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1 mars 2006 3 01 /03 /mars /2006 16:36

La parole communautarisée

par Marie-José Cloiseau*
 

L’affaire des caricatures a révélé une tendance déjà bien ancrée dans les medias : la communautarisation de la parole, qui consiste à faire parler non pas un citoyen en sa qualité de citoyen, mais le membre d’une communauté, le représentant d’un groupe religieux, ou celui dont le nom traduira le mieux l’origine ethnique qui l’autorisera à parler, voire à critiquer, sans être suspect de racisme ou d’intolérance. L’homme sans qualités n’a plus qu’à se taire ou à abonder dans le sens de l’idéologie dominante.



L’affaire des caricatures a posé le problème de la liberté d’expression, mais aussi celui de la laïcité : En France, les religions sont du domaine privé, nul ne peut être inquiété en raison de son appartenance ou de sa non-appartenance religieuse. La loi ne reconnaît que des citoyens, pas des membres de communautés ou d’Eglises. On ne conjugue pas le verbe croire, même sous sa forme négative, à l’impératif.

A partir de là, on peut s’étonner qu’un mode d’expression vieux d’un siècle et demi, les caricatures dans les journaux, ait pu être considéré, de la part de nos dirigeants politiques, comme une agression à l’égard d’une religion, voire des religions en général. C’est tout de même d’un point de vue religieux que les medias ont généralement choisi de traiter « l’affaire des caricatures » : sur les plateaux de télé, dans les débats des journaux, il convient d’interroger des membres des communautés, de leur donner la parole, la parole laïque n’étant généralement pas pertinente pour analyser la blessure causée par la liberté d’expression, puisque blessure il y aurait. La laïcité n’est invoquée que pour démontrer que l’une des religions monothéistes est particulièrement rétrograde et intolérante par rapport aux autres.

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Ainsi, dans C dans l’air, sur Canal + le 9 février, Max Gallo, accompagné de Philippe Val et de responsables et spécialistes es-religions, a très bien défendu la liberté d’expression et la laïcité, jusqu’au moment où un représentant du CRIF a montré des caricatures qualifiées d’antisémites : entre autres, Ariel Sharon en vampire, et un fusil sortant de la Torah. Personne n’a alors protesté contre cette accusation d’antisémitisme. Il est vrai que la question posée lors de cette émission était la publication ou non la semaine suivante dans Charlie Hebdo de caricatures antisémites ou négationnistes. Mais la négation de la réalité de l’extermination de millions d’êtres humains peut-elle être mise sur le même plan que la critique d’une religion ou le combat contre une politique d’Etat ? L’ambiguïté et la confusion sur cette question en ont fait un tabou dans nos sociétés rongées par la culpabilité.

Le climat général est favorable à cette dérive. La théorie du « Choc des Civilisations », importée d’outre-atlantique et destinée à servir d’arme idéologique dans la guerre anti-terroriste, a commencé à laisser des traces tangibles dans les replis les plus reculés des consciences les plus laïques. Les marxistes eux-mêmes sont en train d’oublier que « l’existence sociale détermine la conscience », et l’appartenance religieuse est de plus en plus invoquée pour expliquer les comportements et les actes des masses et des individus. On se demanderait aujourd’hui de quelle communauté fait partie ce barbu qui a osé en son temps remettre en cause les fondements mêmes de l’histoire.

Ce n’est pas un hasard si aujourd’hui Nicolas Sarkozy utilise une fois de plus la presse pour faire passer ce qui avait été imaginé puis retiré précipitamment sous le gouvernement Fabius : permettre à la police de faire figurer dans les statistiques de la délinquance l’origine ethnique des délinquants. Ce qui permet, bien sûr, d’établir de fortes présomptions de culpabilité sur lesdites origines ethniques.

Mais si la presse, et Libération en premier lieu, s’inquiète de cette dérive, elle n’en est pas moins en première ligne quand il s’agit de la justifier. Dans un article en date du 14 février, intitulé « Sarkozy s’intéresse à la couleur des délinquants », Jacky Durand nous rappelait l’histoire de ces tentatives de fichage ethnique, en n’oubliant pas leur genèse dans les cerveaux socialistes au cours des années 90. Or, les medias eux-mêmes, depuis fort longtemps, se sont adonnés à ce fichage ethnique : quand un voyou est d’origine maghrébine ou africaine, on en est informé en même temps que de la nature du délit. En revanche, on n’a jamais entendu parler d’un braqueur berrichon ou d’un trafiquant savoyard. Et la couverture médiatique du meurtre l’Ilan Halimi nous démontrera encore que les journalistes restent les meilleurs avocats de la prédétermination ethnique.

Pour Nicolas Sarkozy « Il faut faire de la transparence. Il n’y a aucune raison de dissimuler un certain nombre d’éléments qui peuvent être utiles à la compréhension de certains phénomènes ». La chose est donc entendue : l’origine ethnique peut expliquer certains actes de délinquance. Dans le cas du meurtre barbare d’Ilan Halimi, l’accusation de crime raciste est motivée par « l’appartenance ou non appartenance, vraie ou supposée de la victime à une ethnie, une nation, une race ou une religion ». Mais l’explication vaut aussi en ce qui concerne les accusés : la police a trouvé selon Nicolas Sarkozy « des documents de soutien au Comité de bienveillance et de secours aux Palestiniens ainsi que des prescriptions de caractère salafiste ». Selon une source judiciaire, ces documents ont été trouvés lors d’une perquisition chez des parents de l’un des suspects, et non chez le « cerveau des barbares » (Libération le 22 février). Mais bien que la police ait précisé dans un premier temps qu’ils ne présentaient aucun caractère "militant, ni d’appel au djihad", ils joueront tout de même un rôle non négligeable dans la décision de la justice de conclure à un crime raciste.

Alors que dans les premiers jours, chacun s’entendait à calmer le jeu en disant que les meurtriers étaient bien trop frustres pour être antisémites, l’affaire a pris une toute autre tournure à partir du moment où la mère d’Ilan a caractérisé de raciste le meurtre de son fils et a réclamé vengeance pour ce motif. Et plus encore quand les autorités juives en ont appelé dans ce sens aux autorités de la nation. Selon un enquêteur de la police, « La dimension confessionnelle n’est pas inexistante, mais si on leur avait dit que les martiens étaient riches, ils auraient enlevé un martien ». Il s’agissait alors d’un crime crapuleux, déjà grave en soi. Mais lors d’un dîner officiel, le Président du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France interpelle le premier ministre, invité « comme le veut la coutume » (Libération), et le somme de déterminer que le crime est bien antisémite. Nicolas Sarkozy découvre alors le concept du « racisme par de l’amalgame » : les délinquants ont agi pour de l’argent, mais ils se sont attaqués à un Juif, parce que pour eux, les Juifs ont de l’argent. Il n’est d’ailleurs pas le seul à établir des amalgames. Dominique Strauss-Kahn sur Europe I a déclaré à propos des banlieues, "depuis la crise de novembre", "le feu couve sous la cendre"."On cherche des bouc-émissaires. Or les juifs, pas seulement les juifs d’ailleurs, ont souvent été les bouc-émissaires d’une société malade".

Et pour clôturer le tout, les journaux épluchent les sites communautaires sur Internet... et y trouvent des menaces de représailles ! Comme cet anonyme cité par Libération : « J’ai peur d’une connerie, de types qui s’en prendraient à un pauvre Arabe qui passerait dans la rue... ». Mais « certains responsables communautaires juifs s’inquiètent. ». La justice doit donc faire son travail, et rendre justice à la communauté juive, comme elle le lui a demandé.

Cette affaire est exemplaire de la façon dont la presse fait le jeu du pouvoir, et encore une fois de Nicolas Sarkozy. Quant à la laïcité, personne ne s’offusque que le premier ministre ait ses habitudes aux tables communautaires, pas plus que de la présence des plus hauts représentants de l’Etat et des partis à un service religieux, avec Kippa ou autres accessoires. Un crime crapuleux est aggravé par des soupçons de racisme, mais le racisme ordinaire qui commence à gagner les sommets de l’Etat n’inquiète pas plus que ça : c’est l’émotion. Ainsi George Frêche traitant les fils de harkis de « sous-hommes ». Ainsi Dominique Strauss-Kahn encore, à propos de l’affaire Mittal/Arcelor, déclarant sur France Info « Ce n’est pas un choc financier, c’est un choc de cultures ».

C’est pourtant la dérive qui nous guette dès lors que l’Etat ne gouverne plus des citoyens mais des communautés, quand la parole ne vaut plus que si elle est accompagnée d’un qualificatif communautaire. Et quand les communautés sont autorisées à se prévaloir de leurs particularités pour réclamer des mesures particulières. Seule la laïcité donne à chaque citoyen un droit égal à la parole, quelles que soient ses opinions, ses croyances, ou ses non-croyances.

* Marie-José Cloiseau est membre du réseau "Info Impartiale"

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1 mars 2006 3 01 /03 /mars /2006 07:40
Pétition. « Défense de la Liberté et de la laïcité : Manifestons-nous sans tarder ! »
 
Cette histoire des caricatures sataniques ne devrait pas nous faire perdre de vue certains fondamentaux. Ainsi le Réseau Info Impartiale lance-t-il une pétition pour le ressaisissement des consciences menacées par une forme « moderne » (toujours la même, bien sûr) de « religieusement correct ». Voici le texte de cette pétition, avec l’accès au formulaire de signature.


« Profitant de l’affaire des caricatures, des islamistes ont engagé une bataille pour le rétablissement du délit de blasphème. Un très grand nombre de représentants cléricaux leur ont emboîté le pas. Derrière cette question, ce sont les libertés fondamentales – dont la liberté de la presse – qui sont menacées.

« Le délit de blasphème signifie l’interdiction de toute remise en question des dogmes religieux et donc de toute expression critique non confessionnelle. C’est la censure ecclésiastique que réclament dans un même élan imams, évêques, pape ou rabbins. Autant demander immédiatement une presse soumise aux dogmes religieux et des journalistes aux ordres ! Dans notre pays où la laïcité a été arrachée de longue lutte comme une des conquêtes démocratiques permettant la vie commune, la menace totalitaire qui se profile signifierait un recul de plus deux cents ans.

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« Cette menace est sérieuse. Les propos de responsables politiques de premier plan sont inquiétants. Le président de la République comme le Premier ministre acceptent la remise en cause de la presse et de la liberté d’expression. Le ministre de l’Intérieur fait preuve de complaisance à l’égard de responsables religieux en tout genre et défend de plus en plus clairement une conception communautariste de la société. Les responsables politiques de gauche sont pour l’essentiel silencieux et lorsque certains de second plan prennent la parole, comme le responsable du MRAP, c’est pour réclamer une loi contre l'islamophobie, le rétablissement du délit de blasphème, et la poursuite devant les tribunaux des journalistes de France-soir et de Charlie Hebdo pour incitation à la haine raciale.

« Passivité et soutien aux protestations islamistes au nom du délit de blasphème ignorent la persécution dont sont victimes à l’étranger de nombreux journalistes et intellectuels.

« La liste est longue.

« - Treize publications ont été fermées définitivement ou temporairement en Algérie, au Maroc, en Jordanie, au Yémen, en Malaisie ou en Indonésie, pour avoir reproduit les caricatures du prophète.
« - Bachir Larabi, journaliste, s’en est allé rejoindre derrière les barreaux Mohamed Benchicou, enfermé depuis 19 mois et seize jours dans une cellule d’El-Harrach. 18 journalistes au moins, condamnés à la prison ferme courant 2005, risquent, à leur tour, d’être embastillés à tout moment…
« - Nabil el-Fayadh chercheur et écrivain syrien arrêté à Damas par les services de renseignement.
« - Mohamed el-Harbi enseignant saoudien, après avoir subi 750 coups de fouet, vient d’être condamné à 3 ans et 4 mois de prison pour « atteinte à l’intégrité de l’Islam »…
« - Ahmed el-Baghdadi, enseignant koweitien, arrêté pour « dévalorisation de la religion »…
« - Des journalistes danois sont l’objet d’une fatwa et leurs jours sont en danger.
« - Sans parler du nombre d’assassinés, d’exilés, de persécutés…

« Alors qu’ici même des journalistes sont menacés, nous affirmons notre attachement à la laïcité républicaine en France. Nous exigeons la libération de tous les journalistes et intellectuels emprisonnés et la fin des poursuites qui les frappe. C’est le même combat. Nous exigeons des autorités de l’État qu'elles ne cèdent aucun compromis vis à vis de l'application pleine et entière de la laïcité républicaine, pas plus en paroles qu'en actes. Nous en appelons à tous les citoyens pour que notre voix se fasse entendre en France comme à l’étranger, et que la défense des libertés fondamentales, dont la liberté de la presse, ne soit pas un vain mot ! »

 
Comité de rédaction: Marie-Jo CLOISEAU, Denis COLLIN, Jacques COTTA, Pierre DELVAUX, Christophe MIQUEU, François SAUTEREY, Jean-Marc SURCIN, Alain VERNON.


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26 février 2006 7 26 /02 /février /2006 16:55

Que naissent cent «gratuits», que disparaisse le papier !

L’avenir de la presse semble appartenir aux prépayés – par la pub et le consommateur – abusivement dénommés «gratuits». L’accélération du mouvement se confirme. À Paris, 20 minutes et Metro vont voir débarquer des petits frères – trois étant déjà «en route» :

– Un quotidien du soir monté par l’homme d’affaires Vincent Bolloré, très tenté par les médias (candidat à Libé et à France Soir), bricolant avec une télé TNT (Direct 8) et la « Radio des nouveaux talents » (sur internet), tandis qu’il s’est offert le groupe publicitaire Havas.
– Un quotidien du soir également, centré loisirs et télé, en préparation par le Figaro (Dassault).
Le Monde ne se veut pas en reste, discutant aussi d’un gratuit avec son nouvel actionnaire Lagardère (Hachette Filipacchi Médias).
– Un quatrième pointerait aussi sous nez sous la houlette du réseau Ville Plus
monté par quelques quotidiens régionaux.

Je ne parle même pas des périodiques existant ou en projet. Le monde des journaux est «bel et bien» en train de passer dans la nouvelle économie d’une presse entièrement soumise à la publicité.  Les journaux qui traiteront encore avec des acheteurs devront sans doute le faire sur des bases qualitatives élevées – l’information ne pouvant plus se présenter comme un sous-produit, un support publicitaire habillé du tout-venant prêt à diffuser.

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C’est probablement cette stratégie qui conduit des titres plutôt exigeants comme Le Figaro et Le Monde à préparer une contre-offensive. Il s’agit pour eux aussi, de capter une part du marché de la pub qui va désormais transiter par des prospectus informatifs distribués comme tels sous couvert de fausse gratuité. C’est en quelque sorte ce qu’un Colombani (Le Monde) dénomme son «périmètre industriel», c’est-à-dire des organes filialisés lui permettant de tenir à flot son prestigieux et coûteux navire amiral.

L’univers du papier rejoint ainsi celui des médias audio-visuels depuis toujours dépendant des ressources publicitaires. A l’exception (de plus en plus relative) des radios et télés de service public. Et avec les résultats que l’on sait sur l’indépendance des journalistes et les contenus.

Prochaine étape, une affaire d’années, tout au plus de décennie : suppression dudit papier.
Deux cents volontaires vont recevoir un lecteur semblable à un écran d’ordinateur de format A5 , mais aussi fin  et souple qu’une feuille de plastique. Pour obtenir le texte de son quotidien et le lire, il suffira d'en «charger» le contenu comme sur un ordinateur ordinaire. Internet ne sera pas utilisé, mais un réseau urbain de connexion de type Wi-FI. Une fois le contenu du quotidien chargé, la lecture pourra se faire hors connexion.
Philips va lancer à titre d’essai entre avril et juin prochains, un journal sur «papier électronique».

Les amoureux du papier pourront toujours entrer en résistance, ou imprimer leur canard préféré sur papier – ce que les éditeurs ne manqueront certes pas de proposer en fournissant imprimante et papier, se débarrassant ainsi de leurs obligations industrielles et de personnels ruineux.

Avantages économiques et écologiques assurés. Restera à évaluer le coût social d’un tel «progrès». L’idéal – on peut rêver – serait que les ouvriers de l’imprimerie et des transports fussent dès lors payés à ne rien faire. On pourrait juste leur demander de lire le canard électronique, en particulier sa publicité et continuer ainsi à consommer dans le bon sens et à faire tourner la machine marchande…

Au diable l’utopie ! Et les journaux électroniques prépayés auront toujours de quoi commenter les chiffres vertigineux du chômage et de la criminalité. Ah ! «on veut» de l’info « gratos », eh bien on aura de la merde sous plastique, de la mal-info comme de la mal-bouffe et de la mal-société !

«On veut», c’est-à-dire: «le marché nous impose», certes avec une grande complicité coupable. Celle même qui a tué le commerce au sens strict du mot (échange rétribué de biens et de services) pour lui préférer les hyper-temples de la bâfrerie compulsive qui fait préférer le pas-cher-en-toc au bon-et au juste prix.

Voie royale aux rouleaux compresseurs de la finance imposant leurs diktats aux producteurs, amenés à leur tour à surproduire de la camelote bourrée de chimie polluante autant que cancérigène. Le tout aux moindres coûts de main d’œuvre, donc au plus de chômeurs à indemniser, jusqu’à un certain point. Donc au plus de misère et d’insécurités généralisées. Au plus de flics, de prisons, d’hôpitaux, de drames – ce qui fera de la matière à gazettes électro-prépayées !

Allez, je me démoralise. Mais non t’es pas tout seul, mec, y a pleins d’autres blogs tout autour. Et alors ? Alors, ça fait-i de l’harmonie sociale, tout ça ? Ça fait quoi comme musique, dans le bruit chaotique ? Je m' demande.

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Published by Gérard Ponthieu - dans Suites de "c'est pour dire"
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26 février 2006 7 26 /02 /février /2006 16:30
Le «périmètre industriel» du Monde Autour du navire-amiral, toute une flotille de corvettes :
– Courrier International, Le Monde de l’Éducation, La Lettre de l’Éducation, Le Monde Diplomatique, Manière de voir.
– Télérama SA : Télérama
– Malesherbes Publications : La Vie, Le Monde des religions (ex-Actualité des religions), Notre Histoire, Prier, Les Clés de la foi, Écritures
– Sper : Danser, Top Famille magazine (en partenariat avec HFM, via la société Publifa), Voiles et Voiliers (en partenariat avec Ouest-France, via la société Sofiouest)
– Les Publications Historiques : Ulysse
– Fleurus presse : Le Monde des Ados, Je lis déjà, Abricot, Papoum, Je lis des Histoires Vraies, Mille et une Histoires, Mon journal Arc-en-ciel, Les P’tites Sorcières, Les P’tites princesses, Pirouette.
– Editions de l’Etoile : Les Cahiers du Cinéma
– Editions Desclée de Brouwer, librairies La Procure

Pôle Presse Quotidienne Régionale :
– Les Journaux du Midi, Ex-Groupe Midi Libre (Midi Libre, l’Indépendant, Centre Presse Aveyron), détenu via la société Presse Europe Régions (63% Le Monde, 25% La Stampa, 11% Prisa, 1% Edipresse)
– La Semaine de Nîmes, la Semaine du Roussillon, le Journal de Millau, l’Aveyronnais, le Catalan Judiciaire, Terre de Vins, Terres Catalanes

Participations minoritaires :
34 % dans Timbropresse (Timbres magazine), 6 % dans le Nouvel Observateur, 5 % dans la Vie du rail, 5% dans Le Temps (Suisse), 12% dans l’Echo du Centre, 9% dans Edition du Témoignage Chrétien.

En cours : reprise du « pôle sud-est » de Hachette : La Provence, Nice Matin, Var Matin, Corse Matin.
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20 février 2006 1 20 /02 /février /2006 22:27
Algérie. Les vieux démons
redressent la tête


« Le MSP veut s’emparer des mosquées » titrait hier [20/02/06] en une le quotidien d’Alger, El Watan : « Les maisons de Dieu tombent subrepticement dans les rets des partis islamistes,  écrit le journal, citant des « sources sûres » et poursuivant : «Les partis de cette obédience, notamment le Mouvement de la société pour la paix (HMS, ex-Hamas), tentent lentement de faire main basse sur les mosquées qui sont, à leurs yeux, une tribune inespérée pour mener leurs campagnes et, à terme, prendre le pouvoir.»
Dans l’éditorial intitulé « Les vieux démons », Tayeb Belghiche est carrément alarmiste :

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« On croyait que le MSP allait rentrer dans les rangs et qu’il jouerait le jeu démocratique depuis qu’il a rejoint l’alliance présidentielle. Il faut malheureusement déchanter. C’est un parti qui devient extrêmement dangereux pour le pays. Une source gouvernementale vient de révéler qu’il est en train de se livrer à l’entrisme. L’un de ses objectifs est l’occupation des mosquées par ses militants. Ces derniers exercent des pressions, du chantage et vont même jusqu’à l’agression physique pour obliger les imams qui ne sont pas à leur botte à démissionner afin de les remplacer par des hommes de leur obédience.

« Avec cette révélation, il apparaît clairement que l’ex-Hamas ne renonce pas à son projet de création d’un Etat islamique. Lorsque Bouguerra Soltani, son chef, a déclaré récemment que son parti accédera au pouvoir en 2012, les Algériens avaient accueilli avec dédain ses propos les considérant comme une simple fanfaronnade. Maintenant avec le travail qui est fait sur le terrain, les héritiers de Mahfoud Nahnah y croient sérieusement.

« L’internationale islamiste, particulièrement l’association des Frères musulmans, tire toujours les ficelles derrière le MSP qui constitue à ses yeux un grand espoir pour l’expansion de l’islamisme. Avec le wahhabisme en arrière-plan, les islamistes n’entendent pas renoncer à la proie Algérie. Le redéploiement du salafisme en Kabylie en est la preuve, alors même que la conjoncture internationale lui est défavorable.

« Il faut dire que l’actuel pouvoir algérien, très empreint de mysticisme, a encouragé la résurgence du phénomène intégriste au point qu’on voit les barbus dans les rues se multiplier comme des amibes alors qu’à l’époque de Liamine Zeroual, ils se cachaient et se faisaient tout petits s’ils ne rasaient pas les murs.

« Cela signifie que le retour à la case départ est très possible. Déjà, les islamistes se remettent à prier sur la chaussée le vendredi, barrant les rues comme lorsque le FIS avait le vent en poupe. Et il ne faut pas oublier que les dirigeants du Hamas sont les pères fondateurs du terrorisme et que ce sont eux qui envoyaient les jeunes Algériens en Afghanistan d’où ils revenaient transformés en monstres sanguinaires.
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8 février 2006 3 08 /02 /février /2006 11:27
ALGÉRIE
L’ENTV cède à la pression des islamistes
Star Academy interdite
par Madjid Makedhi, El Watan 07/02/06

« Les gardiens de la vertu et de la morale nationale » ont réussi à censurer l’ENTV. La direction de la chaîne de télévision nationale a annulé, depuis une semaine, la diffusion du programme de divertissement « Star Academy 3 », suite à la levée de boucliers des milieux islamistes, notamment le parti de Bouguerra Soltani, le MSP.

« Ce programme de divertissement de LBC, chaîne privée libanaise, diffusé par l’ENTV pendant plus d’un mois, a, rappelons-le, soulevé l’ire du président du MSP. Bouguerra Soltani avait considéré l’émission comme « une provocation de la société algérienne et une atteinte à ses valeurs morales ». Quelques jours seulement après les déclarations du patron du MSP, le programme en question s’est éclipsé du petit écran. Qui a ordonné sa suppression ?

« Contacté hier, le directeur général de l’ENTV, Hamraoui Habib Chawki, n’a voulu faire aucun commentaire sur le sujet. « Sans commentaire ! Il y a vraiment un discours intégriste autour de ce programme. Je vais animer une conférence de presse prochainement pour présenter le bilan de l’ENTV et ses perspectives pour l’avenir à la faveur du programme du président de la République. C’est lors de cette conférence que je donnerai plus de précisions sur le sujet », s’est-il contenté de dire. A-t-il reçu des instructions des hautes autorités du pays ?

« Le chef de file du MSP a, dans une déclaration à notre confrère El Khabar, affirmé que c’est le président Bouteflika qui a pris la décision d’annuler le programme. « La décision de l’annulation de la diffusion de ‘’Star Academy’’ a été prise par le président de la République, car il a jugé que le programme a égratigné l’identité nationale et qu’il ne faut pas le diffuser sur une chaîne que suit la majorité des familles algériennes », a-t-il déclaré.

« Joint hier par téléphone, Bouguerra Soltani nous a confirmé l’information. « Nous avons fait notre devoir de sensibilisation des pouvoirs publics sur tout ce qui porte atteinte aux mœurs et aux valeurs de notre société. Le président de la République, en constatant la justesse de nos contestations, a pris l’initiative d’arrêter la diffusion de ce programme et nous l’en remercions », a-t-il lancé.
« Interrogé à ce sujet, Hamraoui Habib Chawki a refusé encore une fois de commenter : « Vous posez la question à Bouguerra Soltani pour savoir d’où est-ce qu’il a ramené cette information. »

« Déprogrammée ou non, les téléspectateurs algériens amateurs de ce genre d’émissions n’en seront pas privés pour longtemps. La multitude de chaînes satellitaires et la magie de la télécommande leur permettront, sans peine, d’aller suivre l’aventure « Star Academy » à la source. C’est-à-dire sur la chaîne libanaise.

« La polémique soulevée par ce programme a mis en avant la question du pluralisme politique en Algérie et celle des libertés démocratiques. L’autre question soulevée est liée à la fermeture du champ audiovisuel et son contrôle par les autorités. »
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Published by Madjid Makedhi, El Watan - dans Suites de "c'est pour dire"
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4 février 2006 6 04 /02 /février /2006 19:06
Alger. La Casbah et ses plaies ouvertes, à l’image du pays

Je poursuis donc ma dérive vers la Casbah [article précédent], désormais accompagné par Samir, ravi de me guider. Avenue El-Kheffabi, comme sur les murs de nos villes, des plaques gravées marquant la mort de résistants. Je photographie l’une d’elles quand un homme vient spontanément me tendre la main : « Vous êtes un progressiste, me fait-il dans un large sourire, puisque vous vous intéressez à notre histoire !» S’ensuit sur le trottoir un bon quart d’heure de conversation fournie, chaleureuse. Chapeau jusqu’aux yeux, la soixantaine, parlant un français châtié, mon interlocuteur invoque Descartes, Pascal… et, sans ménagement, accable les politiciens algériens. Samir écoute, mi-largué mi épaté. On reprend notre route.

Devant la statue d’Abd El-Kader, passage hurlant d’un cortège escorté de motards. La routine? Ou bien l’effroi qui projette quelques années en arrière, la «décennie noire»?  Pas un Algérois, pas un Algérien qui ne s’en soit remis.

Étals d’oranges, de légumes et de galettes, de fringues et de godasses pas chères. La rue rétrécit. On se touche en fendant le flot. Voilà le marché. Puis les escaliers étroits… Celui-ci est encombré de gravats. Une façade menace de s’effondrer et déborde d’ordures. Plus haut, des maçons montent du ciment dans des seaux. Des Africains noirs. Samir trouve qu’«il y a beaucoup de Noirs par ici».

On monte encore. Et encore des ruines. Parfois des béances arasées, entourées de pans de maisons éventrées. Plus haut : un petit immeuble effondré. Des ustensiles de cuisine sont mélangés à la terre, aux planches. Ce n’était pas leur maison, mais deux hommes se trouvent là, comme en faction. «C’est arrivé il y a trois jours, à cause de la pluie ; c’est si vieux…  – Qu’est-ce qui va être fait ?  – Rien ! – Des victimes ? – Non, ils sont partis à temps. – Et les gravats, les murs, les persiennes… ça menace de tomber ! – Ça va rester comme ça…»

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Samir n’est pas très causeur, juste assez pour l’essentiel. C’est bien. Parfois, il hésite sur la venelle à prendre. Pas son quartier, n’en mène pas large. Pour moi, il suffit de se laisser porter. Tiens : un homme nous invite à entrer chez lui. C’est qu’il est fier de sa maison, en fin de rénovation. On le comprend. Autour d’un patio étroit comme un puits, des pièces sombres ; un escalier raide et massif, en belle pierre blanche, des marches hautes de trente ou quarante centimètres ; deux étages puis la terrasse qui ouvre sur le ciel. La vue donne aussi sur le vieux port et toute la Casbah. En se penchant, on surplombe une partie de foot entre jeunes du quartier ; au moins ils profitent des ruines.

En 1992, l’Unesco a inscrit la Casbah d’Alger au patrimoine de l’humanité… Un geste. Quelques travaux ont colmaté des brèches, annonçant peut-être une rénovation, un sauvetage… La dégradation a commencé avec le départ des Turcs, vers 1830 et l’arrivée des colons français. Peu à peu, le quartier a abrité des fellahs chassés de leurs terres, puis est devenu lieu de résistance. Derniers en date, années 90, les affreux barbus. C’était une de leurs bases, sans doute la principale d’Alger.

Z., une femme, me raconte ses soirs de terreur, quand elle rentrait du boulot, elle qui a toujours refusé de porter le voile ! La peur au ventre d’être descendue. « J’ai eu la baraka, comme ma mère aussi ! Un de mes frères avait rejoint le GIA [Groupe islamiste armé]. On se disputait sans arrêt. Je m’enfermais à double tour dans ma chambre. Je redoutais qu’il me dénonce, ou même qu’il me tue…»


Un imam devant sa mosquée, une de la douzaine de la Casbah.

Casbah
, ça vient du turc ; c’est la forteresse, la citadelle. Z. me raconte le dédale de passages, de souterrains : «En sautant d’une terrasse à l’autre, on peut ainsi aller de la haute Casbah à la basse Casbah. Les intégristes avaient au moins retenu ça de la guerre d’indépendance ; ils en avaient fait leur base. D’ailleurs les émirs du GIA, c’était des enfants du quartier. Je les connaissais tous… Je les croisais en armes, dans leurs rondes sinistres, dès cinq heures du soir…» […] «Après un de leurs attentats commis, l’armée déboulait, mais c’était sans effet, les autres avaient été prévenus et s’étaient volatilisés !»


Le quartier-forteresse compte une douzaine de mosquées, qui constituaient à l’époque autant de bases islamistes.  Les imams jugés trop modérés furent abattus. Aujourd’hui, l’État algérien pense avoir repris les choses en mains. Les intégristes ont été chassés au profit de «modérés» – c’est Z. qui place des guillemets ; elle qui ne croit pas à une quelconque modération dans ce domaine… Mais enfin, les prières de rues ont été interdites, de même que les collectes d’argent…

Cette Casbah aujourd’hui encore si mal en point. Comme si la pierre et la chair des hommes n’avaient pas assez souffert. Avant eux, années 50 et 60, meurtrissures coloniales, sauvageries d’une guerre où les «événements» tentaient de masquer l’horreur. Je revois des images de Pépé le Moko (Duvivier) et, surtout, de la Bataille d’Alger (Pontecorvo).

Qui dira le hasard ? Toujours est-il que nos pas nous mènent, Samir et moi, rue des Aberames en un étrange endroit, sorte de mausolée, sobre, égayé de petits drapeaux algériens rouge-blanc-vert… Haut-lieu de la résistance, c’est là que périrent dans l’explosion d’une maison «Ali-la-Pointe» et Hassiba Bent Bouali, combattants terroristes traqués par les militaires français. Une fresque de céramique montre des colombes s’échappant du déluge… Des photocopies du Journal d’Alger (11 octobre 57) rappellent l’événement, en même temps que  les «pluies torrentielles causant des millions de dégâts sur Alger et le département». Une jeune femme blonde garde les lieux.


Pluies, guerres, tremblements de terre… À l’image du pays, la Casbah d’Alger en finira-t-elle jamais de panser ses plaies ? Un de ses habitants s’en désole à voix haute tandis que j’interroge une ruine. Des enfants joyeux sortent de l’école, dévalent les marches en courant. Là, une échoppe de coiffeur. Ici, un boucher attend le client derrière ses panses de brebis qui pendent à la porte. Un imam barbu en kamis – la tunique longue – cause avec deux hommes jeunes. Sur ce mur écaillé, avec du recul, on lit encore l’enseigne de jadis : «Crémerie du Bonheur».
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23 janvier 2006 1 23 /01 /janvier /2006 11:58
Une société d’Asnières, Mayetic, victime d’une opération médiatico-politique ?

En tant que blogueur, j’ai reçu un appel au secours qui ne m’a pas laissé indifférent, et que je répercute ci-dessous. Pour tout dire, faute de temps et de m’en donner les moyens, je ne comprends pas tout à l’affaire soulevée, qui met en cause un homme politique proche de Sarkozy et aussi des médias tels que Le Monde, France 3 et Canal+.

Comme je l’ai écrit à l’auteur de l’appel, Miguel Membrado : « D'un point de vue journalistique, je n'ai  pas les moyens matériels de traiter l'affaire au sens professionnel : étude du  dossier, enquête directe, multiplicité des sources, recoupements des  informations, etc. D'un point de vue éthique et humain, je ne peux  rester insensible à votre cri de révolte. »
Voilà pourquoi je relaie, modestement, cet appel. Les coordonnées indiquées permettront aux lecteurs intéressés de se faire une idée plus précise de l’affaire évoquée. [GP]

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« Face à une censure médiatique »

« Je me permets de vous envoyer ce mail en tant que blogueur et chef d'entreprise pour vous inciter à lire l'incroyable histoire qui vient d'arriver à ma société, Mayetic, leader français des espaces de travail collaboratif gratuits et payants, qui a été obligée de licencier du jour au lendemain 23 salariés et vient de subir une liquidation judiciaire brutale. Tout ceci après une fulgurante opération médiatico-politique mensongère, orchestrée par un député-maire et relayée par les principaux médias français (Le Monde, France3, Canal+). Si je vous adresse cet envoi, c'est pour solliciter votre aide à relayer ce message sur Internet et sur la blogosphère pour faire face à une censure médiatique quasi généralisée sur le sujet de fond.

Miguel Membrado
mmembrado@gmail.com
Quelques liens : Ma Société : http://www.mayetic.fr
Mon profil : http://membrado.blogs.com/about.html
Mon blog : http://membrado.blogs.com


Un règlement de compte municipal ?

Le communiqué de M. Membrado :

« La société Mayetic créée en 1996, connue pour son logiciel d’espaces de travail collaboratif ainsi que pour son site web d’espaces de travail collaboratif gratuits « mayeticvillage.net », a été placée en liquidation judiciaire le 13/12/2005 à la suite d’une campagne médiatique diffamatoire et d’appel au boycott orchestrée contre elle et son président, M. Bruno de Beauregard. Tous les collaborateurs de la société Mayetic ont été licenciés le 28/12/2005.

« Cette campagne est intervenue au moment précis où un nouvel apport était demandé à son actionnaire financier, la Caisse des Dépôts et Consignations, concomitamment à des négociations très avancées avec France Télécom/Equant pour un accord de distribution mondiale.

« La société Mayetic était considérée comme l’un des quatre acteurs majeurs du collaboratif en France, avec Microsoft, IBM et EMC-Documentum, et son site web d’espaces de travail collaboratif gratuits utilisé quotidiennement par plus de 14.000 associations, écoles, universités, PME, TPE, collectivités locales ou ONG, réparties dans plus de 97 pays, ce qui représente la seconde audience mondiale du domaine avec plus de 200.000 utilisateurs et 45.000 espaces de travail collaboratifs. La société Mayetic avait reçu le label européen Eurêka en 2004, elle était soutenue financièrement par l’ANVAR et la DATAR avait retenu sa plateforme de travail collaboratif parmi les outils d’efficacité collective préconisés pour les pôles de compétitivité.

« Des enquêtes menées par des journalistes spécialisés semblent accréditer la thèse selon laquelle M. Manuel Aeschlimann, député-maire UMP d’Asnières-sur-Seine et proche conseiller de M. Nicolas Sarkozy, serait à l’origine de cette campagne. Celui-ci reprocherait à M. Bruno de Beauregard une activité associative en matière d’urbanisme un peu trop encombrante pour sa mairie.

« De quel droit un élu de la République a-t-il suscité une note des RG, manipulé et censuré des médias, le tout pour abattre toute forme d’opposition associative dans sa ville, même si cela devait conduire au licenciement de 23 personnes et gêner dans leur travail des dizaines de milliers d’autres ?

« Pourquoi cet élu n’est-il pas inquiété pour ces agissements ? Est-ce parce qu’il se prévaut du soutien de M. Nicolas Sarkozy ? Est-ce parce qu’en France les élus n’auraient plus de compte à rendre à personne ?

« Nous demandons aux autorités compétentes qu’il soit mis un terme à de tels abus et que soit garantie pour chacun la liberté de participer à la vie associative sans être inquiété dans sa vie professionnelle et sociale. »
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5 janvier 2006 4 05 /01 /janvier /2006 13:39
Compter les blogs et les blogueurs: mission impossible ?

par Jérôme Blouin



L'agence-conseil Heaven publie sur son blog une mise au point suite à l’enquête du Monde [« Un Français sur dix a créé son blog sur Internet », 04/01/06] dont j’ai aussi parlé [Des blogueurs par millions : une chance pour le métier d’informer], sans avoir assez recoupé leurs informations. Voici donc quelques-unes des précisions apportées par Jérôme Blouin.


« Il y a, dans l’article du Monde, information factuelle et information déformée, parce que tronquée, trop vite lue ou mal comprise.


Pour exemple, les propos attribués à Heaven dans l'article du Monde sont coupés ou sortis de leur contexte.

[…] Les données d’audience diffusées sur le blog de heaven sont issues de Médiamétrie. Heaven n’a donc rien inventé, ni extrapolé en ce qui concerne les données d'audience.

2. Sur le nombre de blogs actifs et non actifs, le chiffre avancé est le fruit d’une interview des principales plateformes.

[…] Le chiffre avancé de « 6 à 7 millions de blogs “actifs” »[…]« ne signifie pas grand chose puisque aucune plateforme n’est d’accord sur la définition exacte d’un blog actif.

3. Toujours sur les propos prêtés à Heaven, il faut corriger cet autre extrait du Monde :

« "la blogosphère continue de doubler tous les cinq mois", affirme-t-on chez Heaven. »

Cette affirmation est tronquée. Nous avons écrit dans notre dernier post sur le sujet:

« Jusqu'au mois de mai 2005, la blogosphère doublait encore tous les six mois. Depuis le mois de septembre 2005, la progression semble se ralentir puisque que sur les 3 derniers mois, le trafic n'a pris que 12%.»

[…]
5. Ensuite, je ne sais vraiment pas d’où sort cette information incroyable qui est le titre de l'article du Monde :

« Un Français sur dix a créé son blog sur Internet ».

Il s’agit vraisemblablement d’une extrapolation un peu rapide et maladroite. Il faudrait lire, si l'on se réfère à l'étude Médiamétrie :

"Un internaute français sur 10 aurait créé au moins une fois un blog/tenté l'expérience blog, soit à peu près un Français sur 25".

6. Pour finir et pour résumer, voilà ce que l'on peut dire avec un peu près de certitude :

A. Les blogs en France sont un réel phénomène de fond, leur croissance et leur audience étant mesurée pour la première fois de manière officielle par Médiamétrie.

Et ce "phénonème blog" ne concerne pas uniquement les hypermédiatisés Skyblogs qui représenteraient moins de 50% de l'audience totale des blogs mais aussi d'autres plates-formes plus adultes comme Typepad ou Over-Blog dont les audiences sont loin d'être négligeables.

B. Le nombre de blogs créés, actifs ou non actifs, ne signifie pas grand chose, puisqu'une grande majorité de blogs seraient non actifs (pas de posts depuis 15 jours, 1 mois, 6 mois...) voire jetables ("3 posts et puis s'en va").

C. Une distinction semblerait nécessaire entre :

. les blogs "outils conversationnels" complémentaires à l'usage des messageries instantanées (la plupart des Skyblogs)

. et les blogs dits "adultes", qu'il faudrait eux-mêmes sous-segmenter entre carnets de bord/carnets intimes, blogs dit professionnels et blogs thématiques, même si souvent la frontière entre ces différentes catégories est souvent loin d'être évidente.

D. le nombre de réels blogueurs en France, serait une donnée soigneusement conservée au fond du malle dont la clef a été jetée au fond d'un puits. [sourire]

Seul un sondage effectué par un institut spécialisé pourrait nous donner cette information.

Surtout, qu'il serait nécessaire de faire une distinction entre les blogueurs qui postent en moyenne :

. au moins une fois par jour (presque personne ?),
. une fois par semaine (quelques milliers ?/ dizaines de milliers ?),
. une fois par mois (cent mille / trois cent mille / 1 million ?),
. une fois tous les 2-3 mois (cinq cent mille / 1 million / 2 millions ?).

Dans le meilleur cas, on arriverait au mieux à 9,2%, soit un taux d'usage encore relativement modeste comparé à :

. la consultation des comptes bancaires en ligne (53%)
. la messagerie instantanée (42%),
. le chat (24%)
. ou au simple fait de poster des messages sur des forums (21%)

[source Ipsos Profiling janvier 2005]

A noter que cette étude concerne les opérations les plus courantes sur le Web et non pas un usage épisodique.

Il reste donc un potentiel de croissance concernant l'usage des blogs pour les prochaines années (un facteur 3 / un facteur 5 ?), mais cela est une autre histoire... »
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4 janvier 2006 3 04 /01 /janvier /2006 10:12
Des blogueurs par millions :
une chance pour le métier d’informer



Ce n’est peut-être pas une révolte, mais pour le moins une révolution… Je parle des blogs, de la blogosphère, comme on parlerait d’une planète. C’est ça, oui, une planète nouvelle surgie brusquement dans la galaxie Gutenberg, elle-même jadis élargie à la médiasphère. Un univers en chamboulement, des mondes qui tournent plus ou moins rond, ou parfois en rond, pour certains.

Le Monde du 4 janvier publie une enquête d’Olivier Zilbertin sur le phénomène des blogs. On y apprend ainsi qu’il y aurait dans le monde aujourd’hui, selon les sources, entre 50 et 70 millions de blogs. Le journal précise : « Avec ses 3 millions de participants, la France occupait [en juin 2005]  largement la tête du classement, devant la Grande-Bretagne (900 000 blogs) et la Russie (800 000). Un peu plus de six mois plus tard, il y aurait en France 6 à 7 millions de blogs « actifs » – soit un Français sur dix qui aurait créé son blog ! –, suscitant à peu près autant de visites par mois, selon les chiffres de l’agence-conseil Heaven, recoupant ceux de Médiamétrie. Ce qui en ferait la deuxième plus importante communauté Internet du monde après les Etats-Unis. Et « la blogosphère continue de doubler tous les cinq mois », affirme-t-on chez Heaven. »

Le paradoxe veut que cette enquête, d’abord lue sur internet, m’aura été livrée le lendemain par mon facteur dans sa version papier – j’allais dire « historique », comme si la chose journal datait déjà, ou avait fait son temps… Ne jetons pas trop vite le bébé imprimé avec l’encre du bain. Des civilisations se sont propagées par le papier ; d’autres encore, des contemporaines et en grand nombre, tardent à bénéficier de ce support formidable dont l’usage se trouve presque entièrement monopolisé par les pays dominants du Nord. C’est en particulier par et sur le papier que les idées ont pris leur essor universel ; que le savoir s’est propagé ; que l’expérience et la connaissance des humains ont pu se stocker et se transmettre presque en direct et sans délai, comme un patrimoine génétique acquis entre deux générations.

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Mais voilà que de nouveaux supports ont jailli. Des médias virtuels, volatiles, voire volages dans leurs errances binaires et fulgurantes comme la lumière. Le Monde-papier, lui, a pris le train ou l’avion ; ou bien son contenu a emprunté un TGV électronique qui, en un éclair, l’a propulsé chez un imprimeur régional. L’usine s’est mise à tourner au plus vite, en sorte que ma gazette, à la grâce du facteur, parviendra le lendemain dans ma boîte.

Le miracle, pourtant, ne produit plus sa magie. À cette heure de l’après-midi, déjà, j’ai pu picorer le contenu du journal et même, par ce blog, j’en aurai recyclé un morceau, aussitôt renvoyé dans le cosmos électronique. Si bien que mon facteur aura perdu de son aura. Il n’est plus, désormais, le colporteur physique des nouvellesl le lien avec le monde du dehors. Il ne m’apporte plus, pour ainsi dire, que de l’imprimé (défraîchi), des factures, de la pub… À l’occasion, rare, je reçois de lui, comme un don du ciel, et en tout cas de l’Amitié, des nouvelles manuscrites, dans une enveloppe joliment ornée d’un timbre. Oh ! une Lettre du Dernier des Mohicans…

Le fait est là, mon journal me parvient dans une quasi indifférence, comme s’il n’était plus porteur de signes neufs. Défloré avant même d’être ouvert. Obsolète avant même d’avoir été. Ajouté à cela – signe des temps aseptisés –, cette fâcheuse capote anglaise de plastique qui emballe le produit comme une marchandise surgelée, parmi d’autres catalogues et avis d’imposition. Si bien que, de plus en plus souvent, sans quitter leur préservatif, mes Monde s’accumulent comme des « organes d’information » flaccides – manière tournicotée pour dire que tout ça n’est finalement plus très bandant.

Terrible injustice de la modernité techniciste qui sacrifie sur son autel un système de production en principe noble et, pire encore, le désacralise puis le galvaude dans un flot indifférencié de signaux virtuels. En occupant tous les espaces possibles, l’information médiatique est devenue un océan sauvage et pollué, traversé par des hordes de pirates menaçant d’imposer leurs mœurs incertaines.

Tout cela alors que la production d’information demeure une des rares qui ne soient pas externalisables – on n’imagine pas Le Parisien ou Le Télégramme de Brest rédigé à Pékin. Alors que le journal papier demeure la vache à lait du monde journalistique : c’est aux mamelles du journal – et de quelques rares agences – que viennent téter les rédactions audio-visuelles et de magazines ; c’est là qu’elles puisent leurs sujets, qu’elles les pillent le plus souvent et – heureusement pour la presse –, c’est à partir de là qu’elles les maltraitent, laissant ainsi au journal, encore pour un moment, le traitement de la «substantifique moelle».


Le journal-journal s’en sort encore ainsi. Il s’en sort généralement mal, mais il peut encore caresser quelque espoir. Précisément autour de la transformation de l’outil. Sans doute va-t-il devoir abandonner le support papier dont le choix et l’usage éventuel reviendra au lecteur lui-même. Au journal la production de l’information, exclusive de sa transformation matérielle ; à l’« usager » le choix d’une impression à domicile sur le mode de son choix : format, qualité de papier et d’impression, sélection d’articles, style de mise en forme, etc. J’ai déjà exploré cette hypothèse, désormais plausible, dans un long article toujours actuel donc : « Les journaux sont foutus, vive les  journalistes ! ».

Il ne s’en faut plus que de quelques années pendant lesquelles la technologie aura épuisé ses possibles et montré ses limites. À savoir que ce n’est pas elle qui, en fin de compte, décide de tout ; qu’elle n’est jamais que l’outil servile au pied duquel l’Homme libre ne devrait jamais se prosterner. Que l’information est une matière trop noble pour être abandonnée à la piraterie la plus vile. Que l’information est, pareillement, un bien universel,  commun à toute l’humanité et trop précieuse pour être confiée à une caste de médiacrates. Que la révolution « bloguiste » aura ajouté dans les faits – puisqu’elle résidait déjà dans les principes, sans manger trop de pain – le droit fondamental des peuples à l’information augmenté de celui, individuel, de cultiver son propre champ informatif ; de s’assurer de la qualité non polluante (les OGM de l’info vulgaire et mondialisée) des champs voisins, surtout s’ils pratiquent la culture intensive ; et ainsi de mettre fin à quelques siècles de monopole journalistique, voire d’oligopole.

La révolution des blogs, c’est peut-être bien cette révolution de velours qui, affirmant aussi le droit à l’expression publique, pose le droit à la critique de l’information, le droit d’accès aux systèmes médiatiques ; c’est peut-être aussi, comme il a été dit, la naissance d’un journalisme plus horizontal, d’un journalisme civique placé sous le contrôle actif des citoyens.

Reste aux éditeurs à opter pour l’information – matière spécifique à haute valeur démocratique – ou pour la marchandise vulgaire. Ce qui ne revient pas pour autant à opposer profit et gratuité. L’information réelle a un coût réel. Quant à la gratuité, elle n’est qu’apparente, bien entendu, puisque supportée par le financement indirect du consommateur. Mais laissons pour aujourd’hui la question de la publicité.

La crise des médias d’information pourrait donc bien constituer une chance pour le monde médiatique et pour les journalistes : une réelle exigence citoyenne pourrait être salutaire à la profession d’informer qui, depuis trop longtemps, a perdu de vue ses fondamentaux.

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