape ou d’un prince.

Conseil n°10 : Pour résumer : Voyez Eddie ! Pensez Eddie ! Modélisez son histoire. Étudiez sa personnalité, son parcours, ses audaces, ses excès. Penser à ce qu’on retiendra de lui : l’homme à femmes – marié huit ou neuf fois, ça c’est excellent ; les folles nuits de St-Tropez ; les vestes blanches ; le champagne, les paillettes… Et aussi quelques vedettes par lesquelles il s’est fait valoir, et réciproquement. Tout un système édifié à partir d’une stratégie médiatique construite, méthodiquement construite. Mais une stratégie qui n’en avait pas l’apparence, subtile, fondée sur un système relationnel très poussé, très entretenu. Il faut dire qu’Eddie avait, comme on dit, « ça en lui ». C'était son destin. Qui ne l’a pas rencontré ne peut imaginer le rayonnement de cet homme, son charme, sa séduction [Ndlr : Ici le consultant s’égare… car il ne perd pas seulement un ami mais aussi une sorte, comment dire?, de mécène…]


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12 mai 2005 4 12 /05 /mai /2005 22:00

Journalisme. La Connivence devrait être reconnue comme « cancer professionnel »

Dans « M6 et les copains du pouvoir » [Libération, 13/05/05], Daniel Schneidermann livre une bonne tranche bien saignante sur le thème de la connivence journalistique, ce cancer professionnel – d’ailleurs, soit dit en passant, cette maladie devrait être reconnue comme telle et prise en charge par la Sécu. Ainsi déclarés malades, ces journalistes seraient mis « en arrêt » de nuire. Bon, ça coûterait un peu… mais la société y gagnerait beaucoup… En attendant, voici quelques bribes d’antidotes.

Schneidermann, donc, raconte sa vision de… la vision des journalistes atteints (mais ils ne le savent pas, comme souvent avec les cancers – on croit protéger…) qui ont œuvré pour Zone interdite en se prenant pour des mineurs de fond. C’est ainsi qu’ils nous montrent les coulisses de chez « Dominique, Michel et Jean-Louis », une « bande de chic types » vus « comme dans la vie ». Une vraie plongée en Connivence profonde, si l’on en croit ce bon papier mêlant goguenardise et ironie sur un sujet qui, chez « c’est pour dire » aurait fini en Pantoufle d’or.

Pas loin de là [Libé du même jour], Pierre Marcelle se farcit Domnique de Villepin sur ses dernière mesure anti-immigration. « Notre beau parleur définitif », écrit-il dans une charge des plus cinglantes, veut « se faire un destin en récoltant les fruits du sécuritarisme pasquao-sarkozyen et en imposer le dogmatique mode d'emploi contre Madrid, Rome et le monde entier ».  D’ailleurs, ce matin dans le poste [France Inter], de Villepin en a ravalé sa « morgue confusément aristocratique » en subissant en direct la revue de presse d’Yves Decaen. Au point que le ministre a dû se raccrocher aux branches de la PQR – Presse quotidienne régionale –, dont les journaux et éditorialistes, eux, ont selon lui compris comme il fallait qu’ils comprissent, service compris…

Compliment pour le moins empoisonné envers une presse dont la cuisine de proximité se confond trop souvent avec les servitudes de la dépendance. Ils ne sont pas les seuls, hélas, car le mal gagne en maléfice quotidien. Il sévit tout autant dans les radios et télés, sans parler des magazines. Ces derniers, en particulier, s’en nourrissent bien et leurs lecteurs s’en goinfrent avec profit – profits partagés en audience et pub. Ce n’est pas le cas des médias dits d’information qui trouvent de moins en moins preneurs. Les causes, si elles sont complexes et multiples, tiennent aussi, en grande partie, à une perte de confiance, elle-même liée à cette fameuse Connivence. Pour parodier notre Coluche, il ne faut pas prendre les lecteurs que pour des cons.

Mais pourquoi ce mal insidieux ? Trop de journalistes sont enclins à fréquenter les célébrités. Ils s’en vantent naïvement : «Comme me le disait tel ministre, ou tels maire, député, acteur, chanteur, cuisinier, etc.» sont des tournures qui ne trompent pas. Anne-Cécile Robert, une consoeur du Monde diplomatique interrogée hier à Aix à propos du penchant pro oui de bien des rédactions, abondait dans ce sens. Elle évoquait notamment ces «petits avantages en nature» accordés facilement aux journalistes : «un voyage en classe affaires, un hôtel de luxe. Une petite frappe dans le dos : “Au fait, et votre article ?…“ Un journaliste digne de ce nom ne devrait jamais accepter aucun cadeau, pas le moindre crayon à bille !»

Mais la Connivence, la vraie, « spontanée » en quelque sorte, se nourrit de peu, juste de cette jubilation simple de fréquenter des célébrités, des gens considérés importants… par la « classe » médiatique. S’il fallait psychanalyser «les» journalistes – comme le suggérait Michel Onfray –, on retrouverait à coup sûr ce désir-là de paraître «à côté de» et de se sentir ainsi important. D’où cette suffisance si répandue, d’où ce plaisir doucereusement sadique – oh pas trop méchant – à épingler l’Important qui sert alors, en passant, juste un instant, de faire valoir. Et pour cette jouissance-là, pour cette puérilité satisfaite, «on» lui en sera reconnaissant à jamais.

Mais si la Connivence prend sa source en ces endroits troublés, gardons-nous bien d’un autre mal journalistique majeur, la Généralisation. Car il y a journaliste et journaliste. Pas vrai ?

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10 mai 2005 2 10 /05 /mai /2005 22:00

Référendum. Pétition des personnels de télévision pour « un traitement honnête, complet et pluraliste de l’information »


Des journalistes et des personnels techniques et administratifs des télévisions de service public s’élèvent, à propos du référendum, contre le «manque d’objectivité et matraquage pour le oui». Ils lancent la pétition ci-dessous.
  • Je rappelle en passant l'autre pétition lancée ici le 4 avril « pour une information républicaine, laïque civique » dénonçant toutes formes de dérives journalistiques partisanes. On peut encore et toujours la signer !




« Citoyens et personnels des chaînes de service public participons, chacun à notre niveau, à l’information télévisée ou radio. À ce titre, nous ne pouvons plus ignorer le déroulement et le traitement à sens unique de la campagne pour le référendum du 29 mai 2005 sur nos antennes. Au sein de nos entreprises de Service Public autant que sur les chaînes privées, manque d’objectivité et matraquage pour le oui, sous prétexte de pédagogie, soulèvent de plus en plus d’indignation et contribuent à discréditer les métiers d’information que nous servons.


« Nous exigeons, donc, une information équilibrée. Le NON doit dès aujourd’hui trouver toute sa place dans les médias. L’émission « Arrêt sur images » de « France 5» du 10 avril 2005 indiquait , entre autres, que toutes chaînes confondues, le nombre d’intervenants à la télévision sur le traité constitutionnel européen entre le 1er janvier et le 31 mars 2005 était :
- pour les favorables au « NON » : 29%
- pour les favorables au « OUI » : 71%

« Nous dénonçons la dérive à laquelle nous avons assisté, impuissants, avec l’émission télévisée du Président de la république sur TF1 qui durant deux heures a pu défendre le « OUI » sans même que son temps de parole ne soit pris en compte. L’absence de pluralisme, la mise en avant d’animateurs producteurs en lieu et place des journalistes, la dérive de l’info spectacle contribuent à la « désinformation », mettent en danger l’avenir de nos métiers, et aggravent le discrédit sur le journalisme.

« Nous dénonçons tout autant la connivence honteuse entre le chroniqueur Alain Duhamel et Lionel Jospin, le premier servant de faire-valoir au second dans le seul but d’appeler au vote OUI.

« Habituellement, le CSA intervient pour maintenir un équilibre dans les campagnes. Aujourd’hui, face à son silence, nous constatons les positions publiquement exprimées, ou sous entendues comme une évidence, par nombre de chroniqueurs, correspondants, présentateurs, ou patrons de presse qui, dans l’exercice de la profession, outrepassent leur fonction en prenant position pour le OUI.

"Quant aux émissions de débat, leur déséquilibre en faveur du OUI confine à la propagande.

« Jusque là dans nos métiers, et en particulier dans le Service Public, il était de coutume de vouloir taire des convictions personnelles et de s’imposer un devoir d’impartialité.

« Personnels de télévision, nous n’en sommes pas moins nous aussi citoyens. A ce titre, nous tenons à affirmer que nous ne nous reconnaissons pas dans ce soutien apparemment unanime des médias à la constitution. Nous constatons en effet que le texte qu’on nous propose de voter ne garantit pas le droit à l’information :

« - La banque centrale européenne n’est pas tenue de rendre publiques ses décisions (art III 190)

- Le conseil européen n’est pas tenu de rendre publiques les recommandations qu’il formule à un état en situation de déficit excessif (art III 184)

- Le conseil européen n’est pas tenu de rendre publics les projets de sanctions qu’il formule à l’égard d’un état dont la politique économique ne serait pas conforme aux grandes orientations de la politique économique de l’union (art III 179)

- « En matière de politique étrangère et de sécurité » en cas de crise, aucune garantie d’accès à l’information n’est inscrite pour les journalistes.

- Les risques d’harmonisation sociale par le bas menacent directement les statuts des personnels de télévision et des entreprises de presse, conventions collectives, clauses de consciences par exemple…

- Droits des pigistes, droits d’auteur, fiscalité, aides à la presse… risquent bien de ne pas résister au sacro-saint principe de la « concurrence libre et non faussée » (art I-3-2).

- Mise à mal de la notion même de Service Public et de son financement…

« Aujourd’hui, il nous semble impossible de taire nos convictions et notre attachement à la démocratie et au traitement honnête, complet et pluraliste de l’information.

« Pour signer.

Premiers signataires : Jacques COTTA (Grand Reporteur, France 2), Antoine DENECHERE (journaliste, Radio France), Gabrielle LORNE (Grand reporteur, RFO), Vincent MAILLARD (Grand Reporteur, France 2), Pierre NICOLAS (Grand reporteur, France3), Jean Régis RAMSAMY (Journaliste, RFO La Réunion), Jacques RICAU ( Radio France), Gwenael RIHET (Journaliste, France3), François SAUTEREY (enseignant, président du réseau associatif et syndical), Jean Marc SURCIN (Grand Reporteur, France 2), Jean François TEALDI (Grand reporteur, France3), Lionel THOMPSON (Grand reporteur, Radio France), Marcel TRILLAT (Grand reporteur, France2).

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